CHAPITRE X
MOr.T DE JÉSUS. — ÉCLIPSE DE SOLEIL. — RESURRECTION DES JIORTS. — LE G P. A AD PAX. — l'EaFAM HÉBREU.
Jésus a-t-il compté, jusqu'au dernier moment, pour échapper à ses ennemis , sur un mouvement de la foule qui avait voulu le faire roi, ou même sur un miracle ? Nul ne le sait. Ce qu'il y a de certain, c'est que , sentant les spasmes de la mort et ne voyant ni miracle ni mouvement populaire, il fut pris d'un ineffable désespoir : « Mon Dieu! mon Dieu! dit-il, pourquoi m'avez-vous abandonné? — Et, poussant un grand cri, dit Matthieu, il expira. » Au point de vue de l'orthodoxie chrétienne, on ne comprend pas ce que c'est que Dieu qui reproche à Dieu de l'abandonner ; mais, pour ne point interrompre notre récit, nous renvoyons au dernier chapitre les réflexions que suggère cette incompréhensible exclamation. Bornons-
304 HISTOIRE ÉLÉMEXTAIIIE
nous ici à relever un détail qu'on ne saurait admettre sans en faire un terrible argument. Les évangélistes prétendent que les princes des prêtres, les scribes, les anciens du peuple assistaient au supplice et lançaient à Jésus des sarcasmes indécents. Si un historien s'avisait de raconter qu'un hérétique, ayant été condamné à mort, le pape et le collège des cardinaux, réunis sur la place de l'exécution, ont insulté le patient sur l'échafaud, qui le croirait? Eh bien, l'acte imputé au grand sanhédrin a la même vraisemblance. Cependant les Juifs ont affecté d'y croire, et rien ne s'explique mieux que cette apparente crédulité. D'après les évangélistes, les princes des prêtres disaient à Jésus : « Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi, sauve-nous, descends de la croix, et nous croirons en toi. » C'était proposer une épreuve décisive. Si à ce moment, comme le disent tous les auteurs juifs, Jésus, se détachant de la croix, se fut élevé dans les airs et montré dans l'éclat de sa majesté divine à ses bourreaux, à ses ennemis, à la foule accourue de tous les pays, quel coup de foudre! quelle irrésistible démonstration! Quel Juif, quel Romain ne serait pas tombé à genoux? Nul doute n'était plus possible; la vérité rayonnait à jamais sur la terre; sans lutte, sans effusion de sang, le monde était chrétien.
Au lieu de ce miracle qui rendait tous les autres inutiles et c[ui ne se fit pas , les évangélistes en racontent plusieurs qui éclatèrent , disent-ils , à la mort de Jésus. Le soleil s'éclipse, la terre tremble et se couvre de ténèbres, le voile du temple se déchire, les tombeaux s'ouvrent, les morts ressuscitent, entrent il Jérusalem après la résurrection de Jésus et se montrent à plusieurs personnes.
Examinons ces divers prodiges, en faisant remarquer d'abord que Jean, témoin oculaire, dit le quatrième Évangile, n'en raconte pas un; Luc, seul, parle de l'éclipsé de soleil, et son assertion est, dit-on, confirmée par le témoignage de Phlégon, qui s'exprime ainsi : « La quatrième année de la deux cent deuxième Olympiade, il y eut une éclipse de soleil, la plus grande cju'on eut encore vue. Il survint, à la sixième heure du jour, une nuit si obscure que les étoiles parurent dans le ciel. Il se fit, de plus, un grand tremblement de terre qui renversa plusieurs maisons de la ville de Nicée en Bithynie'^. n
Voilà, en effet, une éclipse de soleil et un tremblement de terre. Mais d'abord, Phlégon ne dit pas qu'ils aient eu lieu le même jour, mais la même année; ensuite, parce c{u'il y a eu un tremblement de