‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 147 sur 169 · Virg., Gcorg., lib. T, v. 4G6, eic · texte numérisé non relu

Virg., Gcorg., lib. T, v. 4G6, eic

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sion du sentiment religieux ou national, mais impossibles en physique et en astronomie, et nulles en histoire.

(( Les tombeaux s'ouvrirent, dit Matthieu, plusieurs corps des saints qui était morts ressuscitèrent, et étant sortis de leurs tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la cité sainte et furent vus de plusieurs personnes*. » Sans répéter ici ce que nous avons déjà dit de la résurrection des morts, nous pouvons affirmer qu'il n'y a rien dans l'Évangile de plus inadmissible que ce passage de Matthieu. Quels étaient ces morts? On n'en connaît pas un seul, on n'a jamais su leurs noms, quoique, selon l'évangéliste, ils se soient montrés à plusieurs personnes. Cependant, quoi de plus prodigieux, de plus propre à émouvoir les familles des ressuscites, et à laisser dans une ville de profondes et durables impressions? Avant tout, on a du demander à ces saints ressuscites des informations sur ce monde « d'où l'on ne revient pas, » et d'où ils revenaient miraculeusement. Le mystère de la mort a été dévoilé, l'éternelle question résolue, le grand peut-élre supprimé! Nulle- ]nent. Pas de question d'un côté, pas de révélation de l'autre. Les contemporains n'ont pas recueilli un seul

^. P.lcjllh., XXVII, o2, .'33.

mot, ni un oui ni un non de ces miraculeux revenants. Est-ce possible? Est-ce croyable?

Ces morts ressuscites séjournent dans leurs tombeaux jusqu'à la résurrection de Jésus , c'està-dire pendant deux jours. Que font-ils là pendant ces quarante-huit heures? Et ensuite, lorsqu'ils entrent dans la ville, comment s'y montrent-ils? Étaient-ils ressuscites nus ou vêtus? S'ils avaient des vêtements, il a fallu un second miracle pour les leur donner; et s'ils n'en avaient pas, où en ont-ils trouvé? Car il n'est pas supposable qu'ils se soient montrés nus dans les rues de Jérusalem. Ce miracle ne pouvait avoir qu'un but : prouver la divinité de Jésus et l'injustice de sa condamnation, et il aurait été infailliblement atteint si ces ressuscites se fussent montrés à Pilate et à tous les membres du grand sanhédrin. Aucun d'eux n'ayant rendu ce témoignage et tous ayant disparu sans laisser la moindre trace de leur résurrection, à quoi bon, nous ne dirons pas ce miracle, mais cette fjintastique invention de quelques chrétiens des premiers jours?

Pendant que les morts ressuscitent et que le soleil s'obscurcit, le voile du temple, dit Matthieu, se déchire du haut en bas. Lequel ? car il y en avait deux, l'un devant le Saint où les prêtres se tenaient, l'autre devant le Saint des saints où nul mortel n'entrait

SOUS peine de mort, excepté le souverain pontife, qui pouvait y pénétrer une fois par an, à la fête des Expiations. C'est le voile du Saint qui se déchira, dit saint Jérôme. Saint Cyrille prétend au contraire que ce fut l'autre, et c'est l'opinion générale des docteurs. Qu'en savent-ils, puisque l'Évangile ne le dit pas et qu'aucun auteur juif n'en parle? Dans son Epître aux Hébreux, saint Paul dit que le voile est la propre chair de Jésus, et qu'à travers ce voile nous a été frayé le chemin qui nous mène à la vie. Le voile qui se déchire à la mort de Jésus est donc la chair du Christ, laquelle en se déchirant devait nous ouvrir le chemin du ciel, dont le Saint des saints n'était que l'ombre. Par conséquent ce miracle est simplement une des allégories qui se rencontrent si souvent dans les Évangiles, comme nous l'avons déjà fait remarquer.

Pour n'oublier aucun des prodiges attribués à la mort de Jésus, rappelons une anecdote racontée par Plutarque dans son Traité de la cessation des Oracles et dont les auteurs chrétiens se sont emparés. Ne pouvant se dissimuler la décadence de la religion païenne, à laquelle il était très-attaché, Plutarque suppose que les Génies qui inspiraient les Oracles étaient mortels, et il explique ainsi l'histoire de Tliamus. Ce Thamus, pilote égyptien, naviguant vers r Italie et se trouvant entre Céphalonie et Corfou,

entend une voix qui l'appelle distinctement par son nom, et lui ordonne d'annoncer, lorsqu'il sera arrivé à une certaine distance, que le Grand Pan est mort. Au lieu indiqué l'ordre s'exécute, et un bruit confus de gémissements accueille cette triste nouvelle. Tibère, à qui elle parvient, veut en entendre le récit de la bouche même de Thamus ; ensuite il consulte les plus habiles personnages qui, après mûre délibération, déclarent que le Grand Pan est le fils de Mercure et de Pénélope. Telle est l'histoire que Plutarque rapporte, sur la foi du rhéteur ^Ëmilianus, qui assura.it avoir été témoin de l'événement sur le vaisseau de Thamus.

Par cette histoire chimérique, Plutarque avait voulu justifier son opinion sur la décadence des Oracles. Mais, comme la date de cette fable coïncide 5. peu près avec celle de la mort de Jésus, plusieurs Pères ont prétendu que le Grand Pan c'était Jésus lui-même, qui par sa mort avait détrait l'empire du démon, et ils ont trouvé là une explication de la chute des Oracles. La véritable explication, c'est que les Oracles ont cessé tout simplement parce que les peuples n'y croyaient plus.

Pour en finir, rapportons encore une autre fable forgée par les légendaires sur le témoignage de Cédrène et de Suidas. Auguste, déjà vieux, disent-ils,

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fit un voyage dans la Grèce pour demander à l'oracle de Delphes le nom de son successeur à l'empire. L'oracle se tut longtemps, mais enfin, vaincu à force de prières et de sacrifices, il fit cette réponse : « Un enfant hébreu à qui les dieux obéissent, et qui est Dieu lui-même, me force à sortir d'ici et à m'exiler tristement dans les enfers ; ainsi, César, retire-toi en silence de mes autels^. » De retour à Rome, ajoutent les auteurs de cette fable, Auguste fit élever dans le Capitole un autel magnifique avec cette inscription : Ara primogenili Dci, « autel du fils aîné de Dieu. » On ajoute même que cet autel fut érigé dans le même endroit où Auguste, averti par la Sibylle, avait vu dans les airs la figure de la Mère de Dieu rayonnante de gloire et tenant son fils dans ses bras. « Ce n'est là, visiblement, dit le père Colonia, Cju'un vain tissu de petits contes, tous plus frivoles les uns que les autres et qui n'ont le plus léger fondement ni dans les ouvrages des saints Pères, ni dans la bonne antiquité sacrée et profane 2. »

Cela n'a pas empêché la prétendue place de cet autel de devenir un objet de vénération officielle. L'an 1130, le pape Anaclet la fit entourer de quatre

•1. Nicopli., IIl^l. ccclcs.j, lih. ï, cnp. xvn. 2. Ijl rcliyion cfirclicnne autorisée par les païens^ t. I, p. 144.

coîonncs, et, en 1603, un évêque nommé Girolamo Cintelli y fit construire une magnifique coupole où la mémoire de cette fable de V Enfant hébreu était exposée à la dévotion des simples et à la critique des gens éclairés. Cette chapelle se voyait (nous ignorons si ella s'y voit encore) sur le mont Capitolin dans l'église d'ira Cœli^ près du grand autel'^.

\. Uoma moderna, p. 424. Rome, '16S9,

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