Praef. in lib. Euseb. de Locis Hebr., t. III, p
ciles. Dans la préface mise à la tête du premier volume des Conciles généraux^ les auteurs de ce recueil, publié à Rome l'an 1608, reconnaissent que ce code de l'Église ne nous est pas parvenu entier et déplorent que le temps, la négligence ou la fraude nous aient privés d'un si précieux trésor.
Est-il possible de se reconnaître au milieu de cette quantité d'écrits et de distinguer ceux qui appartiennent réellement aux anciens d'avec ceux qui leur sont faussement attribués? De fort savants hommes l'ont tenté, et nous avons là-dessus de bons livres, notamment V Apparat., d'Antoine Possevin; le Catalogue^ de Bellarmin ; la Moelle des Pères^ de Scultet; le Critique Sacrée d'André Rivet, etc. ; mais, outre que peu de personnes ont le temps, la volonté ou la faculté de consulter ces livres, ceux qui les liraient n'en seraient guère, en général, plus avancés. L'érudition de ces écrivains est grande, mais il est difficile de la contrôler; et cependant qui oserait recevoir sans examen leurs jugements et leurs assertions? Les uns sont catholiques, les autres protestants; ils plaident une cause, défendent un parti ; qui les jugera ? Il s'agit de rectifier ou de supprimer dans de vieux livres les inexactitudes et les erreurs qui, depuis plusieurs siècles, s'y sont mêlées, incorporées. Où sont les juges compétents et capables d'un tel
travail? Qui connaît assez l'histoire, l'hébreu, le grec, le latin? Il est assurément malaisé de contrefaire le style et l'allure d'écrivains tels que saint Jérôme, saint Ghrysostome et saint Augustin. Cependant d'habiles faussaires l'ont tenté. Admettons qu'un esprit éclairé reconnaisse la fraude, comment la découvrir lorsqu'il s'agit d'un esprit médiocre, sans caractère qui le distingue, ou surtout d'un auteur dont il ne reste aucun écrit reconnu pour véritable, tel que Denis l'Aréopagite ? Supposons, cependant, un auteur assez habile ou assez heureux pour résoudre cette difficulté; il n'a encore rien fait. D'autres difficultés l'attendent, bien autrement grandes que celles qu'il vient de surmonter. Quand il aura constaté l'authenticité des livres des premiers siècles, il faudra qu'il se débatte dans leur obscurité ; obscurité telle que saint Jérôme, le plus savant des Pères latins, a souvent dû renoncer à rien comprendre aux commentaires qui s'étaient faits avant lui ou de son temps, a II est plus difficile, dit-il, en parlant des commentateurs, d'entendre leurs explications que les choses qu'ils cherchent à expliquer 1. » Aussi les plus habiles critiques ont-ils eu toujours bien de la peine à faire un bon
4. Plerisque nimium disertis accidere solet, ut major sit intelligentiae difBcuItas in eorum explanationibus quam in iis quae explanare conantur. — Ep. 139, ad Cypr., t. II. p. 103.
10 HISTOITxE ELEMENTAIRE
ciloix entre les livres de l'antiquité chrétienne, à discerner les supposés, les altérés ou les faux d'avec les authentiques.
Peut-on espérer, du moins, que les livres des écrivains anciens aient seuls souffert des injures du temps et des hommes ? Les passions diverses qui ont fait porter la main sur tant d'œuvres vénérables se sont-elles arrêtées devant l'Écriture? Les Évangiles ont-ils le caractère d'authenticité évident et incontestable qui n'admet ni doute, ni hésitation, qui défie la critique la plus rigoureuse ? Ont-ils été mieux gardés, mieux copiés, plus exactement traduits, plus scru^ puleusement mis à l'abri de toute altération? Grecs, latins, orthodoxes, hérétiques, catholiques, protestants, les ont remués dans tous les sens, reproduits dans toutes les langues. A travers tant de siècles et tant de mains nous sont-ils arrivés, tels que les auteurs les ont faits? Et ces auteurs, les connaissons-nous d'une manière certaine? N'y a-t-il jamais eu de leur temps, ni en aucun temps, le moindre doute, la moindre contestation sur leur nom, la forme de leurs livres, la langue dans laquelle ils les ont écrits? Nous n'avons pas à examiner ici en détail ces questions débatlucs par les érudits de tous les temps, dans d'excellents livres qu'on ne lit plus. Nous nous bornons à les indi(|uer sommairement, pour montrer la
nécessité de faire avec les Évangiles ce qui s'est fait avec toutes les histoires de l'antiquité, c'est-à-dire de les soumettre à une critique sévère. Nous ne devons avoir d'autre guide que la raison rigoureuse, qui examine les faits en eux-mêmes, rapproche les circonstances, compare les récits et confronte les témoignages : travail difficile, souvent aride, mais sans lequel la science historique n'existe point.