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Il est difficile de savoir au juste ce qu'était ce Joseph d'Arimathic. Luc le qualifie de décurion, Marc d'un terme (boulent icôs) qu'on peut traduire également par noble centurion ou noble conseiller, ce qui laisse ignorer s'il l'était d'Arimathie ou de Jérusalem; Matthieu dit simplement qu'il était riche et disciple de Jésus, mais « disciple secret, cUt Jean, parce qu'il avait peur des Juifs. » Dans tous les cas, c'était évidemment un homme riche et considérable, beaucoup moins riche et considérable, cependant, que Nicodème. Celui-ci, qui s'était converti, dit-on, h la suite d'un colloque nocturne r.vec Jésus, était prince des Juifs, c'est-à-dire membre, sinon président, du grand conseil de Jérusalem. 11 passait pour l'homme le plus riche de cette ville, et sa fille, d'un luxe proverbial, apportait en dot un million de deniers d'or. 11 prit part à la guerre de l'an 67, et sa fille, prisonnière des Romains, fut vendue à des Africains qui lui firent garder leurs troupeaux.
Se figure-t-on ces deux hommes si considérés pour leur fortune et leurs dignités, ces deux magistrats revêtus des plus hautes fonctions, allant au Golgotha, malgré les bienséances que ces fonctions leur imposent, et là, seuls, sans aide, sans domestique, devant la foule indilTérentc ou hostile, abattant la croix d'un supplicié, détachant le corps, l'cnve-
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loppant, et rensevelissant après l'avoir embaumé? Aujoarcriiui, avec le prestige qui entoure le nom de Jésus, et lorsque dix-huit siècles ont effacé l'opprobre de la croix, l'acte peut paraître beau, mais alors I Joseph, dit le quatrième Évangile, élait un disciple de Jésus, mais il ne l'avouait pas, de peur des Juifs. Mais s'il en avait peur quand Jésus était vivant, entouré de disciples, acclamé par la foule, pourquoi les brave-t-il quand Jésus, mort d'un supplice réputé honteux, est encore cloué entre deux criminels? C'était condamner publiquement la sentence du grand sanhédrin et s'attirer la haine des Pharisiens, intempestivement pour Jésus, imprudemment pour lui-même; car il faut remarquer qu'il ne croit pas que Jésus soit Dieu, puisqu'il l'embaume.
Ce qui n'est pas moins étonnant, c'est la conduite des trois femmes qui ont suivi Jésus depuis la Galilée. Elles assistent, disent Marc et Luc, à toutes les opérations de ?ucodème et de Joseph, elles s'assurent de l'endroit où Jésus est déposé, vont ensuite acheter des parfums, et le lendemain, au point du jour, elles retournent au tombeau pour embaumer le corps. Comment peuvent-elles songer à l'embaumer, puisqu'elles ont vu Joseph et Nicodème le faire avec un si grand luxe, et le corps de Jésus couvert de cent livres de myrrhe et d'aloès ? Cette préoccupation
qu'ils ont tous de rembaumer prouve du moins que nul ne croyait à sa résurrection.
Un contraste qui doit être remarqué, c'est celui de ces trois femmes, fidèles jusqu'à la tombe, qui aiment et veulent embaumer mort celui qu'elles ont aimé et parfumé vivant; et de ces apôtres qui ont répondu si hautement de leur fidélité, et qui, après avoir abandonné Jésus à Gethsemani et l'avoir renié chez Caïphe, sont maintenant en fuite, dispersés, cachés. Sauf Jean, s'il faut en croire le quatrième Évangile, pas un n'a osé suivre Jésus au Golgotha, pas un n'a songé à disputer à Joseph et à Nicodème l'honneur d'ensevelir le Maître détaché de la croix, pas un ne s'est associé à ces courageuses femmes. L'histoire offre peu d'exemples d'une pareille défaillance.