Assem., Bib. Orient., t. TU, p
2. Eusob. Ilist. écoles., III, 2. — Tillemont, Mém. pour servir à l'Hisl. ecclés., t. I, p. G07 à G09. — Notes sur S. Paul.
rêveries de Cérinthe, et notamment à Népos, évêque savant et honoré, saint Denis, évêque d'Alexandrie dans le iii^ siècle, convoque tout ce qu'il y avait en Egypte d'ecclésiastiques habiles et délibère avec eux pendant trois jours sur l'authenticité de l'Apocalypse. Il avoue que plusieurs de ses prédécesseurs l'ont (( non-seulement rejetée, mais réfutée, » soutenant qu'il n'y avait ni raisonnement ni bon sens, que le titre en était faux puisqu'on y trouvait non une révélation, mais les ténèbres de l'ignorance et les rêveries que Cérinthe avait publiées sous le nom de saint Jean. Quant à lui, il n'est pas de cet avis. Convaincu que le livre a un sens mystérieux, et cache sous des images terrestres des vérités spirituelles, il n'ose le rejeter, mais il affirme et tâche de prouver qu'il n'est pas du même Jean qui a écrit l'Évangile et une lettre canonique ^, tant il y a de différence dans le style, le sens et les pensées. Saint Jérôme, qui recevait l'Apocalypse, dit c[ue la plupart des Églises grecques la rejetaient. Amphilochius, sans l'attribuer à Cérinthe, refuse de l'insérer dans les saintes Écritures et dit qu'elle est généralement « plus rejetée que
i . Aujourd'hui l'Église en a trois, mais on voit que saint Denis n'en reconnaissait qu'une.
%. Voir, pour les détails et généralement pour les auteurs dc3
IG IIISTOirxE ELEMENTAIRE
Les critiques les plus habiles de la primitive Église, des théologiens orthodoxes, avaient donc sur certains livres du Nouveau Testament des opinions opposées à celles que l'Eglise a imposées plus tard. Entre ceux que l'ancienne Église recevait avec vénération et sur lesquels la moderne a changé de sentiment, je me borne à citer : le Livre d'Enoch, le Pasteur d'Hermas, la prétendue Lettre d'Abgare à Jésus et la Réponse de Jésus à Abgare, les Apocalypses de saint Pierre et de saint Paul, les Actes de Paul et de Thècle, l'Histoire du combat apostolique d'Abdias, l'Histoire de Joseph le charpentier, les sept Épîtres de saint Ignace, les deux de saint Clément, celle de saint Barnabe, celle de saint Polycarpe, le Testament des douze patriarches, l'Ascension d'Isaïe, le quatrième Livre d'Esdras et le Livre des Sibylles.
Le livre d'Enoch a eu un long et grand crédit. L'Épître attribuée à saint Jude en cite un passage relatif au jugement universel, et la deuxième Épître attribuée à saint Pierre, un autre passage sur les anges déchus 1. Les Pères de l'Église, notamment saint Clément d'Alexandrie et saint Irénée, en parlent avec
trois premier.'? siècles, Nouv. hibliol. ecclés., par ElIiesDupin,. t. I. Taris, 108G.
\. Hj.i^f. eath. B. Ju(l;o, versets 14, 15. — II Epist. B. Pétri,. II. 4.
respect; saint Jérôme le regarde comme un livre inspiré et croit qu'il a été sauvé du déluge, et plusieurs Pères ont pris là leur opinion sur le commerce des anges avec les hommes, lequel a produit la race des géants. Richard Lawrence, professeur d'hébreu à Oxford, qui a publié une traduction de ce livre, croit qu'il a été écrit par un Juif probablement mal converti et mal instruit, qui a rassemblé de fausses traditions judaïques pour amener les Juifs à la nouvelle religion '•-.
Parmi les apocryphes, aucun n'a eu l'autorité du Pasteur. Du temps d'Eusèbe on le lisait publiquement dans les églises. Hermas, son auteur, est le même que saint Paul salue dans son Épître aux Piomains^. Grec d'origine, il s'établit à Piome sous le pontificat de Clément. L'ambition de ses fils troubla l'Église, la légèreté de sa femme affligea sa famille et dérangea ses affaires. Sa faiblesse ayant augmenté le désordre, il demanda pardon à Dieu , et fut récompensé de sa piété par des visions qui forment le sujet du Pasteur j divisé en trois parties et ainsi nommé, parce que dans la seconde partie l'ange de la pénitence apparaît à Hermas sous la forme d'un berger.
1. Rich. Lawrence, the Book of Enoch t/ie prophète S'^ édit. Oxford. In-S", 1838.