‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 31 sur 169 · Euseb. Jllst. ccclcs., lil). III, ciip. xix · texte numérisé non relu

Euseb. Jllst. ccclcs., lil). III, ciip. xix

ciel, mais il ne conteste pas sa bonne foi, et ici la bonne foi suffit. Papias avait vécu dans l'intimité des amis et des disciples des apôtres, il parle de choses qui se passent sous ses yeux, et sur une question de fait son témoignage a de l'autorité. Or, il résulte de son témoignage que de son temps, c'est-à-dire de 120 à 160 ou 170, il existait plusieurs traductions de l'Évangile de Matthieu plus ou moins défectueuses. Et quoi qu'en dise Eusèbe, il était compétent, puisque, pour apprécier l'exactitude d'une traduction, il suffit de connaître les deux langues. Comment savonsnous, et qui oserait affirmer que la traduction grecque que nous avons et qui remplace l'original perdu, est la meilleure et la plus exacte ?

Richard Simon, une grande autorité en ces matières, pense que celui qui a traduit l'original du premier Évangile, l'a abrégé en plusieurs endroits et qu'il a souvent traduit le sens plutôt que les mots. (( Au moins, dit-il, il semble qu'il ait usé de cette liberté dans les passages du Yieux Testament qui y sont cités et qui ont plus de conformité avec la version grecque des Septante qu'avec le texte hébreu. Il n'y a cependant guère d'apparence que saint Matthieu, écrivant son Évangile pour les Hébreux qui lisaient la Bible en hébreu dans leurs synagogues , ait rapporté les passages du Vieux

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Testament autrement qu'ils ne les lisaient dans leurs exemplaires ^. » Plusieurs critiques modernes, cori- T firmant Topinion de Richard Simon, ont établi, par des considérations et des rapprochements philologiques, que la traduction grecque était souvent fautive et que le traducteur avait dCi se servir d'un texte vicieux, ou être insuffisamment versé dans la langue originale.

Pour résoudre cette difficulté, Érasme, OEcolampade, le cardinal Cajétan, Basnage, Fabricius, etc.-^ ont soutenu que Matthieu avait écrit son Évangile en grec, mais ils ont été péremptoirement réfutés ^, et ils ont contre eux le témoignage constant de toute Tantiquité. D'où il résulte que nous n'avons pas le texte original de l'Évangile attribué à saint Matthieu, et que la traduction qui nous reste a subi de nombreuses altérations. Une importante remarque à faire, c'est que saint Jérôme, c|ui assure avoir vu un exemplaire de cet Évangile en hébreu, fit sa révision sur le grec et non sur l'hébreu, parce que déjà de son temps le

i. Richard Simon, Ilist. cril. du texte du A'ouv. Test.,. U 111. j). OS.

2. Voir, pour un abrégé de ce qui s'est dit sur cette question : Fabricius, Codex apocryp. Nov. Test., t. I, p. Mj-3, 3oG.

A. Ricli;iid Simon. Ilist. crit. du texte du \ouv. Test., t. I, (h. \ "\ \:. i>. '.' i\ 7!.

texte avait été corrompu et n'offrait plus de suffisantes garanties d'authenticité.

Papias ayant parlé d'un recueil de discours ou sentences de Jésus (>^oyià), on a prétendu que ce recueil était tout simplement l'Évangile qui porte le nom de Matthieu. Cette opinion est très-fortement réfutée par MM. Réville et Reuss^, et quand on a lu attentivement tout ce qui s'est écrit là -dessus on reste à peu près convaincu que le premier Évangile canonique a été composé d'abord avec l'Évangile écrit d'après les souvenirs de la prédication de saint Pierre, ensuite d'après un recueil de sentences dont Matthieu était l'auteur, et enfin que ces deux documents, fondus ensemble par un chrétien inconnu, ont formé l'ouvrage qui s'est appelé l'Évangile selon saint Matthieu 2.

L'Évangile de Marc, où l'antiquité n'a vu qu'un recueil des prédications de saint Pierre, n'offre pas moins de difficultés que celui de Matthieu. La plupart des Pères assurent que Marc, « disciple et interprète de Pierre », l'a écrit à Rome à la prière des chrétiens de cette ville. C'est l'opinion de Papias, suivie

4. Réville, Éludes critiques sur l'Évangile selon saint Matthieu j"^. 53 à 61. — Reuss, Nouv, Revue de théologie , t. 11^ p. 40 à 4ô.

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