Michel Nicolas, Études crit. sur la Bihle^ p
52 HISTOIRE ÉLÉMEîSTAIRE
par Tertullien, saint Jérôme et saint Grégoire de Nazianze. Saint Jean Chrysostome, au contraire, dit que Marc a écrit son Évangile en Egypte pour répondre au désir des disciples qu'il y avait faits. On est généralement d'accord qu'il l'a écrit en grec, mais Baronius soutient qu'il l'a composé en latin. Quelques auteurs disent qu'il avait saint Pierre pour garant de l'autorité des choses qu'il écrivait, et que l'autorité de l'apôtre accrédita l'ouvrage du disciple. Saint Irénée, au contraire, assure que Marc n'écrivit son Évangile qu'après la mort de saint Pierre et de saint Paul. Enfin, saint Augustin ne considère Marc que comme un abréviateur de l'Evangile de Matthieu. Examinons ces diverses opinions.
Les auteurs qui prétendent que Marc a écrit son Évangile à Piome se contredisent les uns les autres. Ils disent qu'il écrivit les prédications de saint l^ierre à la prière des Romains, et saint Pierre qui était présent le savait cependant si peu qu'il eut besoin, pour en être informé, d'une révélation divine. Singulière . révélation qui apprend à Pierre ce qui se passe sous ■'ses yeux, à la prière d'un peuple dont il est le pasteur. Ecs mcincs auteurs prétendent que cet Évangile fut composé en /i5, lorsque saint Pierre était à Rome. L'erreur est manifeste. En /|5, c'est Claude qui régnait, et si saint Pierre est allé à Rome, c'est seule-
ment sous l'empire de Néron, et alors Marc était en Egypte où il fondait l'Église d'Alexandrie. Saint Irénée a donc très -probablement raison : Marc n'a guère pu écrire son Évangile qu'après la mort des apôtres, pour instruire et affermir ses disciples comme saint Chrysostome l'assure formellement. Et alors on peut imaginer combien de choses il a dû oublier ou rapporter approximativement. Papias luimême qui, cependant, le fait écrire du vivant et sous les yeux de saint Pierre, avoue qu'il a rapporté les faits (( selon qu'il s'en souvenait sans garder l'ordre des paroles et des actions de Jésus ^. »
Quant à l'opinion de ceux qui veulent que Marc ait écrit en latin, elle est appuyée sur des considérations très-faibles, et combattue par des raisons excellentes. Baronius, le premier qui l'ait soutenue, a contre lui, non-seulement, comme il le reconnaît, saint Jérôme et saint Augustin, mais toute l'antiquité qui a cru d'un commun consentement que Marc a composé son Évangile en grec. Lorsque saint Jérôme voulut corriger le texte latin de cet Évangile, il eut recours non à d'anciens exemplaires latins, mais aux exemplaires grecs, qui étaient en effet les originaux 2.