Daniel, vu I i
Marie. Ces dissidences entre les deux évangélistes sur un épisode si essentiel de l'histoire de Jésus s'expliquent difficilement. Matthieu avait connu personnellement Jésus et Marie ; est-il admissible, à supposer qu'il soit l'auteur de l'Évangile qui porte son nom, qu'il ait ignoré les détails si intéressants et si importants rapportés par Luc ? Et Luc, qui a conversé avec les apôtres, qui a pu connaître la mère et les frères de Jésus, et qui a rédigé son Évangile après avoir consulté les témoins les plus sijrs et les documents les plus authentiques, comment a-t-il pu ignorer les circonstances rapportées par Matthieu ? Il raconte minutieusement la conception et la naissance de Jean-Baptiste, est-il croyable qu'il n'eût rien dit de la révélation faite à Joseph, s'il eût connu cette révélation qui complétait si bien son récit ?
Il est clair que ces deux narrations sont une même légende que chacun des évangélistes raconte à sa manière. Dès que les premiers chrétiens commencèrent à parler de la conception miraculeuse de Jésus, on leur demanda naturellement comment ils savaient que cette conception était Tœuvre du Saint- Esprit. A une époque où le peuple admettait tous les miracles et croyait à l'intervention des êtres surnaturels, la réponse était facile. On dit qu'un ange était venu révéler le mystère. A qui Tavait-il révélé '' Les
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uns prétendirent qu'il s'était montré en songe à Joseph ; d'autres, trouvant cette explication peu satisfaisante, mirent en scène IMarie elle-même. Trois anges avaient annoncé à Abraham la naissance d'isaac^, un ange avait annoncé à Manué la naissance de Samson ^ , on imagina l'apparition de l'ange à Marie, et comme l'usage s'était introduit de donner un nom à ces êtres surnaturels, on appela celui-ci Gabriel, qui a une racine commune avec la vertu du Très-Haut dont la vierge devait être enveloppée.
L'enfant miraculeux, disent Matthieu et Luc, devait être appelé Jésus. Selon les prophètes, le Messie devait porter « un nom nouveau ^. » Or, le nom de Jésus étant chez les Juifs aussi commun que le sont parmi nous ceux de Jean, de Pierre et de Paul, ne peut pas être le nom extraordinaire annoncé par les prophètes. On prétend trouver ce nom dans un passage d'Isaïe que Matthieu cite presque textuellement en ces termes : a Or, tout cela arriva pour l'accomplissement de ce que le Seigneur avait dit par le prophète : voilà qu'une vierge concevra et enfantera un fils à qui l'on donnera le nom d'Em-