‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 52 sur 169 · Id., xLix · texte numérisé non relu

Id., xLix

c'est à Nazareth où il avait été élevé, où il avait grandi et exercé la profession de son père. Or, pour les habitants de Nazareth, il était parement et simplement fils de Joseph et de Marie, et il résulte de l'ensemble des Évangiles que c'était là la croyance générale.

Saint Paul a prononcé bien des discours, notamment à Antioche dans la synagogue, à Césarée devant Félix et Agrippa, à Athènes dans l'aréopage, on n'y trouve pas un mot de la virginité de Marie. Et certes, lorsqu'il parlait aux Athéniens du Dieu inconnu, l'occasion était favorable pour annoncer l'incarnation de Jésus, sa conception par la vertu du Saint-Esprit et sa naissance d'une vierge. Le silence de saint Pierre n'est pas moins absolu. Il parle de Jésus à Corneille et aux Anciens du peuple, il fait deux discours à la foule : l'un en quittant la retraite où les apôtres s'étaient cachés après l'arrestation de Jésus, l'autre à l'occasion du boiteux qui se tenait à la porte du temple ; il n'y est point parlé de la virginité de Marie. Et Jésus, comment expliquer que dans ses discussions avec les Pharisiens, ses discours à la foule qui le suivait, ses épanchements avec les apôtres, il n'ait jamais rien dit de ce miracle si glorieux pour sa mère ?

Ces légendes de vierges-mères, ces conceptions mystérieuses, cette union de la virginité et de l'enfante-

ment, sont communes à toutes les religions. Dans la cosmogonie chinoise, Loui-tzu, mère de Chao-Hao, devient grosse à l'aspect d'une étoile. L'apparition d'une nuée miraculeuse rend enceinte Fou-Pao qui donne le jour àHoang-ti. Hou-su, surnommée la fleur attendue, ou la fille du Seigneur, se promenait sur les bords d'un fleuve; une émotion subite la saisit, un arc-en-ciel l'entoure, et Fo-Hi naît au bout de douze ans. Niu-Oua, la plus célèbre des viergesmères de la Chine, surnommée la souveraine des vierges, pouvait revêtir soixante-dix formes différentes en une seule journée.

Ce qui distingue la religion indienne, c'est l'usage qu'elle fait de la théorie des incarnations. Wichnou s'incarne toutes les fois que sa présence est nécessaire pour combattre l'erreur et faire triompher la vérité. Dans le Maha-Bhârata, poëme sacré des Indiens, se trouve une légende semblable à celle de l'ange qui annonce à Zacharie la naissance de Jean-Baptiste. Asvapatis, roi de Madras, vieillard pieux, gémit de n'avoir point d'enfant et pour en obtenir s'impose pendant dixhuit ans des pénitences si rigoureuses, de si rudes exercices de piété, que la déesse Sâvitri, touchée à la fin de sa douleur, prend une forme corporelle, lui apparaît et lui dit que, pour le récompenser de sa ferveur, clic est prête à lui accorder la grâce qu'il am-

bitionne le plus. Asvapatis demande un enfant. « J'ai prévenu ton désir, répond la déesse, j'ai supplié le Grand-Père et obtenu que tu deviennes père d'une fille remplie de perfections. » Asvapatis ne fait point d'objection, comme Zacharie, et se borne à dire : « Que ta promesse s'accomplisse le plus tôt possible! » Elle s'accomplit en effet, et la jeune fille étant un don de Sâvitri s'appela également Sâvitri. Elle devint un modèle de vertu et se concilia la faveur des dieux à un tel point que son mari Satjavam étant mort, et le dieu des morts Jatmas étant venu pour l'emporter, elle l'attendrit si bien par ses supplications qu'il lui rendit son mari après l'avoir ressuscité.

La croyance à ces chimériques incarnations s'explique facilement chez les peuples dont l'imagination, égarée par de grossières superstitions, se plaisait à découvrir des merveilles dans les phénomènes les plus simples de la nature. Mithra, Horus, Adonis avaient été enfantés par des vierges fécondées par la Divinité. C'était une opinion populaire dans Athènes que Platon était né du commerce d'Apollon et de Périctionei. Dans son livre sur les Choses divines^ Asclépiade raconte qu'Atia, mère d'Auguste, étant allée, au milieu de la nuit, dans le temple d'Apollon

-1. Apulée, de la Doctrine de Platon, 1. I, § 1.

pour y faire un sacrifice solennel, le dieu sous la forme d'un serpent se glissa dans la litière, qu'Auguste naquit dans le dixième mois et passa pour le fils d'Apollon. Depuis le jour de cette mystérieuse conception, Atia eut sur le corps l'empreinte d'un serpent que jamais elle ne put effacer^.

Les Juifs rapportèrent de l'exil une partie des doctrines religieuses et philosophiques des peuples au milieu desquels ils avaient vécu en Perse, dans la Médie et les régions situées entre la mer Caspienne et le Pont-Euxin. C'est avec les éléments de ces doctrines que s'est formée la croyance à l'incarnation surnaturelle de Jésus. Une secte de Gnostiques, demichrétiens, avait une vierge appelée Bar-Bel, fille du Dieu caché, du Père inconnu, et dans laquelle s'était incarné un Éon qui devait être le Christ ou le Messie. Des sectaires, qui poussaient ainsi le spiritualisme jusqu'au mysticisme le plus fou, ne pouvaient pas, même en reconnaissant Jésus pour le Verbe incarné, admettre qu'il fut né d'un impur rapprochement.

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