‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 54 sur 169 · Taciti, Annal., lib. I, cap. ii · texte numérisé non relu

Taciti, Annal., lib. I, cap. ii

3. SiK'ton!', fil. xwn. — Ccnsum populi lor cgit, primum oc tcrliinii cum colloizn, mcdiiim soins.

brement général de tout l'empire; ils étalent limités au recensement du peuple romain, le mot popidus tout seul indiquant le peuple romain, c'est-à-dire le peuple par excellence, de même que le mot urbs tout seul désignait Rome. D'ailleurs, et ceci est concluant, de ces trois recensements rappelés par Suétone aucun ne correspond à Tépoque dont parle le troisième Évangile. Le premier eut lieu l'an 726 de Piome, le deuxième l'an 710, le troisième l'an 757, c'est-à-dire le premier 24 ans, le deuxième 10 ans avant la naissance de Jésus, le troisième 17 ans après.

Pour répondre à ces objections^ on a prétendu que Luc avait voulu parler d'un recensem.enf particulier de la Palestine. Quoique les mots universus orbis soient très-explicites, admettons qu'ils désignent seulement la Palestine, les difficultés ne sont guère moindres. A la naissance de Jésus, la Palestine, depuis le Liban jusqu'aux frontières de l'Egypte, et depuis les frontières de l'Arabie jusqu'à la Méditerranée, formait un royaume tributaire des Romains, mais gouverné parHérode, que le sénat avait investi de tous les droits de la puissance souveraine. Il est donc inadmissible qu'Auguste ait voulu se mêler de l'administration d'un royaume qui n'entrait pas dans l'ensemble des provinces romaines.

L'évangéliste dit que chacun allait se faire inscrire dans sa ville natale, ce qui indique un recensement à la manière hébraïque, c'est-à-dire par famille et par tribu. Or, à l'époque dont il s'agit, la distinction des familles et des tribus n'existait plus depuis longtemps. Même avant l'exil, les tribus de Juda et de Benjamin s'étaient confondues et n'en faisaient plus qu'une seule, les dix tribus d'Israël s'étaient mêlées entre elles et avec les étrangers, et après que Nabuchodonosor eut ravagé la Judé^, ceux qui ne furent ni massacrés ni menés en exil, ne trouvant plus dans leur pays aucun moyen d'existence, se réfugièrent en Egypte. Au milieu des bouleversements produits par les émigrations et les conquêtes, les registres publics périrent, les castes et les familles se mêlèrent tellement qu'il devint impossible de savoir à queile tribu un homme appartenait. Cinquante mille individus à peine, dont sept mille trois cent trente-sept serviteurs ou esclaves, revinrent de l'exil. Sur ce nombre, cent vingt-trois seulement étaient de Bethléem et ils périrent tous dans les invasions et les dévastations qui dépeuplèrent la Judée sous Alexandre, Ptolémée-Lagus et les rois de Syrie, jusqu'au règne d'Hérode. Par conséquent, prétendre que les Juifs allaient se faire inscrire dans telle ou telle ville parce qu'ils étaient de telle famille ou de

telle tribu est une assertion contredite par l'histoire. D'ailleurs, le recensement' ayant pour but la répartition des impôts, et le gouvernement romain tenant à connaître le nombre des habitants et nullement leur origine, chacun se faisait inscrire dans la ville oii il avait son domicile. Quelquefois, mais par de rares exceptions, les peuples de l'Italie furent forcés de se rendre à Rome ^. Mais, généralement, pour épargner aux habitants les ennuis et les frais d'un déplacement, le recensement se faisait au domicile de chacun.

Quant au dénombrement de Cyrinus , il porta sur les biens et non sur les personnes. Flavius Josèphe, contemporain des apôtres et historien si exact pour les choses de son temps, le dit formellement. Il raconte qu'Auguste, après avoir exilé Archélaùs, confisqué ses biens et réuni ses États à la Syrie, donna le commandement de cette province à Cyrinus, avec ordre d'y faire le dénombrement « de tous les biens des particuHers^. » Dans l'opinion des Juifs, un dénom- \ brement était un sacrilège, un acte d'intolérable ty- I rannie, et celui de Cyrinus provoqua une insurrection. 'Excité par Judas le Gaulonite et par un pharisien nommé Sadoc, le peuple, convaincu qu'on voulait par

^. Tite-Live, xxxviii, 36.

2. Josèphe, Antiq. jiid. , liv. XVII, ch. xv, à la fm, et liv. XVI !I, ch. 1.

os HISTOIRE ÉLÉMENTAIRE

le recensement le réduire en servitude, se souleva et commit d'horribles excès. D'après Tévangéliste, au contraire, le recensement se fit régulièrement et sans provoquer de résistance. Son récit est donc, de tout point, en contradiction avec l'histoire. Premièrement, il parle d'un recensement universel dont il n'y a de traces nulle part; deuxièmement, il fait exécuter un édit romain selon les anciennes institutions judaïques ; troisièmement, il fait coïncider le recensement de Cyrinus avec la naissance de Jésus, coïncidence impossible, s'il est vrai que Jésus soit né dans la dernière année du règne d'Hérode.

Mais en quelle année Jésus est-il né? Ici encore se présentent d'insolubles difficultés. Les plus savants commentateurs de l'Écriture, les plus illustres chronologistes ont examiné la question, et employé, pour la décider, tout ce que l'histoire et l'astronomie leur fournissaient de lumières. Quelques-uns, tels que Vaillant et Fontanu, ont cru trouver une décision plus exacte dans les médailles antiques. Tous, excepté le père Ilardouin, conviennent que la naissance de Jésus ne coïncide pas avec l'ère vulgaire. Mais de combien ! d'années l'a-t-clle précédée? L'opinion la plus pro- ' bable est que Jésus est né l'an 6 avant l'ère vulgaire, mais il est impossible de le prouver par un calcul qui ne soulève pas de graves objections. Galvisius et

Mœstlin comptent cent trente- deux systèmes, et Fabricius à peu près deux cents. Les Bénédictins considèrent comme les deux points extrêmes de la con- : troverse les années de Rome 7i6 et 756 , et dans cet intervalle de dix ans ils réduisent à huit les diverses opinions, aussi contestables les unes que les autres; car, dit Daunou dans sa Chronologie technique^ « les arguments de chac{ue auteur sont bien plus décisifs contre le système qu'il combat que pour le système cju'il soutient^. »

Il est sans doute inutile d'ajouter qu'on n'a pas mieux réussi h découvrir le jour que l'année de la naissance de Jésus. Dès les premiers siècles, les conjectures à cet égard ont été infinies. Les uns le faisaient naître le 11, d'autres le 15 de Tubi (6 et 10 janvier) , d'autres le 24 ou 25 Pharmuti (19 ou 20 avril), d'autres le 25 Paclion (20 mai). Un des plus savants Pères de l'Église, Clément d'Alexandrie, croit qu'il est né le 25 mai, et cette opinion, qui paraît la plus vraisemblable, peut être justifiée par le passage du troisième Évangile où il est dit que les \ bergers, à ce moment, parquaient à la belle étoile, ' ce qu'ils n'auraient pu faire en Judée au mois de décembre. En Orient, cependant, on a placé la nais-

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