‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 55 sur 169 · Daunou, Chronclogie (ccJmique, t. ï, p · texte numérisé non relu

Daunou, Chronclogie (ccJmique, t. ï, p

sance de Jésus au 8 janvier et longtemps célébré la fête ce jour-là. Euthychius, patriarche d'Alexandrie, qui écrivait vers l'an 900, dit que les Égyptiens regardaient cette date comme la seule vraie. Les Grecs et les Éthiopiens ont été de même avis. Joseph Scaliger rejette toutes ces opinions et dit que ce qu'il y a de plus probable c'est que Jésus est né à la fin de septembre ou au commencement d'octobre. Après avoir pesé toutes les probabilités, résumé ou textuellement reproduit tous les calculs, Bynaeus se range à l'opinion d'Abraham Scultet, qui termine ainsi un long travail sur cette question : « L'Écriture se taisant là-dessus, taisons-nous nous-même ^. »

L'Église a longtemps célébré le 6 janvier la naissance de Jésus. En 375, saint Jean Ghrysostome parlait de l'établissement de la fête de la Nativité au 25 décembre comme d'un usage qui ne faisait que commencer en Orient. Vers le vi' siècle, cet usage devint général , ce qui s'explique par les concessions que les chrétiens durent faire aux habitudes des populations nouvellement converties. Ces populations passèrent au christianisme, dit M. Beugnot 2. u avec le

1. Ant. Rynœi de Nalali J. C. lib. I, cap. iv, § U, p. 403 à 414; Dauiiou, Clironoloqie technique, t. I, p. 4o2 à 464.

2. Bougnot, Ilisl. de la destruclion du par/anisfue eu Occident, t. II, p. 2G4.

bagage de leurs croyances et de leurs pratic{ues superstitieuses. )) La plupart se convertissaient dans leur vieillesse, et malgré leur abjuration étaient toujours païens par leurs mœurs, leurs goûts, leurs préjugés. Le polythéisme leur avait donné la passion des fêtes publiques ; ils n'auraient pas compris un culte privé de l'appareil des cérémonies pompeuses, des grandes processions, de l'éclat des lumières, de chants harmonieux, de l'odeur de l'encens. L'Église chrétienne n'aurait pas impunément contrarié ces dispositions ; aussi ne l' entreprit-elle pas. Par un très-habile calcul, elle emprunta à la religion qu'elle renversait toute la partie extérieure du culte, les tuniques et les surplis, la musique des temples, les processions, les litanies, toutes les pompes des sacrifices. Elle purifia les cérémonies , en changea la signification , mais en les conservant elle conserva aussi les époques où la plupart d'entre elles étaient célébrées. Les Lupercales avaient lieu durant les calendes de février; l'Église *fixa au 2 février la fête de la Purification chrétienne. Les gens de la campagne s'obstinaient à célébrer les Ambarvalia; l'Église établit les Rogations, qui, pour la forme, étaient absolument la même chose que les Ambarvales.

Mais de toutes les fêtes de la religion romaine les plus populaires étaient celles des Saturnales, qui

duraient sept jours, y compris les quatre des fêtes Sigillaires, ainsi appelées à cause de certaines petites figures en terre cuite qu'on offrait à Saturne, et dont il se faisait un grand commerce à la porte des temples et sur les places publiques. La plus extrême liberté régiiait pendant ces fêtes qui , au milieu des débordements de la joie la plus licencieuse , symbolisaient de fort nobles idées : la condition du pauvre adoucie par des présents, les riches et les pauvres rapprochés dans les banquets publics, l'égalité rétablie entre les maîtres et les esclaves, le retour à l'abondance et au bonheur dont le monde avait joui sous le règne de Saturne. L'esprit des cérémonies païennes étant en quelque sorte renfermé tout entier dans ces fêtes, l'Eglise d'Occident en prit occasion de placer à la même époque la naissance de Jésus, et la fête de Noël fut célébrée par les populations nouvellement converties comme une extension de celle des Saturnales.

Nous ne connaissons donc ni le jour, ni l'année de la naissance de Jésus. Connaissons -nous du moins avec certitude l'endroit oii il est né? Nullement. Pour les contemporains, Jésus était notoirement de Naza-' reth. C'est comme Nazaréen qu'il est envoyé par Pilate à Hérode; la qualification de Nazaréen lui est donnée dans la sentence de mort et conservée longtemps par ses propres disciples. 11 est constant que

son père, sa mère et ses frères avaient leur domicile à Nazareth, et que tous ses parents étaient de Nazaretli, de Capharnaùm ou des environs. Selon toutes lies probabilités, il est né à Nazareth. Mais, d'après les prophéties, le Messie devant sortir de la maison de David et de Bethléem, ville natale de David, on eut recours à la légende qui fit naître Jésus à Bethléem de Juda. Cette légende fut présentée de deux manières différentes. Dans le premier Évangile, on supposa que Joseph et Marie séjournaient habituellement à Bethléem, et c{ue pour soustraire leur fils aux mauvais desseins d'un tyran ils se transportèrent à Nazareth. L'auteur du troisième Évangile supposa, au contraire, que Joseph et Marie, originaires de Bethléem, habitaient Nazareth, et c|ue Jésus naquit à Bethléem, par hasard. Pour établir cette hypothèse. il rappela le souvenir d'un recensement exécuté contrairement aux usages judaïques, et qui avait provoqué dans la Galilée une sédition d'où sortit le fameux parti des Zélateurs, dont la rébellion, un demi-siècle plus tard, causa la ruine de Jérusalem. Mais cette légende fourmille d'invraisemblances et d'impossibilités.

D'abord, on ne comprend pas que Marie, arrivée aux derniers moments de sa grossesse, ait accompagné Joseph à Bethléem, et il est très-peu probable

que Joseph l'ait exposée aux dangers d'un voyage de trois jours au moins, en prenant le chemin le plus court, celui de la Samarie, pays de montagnes, trèsrude par conséquent, surtout pour une femme enceinte. Il était facile de prévoir ce qui arriva, que Marie serait prise des douleurs de l'enfantement. Admettons que cet inexplicable voyage ait été entrepris. Pour se rendre de Nazareth à Bethléem, il fallait passer par Jérusalem, où, c'est Luc qui nous l'apprend ^, Joseph et Marie avaient des parents et des connaissances. Pourquoi ne pas la laisser chez ses parents au lieu de la conduire à Bethléem? Acceptons jusqu'au bout le récit de l'évangéliste. Si Joseph et Marie étaient originaires de Bethléem, ils y avaient, comme à Jérusalem, probablement des parents, mais certainement des connaissances. Est-il croyable que, dans un pays où l'hospitalité était un devoir sacré, une jeune femme surprise par les douleurs de l'enfantement ait été réduite à se réfugier dans une étable et à déposer son enfant dans une crèche ^ ? Joseph et

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