‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 56 sur 169 · Luc, II · texte numérisé non relu

Luc, II

•2. On ne s'étonnera pas, sans doute, que nous ne nous occupions point de ce qu'on pourrait uppeler la question de la sagefcmmo, et (juc nous repoussions les détails dans lesquels entrent certains écrivains ecclésiastiques pour soutenir que Marie, dans son enfantement, n'a é{)rouv6 aucun des accidents communs aux autres femmes et (|ue Jésus est venu au monde comme s'il n'eût

ET CRITIQUE DE JÉSUS. i05

Marie demeurèrent trente-trois jours dans cette étable. Cependant les bergers, avertis par l'ange, avaient répandu la nouvelle du miraculeux enfantement. Est-il admissible que les curieux et tous ceux cjui attendaient le Messie n'aient pas couru en foule à l'étable où reposait le nouveau-né, et ne se soient pas disputé l'honneur de lui offrir un logement ? Et Zacharie, et Elisabeth, c|ue font -ils pendant ces trente -trois jours? Ils connaissent le miracle opéré dans le sein de Marie, ils doivent attendre sa délhTance pour adorer l'enfant -Dieu. La nouvelle que cet enfant est né se répand, dit l'évangéliste, dans toutes les montagnes de la Judée, et ni Zacharie ni Elisabeth ne franchissent la petite distance cjui les sépare de Bethléem. Que font-ils ? Sont-ils morts ? On l'ignore, car l'évangéhste n'en parle plus. Ils disparaissent de la scène au moment où ils devraient y jouer le principal rôle.

jamais habité le sein de sa mère. Pour savoir jusqu'où peuvent s'égarer les meilleurs esprits, il faut lire ce que plusieurs commentateurs ont écrit sur cette question : An Jésus aperuit clausjtru7)i; le latin seul peut supporter de telles images (Voir, sur [cette étrange question, Bynaeus, de Xatali J. C, lib. II, cap. m, §§ 4 et o, p. 504 à 507). La réponse à toutes ces imaginations bizarres se trouve dans ce passage du troisième Évangile, cum impleti essent dies purgationis ejus (Luc, ii, 22), car Marie, si elle ne se fût pas trouvée dans les conditions ordinaires , n'aurait pas eu besoin d'accom.plir les cérémonies légales de la puriQcation.

Après les trente -trois jours passés clans l'étable, que font Joseph et Marie? où vont-ils? ici Luc et Matthieu sont en flagrante opposition. D'après Matthieu, des Mages, avertis par une étoile, arrivent d'Orient pour adorer le Messie nouveau-né, Joseph et Marie vont en Egypte, fuyant la colère d'Hérode qui fait massacrer tous les enfants âgés de deux ans et au-dessous, espérant se défaire ainsi du roi d'Israël dont les Mages lui ont appris la naissance. Luc ne sait rien de tous ces événements si étonnants. Lui, qui s'est informé de tout dès le commencement, ignore l'arrivée des Mages, la fuite en Egypte et le massacre des enfants, le fait le plus inouï non-seulem.ent de l'histoire des Juifs, mais de l'histoire de tous les peuples. D'après lui, Joseph et Marie, ayant circoncis Jésus huit jours après sa naissance, et attendu le délai prescrit pour la purification des femmes en couches *, vont à Jérusalem, où Jésus est présenté au temple et où Marie offre pour son propre compte deux tourterelles ou deux pigeonneaux. Il ajoute qu'au moment où Joseph et Marie remplissaient ainsi les prescriptions légales, un homme appelé Siméon, qui attendait la Rédemption, reconnut dans l'enfant le

1. Trente-trois jours pour un garçon, soixante-six pour une CI!e. (Gcnèsp, xvii, 12; Lévit., xn, 3.)

Messie attendu, et s'écria qu'il pouvait mourir, ayant vu le salut d'Israël. En même temps que Siméon arriva une prophétesse nommée Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser, veuve, âgée de quatrevingt-quatre ans , servant et priant jour et nuit dans le temple, d'où elle ne sortait jamais. Nonseulement elle reconnaît le Messie, mais elle en parle dans Jérusalem à tous ceux qui attendaient la Rédemption. Enfin, après avoir accompli les cérémonies prescrites par la loi, Joseph et Marie rentrent à Nazareth ^.

On ne voit pas quelles fonctions pouvaient permettre à cette femme de demeurer dans le temple et de n'en jamais sortir, même la nuit. Il est probable que l'auteur du troisième Evangile, étranger à Jérusalem, a fait sa prétendue prophétesse sur le modèle des diaconesses de la première Église, chargées d'assister au baptême des personnes de leur sexe , et de leur ôter leurs vêtements lorsque cela était nécessaire, afin que tout se fît avec décence dans l'administration des sacrements. Mais, sauf cette intervention d'Anne et de Siméon , personnages absolument inconnus , le récit de Luc est naturel, Jésus ayant du, comme tout Juif, être d'abord circoncis, et ensuite présenté au

Page 1