‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 62 sur 169 · Jcrém., XXXI · texte numérisé non relu

Jcrém., XXXI

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silence sur ce crime qu'ils ont tous ignoré. L'un d'eux l'a connu, dit-on, et en a parlé comme d'un fait qui fut divulgué à Rome dans le temps , et l'on cite ce passage de Macrobe : « Auguste, ayant appris qu'Hérode, roi des Juifs, avait fait tuer en Syrie un grand nombre d'enfants mâles, âgés de deux ans et au-dessous, et que le propre fils de ce prince avait été enveloppé dans cet horrible massacre , dit : « Il vaudrait mieux être le pourceau d'Hérode (( que son fils. »

Si ce passage de Macrobe n'a pas été interpolé, il n'en est pas moins faux et sans valeur : deux simples observations suffisent pour le prouver. La première, c'est qu'Auguste, ayant lui-même condamné Antipater, ne pouvait pas s'étonner qu'il eût été exécuté; la seconde, qui est concluante, c'est qu'Antipater, étant un homme fait, ne peut pas être compris dans le nombre des enfants âgés de deux ans et au-dessous^ inlm hlmatum. D'ailleurs, Hérode avait, dit- on, ordonné le massacre dans l'espoir d'y englober l'enfant né à Bethléem. Mais il était bien sûr qu'Antipater,' même en le supposant âgé de deux ans, n'était pas cet enfant-là. Le passage de Macrobe n'a donc pas de sens et ne prouve rien.

Les Juifs étaient un peuple turbulent, prompt à la rébellion, et certainement ils n'auraient pas subi

sans résistance le massacre de tous leurs enfants. Quel besoin avait donc Hérode de s'exposer à la plus légitime et à la plus terrible insurrection, quand il lui était si facile de s'emparer de Jésus autrement et plus sûrement? Il entretenait une police excellente et une très- grande quantité d'espions. Trois personnages étrangers arrivant solennellement dans une petite ville, avec leur suite de chevaux, de chameaux et d'esclaves, entrant dans une étable pour y rendre hommage à un enfant et lui offrir des présents royaux, durent nécessairement mettre la population en émoi. Et comme la distance qui sépare Jérusalem de Bethléem peut être facilement parcourue à pied en deux heures, Hérode, même à supposer que les mages soient partis le matin, pouvait avoir, avant midi, tous les renseignements nécessaires et faire enlever Jésus dans la soirée. Admettons que Joseph et Marie soient partis immédiatement après la visite des mages, quelques heures d'avance ne pouvaient pas les sauver, la police d'Hérode les poursuivant à cheval les aurait bientôt atteints. Pour épuiser toutes les suppositions, admettons même qu'elle ne les atteint pas, un massacre était inutile pour frapper l'enfant qu'on savait y avoir été soustrait par la fuite.

Quelques commentateurs ont suppose que Mat-

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thieu ou l'auteur, quel qu'il soit, du premier Evangile, avait approprié à l'histoire de Jésus une exécution célèbre dont Hérode souilla les derniers jours de sa puissance. Les conspirations succédaient aux conspirations, Hérode s'éteignait dans le désespoir, le corps dévoré par une affreuse maladie, l'esprit troublé par les chagrins domestiques et par le sentiment de la haine universelle dont il était l'objet. Il avait fait placer un aigle sur la porte du temple, ce qui, aux yeux des Juifs, était une profanation. Tout à coup la nouvelle se répand qu' Hérode vient de mourir. Aussitôt la population s'émeut ; des jeunes gens exaltés par deux rabbins alors célèbres, Judas et Mathathias, courent au temple, renversent l'aigle qu'ils foulent aux pieds en plein jour, et sont immédiatement arrêtés par les soldats. Hérode, qui était alors à Jéricho, ordonne qu'on les lui amène , et les fait brûler vifs au nombre de quarante. L'auteur du premier Évangile a-t-il transporté cette exécution de Jéricho à Bethléem, et avec cette barbarie qui jeta le deuil dans tant de familles fait le massacre des enfants ? On peut le supposer ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que ce prétendu massacre dont ne parlent ni les autres évangélistes, ni Josèphe, ni Philon, est impossible. Hérode n'avait aucune raison pour commettre un pareil crime, et, en admettant que les

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Romains l'eussent permis, les Juifs ne l'auraient point souffert.

En résumé, considéré isolément, le récit du premier évangéliste est un tissu d'invraisemblances et d'impossibilités ; rapproché de celui du troisième évangéliste, les deux récits se contredisant sur tous les points, dans l'ensemble et dans les détails, sont inconciliables. Si Marie et Joseph, en quittant Bethléem, se sont réfugiés en Egypte, comme dit Matthieu, ils ne peuvent pas être allés à Jérusalem, comme dit Luc. Après que les mages eurent offert leurs présents, dit Matthieu, l'ange dit à Joseph : (c Lève-toi, prends la mère et l'enfant, et fuis en Egypte. )) Il est évident que le départ pour l'Egypte suit immédiatement le départ des mages, et qu'il est impossible de placer entre les deux le voyage de Jérusalem. D'ailleurs , quel que soit le récit qu'on adopte, si Hérode était dans les dispositions que Matthieu lui impute, aller à Jérusalem dans ce moment c'était conduire Jésus à la mort. A la nouvelle de la naissance du roi des Juifs, dit Matthieu, Hérode et le peuple se troublèrent. Luc, de son côté, assure que Siméon et Anne reconnurent le Messie dans l'enfant présenté au temple et le dirent publiquement. ( Cette découverte tombant au milieu du trouble causé par la révélation des mages dut. sans nul doute,

arriver immédiatement aux oreilles du roi : et alors comment Jésus a-t-il pu se sauver ?

Ainsi, non-seulement les récits des deux évangélistes se contredisent radicalement, mais tous les deux, de quelque côté qu'on les envisage, présentent d'insolubles difficultés.

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