‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 72 sur 169 · Luc, II, 41 à · texte numérisé non relu

Luc, II, 41 à

douze ans auparavant, avait été marquée par tant de prodiges et une si grande catastrophe. Alors, voilà le Messie reconnu et Jérusalem dans la joie. Rien de semblable. Cette éclatante manifestation est sans résultat, Jésus disparaît aussitôt et retombe, pendant dix-huit ans, dans sa première obscurité.

Ce récit de Luc a fort embarrassé les érudits qui ont essayé de l'expliquer. Il leur a paru très-peu vraisemblable qu'un enfant de douze ans, étranger à Jérusalem, inconnu, et qui n'était attaché à aucun maître, ait été admis à la discussion publique. A cet âge-là les enfants s'appliquaient à la lecture, s'informaient de la tradition, s'apprêtaient à étudier les commentaires des docteurs, ils proposaient leurs doutes aux maîtres, mais ne disputaient pas publiquement avec eux.

Mais les difficultés de fait ne sont rien auprès des invraisemblances morales. Est-il croyable qu'un père et une mère, arrivant à Jérusalem au moment où cette capitale était encombrée d'étrangers, aient perdu de vue un enfant de douze ans, soient repartis et aient marché tout un jour sans s'apercevoir que cet enfant n'était point avec eux? Ils ne le retrouvent qu'au bout de trois jours, dit l'évangéliste. Mais pendant ces trois jours qu'a donc fait Jésus? Cet enfant de douze ans n'a pas erré seul, la nuit, dans

les rues de la ville. Marie l'a inutilement demandé à ses parents et à ses connaissances ; cjui donc l'a recueilli? Marie, le retrouvant dans le Temple, lui adresse des reproches que Jésus reçoit mal et relève durement. — Ton père et moi, lui dit-elle, t'avons cherché partout, et nous étions très-affligés. — Pourquoi me chercher? répond Jésus, ne savez-vous donc pas que je dois m'occuper des affaires de mon Père? — La réponse n'est point affectueuse, mais elle se comprend. Joseph et Marie, dit Luc, ne la comprirent point. Cependant , un ange leur ayant annoncé qu'il était fils de Dieu, le sens de ces paroles : a Je vaque aux affaires de mon Père, » était parfaitement clair. On ne s'explique pas mieux leur anxiété lorsqu'ils s'aperçoivent que leur enfant est perdu. S'ils savaient c^u'il était le fils de Dieu , Dieu lui-même , ils n'avaient à redouter pour lui aucun danger, et s'ils l'ignoraient, Luc se contredit lui-même.

Considéré comme document historique, le récit de Luc est inadmissible. Il ne s'explique que par la nécessité où se trouvaient les chrétiens de la primitive Église de combattre les sectaires, qui soutenaient que Jésus n'était pas né d'une femme, n'avait eu ni enfance, ni jeunesse, et que, sous les apparences d'un homme de trente ans, il était arrivé directement du ciel à Nazareth, ou à Bethléem, ou à Capharnauni.

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