‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 80 sur 169 · Josèphe, A?iliq. Judciiq., liv. XYIII, ch. vu · texte numérisé non relu

Josèphe, A?iliq. Judciiq., liv. XYIII, ch. vu

ir.O IIISTOIUE ELEMENTAITiE

appelé aussi lîérode, qui s'était établi à Rorae où il vivait en simple particulier. Dans un voyage qu'il fit.à Piome, Antipas enleva sa belle-sœur, lui promettant de l'épouser et de répudier sa femme, fille d'Aréta. Celle-ci se réfugia auprès de son père qui, pour venger sa fille, fit au tétrarque de la Galilée la guerre dont l'issue fut regardée par le peuple comme mi châtiment céleste de la mort de Jean- Baptiste. L'évangéliste, ne connaissant pas sans doute cet Hérode qui vivait à Rome incognito^ et sachant qu'Hérodiade, concubine d' Antipas, était la femme de son frère, supposa que ce frère était Philippe, le fondateur de Césarée dans la Traconitide.

Le mariage d'Antipas avec Hérodiade étant formellement condamné par la loi mosaïque, il est naturel que Jean-Baptiste ait attaqué cette alliance incestueuse, et que ces attaques aient poussé à bout Hérode, déjà irrité contre l'agitateur populaire. Sur cette probabilité, l'évangéliste a bâti l'histoire de la fille d' Hérodiade c{ui exige et obtient la tête du Baptiste, histoire qui fourmille d'invraisemblances. D'abord Josèphe, si bien instruit des affaires domestiques des Hérodes, n'en parle point; ensuite, il est douteux qu'Hérodiade ait eu une autre fille que Salomé, déjà mariée à Philippe lorsque sa mère quitta Rome pour suivre Antipas; enfin, il est inadmissible qu'une prin-

ET CRITIQUE DE JÉSUS. loi

cesse, foulant aux pieds rétiquette orientale, ait dansé après un repas devant tous les convives, et qu'elle ait mis à son dévergondage une condition aussi abominable. Il est inadmissible surtout qu'Hérode, après une hésitation dérisoire , ait promis à la danseuse de lui donner « même, » comme dit Marc, « la moitié de son royaume, » qui ne lui appartenait pas^, et qu'il ait fini par permettre que la tête de Jean fût apportée sur un plat dans la salle du bal. Ce récit, sans base historique, n'est qu'une légende imaginée par les disciples de Jean pour rendre Hérode encore plus odieux en l'accusant d'avoir cédé à la rancune d'une sorte de prostituée.

D'ailleurs, voici une considération décisive. En déclarant la guerre au tétrarcrae de la Galilée, Aréta voulut surtout venger l'honneur de sa fille qu'Hérode. avait répudiée pour épouser Hérodiade. Entre le mariage et la guerre, il s'écoula trois ans. La guerre ayant eu lieu en 36, le mariage s'était donc fait en 33 , par conséquent après la mort de Jésus, crucifié au plus tard en 29; par conséquent encore, de deux choses l'une : si Jean-Baptiste a été tué pour avoir blâmé le mariage d'Hérode avec Hérodiade, ce

'1. Los Romains, qui ie lui avaienL donné, lo lui ropriront quelques années plus lard.

io2 HISTOIRE ÉLÉMENTAIRE

mariage étant postérieur à la mort de Jésus, Jean est mort après Jésus ; et si Jean-Baptiste est mort le premier, il ne peut pas avoir été exécuté pour • avoir blâmé un mariage qui n'existait point encore. Il y a donc, dans le récit évangélique, ou une erreur d'histoire ou une erreur de chronologie; et, de quelque manière qu'on l'envisage, ce récit est d'un côté tout à fait invraisemblable, de l'autre absolument erroné.

Parlons, maintenant, de la Tentation de Jésus. Immédiatement après son baptême, disent les Synoptiques, Jésus, poussé par l'Esprit, se retira dans le désert, où il passa quarante jours et quarante nuits, et où il fut tenté par le diable^. Marc, le plus explicite des trois, dit qu'il habitait avec les bêtes féroces et qu'il était servi par les anges. Matthieu dit que pendant ces quarante jours il jeûna; Luc qu'il ne mangea absolument rien, et tous deux ajoutent que, au bout de ces quarante jours, il eut faim. C'est alors que le diable, profitant de ce moment de faiblesse, se présente pour le tenter. (( Si tu es le fils de Dieu, » lui dit-il, u ordonne à ces pierres de se changer en pain. » A quoi Jésu.? fait cette réponse évasive : « Il est écrit que riioiniiK;

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