‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 84 sur 169 · Montesquieu, I^spril des lois, liv. XXIV, ch. x · texte numérisé non relu

Montesquieu, I^spril des lois, liv. XXIV, ch. x

Théoriquement, il y a peu de différence entre la morale de Jésus, celle des anciens rabbins et des grands moralistes du paganisme ; où cette différence se montre, c'est dans l'application. L'enseignement rabbinique était dur, pédantesque et, pour ainsi dire, sans cœur; la morale, chez les païens, était presque toujours subordonnée à l'intérêt; on faisait le bien, on remplissait son devoir, parce que le bien est utile, et que l'accomplissement du devoir écarte les préoccupations, assure l'estime publique et la bonne renommée.

Jésus entend autrement la morale. Avec lui, le bien n'est pas une affaire de calcul, c'est un acte de justice qu'il faut faire toujours et avec tous, même envers son ennemi, même avec la certitude de recevoir le mal pour le bien. Il faut, en tout, s'abandonner à Dieu , à la Providence infinie , dont la tutelle s'étend sur tous les hommes, devant qui tous sont égaux, et de qui tous reçoivent un traitement proportionné à leurs mérites. Dieu, infiniment bon, juste et miséricordieux, doit servir de modèle aux hommes ; et, en essayant de lui ressembler, l'homme doit tendre à lui comme au but suprême de ses efforts. C'était proclamer le progrès moral, le perfectionnement indéfini de l'espèce humaine : idée merveilleusement grande et féconde qui

devait faire et qui a fait la fortune du christianisme. Cette doctrine était faite pour émouvoir les cœurs et les esprits d'élite, mais non pour attirer à Jésus de nombreux partisans. Lorsqu'il disait: a Qu'importe le bonheur sur cette terre ou tout est périssable ; le bienêtre est un danger plus qu'un avantage; la vraie félicité ne se trouve que dans le royaume des cieux; il faut imiter les oiseaux qui ne sèment pas, ne récoltent pas; Dieu les nourrit, il vous nourrira. Ne vous inquiétez donc ni de votre nourriture ni de votre vêtement. Ne vous préoccupez pas de l'avenir; bornez-vous à demander le pain de chaque jour. Soyez doux, humbles, pardonnez; et si quelqu'un vous frappe sur la joue gauche, tendez-lui la droite. » Enfin, lorsque, résumant ses préceptes et ses conseils dans ce qu'on a appelé les Béatitudes, il disait : a Bienheureux ceux qui pleurent, ceux qui sont doux, ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés; bienheureux les pacifiques et les miséricordieux, ceux qui souffrent la persécution, parce que le royaume des cieux est à eux^. Si quelqu'un veut l'enlever ta tunique, laisse-lui encore ton manteau; s'il veut te forcer à faire mille pas, fais-en deux miilc; » il ne pouvait pas même cti-e compris.

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