‹ Histoire élémentaire et critique de la littératureChapitre 10 sur 96 · ÉCOLE DE RONSARD · texte numérisé non relu

ÉCOLE DE RONSARD

S l'C De la Réforme littéraire; Sebillet et Joachim Du Bellay.

1. Seconde cpoquo dn siècle. - s. Sebillel ; son A« poétiqne. - 5. Joachim Du Be ay; son Illuslraliou de la langue française.-/,. ElTet produit par l’appel de Du Hellay pour reformer !a langue et la iiltêrauu-c.

1. L éblouissement causé par la subite apparition des littératures antiques au milieu de la littérature française ou plutôt gauloise, eut des effets plus sérieux et produisit cette grande insurrection de savants, qui date de la mort de François coïncide étrangement avec le commencement des guerres civiles, et marque la seconde époque du xvi" siècle.

2. François F’’ venait de mourir (1547); l’année d’après, 1 HOMAS Serillet publia un Art poétique, dans lequel il présentait, comme des modèles à suivre, Alain Chartier, Jean de Meung, Marot et Mellin; ce livre fut accepté; il devint le code du bon goût. Mais soudain surgit une voix qui réclama contre cette admiration générale, et qui déclara que le temps était venu d’ouvrir une nouvelle carrière à la langue, de renouveler la poésie, d’élever leur naïve simplicité jusqu’à la force et l’éloquence des Démosthènes et des Lucrèce, et de créer tout à coup une gloire littéraire, un idiome sublime et poétique à la place des essais gracieux, mais faibles ou incorrects, qui composaient jusqu’alors notre héritage intellectuel .

3. Ce fut Joachim Du Bellay qui lança le manifeste contre la vieille littérature en faveur de la réforme, et qui, dans Y Illustration de la Langue française, annonça cette levee de boucliers, cet envahissement d’érudition dont la langue française était menacée :

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Les langues, y dit-il, ne naissent pas comme les plantes, les unes faibles, les autres robustes; leur vertu gît au vouloir et arbitre des mortels; condamner une langue comme frappée d'impuissance, c'est prononcer avec témérité. Si le ffançais est plus pauvre que le latin et le grec, ce n’est pas à son impuissance qu'il faut l’imputer, mais à l’ignorance de nos devanciers, qui nous l’ont laissés! chétif et si nu, qu’il a besoin, pour ainsi dire, des jdumes d’autrui. Qu’on ne perde pourtant (loint courage ; les langues grecque et latine n’ont pas toujours é(é ce qu’on les vit du temps de pémostbciies et Cicéron ; d’ailleurs, ce siècle a inonlré, par toutes sortes de traductions, ce que pouvait notre langue. Mais ces traductions ne sudisent pas; car si elles reproduisent Tiuvention, elles ne rc|)roduiseiitpas l’élocution. Faisons cpmme les Rornains; ils ont su enrichir leur langue sans vaquer à ce labeur de traduction; ils imitaient les meilleurs auteurs grecs, se transformant en eux, les dévorant, et, après les avoir bien digérés, les convertissant en sang et en nourriture. C’est en cette manière qu’il

nous faut imiter les Grecs et les Latins . Que Marot plaise aux uns

parce qu’il est facile et qu’il ne s’éloigne pas de la commune manière de parler, de telles superstitions ne m’empêchent pas d’estimer notre poésie française, capable de quelque plus haut et meilleur style que celui dont nous nous sommes longtenqis contentés.

ïoi donc (]ui te destines au service des Muses, tourne-toi aux auteurs grecs et latins, môme italiens et espagnols, d’où tu pourras tirer une foi'jjie de poésie plus exquise que de. nos auteurs français. Lis donc et relis les exemplaires grecs et latins, laisse-moi toutes ces vieilles jioésies françaises, comme rondeaux, ballades, virelcts, chants royaux , chansons, et telles autres esjiicerics qui corrompent le goût de notre lapgue. .)ette-toi à ces plaisantes épigrammes, à l’iuiitation d’un Martial ; remplace les chqnsons par des odes, le cocq-à-Tàneparla satyre, les farces et moralités par les comédies et tragédies.

Pilis mêlant |e ton du guerrier et du poète avec une spj’te de pati’iotisnae savant, il s'écrie, connue s’il prêchait une çrpisafle ;

Sus donc, marchez, Français, marchez courageusement vers cette superbe cité l'oinainc, et des serves dépouilles d’elle, comme vous avez fait |tlus d’une fois, ornez vos tcnqdcs et xos autels ! Ne craignez plus ces oies criardes, ce traître Camille cl ce fier .Manlius ; pillez-moi les sacrés trésors de ce lem|)le delphien, et qu’il vous souvienne de votre Marseille, Athènes la seconde, et de votre Hercule gaulois, lequel tirait tous les peuples à lui par une chaîne attachée à sa langue.

i. A la voi.\ de Du Dellay, à son allocution guerrière, les r-anss se l'orment, les érudits se pressent; on s’empare violemment di' lotis les trophées de l'antiquité. Du Dellay met son système eti pratitpie; D^tnsard apparaît; c’est le

DE LA LITTÉllATÜRE FRANÇAISE.

triomphateur du nouveau Parnasse ; Jodelle se montre et réforme la scène : l’ancien génie de Marot et de Villon est méprisé; de nouvelles idoles s’élèvent; la langue change de caractère, et l’Europe, trompée, sacrifiant sur les autels de Ronsard, admire les dieux de récente origine que la France littéraire s’est créés. Suivons dans son développement cette belle guerre contre l’ignorance dont Estienne Pasquier ne se rappelait le souvenir quarante ans après qu’avec cet ardent enthousiasme qui réchauffait, disaitdl, tout son vieux sang. Voyons comment sont tombés dans un discrédit si rapide et si profond les rondeaux, ballades, virelais et autres espiceries dont Du Bellay se moquait si cruellement; et rendons justice à ces réformateurs trop hardis, que leur siècle entoura d’hommages, et que la postérité ‘ accable d’un dédain et d’une ironie aussi injustes que l’idolâtrie contemporaine était exagérée.

§ 2. Ronsard et sa réforme.

Uoiisard, qui le suivît (Marol),par une autre luélliotle Pié^îlant toul, brouillant tout, lit un art à sa mode,

Et toutefois longtemps eut un heureux destin.

Mais sa Muse, en français, parlant grec et latin,

Vit dans l’âge suivant, par un retour grotesque,

Tomber de ses grands mots le faste pédanlesque.

(BuiLtiC.)

1. Ronsard; détails sur sa vie: ses travaux de réforme philologique. — 2. Engouement général pour le réformateur. — 3. La IMéiade poétique. — 4- Poésies diversesde Ronsard. — 5. La poésie de Ronsard est un calque perpétuel des formes antiques. — C. Qualité rhjlhmîque de sa poésie. — 7. Citation d’un appel de Ronsard à une croisade contre les Turks. — 8. Divers mérites de Bunsard: d’où viennent ses déf.iuls. — 9. Variété dos tons dans la poé>ie de Boudard; .ses contra.'^tes : citations. — 10. Beautés d'uu morceau de Ronsard. — 11. Ridicules innovations de Ronsard. — 12. Mérite réel de ce poêle ; diverses citations. — i5. Fragment d'une Ode au chancelier L’IIospita!. — i4* Fi’agment du Discours sur les misères du ternp.«, — i5. Poésies iégi'res de Ronsîird. — iC. Jugement porté sur la réforme de Ronsard ; services qu’il a rendus à la langue poétiipic,

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