Le risible compilateur de code liste mythologique
de surnoms veut-il déplorer la coupe d’une forêt et la perte de ces beaux ombrages que la hache fatale vient de détruire? Tout à coup il déploie la noblesse, le coloris, le pathétique; et si on lui passe quelques tournures gauloises, un mot mal inventé, quelques inversions latines, il faut admirer chez lui une perfection de langage, bien étonnante dans un poëte qui n’avait pour prédécesseur que Marot et son école :
Forêt! haute maison des oiseaux bocagers!
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière Jamais des feux d’été ne rompra la lumière !
Tout deviendra muet. Echo sera sans voix.
Tu deviendras campagne ; et, au lieu de ces bois Dont l’ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le contre, la charrue.
Tu perdras ton silence, et Satyres et Pans.
Plus le cerf en son sein ne cachera ses fans.
Adieu, vieille forêt, le jouet du zéphyre.
Où j’accordai jadis les langues de ma lyre Où j’entendis d’abord^ les flèches résonner D’Apollon qui me vint tout le cœur étonner.
Adieu ! vieilles forêts ! adieu, têtes sacrées !
De tableaux et de fleurs en tout tems entourées ! 3Iaintenant le dédain des passants altérés Qui souffrant du soleil les rayons éthérés.
Sans retrouver le frais de tes douces verdures Accusent tes meurtriers et leur disent injures.
Adieu, chênes! couronne aux vaillants citoyens, etc.
C’est là le ton d’un poëte. Les vers et les hémistiches soulignés semblent annoncer le talent le plus mûr, le plus franc et le plus précis. Une mélancolie, pleine de dignité, mêlée d’imagination, respire dans cette pièce,
11. Et pourtant c’est ce barbare qui a pris à tâche de combiner dans ses vers ce que les exagérations espagnoles, les affectations italiennes, le fatras d’une érudition indigeste, les concetti, les burlesques inventions, les recherches pédantesques ont de plus digne de risée. Pour lui les
* Les langues de la lyre pour les cordes.
* Pour la première fois.
géants sont serpent-pieds ; les centaures, dompte-poulains ; les poetes, mâche-lauriers ; la io\ix,ronge-poumon ; le soleil brûle-champs. Au lieu d’endurcir un cœur, de l’enflammer ou de le glacer, il se plaît à Venfeüer, {'empierrer ou le renglacer.
Créateur d’absurdités inouïes, il appelle le temps un vilain mengeard. 11 termine la description de Bacchus par ce vers :
Ses yeux étinceloient, tout ainsi que cliandelles.
Le soleil à la chevelure blonde est l'astre perruque de lumière, Apollon porte-perruque, Apollon le perruquier. Hippolyte est peint
Dégouttant de sueur et d’une honnête crasse.
Enfin 1 âme montant au ciel devient bourgeoise de l'éternel empire.
12. 11 serait facile de multiplier ces exemples; mais il est plus important de démêler le mérite réel étouffé sous ce pédantisme.
Le problème que présente un tel écrivain, semble se compliquer encore si l’on vient à citer les vers pleins de pureté et de charme que la même plume a tracés. Veutil exprimer le pressentiment de la mort ?
Avant le soir (dit-il), se clora ma journée.
Un bon poëte de nos jours n’eût pas rendu avec une précision plus exquise cette pensée mélancolique. Ailleurs il suppose que la Fortune parle au duc de Luise : Quand mon heureuse main, lui dit la capricieuse déesse, t’aura fait monter,
Au plus haut des honneurs, où souvent je me joue.
Je te serai fidèle et briserai ma roue.