‹ Histoire élémentaire et critique de la littératureChapitre 19 sur 96 · DU THEATRE PENDANT LE XVI® SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU THEATRE PENDANT LE XVI® SIÈCLE

S 1®C Cessation des Mystères.

^ 1. Motifs qui firent cesser les représeiUalious des Mystères. — s. Origine du théâtre de l’hûlel de Bourgogne; dirorce du sacré et du profane.

1. Tant que la foi des spectateurs des Mystères fut assez forte pour trouver assez d’attraits dans leur seul caractère religieux, et que l’ignorance les empêcha d’en apercevoir les défectuosités, toutes les bizarreries de ces pièces demeurèrent sans conséquence. Mais quand la science eut commencé la propagation des lumières, et ([ue d un autre côté la Réforme vint s’attaquer aux dogmes du catholicisme, la raillerie, jointe à l’hérésie, rendit le danger plus grand. Le parlement et le clergé le comprirent, et s unirent contre les Mystères dont ils avaient d abord été les protecteurs. En 1539, les Confrères furent

dépossédés de 1 hôpital de la Trinité, et se transportèrent a 1 hôtel de llandre. La, après quelques jours brillants encore , ils éprouvèrent de nouvelles poursuites qui amenèrent leur ruine. Défense leur fut faite de Jouer les Actes des Apôti'es, pièce qui, dans l’hiver de 1540-15W, avait attiré une grande foule et jeté sur les Confrères un éclat qui leur devint fatal. En 1542, le mystère du Vieux Testament encourut la meme réprobation, et malgré la permission du roi et du prévôt de Paris, il succomba sous le réquisitoire du procureur-général.

2. Une ordonnance de François P'', intervenue pendant ces débats, en suspendit l’elfet pour quelque temps. Cette ordonnance portait l’ordre de la démolition de plusieurs hôtels, entre autres, celui de Flandre. Les Confrères achetèrent alors une partie de l’hôtel de Bourgogne, pour y faire construire à leurs frais un théâtre. Mais cette construction demandait du temps, et pendant l’intervalle, les représentations durent être supprimées. Ce ne fut que cinq ans après, en 1548, qu’ils obtinrent du parlement la confirmation de leur privilège exclusif; mais toutefois sous la condition expresse de se borner désormais aux sujets licites, profanes et honnêtes. Les mystères tirés des Ecritures saintes leur furent interdits.

Le divorce du sacré et du profane, ordonné par le parlement, devait se faire de lui-même; et ce fut Jodelle qui le consomma.

§ 2. Cessation des Aloralités et des Sotties. — Bévolution dans l’art dramatique.

1. Diverses et successives défenses faites nux BasocLieus et aux Eufanis Sans-Souci. — i. Cessation des Moralités et des ?olties par le retour à l’antiquité. — 3. La révoluiion dramatique commence par des traductions.

1. L’avénement de François I" mit fin à la protection qu’avait accordée Louis XII aux Sotties, Moralités et Farces. On défendit d’abord aux Basochiens et aux Enfants Sans-Souci de s’attaquer aux princes ou aux princesses de la cour; plus tard, de désigner qui que ce fût dans leurs

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écriteaux. Ces divers moyens étant toujours éludés, on s’avisa enfin d’établir une censure régulière, en obligeant les comédiens à remettre à la cour le manuscrit des pièces quinze jours avant la représentation, et de supprimer, en jouant, les pages rayées, sous peine de prison et de punition corporelle. En 15V0, la peine de la hart vint corroborer cette législation théâtrale et porter un dernier coup à la Basoche. Brantôme fait comprendre, de reste, la sévérité de François

2. Les Moralités et les Sotties, cette enfance de la comédie, périrent sous la sévérité ou sous la crainte de ces peines; mais, comme les Mystères, elles disparurent aussi devant des essais plus intelligents de l’art comique, et comme la poésie du xv® siècle, devant l’étude et la renaissance de l’antiquité. Térence détrôna le roi de la Basoche, ainsi que Sophocle et Sénèque devaient détrôner les Confrères de la Passion.

3. Cette révolution commença par des traductions. Octavien de Saint-Gelais traduisit le premier les six pièces de Térence. Bonaventure Desperriers et Charles Es- TiENNE traduisirent de nouveau VAndrwmie, l’un en vers, l’autre en prose. Lazare de Baïf translata, ligne pour ligne, vers pour vers, l’Electre de Sophocle et l’Hécube d’Euripide ; Jean de La Taille traduisit l’Iphigénie de ce dernier ; mais l’essai qui eut le plus de retentissement, et qui donna l’impulsion la plus forte, ce fut celui de Ronsard. En 1549, lorsqu’il était encore élève au collège de Coqueret, sous Dorât, il mit en vers et fit représenter le Plutus d’Aristophane. L’incroyable succès qui accueillit cette nouveauté fit naître en un instant une foule d’imitateurs, et le drame grec fut envahi par les auteurs dramatiques commel’antiquité toutentière le fut en môme temps par la foule des poètes.

§ 3. Ecole deJodeüe.

1. Jodetle et sel disciples. — a. Premiers essais de Jodelle sa Cléopâtre captire. — 3 Les tragédies de collège. — Jodelle (enie aussi d« réfonnerla comédie ; i’Abbè Eugène^

rîe "* '■ Taille, Baïf, Glevin, Belleau.

Billard et M I l>'ag«dies. — 9. Chainelouve, Godard, Heudon. Mathie»

aux ooèTe! d r?'"’ r.’?''' '' ■'" - Anachronismes reproché^

P crudits du xti siecle. — 11. Première discussion de la théorie d'Arisiole. — . Représenimions de l'hûtcl de Bourgogne; Habert, Desmazures, Bienvenu, Breton et lyron, 13. Double obstacle pour les auteurs dramatiques; Filleul, Fonteny, Deshaves Lt'coq, Brjsset, Béüard, Mathieu, Bertrand, Montchrestien. ^ ’

1. A la tête des novateurs parut Etienne Jodelle, dès 1 année 1552; à la suite vinrent se ranger en ordre de bataille Jean de la Péruse, Charles Toutain, Jean et Jacques de la Taille, Jacques Grevin, Mellin de Saint-Gelais. Jean-Antoine de Baïf et Remi Belleau.

2. Etienne Jodelle, jeune homme d’un esprit flexible, et de peu de savoir, mais plein de ressources dans l’intelligence , et doué d’une prodigieuse facilité , d’une verve intarissable, prit place, dès les premières années de la réforme littéraire, immédiatement à côté de Ronsard, qui ne faisait que débuter alors dans la carrière poétique. 11 avait à peine vingt ans, lorsqu’il conçut l’audacieux dessein de renverser le crédit des Moralités, des Farces, des botties et des Mystères. Dans ce but, il composa, sur le modèle de la tragédie antique, d’après le système d Aristote, et dans le style de Sénèque le Tragique, la Cléopâtre captive. Le plan en est simple, le style vulgaire et emphatique ; le langage négligé, même pour le temps; mais la progression de l’intérêt dramatique y est observée, et quelques morceaux ont de l’énergie. La Parque, s’écrie Cléopâtre ;

La Parque et non César aura sur moi le prix;

La Parque et non César soulage mes esprits.

La Parque et non César triomphera de moi ;

La Parque et non César finira mon émoi.

Entremêlée de chœurs, semée d’interminables tirades, remplie de discours d’une moralité commune, cette pièce, dont l’héroïne donne sur la scène des soufflets à son esclave, et dont 1 action est absolument nulle, passa pour un chef-d’œuvre et accomplit une révolution,

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