CONTES ET RO.MANS
§ Des contes.
1. Marguei'ile de Navarre ; détails sur sa vie liltéraire. — 2. L’Heplameroii, ou les Su.,. Telles de la reine de Navarre. — 3. Bonavcniure Desperrîers ; ses Nouvelles récréalious et joyeux devis. — 4- Autres ouvrages de Desperrîers.
1 . Marguerite de Navarre, sœur de François 1", unissait, comme Marot, des contrastes singuliers de caractère; un sentiment religieux très-vif à une tendresse romanesque, et le double talent de composer des comédies pieuses et de narrer des contes malheureusement trop libres avec une naïveté qui serait pleine de charme, si elle ne s’appliquait pas à des peintures immorales. Savante, vive et spirituelle, elle avait en outre l’amour des talents et le besoin de les protéger. Mais sa protection ne s'adressa qu’à des hérétiques, tels queDolet et Rerquin, Jean Calvin, Charles de Sainte-Marthe, Roussel, Pierre Caroli, Quintin, Lefebvre d’Etaples, Erasme, et surtout Clément Marot, son page et son ami. Aussi fut-elle célébrée de son vivant tant en prose qu’en vers, et surnommée la dixième muse. Jean de la Haye, son valet de chambre, publia, sous le titre prétentieux et fleuri de : les Marguerites de la Marguerite des Princesses, une collection de ses poésies, savoir : quatre Mystères, deux Farces, un poème intitulé le Triomphe de l’Agneau , et la Complainte pour un prisonnier (sans doute François C)- Cne mollesse assez élégante caractérise en général ses poésies.
2. Sa prose se fait remarquer par l’invention et la facilité. A l’imitation du Décaméron de Boccace, Marguerite composa V Heptaméron ou les NouvdJes de la reine de Navarre. C’est un recueil de soixante-douze contes en prose, qu’elle « composait dans sa litière, en allant par le pays, a Cet ouvrage, dont le ton licencieux est surtout coupable dans une femme et dans une princesse, est, sous le rapport du style, un monument curieux ; La Fontaine l’estimait et le mettait à contribution. Certes, Marguerite conte avec esprit ; mais ses récits, qui firent les délices des plus hautes sociétés contemporaines, ont heureusement cessé d’être de bonne compagnie, et si Duclos affirme « que les femmes honnêtes ne se fâchent jamais de la liberté des paroles, » il faut avouer que les honnêtes femmes de ce temps abusaient étrangement du privilège de leur vertu.
Marguerite, immorale dans ses contes, se montra presque hérétique dans son Miroir de l’âme pécheresse; cet ouvrage fut en effet censuré par la Sorbonne, à cause des germes d’hérésie qu’il renfermait.
3. Bonaventure Desperriers, autre valet de chambre de Marguerite, nous a laissé sous le titre de Nouvelles récréations et joyeux devis, quatre-vingt-dix contes, dont quelques-uns sont attribués par les érudits à Jacques Pelletier et Nicolas Denisot, peintre et poëte célèbre du xvC siècle. Ces contes abondent, comme ceux de sa protectrice, en gravelures. La Fontaine en a tiré son conte des Lunettes, et sa fable de la Laitière et le Pot au lait est prise d’une nouvelle sur Valchiniie.
Indifférent en religion, Desperriers se jeta dans les plaisirs ; mais ses excès ruinèrent sa santé; il tomba malade, et, dans un accès de fièvre, il se perça de son épée en lüïh ; digne fin d’un homme qui avait pris pour devise : Loisir et liberté.