Outre les contes, on a de Desperriers
1» La première comédie de Térence, intitulée V Andrie (l’Aii- (Ivieime), traduite en rime françoise.
2» Le Cymimhim miindi, en français, contenant quatre dialo-
liO HISTOIRE CRITIQUE
gués poétiques, fort antiques, joyeux et facétieux, sous le nom de Thomas du Clevier. Ce sont des dialogues satiriques dans lesquels l’auteur cherchait à faire des prosélytes à son système d’indifl'érence, mais sous le voile d’une allégorie si dilTicile à pénétrer, que sou livre ue pouvait avoir aucun résultat. L’ouvrage fut cependant condamné par un arrêt du conseil peu de temps après sa publication.
§ 2. Des romans de chevalerie.
1. -Caractère particulier que prireiil les romans de chevalerie chez les diverses nations. ^ 2. Herberay des Essarts ; son Âmadis de» Gaules ; progrès qu’il fil faire à la langue. — 5. A.m* ires ouvrages de d’Herberay.
1. Les romans de chevalerie, traduits dans la plupart des langues modernes et quelquefois en latin, étaient devenus la propriété commune et la gloire littéraire de l’Europe féodale. Chaque nation imprima aux mêmes fictions un caractère particulier : créations originales où U ne faut chercher ni la raison ni la perfection du goût, mais naïves, pleines d’inventions, très-précieuses pour l’histoire des mœurs, et qui inspirèrent deux chefsd’œuvre. L’un fut le Roland furieux d’Arioste, où ce poète plein de grâce a réuni tous les enchantements de la romancerie française ; l’autre fut le Don Quichotte, plaisante et sublime épitaphe de cette chevalerie, que Cervantes sut faire admirer en l’accablant de ridicule ; seul exemple peut-être d’une ironie aussi douce qu’elle est puissante, d’une parodie où tout est comique et où rien n’est ignoble, d’une raillerie sans amertume et non sans force, d’une satire où l’exagération du bien est condamnée, sans que l’enthousiasme de la vertu soit avili.
2. Ces naïves peintures de la passion héroïque et de la loyauté chevaleresque eurent une grande vogue au commencement du xvC siècle. François FL qui les aimait, victime à Madrid de son courage imprudent, lut dans sa prison l’Amadis espagnol. Enchanté de cet ouvrage, il résolut de le faire traduire en français. Nicolas d’Her- RERAY, seigneur des Essarts, chargé de cette tâche, la remplit avec succès. 11 ne donna toutefois de lûiQà 1548,
que les huit premiers livres du roman espagnol*, sous le titre A'Amadis de Gaule. Un style fleuri et pompeux, de l’abondance dans l’expression, quelquefois de l’élégance, souvent de la prolixité, justifient en partie l’immense succès dont la traduction des Amadis, dédiée au roi, imprimée avec magnificence, a joui si longtemps. Les savants, qui commençaient à se réconcilier avec leur langue maternelle, regardèrent d’ilerberay comme l’auteur de sa fixation définitive. Le nombre de la période et même le choix des mots lui doivent beaucoup : il a su reproduire dans sa traduction quelque chose de cette harmoniepompeuse qui caractérise la langue espagnole ; et l’on pourrait, sans trop de hardiesse, le nommer le Balzac de son temps. La langue française, malgré les efforts isolés de quelques esprits éminents, manquait encore de noblesse. Le naïf et le vulgaire s’y confondaient à chaque instant. Des Essarts imita le premier la marche grave et périodique de la langue castillane. 11 essaya plusieurs changements qui ne réussirent pas, comme calonier, pour calomnier, amonester pour admonester; mais c’est avec lui que s’annonce la recherche de l’harmonie dans le style, et d’une certaine solennité dans la pensée et l’expression ; qualités mêlées de défauts, mais dont le germe devint fertile, et d’autant plus utiles que c’étaient précisément celles qui nous manquaient.
3. Le succès de l’Amadis lui fit entreprendre la traduction d’un autre roman dont il ne donna que le premier livre sous le titre de Chronique du tres-vaillaîit et redouté dom Florès de Grèce. Il traduisit aussi les se'pt livres de Flavius Josèphe, et de l’espagnol, VOrloge des princes.
§ 3. Du roman de Rabelais et de ses imitateurs.
1. François Rabelais; délails sur sa rir. — 2. Ouvrages de Rabelais. — 3. Ce que coiitlenl le roman de Rabelais; il n’est point allégorique. — 4- Le roman de Rabelais est favo-
» Les treize autres furent traduits par Boileau de Bullion (9**), Gohorry (10'' à 14®), Antoine Byron (15'^), Gabriel Chapuis (16'; à 21<=).
rallie à la royauté; entourage de la royauté. — 5, Création de Panurge. — 6. La magistrature dans le roman de Rabelais. — 7, Le roman de Rabelais porte sur la société tout entière. — 8. Ce que dit Rabelais dans un de ses prologues. — 9. Créations idéales de Rabelais. — 10. Libertinage et impiété de Rabelais. — 11. Satire de Rabelais contre ceux qui voulaient latiniser la langue nationale; citation. — 12. Idées de Rabelais sur l'éducation; citation» — j3. Influence proloagée de Rabelais sur noire littérature ; jugement de La Bruyère sur cet auteur. — i4* Imitateurs de Rabelais; Des Autelz, Chôliers, Du Bouchet, Vervilie, de Cotel, Joubert. — i5. Etranges pamphlets du xvi® siècle; de La Planche, Henri Eslienne; Apologie de ce dernier pour Hérodote.
1. François Rabelais naquit en 1483 près de Chinon, en Touraine, dans une ferme assez considérable, propriété de son père. Celui-ci, que quelques auteurs décorent du titre d’apothicaire, était l’hôtelier de la Lamproie, cabaret fameux par les réunions de ses buveurs et le vin du crû qui s’y débitait. Ce fut donc au milieu des verres et des pots que Rabelais passa son enfance, et s’il est vrai que les premières impressions soient les plus durables, les siennes dûrent influer étrangement sur son caractère et ses moeurs. Aussi le verrons-nous constamment se rappeler la joyeuse morale des habitués de la Lamproie, et proclamer leur axiôme favori : In vino veritas. De la taverne paternelle, Rabelais passa d’abord à l’abbaye de Seuillé, près de Chinon, puis à celle de la Râmette, à Angers ; mais il ne fit guère plus de progrès dans la seconde que dans la première, et presque tout le fruit qu'il en retira, ce fut de s’y lier avec les frères Du Rellay, dont l’un, devenu cardinal, devint son plus zélé protecteur. De là, Rabelais se fit cordelier à Fontenai-Ie-Comte, et, réparant dans le cloître le temps qu’il avait perdu dans les classes, il acquit une immense érudition et la plus profonde connaissance des langues. Malheureusement son humeur boufl'onne ne put s’accorder avec la gravité de sa profession, et l’on raconte de lui plusieurs espiègleries, dont l’une était tellement sacrilège que le supérieur du couvent le condamna à une prison perpétuelle, au pain et à l’eau, dans un in pace. Crâce à de puissants amis que lui avait attirés sa joyeuse humeur, Rabelais fut remis en liberté, et le pape Clément VU lui permit de passer à l’abbaye bénédictine de Maillezais. Mais, ennuyé de la vie monastique, il jeta, comme on dit, le froc aux
I»E LA LITTÉRATURE FRANÇAISE. li.’i
orties, et s enfuit à Montpellier, où les privilèges de la Faculté devaient le protéger. Devenu étudiant en médecine, il en prit aisément les mœurs, et il nous a conservé le souvenir de quelques-uns de ses tours. 11 fallait vivre cependant, et pour y parvenir, Rabelais donna des répétitions publiques et des éditions latines d’Hippocrate. Ces travaux lui procuraient à la fois argent et renommée, au point que la Faculté, dont le chancelier Duprat venait d’abolir les privilèges, le députa pour en solliciter le rétablissement. Ne sachant comment avoir accès auprès de ce magistrat, il s’alïubla d’une longue robe, d’une barbe postiche et de tous les accessoires d’un voyageur étranger, s’approcha de l’hôtel et parla latin au portier, cjui, comme on le pense bien, n’en comprit pas un mot ; à une autre personne appelée, parce qu’elle savait le latin, il parla grec, langue qu’elle n’entendait pas ; à une troisième qui savait le grec, il parla hébreu, et ainsi de suite, .jusqu’à ce que le chancelier, informé de l’aventure, voulut voir le député polyglotte, l’écouta, fut charmé de son esprit et lui accorda ce qu’il était venu demander, (ie n’est peut-être là qu’un conte dont Rabelais lui-même a pu fournir l’idée dans le chapitre où Panurge, rencontrant Pantagruel, lui parle en dix langues diverses, tant mortes que vivantes, avant de se servir du français. Mais, fausse ou vraie, l’historiette n’est pas indigne de Rabelais; il était assez bouffon pour concevoir un pareil tour, et assez savant pour l’exécuter. Quoi qu’il en soit, la Faculté de Montpellier, en reconnaissance du service qu’elle avait reçu de Rabelais, décida, et cet usage subsiste encore, que les aspirants au doctorat revêtiraient, pour soutenir leur thèse, une robe que la tradition supposait avoir appartenu à l’auteur de Panurge et de Pantagruel.
Les deux premiers livres de Pantagruel avaient déjà paru, lorsque le cardinal Du Rellay l’emmena à Rome avec lui, en qualité de médecin; mais les plaisanteries irréligieuses du facétieux docteur le forcèrent bientôt à le renvoyer en France. C’est à l’époque de ce retour que, se trouvant à Lyon sans argent pour payer son hôte,
BIST. »E lA LITT. FR. — IVU SlRCtli. ti
d’où l’expression proverbiale du quart d'heure de Rabelais, il imagina, dit-on, de se faire transporter à Paris aux frais de l’Etat, on attirant sur lui le soupçon d’avoir voulu empoisonner le roi et la famille royale. Enfin, grâce au cardinal, il obtint une prébende dans l’église collégiale de Saint-Maur-des-Fossés, et la cure de Meudon en 1545. C’est là que, bouffon de ses malades, et médecin de ses ouailles, il termina le roman qui a fondé sa réputation . 11 mourut à Paris vers 1 553, dans la soixantedixième année de son âge.