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MÉMOIRES, CHRONIQUES, HISTOIRE

§ 1®C Mémoires, Chroniques, Histoire particulière.

1. Vîcissilude.s de i’bistoîre. — a. Mémoires de La Trèmoille, de Bayard, elc. — 5. Le maréclial de Flenranges. — 4- Dnlillet: ses recherches dans nos archives. — 5. Claude Fauchet; ses Anliquiiés gauloises et françaises 5 ses autres ouvrage, s. — G. Pierre Matthieu ; ses ouvrages historiques. — 7. Palma-Cayet ; sa (Chronologie novenaire. — 8. Les deux frères Du Bellay ; leurs Mémoires. — 9. Hurauli de Chiverny, ViJleroi, CastelnaUi Jeannin, d’Ossat. — 10. Pierre de l’Eioilc, Villegagnon, M^rgey, JElienne Pasquier, La Poplinière, de La Planche, de La Place, Cailoix, Féoelon, Rabuiin, Jean Bouchet. ■ — j 1. (ial uclère particulier aux Mémoires des capitaines du xvi® siècle. — 12. Le général d’Estrées. — i5. Biaise de Montluc. — i4» François de La Noue. — i5. Les deux Tavannes. — 16. Duplessis ♦ Mornay. — 17. Brantôme. — i8. Sully. — 19. Barthélemy de LalVemas et Olivier de Serres. — 10. Marguerite de Valois.

1. L’histoire suivit la fortune de la monarchie : monacale et religieuse jusqu’au xii® siècle, guerrière et chevaleresque pendant les croisades et la féodalité, au xv® siècle elle devient la confidente des princes, la royauté règne sans rivale. Mais les guerres religieuses enfantées par la Réforme au xvi® siècle donnent alors à l’histoire une direction nouvelle; elle est tour à tour catholique ou protestante, monarchique ou féodale, et chaque parti vient y porter ses croyances ou ses prétentions.

2. Les Mémoires de Louis de la Trèmoille, de Bayard et de Fleuranges nous donnent les dernières images de la chevalerie, les dernières annales de la féodalité. C’est surtout dans rilistoire du Chevalier sans peur et sans reproche, écrite par son secrétaire qui prend le nom de i.ov al sera i-

TEüR, que perce le caractère des temps chevaleresques, l’énergie et la naïve simplicité. Biographie nette et fidèle du héros, cette histoire est écrite d’un style pur et convenable, et le plan ne manque ni de clarté ni de régularité.

3. Le MARÉCHAL DE Fleuranges, l’un des plus braves guerriers de son siècle, fait prisonnier à la bataille de Bavie, composa, pendant sa captivité au château de l’Ecluse en Flandre, V Histoire des choses mémorables advenues au règne de Louis XII et de François depuis \AAd jusqu’en l’an 1521. C’est en quelque sorte le récit de ses campagnes, écrit avec une naïve vivacité. Il s’y désigne lui-même sous le nom ûn jeune adventureux.

4. Duïillet, greffier, compulsa, par ordre de nos rois, les vieux chartriers et les actes authentiques renfermés dans nos archives. Sans élégance, mais non sans utilité, il a de l’exactitude et quelquefois de la critique ; il apporte dans l’étude de l’histoire les scrupules et même les chicanes de la plaidoirie. C’est le premier auteur qui ait confronté les annales de la France avec les monuments d’une incontestable antiquité.

5. Claude Fauchet a écrit, sous le titre à' Antiquités gauloises et françaises, le récit des événements historiques jusqu’à Hugues Capet. Ce livre est plein de recherches curieuses ; mais il est incomplet, le style en est lourd et diffus. On doit à Fauchet d’autres travaux historiques ou plutôt archéologiques, tels que V Origine des dignités et magistrats de France, l'Origine des chevaliers, armoiries et héraux, l'Origine de la langue et poésie françoises, rgmes et romans, avec les noms et sommaires des œuvres de cent vingt-sept poètes français, vivants avant l’an 1300, etc. Fauchet, né en 1509, mourut en 1601 historiographe de France.

6. Pierre Matthieu (1563-1621), qui fut, comme Fauchet, historiographe de France, a laissé plusieurs Histoires du temps passé et du temps présent, mais tellement diffuses, tellement inexactes, qu’ellesperdirenttoute vogue et tout crédit, même de son temps. En voici les titres :

Histoire des derniers troubles de France sous les règnes de Henri IH

DE LA littérature FRANÇAISE. 127

et de Henri IV, depuis les premiers moments de la Ligue jusqu’à la clôture des Etats de Blois en 1589.

Histoire véritable des guerres entre les maisons de France et d’Espagne (de 1515 à 1598) .

Histoire de France et des choses mémoraldes advenues ès-provinces étrangères, durant sept années de paix (de 1.598 à 1604).

Histoire de Louis XI et des choses mémorables arrivées en Europe pendant son règne.

Histoire de saint Louis.

Histoire de France (de François Fr à Louis XIH).

Histoire de la mort déplorable du roi Henri le Grand, avec un poëme, un panégyrique et une oraison funèbre en son honneur.

7. Palma-Cayet a prétendu faire aussi Phistoire dos événements qui s’étaient passés sous ses yeux ; sa Chronologie novenaire n’est qu’un travail d’historiographe. Cayet est un détestable écrivain, tour à tour catholique et protestant, dénué de critique et de style, mais annaliste minutieux.

8. Les deux frères Guillaüxie et Martin Du Bellay nous ont laissé des Mémoires sur l’époque où ils vivaient. Le premier, négociateur habile et le plus adroit peutêtre des diplomates du temps, semble prendre à tûche d’y faire une apologie continuelle de François et la satire de Charles-Quint. On lui doit encore un Epüome de F histoire des Gaules. Il nous reste du second des Mémoires historiques, qui vont de 1513 à 1545. On peut lui reprocher quelques longueurs et trop de complaisance à décrire les sièges et les batailles où il s’est trouvé.

9. Les récits qu’ont tracés les hommes politiques de ce .siècle sont précisément ceux où nous avons le moins à apprendre. Tels sont les Mémoires embarrassés et obscurs d’HuRAüLT DE Chiverny ; Ics Æj'p/icoO'ons énigmatiques de ViLLEROY, et même les Mémoires de Castelnau *, assez purement écrits, exacts quant aux faits, mais remplis de réticences, et où se mêle à une circonspection diploma-

* Ces Mémoires sont de Jean Le LAJJoriiEUR (1623-1675) , aumônier de Louis XIV, et l’un des hommes à qui riiistoire de France doit le plus d’éclaircissements. On lui doit les Tombeaux des personnes illustres, avec leurs éloges, généalogies, armes et devises; on y trouve une foule de particularités curieuses.

tique un louable amour de l’ordre. On y chercherait vab nement l’éloquence ardente ou grave des Montluc et des La Noue. Ce caractère vague et elTacé se retrouve dans la plupart des négociations de l’époque ; nous n’exceptons pas celles du président Jeaxnin et de i) Ossat, hommes honnêtes, mais dont le style n’est pas sans lourdeur, sans ambiguité et môme sans emphase.

10. Citons encore, comme sources historiques, Pierre DE l’Etoile, dont le Journal, pendant trente ans de guerre civile, ne laissa point passer sans les noter un seul événement public, une seule particularité des intrigues et des folies de la cour sous Henri 111 et son successeur , l’aventurier Villegagnon , qui n’écrivait pas sans élégance, et qui ne craint pas de nous entretenir des faiblesses de Henri IV; le capitaine Mergey, qui n’avait pas, dit-il, fait grande dépense au collège, et qui cependant intéresse par le récit de ses combats ; Etienne Pas- QUiER, qui, dans ses Lettres, très-élégantes pour 1 époque, a tracé une histoire presque complète des troubles contemporains, et dont les Recherches sur l'histoire de France sont encore utiles*; La Popliniè:re, qui, après avoir passé

1 On a surnommé Pierre Pilhou le Larron français (p. 1 1 /); ce nom nous paraît plutôt convenir à Pasquier. Si l’ancienne France était perdue nous la retrouverions dans Pasquier, comme dans Varron les Romains retrouvaient la Rome antique, qu’ils ignoraient. La Fiance en effet est tout entière dans les Recherches de Pasquier ; la France gallo-romaine, la France mérovingienne, la France féodale, la France monarchique. Toutes les faces diverses de la physionomie nationale y sont exprimées et saillantes; d'autant plus attachantes et plus curieuses, qu’en les peignant l’historien conserve la naïveté et la foi des temps qu’il décrit. Pasquier n’imagine pas, ne refait pas le passé, comme cela nous est quelquefois arrivé; il le décrit tel qu’il est encore; tel qu’il a pu le voir, placé qu’il est, ce semble, entre le moyen Age et les temps modernes, aux limites de deux mondes, pour nous en transmettre la double image, vive et profonde. Le Ihie de Pasquier est riche, vaste, pittoresque : le passé tout entier s y dessine, s’y meut et s’y ranime : antiquités, lois religieuses, lois politiques coutumes, littérature, détails de la vie populaire, et jusqu à ces nuances fugitives, à ces paroles contemporaines qui sont quelquelois des traits de la physionomie nationale ; en un mot toutes nos origines s’y trouvent.

DE LA IITTKP.ATÜRK FRANÇAISE. i:>9

sa vie dans les guerres civiles, mourut pauvre, et laissa des Mémoires trop languissamment écrits, mais pleins de modération et de franchise ; Regnier de I.a Planche auteur des Commentaires sur l'Etat de France, où se trouvent de si nombreuses singularités sur la vie des Guise et de Catherine de Médicis ; Carloix, rédacteur presque inconnu des Mémoires de Vieilleville, que la fraîcheur et la vivacité du coloris distinguent si éminemment ; Fénelon, grand-oncle de l’immortel auteur du Télémaque; Rabutin, dont nous verrons un descendant au xvip siècle ; Jean Bouchet, de Poitiers (1476-1555), qui fut célébré comme historien et comme poète. Historien, il nous a laissé des Annales d’Aquitaine, qui s’étendent jusqu’à 1 époque de sa mort. Ces annales, à cause de la quantité de faits qu’elles comprennent, doivent être considérées plutôt comme une véritable histoire de France que comme l’histoire particulière d’une province. 11 y règne un ton de franchise qui contribue peut-être, autant que le piquant des détails, à l’intérêt qu’on éprouve à leur lecture *.

11. Lorsque nous arrivons à ces hardis capitaines qui, ne voulant pas laisser en oubli les entreprises auxquelles ils ont eu part, se sont occupés de retracer eux-mêmes, encore tout émus et tout couverts de la poudre des camps' le tableau des succès et des revers de leur parti, nous trouvons la portion la moins étudiée, la plus intéressante, et souvent la plus éloquente de toute la littérature du xvF siècle. C’est dans d’Estrées, Tavannes,'Montluc, La Noue, que respire cette grande époque, qu elle vit avec ses idées propres, avec le genre d’éloquence et d’esprit qui la

* Jean Bouchet, comme poëte, a composé de nombreux ouvrages oubliés aujourd’hui, mais qu’on peut encore consulter par curiosité, tels que les Regnards traversant les périlleuses voyes des folles fiances du monde; la Déploration de l'Eglise militante sur ses persécutions intérieures et extérieures, enryme française; le Temple de bonne renommée; le Panégyrique du Chevalier sans reproche Louis de la Tremoille, en prose et en vers, plein de récits curieux, et contenant une peinture fidèle des mœurs chevaleresques, etc., etc.

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