Louis Leroy (T.oys Regius), natif de Coutances
professeur de philosophie, fut, dit Lacroix-du-Maine, orateur excellent et grand historien. Il a écrit la vie de Guillaume Budé dans un latin aussi pur qu’élégant. Parmi ses œuvres latines, on estime surtout ses Commentaires sur la politique de Platon et d’Aristote, ses Prolegomena polifwatn PoUtica Aristotelis. Dans ses œuvres françaises, on remarque son Traité de la vicissitude et variété des choses en l’univers; deux Oraisons prononcées à Paris avant la lecture de Démosthènes ; l’une, des langues doctes et vulgaires et de l'usage de V éloquence ; l’autre, de l’état de l’ancienne Grèce. Ses traductions françaises de différents traités de Platon, Plutarque, Aristote, Isocrate, Démosthènes, Hippocrate, Théodoret, attestent l’étendue de ses connaissances, l’activité de son zèle, la profondeur de son travail. Louis Leroy fut aussi l’un des réformateurs do l’orthographe française. 11 mourut à Paris en 1577.
1 1 . L’élocjuence latine, réservée jusque-là àl’Universifé, eut aussi sa chaire au Collège royal, en 1534. François
la confia à Latomüs ou le Maçon, natif d’Arlon au duché de Luxembourg, et, par conséquent, sujet de Charles- Quint. Il mourut en 1566. Il avait fait beaucoup de vers latins à la louange des eiupereurs Maximilien, Charles- Quint, Ferdinand, ses maîtres ; de François F*', son bienfaiteur!; de Sickengen, son compatriote. On a de lui des Notes sur Cicéron et Térence, un Abrégé de la Dialectique de Rodolphe Agricola et des livres de controverse.
Pierre Galland (1510-1559), né à Aire, en Artois, remplaça Latomus au Collège royal. Parmi ses ouvrages, on remarque YOraison funèbre de François P\ qu’il prononça en latin, et la Vie curieuse de Duchâtel, grand-aumônier de France. Il parut aussi dans la lutte savante qui s’éleva contre Ramus.
12. Jean Passerat, natif de Troyes (1534), est plus connu comme pçëte français et collaborateur de la Ménippée (p. 180 et s.), que comme professeur d’éloquence latine. Outre ses poésies françaises, on a de lui :
1® Ealcndœ januariœ et varia qnœdam poemala. Ce sont des Et rennes adressées à son protecteur Henri de Mesjnes, des épigram-
mes, des épitaphes, des badinages sur le Rien, sur le Coq, sur VEléphant. Tous ces petits morceaux sont les jeux d’une muse élégante et enjouée.
2>> Un Commentaire estimé sur Catulle, Tibulle et Properce.
30 Des Préfaces et des Discours, dont la plupart roulent sur Tacite, Cicéron et Salluste.
40 Une mauvaise traduction d’Apollodore.
5» De litterarum inter se coqnatione et permutatione. Ce traité grammatical offre un index alphabétique où se trouve marqué le changement des lettres les unes avec les autres, soit à cause de l’affinité du son, soit par l’analogie de la langue latine, qui dans ses dérivés, dans ses composés et dans les divers temps de ses verbes, change les voyelles du mot primitif en d’autres. On y remarque de la profondeur unie à des connaissances étendues.
Passerai mourut en 1602.
13. François P” avait aussi créé, pour le Collège royal, une chaire de philosophie grecque et latine, dont quelques érudits attribuent à tort l’établissement à son fils Henri H. 11 est en effet démontré que, dès 15i3, elle était occupée par un Italien, nommé Vicomercato, qui dut sa place à la protection de Duchâtel. Ce professeur est assez peu connu ; on n’a de lui que des Commentaires sur Aristote. Nous nous bornerons également à citer les noms de ses deux successeurs immédiats, Jean Pellerin et Simeon ue Malmédy, dont la réputation s’efface devant celle du célèbre Ramus.
14. Pierre La Ramée, plus connu sous le nom latin de Ramus, naquit en 1502 ou 1515, dans un village du Vermandois. Son aïeul, gentilhomme liégeois, ruiné par les guerres, était venu s’y fixer et y exploiter du charbon. Son père, trop pauvre pour le faire instruire, l’employa d’abord à paître les troupeaux; mais cet enfant, tourmenté par le désir d’apprendre, s’enfuit à l’âge de huit ans et se rendit à Paris, où il parvint, à force de persévérance, à entrer, en qualité de domestique, au collège de Navarre. Il ne pouvait disposer que de scs nuits ; il les consacra courageusement à l’étude. Cette énergique discipline l>orta ses fruits ; il fut bientôt en état de soutenir une thèse, et s’annonça comme un réformateur. Son dégoût pour les subtilités et le pédantisme de la scolastique le
jeta dans un excès contraire : il voulut prouver que tout ce qu’ Aristote avait enseigné n’était que faussetés et chimères. Ce fut là le sujet de sa thèse et de deux traités dont il la fit suivre {Nouvelle logique et Remarques sur la Logique d’Aristote, 15^3). Une audace pareille épouvanta l’Université. Les Péripatéticiens se levèrent en masse, et surprirent au roi la défense faite à Ramus d’écrire et d’enseigner. Henri II lui rendit cette liberté, grâce au cardinal de Lorraine, et le nomma successivement à une chaire de philosophie et d’éloquence. Ramus prit aussi part aux disputes grammaticales. Celte qui fut soulevée sur ta manière de prononcer la lettre q est restée célèbre, et donna lieu à d’interminables débats. On prononçait, avant lui, kiskis, kankan; il voulut faire sonner toutes les lettres et prononcer, comme on écrivait, quisquis, quanquam. Ce n’est pas, comme on le verra plus loin, la seule innovation grammaticale ciu’il introduisit. Cette fureur de réforme lui suscita à la fin tant d’ennemis qu’il fut contraint de quitter la France (1567). Dans ses voyages, il embrassa publiquement la religion réformée, dont il partageait depuis longtemps en secret les principes anarchiques j sa mauvaise étoile le ramena en France, où il périt à ta Saint-Rarthélemy (1572).
Ramus a écrit sur presque tous les sujets. Voici les titres de ses principaux ouvrages :
1» Institutiones dialecti ex III libris distinctœ. Cette logique, condamnée lors de sa publication, a servi de base à l’enseignement dans plusieurs académies.
2“ AnimadversionesindialecticamAristotelis. C’est l’ouvrage qui souleva tous les Péripatéticiens contre Ramus.
3“ Rhetoricœ distinctiones in Quintilianum. Ramus borne la rhétorique à deux choses, l’Elocution et l’Action, renvoyant a la dialectique l’Invention des preuves et leur disposition.
4o Arithmeticœ libri très. On leur reproche une surabondance de divisions et de subdivisions.
5o Commentaires sur les Géorgiques et les Bucoliques de Virgile.
6» Cieeronianus, ou Vie de l’orateur romain, tirée de ses écrits et entremêlée de préceptes d’éloquence, de remarques grammaticales et de réflexions sur la langue latine, sur l’état des études en France et sur les réformes dont elles étaient susceptibles.
7» Une Grammaire latine et une Grammaire grecque.
8» Une Gramére fransceze, où Rarnus propose de nouveaux calaclcrcs pour les sons simples composés de deux lettres, comme au, eu, ou, et la distinction des trois sortes d’e; ce qui porterait à dix le nombre des voyelles.
9“ Liber de Moribus veterum Gallorum, ouvrage très-curieux, comme le Liber de Militid C. Julii Cœsuris.
$ 3. üe la Philologie au xvi® siècle.
1. Kôle de la philologie dans Ui liiiéralurc de la Roriaiflsance. — a. Guill-uiuie Budé;
Tie et ses ouvrages. — 3. Elienne Dolet. — Despaulère, Restaut, Lefevre, Selve. — S-Murel. — 6. Les Iriuinvirs de la république des lellres. — 7. Jules-César Scaliger.