‹ Histoire élémentaire et critique de la littératureChapitre 43 sur 96 · PIST, DE LA LITT. FR. — XVIU SIÈCLE · texte numérisé non relu

PIST, DE LA LITT. FR. — XVIU SIÈCLE

3. Le règne de Henri IV réconcilia les partis politiques : le protestantisme et la Ligue vécurent paisibles sous son gouvernement. Le caractère de ce règne fut la modération et la sagesse ; les passions s’y éteignent, les esprits se rapprochent, la littérature devient calme et régulière. Effrayée des témérités ou des hardiesses de Pionsard, la poésie se fait puriste, et quelque peu timide, avec Malherbe. La prose aussi paraît abandonner les routes nouvelles et les aventureuses inspirations où l’ont poussée Rabelais et Montaigne. Dans Balzac, elle renonce aux soudaines et impétueuses saillies, à la couleur éclatante, à l’allure franche et irrégulière, pour prendre des formes savamment arrondies, un tour nombreux et périodique. Ce changement dans le style indiquait dans les esprits une autre et importante révolution.

4. La pensée, effrayée par les attaques de la Réforme ou l’indifférence du doute, cherchait entre la religion et la philosophie une alliance qui pût la rassurer ; elle ne voulait pas, comme Montaigne, remplacer la foi par la morale, le dogme par la raison ; d’autre part, elle ne pouvait plus s’animer des convictions profondes et vives du moyen âge. Quoi qu’elle fît, le souffle fatal du xvi® siècle l’avait atteinte, et malgré la conversion du Béarnais, l’influence du protestantisme passa dans la littérature, et d’autant plus qu’il trouvait grâce à la cour. Une teinte de puritanisme philosophique, de raison religieuse, tel fut donc le caractère de la littérature, du règne de Henri IV à celui de Louis XIV. Mais cette sagesse négative, cette foi prudente et réservée, ne pouvait longtemps convenir. Ce qui avait vaincu à la fin du xvi® siècle, ce qui avait placé ou plutôt admis Henri IV sur le trône, c’était le catholicisme. La Ligue, bien que frappée dans les Guise, avait triomphé par le fait; la religion nationale et l’instinct populaire, alarmés des progrès du protestantisme, de ce double péril de la féodalité et de la Réforme, ne s’étaient rassurés qu’en ayant dans la conversion du Béarnais un gage de leur triomphe. La foi et la nationalité, victorieuses, n’oublièrent point leurs périls passés. Sous Louis XIll et

Richelieu, il y a pour les croyances une ferveur nouvelle ; pour le culte de la monarchie, un nouvel enthousiasme’. La foi, un instant chancelante ou surprise au milieu des révoltes de la Réforme et des hardiesses de la philosophie, retrouve son ardeur et sa constance ; le peuple, affranchi avec la royauté et par la royauté, a compris mieux que jamais, par les intrigues de l’Espagne et les prétentions de la noblesse, que dans la royauté était son centre et son appui, comme son indépendance et sa vie dans la religion catholique. Cette double foi religieuse et monarchique, cette réaction éclate de toutes parts : saint François de Sales repuscite la piété mystique de Y Imitation; Bérulle fonde V Oratoire; saint Vincent de Paul, les Missions étrangères ; Louis Xlll met son royaume sous la protection de la Vierge. C’est par là que le siècle de Louis XIV se rattache au moyen âge, ou plutôt il est le moyen âge avec la foi, la raison et la langue perfectionnées.

§ 2. Hôtel de Rambouillet.

1. Histoire de I Hôtel de Rambouillet ; ses principaux habitués. — 2. Influence de l’Hôtel de Rambouillet sur la rénovation littéraire du inre siècle. —3. Son influence sur les mœursdécadence de l’Hôtel. - 4. Préventions injustes contre rHôtel de Rambouillet. — 5 Juce’ ment résumé sur cette société et son influence. ‘ “

1. L’Hôtel de Rambouillet a trop influé sur la littérature du XVII® siècle pour que nous n’en retracions pas ici l’histoire.

Cet Hôtel appartenait à la famille Pisani dont il porta le nom jusqu’en 1600. A cette époque, la fille du marquis de Pisani, ayant épousé le marquis Charles d’Angennes de Rambouillet, alla s’établir dans cet Hôtel qui prit alors le nom de son époux. Les grâces et l’esprit de la marquise attirèrent bientôt chez elle l’élite de la société : sa maison devint le lieu de réunion le plus et le mieux fréquenté ; on tint à honneur d’être reçu à l’Hôtel de Rambouillet, et l’on mit autant d’empressement à s’y faire admettre que plus tard à l’Académie. Les premiers écrivains qui le fréquentèrent furent Ogier de Gombauld,

celui qui prononça, lors de sa réception à l’Académie, un discours sur le Je ne sais quoi; Malherbe, son maître; le grammairien Vaugelas, le marquis de Racan, si loué par Boileau. Cette liste de noms honorables s’enrichit bientôt de tous les noms célèbres : Voiture, Balzac, Segrais, Chapelain, le cardinal Richelieu, Costar, Sarrazin, Conrart, Mairet, Patru, Godeau, Rotrou, Scarron, Benserade, Saint-Evremont, Charleval, Ménage, le duc de La Rochefoucauld, le marquis deLa Salle, depuis duc deMontausier, Malleville, Desmarets, Bautru, Cotin, Colletet, George de Scudéry, Corneille, Fléchier, le prince de Condé, et enfin Bossuet, qui prononça, à seize ans, son premier discours à une soirée de l’Ilôtel de Rambouillet ; ce qui fit dire à Voiture ; Je n’ai jamais entendu prêcher ni si tôt ni si tard. Parmi les femmes , on distinguait madame de Longueville, mademoiselle de Scudéry, madame de La Suze, mademoiselle Paulet, mademoiselle Julie d’Angennes, fille de la marquise de Rambouillet, madame de La Fayette, madame de Sévigné, etc. Il serait trop long d’énumérer tous les personnages qui firent la gloire de ces réunions; car il faudrait compter tout ce qui au commencement du xviP siècle avait un nom honorable à la cour ou à la ville ; hommes d’épée, hommes de robe, hommes d’église, gens de lettres, grandes dames, telle était la société admise aux soirées de la marquise. On peut dire que rilôtel de Rambouillet donna plus tard à Richelieu l’idée de fonder l’Académie française, et qu’il favorisa l’essor de la littérature à cette époque. 11 accueillit toutes les célébrités, établies ou naissantes ; il rapprocha les écrivains des seigneurs, et les fit vivre dans les mœurs élégantes du grand monde ; il établit une espèce d’égalité entre la noblesse et la littérature. Passé le seuil de l’Ilôtel, toutes distinctions, tous privilèges cessaient; les gens de lettres avaient droit au môme accueil que les plus hauts personnages : il s’établissait dans la conversation une familiarité exquise et polie qui faisait le charme de ces réunions littéraires.

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