Maynard mourut en 1646, membre de l’Académie
française. On voyait sur la porte de son cabinet ces vers qui lui servirent d’épitaphe :
Las d’espérer et de me plaindre Des muses, des grands et du sort,
C’est ici que j’attends la mort.
Sans la désirer ni la craindre.
Celle dernière pensée est de Martial (x, 47) :
Summum nec metuas diem, nec optes.
6. Claude de Malleville, né l’an 1597 à Paris, mourut en 1647, membre de l’Académie française et seci était e du roi. 11 avait de l’esprit, de la délicatesse et de la facilité à faire des vers ; mais il ne soignait pas assez ses ouvrages. 11 fut renommé surtout pour le sonnet et le rondeau ; mais il s’est mieux soutenu dans ce dernier genre que dans l’autre. Son fameux sonnet de la belle matineusc, tant vanté lors du règne des sonnets, est fort au-dessous de sa renommée. H y a trop de mots et trop peu de pensées ; celle qui le termine lient de celle galanterie des poètes italiens, qui comparent toujours leurs belles au soleil. La comparaison est brillante ; mais elle a été usée de bonne heure, et, longtemps avant Molière, les valets de comédie s’en servaient. A cela près, le sonnet de Malleville n’est pas trop mal tourné, et de son temps il a pu faire illusion :
Le silence régiioitsur la terre et sur l’onde:
L’air devenoit serein et l’olimpe vermeil ;
Et l’amoureux zéphire, affranchi du soniineil,
Ressuscitoit les fleurs d’ une haleine féconde * ;
L’Aurore desployoit l’or de sa tresse blonde.
Et semoit de rubis le ebemin du Soleil ;
Enfin ce dieu vendit au ^ plus grand appareil Qu’il soit jamais venu pour éclairer le monde ;
Quand la jeune Philis, au visage riant,
Sortant de son palais jjlus clair que l’orient,
Fit voir une lumière et plus vive et plus belle ,
‘ Fin de vers traînante ; l’inversion était ici nécessaire. * Il faut dam le i>lus grand.
Sacré flambeau du jour, n’en soyez point jaloux ;
Vous parustes alors aussi peu devant elle
Que les feux de la nuit avoient fait devant vous.
7. Les élégies de Malleville ne manquent ni de naturel ni de sensibilité. 11 fut l’un des poètes qui travaillèrent à la Guirlande de Julie (Rambouillet). Il écrivit aussi des vers latins ; enfin, il a traduit de l’italien la Stratonice etl'Almériade de Luc Astcrino. On croit qu’il eut part à la rédaction des Mémoires de Bassompierre, son protecteur.
8. Antoine Godeau, né l’an 1605, à Dreux, devint évôquede Grasse, et mourut évêque de Yence en 1672. De son temps , il passait pour aussi bon prosateur que poète ; mais c’est à peine s’il est aujourd’hui connu de nom. Son élocution, généralement facile et nombreuse, est déparée par une prolixité désespérante. Son Histoire de l’Eglise a de la noblesse et de la simplicité, sans être exempte pourtant de dilfusion ; sa poésie présente le même défaut. On dit néanmoins que sa Paraphrase du cantique des trois jeunes Hébreux lui valut l’évêché de Grasse. Gette anecdote a bien pu n’ôtre imaginée que pour faire dire un bon ou plutôt un mauvais mot au cardinal de Richelieu. Quoi qu’il en soit, cette paraphrase, qui n’a pas moins de vingt strophes, ne valait pas un évêché : on n’y trouve partout que des fleurs d’or sur le ciel étalées, des miracles roulants, de virants écueils, et mille autres expressions semblables que rejette le goût. Le seul mérite qu’on y reconnaisse, c’est le nombre et l’harmonie, qualités rares dans les poètes contemporains. Il faut cependant rendre justice à quelques strophes telles que celle-ci, dont le quatrième vers nous paraît très-heureux •
U on te bénisse dans les cicux,
Où la gloire éblouit les yeux,
Où les beautés n’ont point de voiles,
Où l’on voit ce que nous croyons.
Où tu marches sur les étoiles Et d’où jusqu’aux enfers tu lances les rayons.
L’immense recueil de ses poésies offre quelques au-
très morceaux assez heureux, mais toujours noyés dans un déluge de vers vides et boursoufilés ; enfin, on peut s’en rapporter, à quelque chose près, au jugement qu’en portait Boileau :
Il me semble qu’on peut dire de lui ce que Longin dit d’Hypéride : qu’il est toujours à jeun, et qu’il n’a rien qui remue ni qui échauffe ; en un mot, qu’il n’a point cette force de style et celte vivacité d’expression qu’on cherche dans les ouvrages et qui les font durer. Je ne sais point s’il passera à la postérité, mais il faudra pour cela qu’il ressuscite, puisqu’on peut dire qu’il est déjà mort, n'étant presque plus maintenant lu de personne.
Avant de terminer, disons qu’on trouve dans une ode de Godeau à Louis XIII une image reproduite mot pour mot dans le Polyeucte de Corneille :
Mais leur gloire tombe par terre.
Et comme elle a l’éclat du verre Elle en a la fragilité.
On lit dans la tragédie :
'Toute votre félicité
Sujette à l’instabilité
En moins de rien tombe par terre,
Et comme elle a l’éclat du verre.
Elle en a la fragilité.
9. Charleval (Charles Faucon de Ris, seigneur de) fut un-bel esprit du temps (1613-1693), qui cultiva les lettres pour son plaisir. Lié avec Voiture, Scarron et Sarrazin, ainsi qu’avec la fameuse Ninon de Lenclos, il trouva dans ces liaisons un aliment aux grâces naturelles de son talent. Il soignait beaucoup, et peut-être estimait-il un peu trop les légères productions de sa muse. L’équivoque, alors à la mode, y tient souvent lieu d’esprit; telle est l’épigramme suivante contre un médisant ;
Bien que Paul soit dans l’indigence.
Son envie et sa médisance M’empeschent de le soulager.
Sa fortune est en grand désordre ;
Il ne trouve plus à manger.
Mais il trouve toujours à mordre.