‹ Histoire élémentaire et critique de la littératureChapitre 62 sur 96 · Les principaux ouvrages de La Mothe sont · texte numérisé non relu

Les principaux ouvrages de La Mothe sont

1“ Discours de la contrariété d’humeurs qui se trouve entre certaines nations, et singulièrement la française et V espagnole. On y trouve des traits curieux :

Le soldat français se fait toujours craindre d’abord ; jurant et tempêtant (|uan(l il entre quehiuc part; le lendemain, lise trouve des grands amis de la maison. L’Espagnol use de courtoisie en arrivant; mais rien de plus rude que sa sortie, pillant et désolant tout.

2» Considérations sur l’éloquence française. L’auteur y démontre la grande supériorité des anciens sur les modernes, et la nécessité de l’étude du grec, dont il indique les nombreux rapports avec notre langue.

3° De la vertu des païens ; traité qu’Arnauld réfuta dans sa Nécessité de la foi en Jésus-Christ.

4» Jugement sur les anciens et principaux historiens grecs et latins ; ouvrage qui annonce une connaissance profonde des grands modèles de l’antiquité.

5“ Petits traités en forme de lettres, dont chacune roule sur un sujet de philosophie morale.

00 Discours pour montrer que les doutes de la philosophie sceptique sont d’un grand usage dans les sciences,

7» Du peu de certitude qu’il y a dans l’histoire.

3. Le style de La Mothe est clair, net, plein de pensées brillantes, quelquefois nerveux, plus souvent difficile et trop chargé de citations. Comme Montaigne, il perd continuellement son objet de vue ; mais il n’a pas , comme lui, l’art de répandre de la force et de l’agrément dans ses écarts. Montaigne a le talent de développer si bien chaque objet accessoire, qu’il le rend le principal, et fait oublier volontiers le point de départ par l’intérét qu’il jette sur sa route. Il n’en est pas ainsi de La Mothe; ses digressions sont trop courtes pour attacher, trop multipliées pour fixer l’attention. On voit sans cesse un écrivain qui veut établir un principe et qui n’établit rien. On arrive à la fin de l’ouvrage, sans en savoir beaucoup plus qu’au début sur le fond de la question, comme sans trouver de dédommagement dans les propositions secondaires.

4. Réné Descartes naquit l’an 1596, à La Haye, en Touraine. Il fut élevé chez les Jésuites, nouvellement établis au collège de La Flèche. Ce fut en y étudiant la philosophie scolastique qu’il s’aperçut que cette prétendue science ne se composait que de vaines formules et qu’il comprit que la véritable philosophie était encore à chercher. Descartes se consacra d’abord aux rnathématiques, découvrit l’application de l’algèbre à la géométrie, et résolut par ce moyen toutes les difficultés qui avaient arrêté les mathématiciens de l’antiquité. Pour mieux étudier les hommes, et pour mûrir ses projets philosophiques.

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il se mit à vo}ager, d’abord comme militaire (1616), puis comme simple particulier, et lorsqu’il se crut sufTisamrncnt armé, il résolut de s’attaquer à Aristote. Avant d’entreprendre cette lutte, qui, dans le siècle précédent, avait coûté la vie à Ramus, il vendit tous les biens qu’il possédait en France, et alla s’établir en Hollande (1629). C’est là qu’il fit paraître tour à tour son Discours sur la Méthode., ses Méditations, ses Principes de philosophie. Dans ces ouvrages, il rejetait le despotisme du maître, et enseignait que, dans les sciences, la raison ne devait se soumetlre qu’à l’évidence, qu’il ne fallait aflîrmer sur chaque objet que ce qui était clairement renfermé dans l’idée môme de cet objet. C’est ainsi que partant de ce principe, je pense, donc j’existe, il trouva les meilleures preuves qu’on eût encore de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme. C’est ainsi que, brisant le sceptre pesant qui depuis la découverte des écrits du philosophe grec écrasait la raison humaine, il apprit à nos pères à substituer les idées aux mots, les notions claires aux vaines formules, les méthodes intellectuelles aux méthodes mécaniques. Son influence sur son siècle fut rapide et pour ainsi dire universelle. Bossuet et Fénelon, Malebranche et les principaux Oratoriens, presque toute l’école de Port-Royal, adoptèrent le cartésianisme. Les Jésuites y adhérèrent plus tard ; l’Université ne se rendit que la dernière, et encore imparfaitement.

Aous ne parlerons pas du Système de V Univers qu’il publia ensuite : l’examen n’en rentre pas dans notre sujet, et, disons-le, cet ouvrage fut l’erreur d’un grand homme. Ajoutons seulement qu’il regarde le soleil et chaque étoile fixe comme les centres d’autant de tourbillons de matière subtile qui font circuler autour de ces centres d’autres corps plus petits; qu’ainsi notre tourbillon entraîne toutes les planètes autour du soleil, et le tourbillon entier du soleil et des planètes circule autour de la terre. On sait aussi que Descartes refusait une âme aux bêtes, qu’il regardait comme de simples machines.

I;es ouvrages de Descartes sont pour la plupart com-

posés on latin ; mais son Discours sur la Méthode l’est en français. Ecrit il y a deux cents ans, il mérite encore d’être médité comme modèle d’éloquence philosophique et comme le meilleur guide que l’on puisse suivre four bien conduire sa raison et chercher la vérité dans la science.

Descartes mourut en 1650, à Stockholm, où l’avait attiré la reine Christine.

5. Pierre Gassend, plus connu sous le nom de Gassendi, naquit en 1592, près de Digne, en Provence. Antiquaire, historien, biographe, physicien, naturaliste, astronome, géomètre, anatomiste, prédicateur, métaphysicien, helléniste, dialecticien, érudit guidé par une sage critique, il parcourut le cercle presque entier des sciences et des arts, à une époque où les arts et les sciences ne ve naient que de renaître ; mais c’est surtout comme philosophe et comme savant qu’il doit être étudié, parce que l’opinion générale ne le connaît que comme tel.

Gassendi a porté les torts du maître ou plutôt du texte qu’il a choisi à ses travaux. A l’époque surtout où il s’occupa d’Epicure, Epicure avait une fort mauvaise réputation ; son interprète la partagea. La physique d’Epicure, d’abord condamnable aux yeux de la science, l’est encore plus par l’athéisme où le conduisit la théorie des atomes ; mais en cherchant à réhabiliter cette théorie, Gassendi ne nia point l’existence d’une première cause, indépendante de toutes les autres. La morale d’Epicure, cette philosophie douce et insouciante qui prétendait mener à la vertu par l’égoïsme, ne devait pas manquer d’attirer de fâcheux soupçons sur celui qui la voulait réhabiliter; mais Gassendi les démentit par sa vie : homme de solitude, de calme et de travail , ecclésiastique régulier dans ses devoirs, ses vertus égalèrent ses talents. Une piété douce et soutenue, en môme temps qu’éclairée et tolérante, s’alliait en lui aux plus hautes qualités de l'esprit.

Qu’est-ce donc que le travail de Gassendi sur Epicure? le premier essai des sciences physiques ; essai mal inspiré, stérile, mais nécessaire. Quand le faisceau qui, au

moyen âge, liait toutes les connaissances humaines, fut rompu par la répudiation d’Aristote, elles se séparèrent : séparées, elles restèrent quelque temps faibles et ignorantes d’elles-mèmes, ne sachant où se prendre, où se rattacher. Dans cet isolement elles durent tourner leurs regards vers l’antiquité. On avait interrogé Platon pour les sciences morales, on interrogea Epicure pour les sciences physiques. Voilà le sens et le but des travaux de Gassendi.

Ces travaux n’ont point avancé la science, et ils ont nui à la morale. Molière et Saint-Evremont adoptèrent l’épicuréisme ; Dernier le propagea jusqu’au Mogol; Chapelle et Bachaumont le mirent en pratique, et ils eurent de nombreux imitateurs. Gassendi mourut en 1655.

6. Saint-Evremont (Charles Marquetel de Saint-Denis, seigneur de) naquit près de Coutances, en 1613, Son goût l’entraîna vers la profession militaire ; son esprit, vers la satire, et son amour du plaisir, vers les principes des sceptiques, Gresset a dit de lui :

Dans la recherche du vrai bien Saint-Evremont les accompagne.

Le bien que cherchait Saint-Evremont n’est pas ce souverain bien qu’avec tant de peine poursuivit la philosophie ancienne; non, ce bien est à la portée de la faiblesse humaine, ou plutôt au gré de la faiblesse humaine, et pour y arriver, la route est riante et facile. Ce bien , c’est tout simplement celui qu’avait trouvé Régnier, lorsqu’il

Se laissait aller doucement A la bonne loi naturelle.

Le plaisir, l’absence des peines, voilà tout le secret de Saint-Evremont ; c’était, avant lui, celui d’Epicure. L’épicuréisme était alors fort à la mode. La Société du Marcus, qui devait être si célèbre, commençait à régner et à ellacer 1 Hôtel do Rambouillet. Ce fut à la moderne Lconlium, Ninon de l’Enclos, que Saint-Evremont dédia son Iradéde ta morale d’ Epicure, code élégant de cette

morale douce et commode. La régence d’Anne d’Autriche avait laissé s’introduire à la cour ces mœurs faciles, élégantes, corrompues qui ont marqué une autre régence (celle du duc d’Orléans). Saint-Evremont fut le bel-esprit et l’un des héros de cette cour aimable et spirituelle, qui préluda si joyeusement aux folies et aux excès de la Fronde, et qui disparut ou se convertit promptement devant le regard sévère de Louis XIV.

7. Une Lettre à M. le marquis de Créqui, écrite à l'époque de la paix des Pyrénées (1659), et à l’occasion de cette paix, lettre dans laquelle il attaquait avec beaucoup de finesse et d’esprit l’auteur de cette paix, le cardinal Mazarin, devint pour Saint-Evremont une cause de disgrâce. Réduit à choisir entre la captivité et l’exil, il préféra l’exil ; cet e^il de Saint-Evremont ne fut pas perdu pour la littérature. Sur le sol de la Grande-Bretagne, son esprit devint plus sérieux et plus solide. Ses Observations sur Salluste et sur Tacite, ses Réflexions sur les divers génies du peuple romain, dans les divers temps de la république, offrent quelques pensées qui ne sont pas indignes de Montesquieu. On peut mettre sur la même ligne son Jugement sur Sénéque, Plutarque et Pétrone.

8. Comme poëte, Saint-Evremont est un écrivain médiocre; les vers qu’il composa pour les deux célèbres courtisanes de l’époque, Marion de Lorme et Xinon de l’Enclos, ne valent pas l’honneur qu’on leur a fait de les conserver. 11 mourut à peu près comme il avait vécu, ne regrettant de la vie que les plaisirs et la bonne chère (1703).

9. Le duc FrançoisdeLaRocuefoücaulu (1613-1680) a laissé le livre des Maximes et des Mémoires sur la régence d'Anne d’Autriche. Ces Mémoires sont écrits d’un style clair, avec un grand air de sincérité et un naturel qui n’exclut pas l’élégance. On les lit encore, dit YoUairc, et l’on sait par cœur ses Pensées.

Le livre des Maximes est en efl'et son plus beau titre de gloire. La Rochefoucauld se rattache à Pascal, à La Bruyère, sinon pour le fond, du moins pour la forme.

C’est la môme école de style ; concision, traits saillants, contrastes ingénieux, rapprochements soudains et lumineux ; mais ce n’est plus la môme doctrine. Ecrit avec les impressions et sous les souvenirs de la Fronde, l’ouvrage de La Rochefoucauld a dû porter l’empreinte de cette époque décolorée où l’ambition fut sans grandeur et le dévouement sans noblesse ; où les intérêts les plus petits se couvrirent du prétexte du bien public; guerre ridicule où les héros étaient bien moins occupés de faire triompher leur cause, que de tirer, auprès de l’autorité royale, le meilleur parti possible de leur soumission. On conçoit que mûri dans de si déplorables luttes, témoin de si tristes spectacles, La Rochefaucauld ait été tenté de ne voir dans toutes les actions humaines que le mobile de l’amourpropre, et de réduire en dernière analyse toutes les vertus à l’égoïsme, La Rochefoucauld n’a vu et n’a peint du cœur humain qu’une face, et la moins noble, peut-être aussi la moins vraie, 11 a plutôt donné le secret des partis que celui de l’âme humaine ; son point de vue est étroit et faux; car il est des alTections, des sacrifices que l'amour de soi ne peut pas plus produire qu’il ne les peut expliquer.

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