INTRODUCTION
Nous inaugurerons par le législateur du Parnasse la seconde et la plus belle moitié du siècle de Louis XIV. Ce sera la meilleure introduction à l’époque la plus célèbre de notre littérature.
1. P)0»l' au Dpspréaii.Xî détails sur sa Tie : ses Satires. — s. Se.s Epîires. — 3- Son Art poétique. — 4. Le Lutrin. — 5. Son Ode sur la prise clt* Naiinir, < l son Dialogue des héros de roman. — 6. Influence de Boileau sur son siècle et sur les progics de ui-lre lîllérature. — 7. Protestation, à trois époques, contre l’antorllé législative de Buiteuu. — 8. Ce que contient l’œuvre complète de Boileau, — 9. Sanlecque -, ses Satires et son Pueme sur la déclamation.
1. Nicolas Boileau-Despréaux naquit en 1636, par une particularité remarquable, dans la chambre même où fut composée la satire Menippéeb Cette prédestination satirique fut longue à se montrer. Comme ta plupart des jeunes gens qui ont le goût des vers, il commença par une tragédie : il racontait lui-même dans la suite que, dès le premier acte, il avait introduit quatre géants sur la scène. On voit par là que, dans son début, il n’avait point rencontré son talent. Sa propre famille ne le connaissait pas plus qu'il ne se connaissait luimême. Son père disait souvent, en le comparant avec ses frères : Pour Colin, c’est im bon garçon qui ne dira jamais de mal de personne. Après avoir achevé ses éludes, il suivit quelque temps le barreau et fut reçu avocat à Càge de vingt et un ans;^mais les visions d’Accurse et d’Alciat, dont il s’est moqué dans le Lutrin, no pouvaient plaire au futur disciple d'Horace et de Juvénal. Il déserta
• Dans la maison qui csl nu coiu du quai des Orfèvres et de la rue de llnrlay.
bE LA LU rÉr.A i't tlE mANfjAlSE. 3-1 1
bientôt raiitre de ia diieanc, au prand scandale de sa fatnillc, et surtout de son bcau-lrèi c Dongois, qui jugea dès lorsque le jeune Despréaux ne serait qu’un sot toute sa vie. Bodeau peint lui-inôme, dans une Épître, la surprise de scs parents lorsqu'ii suivit son penchant pour la poésie :
Fils, frère, oni-le, cousin, iicau-lVère de grellicr,
Pouvant charger mon bras d’une utile liasse,
J’allai, loin du palais, errer sur le Parnasse;
Ma fatnille en pâlit, et vit, eu frèmissani,
Dans la poudre du grell'e un poêle naissant.
Cependant il ne céda pas d'aboitl à son inclinaüon et passa par la Sorbonne pour arriver au Parnasse. 11 obtint, dit-on, le prieuré de Saint-Paterne, qui lui valut 800 livres de rente, et qu’il vendit huit ou neuf ans après. Ce ne fut donc qu’après avoir essayé de plusieurs états différents que Boileau sentit enlin
Que sou astre en naissant l’avait formé poète,
et qu’il se livra tout entier aux lettres. Sa première Satire (les Adieux à Paris) annonça ce qu’on pouvait espérer de son talent. Pour apprécier la correclion de style et l’élégante versification qu’on trouve dan.s cette satire, il faut se reporter au temps de sa composition. A cette époque, on applaudissait, il est vrai, aux chefs-d’œuvre de Corneille, aux premières pièces de .^lolièrc ; mais Chapelain était encore l’oracle de la üUéraluie française, et r.\cadémie portait !c deuil de Voiture. Lorsque les sept premières Satires parurent e;i Ui6G avec le discours au roi, elles eurent un succès jvrodigieux : «Aon pas, dit La Harpe, parce que c’étaient des satires, mais parce que personne n'avait encore si bien écrit en vers. » Boileau était en efl'et le premier qui apprît aux Français à toujours chercher le mot propre, à lui donner sa place, à faire valoir les expressions par leur arrangement, à relever les petits détails, à cadoncer la période, enfin à connaître toutes les ressources de la langue poétique. Voilà ce qu’on dut admirer en lui dès le début de sa carrière,
HISTÜIKE CRITIQUE
voilà CO qui lui mérita les plus honorables suffrages, et d’abord (^olui do Molière, ('elui-ci devait lire quelques chants do sa traduction de Lucrèce dans une société où se trouvait le satirique : Hoiloau lut d’abord sa Satire adressée à Molière, mr la difficulté de trouver la rime. Quand Molière l’eut entendue, il ne voulut plus lire sa traduction, disant qu’on ne devait pas s’attendre à des vers aussi parfaits que ceux de Despréaux, et qu’il lui faudrait un temps infini, s’il voulait travailler comme lui ses ouvrages. On a reproché à Boileau d’avoir souvent dit en beaux vers des choses futiles, et Voltaire disait en comparant les sujets du satirique français avec ceux que Pope a traités ;
Qu’il peigne de Paris les Iristes embarras,
Ou décrive en beaux vers un fort mauvais repas,
Il faut d’autres objets à notre intelligence.
Mais il faut faire observer ici que, dans la Satire du Mauvais repas, remplie de vers que tout le monde a retenus, le poète jette adroitement plusieurs détails accessoires, qui ne sont point sans intérêt pour le fond. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que Despréaux a fait les Satires sur les folies humaines, sur la noblesse, sur l'homme, où le sujet est peut-être moins approfondi que dans Pope, mais où respire une morale saine, pure, élevée ; les idées peuvent en paraître dépourvues d’originalité, et c’est là le caractère du vrai, qui finit toujours par prendre une phjsionornie commune. Au reste, ce n’est pas la profondeur des pensées, c’est le mérite si rare de faire de beaux vers, c’est le style qui fait vivre, sentir, admirer les ouvrages des poètes. Ce mérite, ce style se trouve dans toutes les satires de Boileau; il est toujours vrai dans ses tableaux comme dans scs jugements. La Satire adressée à son esprit sera toujours regardée comme un modèle, et doit plaire surtout à ceux qui savent qu’il est plus facile d’exprimer en vers des maximes de morale que de joindre l'éléjcauce et le bon ton à une plaisanterie piquante et ingénieuse. INous ne dirons rien des Satires sur
l’ équivoque sur l’homme, les plus faibles de toutes. Dans la Satire sur les femmes, Boileau revient trop souvent sur la môme idée ; son plus grand défaut est d etre monotone et de manquer de gaieté dans un sujet où la gaieté n’était pas moins nécessaire que la variété.
2. Boileau avait publié ses meilleures Satires à trente ans. A l’âge de la maturité, il composa ses Epîtres, qui sont aujourd’hui plus estimées que ses Satires. La versification y offre plus de souplesse et de grâce ; le style, plus de naturel et d’égalité, plus de couleur et d’énergie ; les pensées, plus de force et d’enchaînement. En relisant son Epitre sur le passage du Rhin, on regrette qu’il n’ait pas exercé son talent dans l’épopée sérieuse. Homère, pour peindre la majesté du rois des rois, aurait envié à Boileau ces deux vers admirables :
Louis, les animant du feu de son courage.
Se plaint de sa grandeur qui l’attache au rivage.
3. Après avoir créé pour ainsi dire la langue poétique, et produit des modèles en plusieurs genres. Despréaux avait acquis le droit d’étre le législateur du Parnasse : il fit VArt poétique, ouvrage qui l’emporte de beaucoup sur VEpitre aux Àsotis d'Horace, pour la régularité du plan, pour le bonheur des transitions , pour l’élégance ferme et soutenue du style. Mais Boileau, si juste envers ses contemporains dans ses éloges comme dans ses critiques, si exact à tracer le caractère et les règles de chaque genre d’écrire, n’a oublié qu’un genre et qu’un homme, la fable et La Fontaine. On ne sait comment s’expliquer ce silence *. Craignait-il de déplaire en louant le panégyriste
* Une seule fois, Boileau se prononça en faveur de La Fontaine. Celui-ci venait de publier le conte de Joconde, imité de l’Arioste. Une traduction d’un nommé Bouillon parut en même temps. Ces deux ouvrages, qui firent du bruit, partagèrent les suffrages des gens de lettres : il y eut même une gageure entre l’abbé Le Vayer et un gentilhomme appelé de Saint-Gilles, sur la supériorité de l’un ou l’autre poème. L’abbé tenait pour La Fontaine et le gentilhomme pour Bouillon. Molière, leur ami commun, fut pris pour juge, et dé- «ida en faveur de La Fontaine : Boileau composa une Dissertalio»
:Hi iiisroiuE CRiiiyLE
et l’ami de Fouquet? ou, doué d’un goût plus austère que fin, ce grand homme, élevé à l’école de l’antiquité, ne put-il être le premier à sentir vivement des beautés dont les anciens n’ofl'raient point de modèle?
Quoi qu’il en soit, si Despréaux a négligé l’apologue, il a donné trop d’importance au sonnet, à moins que, comme je l'ai dit ailleurs *, il n’ait mis dans ce passage quelque intention d'ironie. Le début du poëme pouvait être plus heureux, et la saüre qui commence le quati ièrne chant nous paraît déplacée. ?dalgré quelques légers défauts, V Art poétique, dès son apparition, fit la loi au Parnasse, non-seulement en France, mais chez les étrangers, qui te traduisirent.
•1 Comme tous les législateurs, Boileau fit des mécontents; mais il fut dédommagé de leurs clameurs par les sutTrages des gens de goût, il allait bientôt produire un autre chef-d’œuvre pour répondre à ceux qui l'accusaient d'être stérile, sans souplesse et sans variété. Un pupitre, placé et déplacé, avait jeté la discorde dans un chapitre de Paris ; le président Lamoignon défia le poète de traiter ce sujet, et Boileau fit le Lutrin. Dans cet ouvrage, il porta beaucoup plus loin que dans aucun autre, l’art d’ennoblir les petits détails ; le début surtout en est trèsheureux. Les quatre premiers chants du lAitrin n’ont rien de comparable, en leur genre, dans aucune langue, et surpassent de beaucoup, pour l’invention, pour la richesse et le naturel des peintures, la Boude de cheveux enlevée, de Pope, à laquelle ce poème a quelquefois été '' comparé.
5. Tels sont les véritables et grands titres de Despréaux aux éloges de la postérité. Ouani à ç:on Ode sur la prise de Namur, elle ne vaut pas 1 honneur que Bollin lui fit de la traduire en vers latins, et dans ses Jépiyrammes, il est resté généralement inférieur à lui-même. Sa prose est toujours claire, mais elle manque de couleur et d’har-
pour soutenir ccUc opinion. Peut-être Boileau goùtait-il plus les Contes que les Fables.
‘ Traité rte Littérature, Poétique, p. 202.
DK LA LITIKRAI L UK i ÜAiVÇAISK. 3^5
inoiiie.si l’on en excepte cependant son Dialogue des héros de roman, ciui rappelle quelquerois la îincsse et l’esprit de Lucien.
(). Examinons maintenant rinfluence qu'il exei\'a sur son siècle et sur les progrès de notre littéral lire.
Ce qu’on doit surtout admirer dans lîo'îeau, c'est la sagacité rare avec laquelle il a jugé son siècle. Mais d’abord il faut se rappeler les difficultés qu’il eut à voincî c pour changer les vieilles admirations de scs contemporains, et pour leur faire trouver mauvais, comme il le dit luimême, les vers qu’ils avaient appris par cœur dans leur enfance. Au premier coup d’œil, on a quelque peine à se persuader que Cotin, Pradon et tant d'autres, méritassent d’exciter la bile poétique de Boileau ; mais il faut considérer que nous les voyons aujourd’hui au rang où il les a fait descendre : la plupart des réputations qu’il a attaquées se sont évanouies, et le succès môme de ses attaques nous en fait moins apprécier l’utilité. On ne peut lui reprocher qu’un très-petit nombre d’injustices dans la distribution du blême et de la louange. C’est ainsi qu’il a trop loué Segrais et Voiture, qu’il a oublié La Fontaine, qu’il a trop déprécié Quinault et Le Tasse ; mais, à part ces erreurs, quelle sûreté de goût! quel courage! Le mauvais goût n’a point de travers qu’il ne condamne ; il le poursuit jusque dans les coryphées du monde littéraire, dans les rimeurs fêtés et lauréats, dans les oracles de la ville et de la cour, signalant, avec un tact aussi prompt que sûr, tous les écueils de l’art d’écrire, la bizarrerie des sujets et l’inconvenance du style, l’insipide afl’éterie et la grossièreté triviale, la sécheresse et la prolixité, la négligence et la contrainte, la froideur et l’emphase. Mais s’il découragea la médiocrité, sa louange alla toujours chercher le véritable talent. 11 apprit à Piacine, comme il le dit lui-même, à faire diflicilement des vers faciles, et défendit Andromaque contre l’Iiotel de Rambouillet. Lorsque Racine, d’après le succès équivoque (ïAthalie, crut qu’il s’était trompé, Boileau lui dit ces paroles remarquables, si bien confirmées par le juse-’
ment de la postérité : C'est votre chef-d’œuvre, je m’y connais, le public y reviendra.
7. A trois époques on a protesté contre l’autorité législative de Koileau ; de son vivant, après sa mort et de nos jours.
De son vivant, il n’eut de détracteurs que parmi les méchants écrivains, et leurs attaques sont oubliées comme leurs écrits. Ainsi le Triomphe de Pradon, et ses Remarques sur tous les ouvrages du sieur üespréaux ; la Critique désintéressée, de l’abbé Cotin ; le ÎMtrigot, parodie du Lutrin, par Donnecorse; les Remarques de Saint-Sorlin, les Epigrarnmes de Scarrori, et même la Satire des satires, comédie de Boursault, ainsi qu’une foule d’autres pamphlets contemporains, ne sont plus connus que de nom, et l’on peut leur appliquer ce que Boileau disait de Cotin :
Et qui saurait sans moi que Cotin a prêché?
Après sa mort (1711), le xviiC siècle, si fidèle, pour la forme, aux traditions du siècle précédent, attaqua contradictoirement le législateur du Parnasse. D’Alembert regretta que fauteur de l’Art poétique ne fut pas entré dans le barreau. Marmontel, dans le sein même de l’Académie, débita ces vers, devenus fameux par leur extrême injustice :
Que ne peut point une étude constante ?
Sans feu, sans verve et sans fécondité,
Boileau copie; on dirait qu’il invente:
Comme un miroir, il a tout répété.
Mais il faut remarquer que, tous deux disciples de Fontenelle, ils en avaient hérité les préventions que celui-ci, comme neveu de Corneille, avait cru devoir garder contre Boileau. Marmontel, d’ailleurs, ne pouvait lui pardonner d’avoir mal parlé de Lucain , qu’il préférait à Virgile, et qu’il s’occupait alors de traduire. Voltaire se laissa lui -même entraîner, comme on le voit par ces vers :
Boileau, correct auteur de quelques froids écrits,
Zoïle de Quinaultet flatteur de Louis.
Il serait difficile de faire croire que Boileau fût jaloux de Quinault ; et quant à l’accusation d’avoir été le flatteur de Louis XiV, on peut la renvoyer à l’Epître au roi contre les conquêtes. Au reste, si Despréaux a beaucoup loué Louis XIV, il a eu le bonheur, assez rare pour les panégyristes, de parler comme la postérité. On doit ajouter que Voltaire, dans plusieurs ouvrages, a donné les plus grands éloges au correct auteur ; il avait même peu d’estime pour ses contemporains qui n’aimaient pas Jean et Nicolas: c’est ainsi qu’il désignait Racine et Boileau. La Harpe, dans son Cours de littérature, a entrepris de venger l’auteur de VArt poétique; mais il a eu le tort, qu’on lui trouve quelquefois, d’avoir trop longuement raison, et de terrasser avec trop de fracas des adversaires peu redoutables. Les vers de Boileau vaudront toujours mieux pour sa défense que les plus volumineuses discussions.
De nos jours, on n’a point attaqué Boileau, comme écrivain, mais comme législateur ; on a dit : « A l’égard du passé, c’est-à-dire de la justice qu’il a faite des mauvais ou médiocres i cri cains, Boileau a rarement failli ; mais à l’égard de l’avenir, c’est-à-dire de ces hautes et sages prévisions qui, à côté des traditions et des règles acquises à l’art, à côté des œuvres qu’elles ont pr( duites, aperçoivent les chefs-d’œuvre que leur changement ou leur interprétation plus large a enfantés, Boileau a renfermé le génie dans un cercle trop étroit. » A cela, nous n’avons qu’un mot à répondre : si le changement ou l’interprétation plus large des traditions et des règles a enfanté des chefs-d’œuvre, dans la véritable acception de ce mot, qu’on nous les montre, et nous sommes prêts à donner gain de cause aux adversaires du législateur ; mais ils sont encore à naître, ces chefs-dœuvre, et selon toute probabilité, nous les attendrons d’autant plus longtemps, qu’on s’écartera plus des sages limites qu’il a tracées autour du génie.
8. L’œuvre complète de Boileau contient ses Satires, ses E pitres, ?,on Art poétique, son Lutrin, ses Epigrammes et quelques autres Poésies françaises ou latines ; son Dialogue
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de la Poésie et de la Musique, le Dialogue des Héros de roman, sa Traduction du traité du Sublime de Longin, et ses Réflexions critiques sur cet auteur. Boileau a été l’un des collaborateurs du grand ouvrage qui a pour titre : Médailles sur les principaux événements du règne de Louis-le-Grand. On lui attribue de moitié avec Racine la Campagne de Louis XIV, ouvrage imprimé sous le nom de Pélisson et que Fréron fils a reproduit sous ce litre ; Eloge historique de Louis XIV sur ses conquêtes depuis 1672 jusqu en 1078. Enfin il fut chargé, avec Racine, de corriger te style des Constitutions de la maison de Saint-Cyr, rédigées par madame de Brinon.
9. Au prince des satiriques modernes, nous joindrons celui qui tient, après lui [longo, sed proæimus intervallo', le premier rang dans le genre satirique.
Jacques DE Sanlecque (165’2-1714), prieur de Garnai, près de Dreux, se distingua de bonne heure par une facilité surprenante à faire des vers latins et français; mais cette facilité môme, dont il abusa trop souvent, l’cmpôcha de porter ses ouvrages à ce degré de perfection qui les fait vivre. Bien que Boileau ne l’estimât guère, il n’en est pas moins vrai que le P. Sanlecque est de tous tes satiriques celui qui a le plus approché, sinon du génie, du moins de la manière de Despréaux lui-môme. Parmi un grand nombre d’idées et d’expressions trop familières, on trouve dans les Satires de Sanlecque des vers iicureux, de la légèreté, de la finesse, des saillies d'imagination et quelques traits de bonne plaisanterie. 11 avait peu vécu dans le monde ; aussi c’est presque uniquement sur les défauts des hommes d’église qu’il a dirigé ses censures, sans jamais s’en permettre, môme d’indirectes, contre l’Eglise môme. Sa Satire co?îb'e les directeurs peml en détail ce que Boileau n'avait fait qu’incli(iuer ; roa Po! ■me contre les mauvais gestes de ceux qui parlent en public et surtout des prédicateurs, se lit encore avec plaisir. Ce sont ses deux morceaux les plus soignés. On peut encore citer \q Portrait d’un janséniste, qui commenco l'ar Y'es vers ;
Sobre dans ses discours, dt'iical à sa table,
Portant un fin orgueil au pied du cruciih.
L’esprit impérieux, modeste en scs habits,
Fort sévère an procliain, pour soi fort charitable.
Aux décrets de l’Eglise écrivain peu soumis, etc.
Quant à ses Epîtres, Sonnets et Madrigaux adressés au P. La Chaise, ils ne sont que médiocres. Bans sa jeunesse, Sanlecque avait déprécié Boileau ; sur la fin de sa vie, il revint à des sentiments plus raisonnables et fit l’^pothéose de Boileau ou Boileau et Momus, pièce dans laquelle il représente les dieux de l’Olympe cassant ISIomus aux gages pour proclamer
L’heureux Boileau, Dieu de la raillerie.