CHAPITRE H
POÉSIES diverses.
§ Fables, Poésie pastorale et Contes. —
La Fontaine, Segrais, les Deshoulières, La Monnaie, Sènecé et Vergier.
i. XiS Fontaine \ délaiU sur si vie. — 2. Son Elégie et son Ode pour Fouqucl. — 5. Ses Fables; jugement sur cel ouvrage. ~ 4* Pbilémon et Baucis, les Fillc.s de Minée, Adonis et psyché. 5. Théâtre de La Fontaine. — 6. Ses Contes ; son repentir et sa mort. — 7. Segrais; ses divers ouvrages. — 8. Segrais considéré comme traducteur de Virgile ei comme poêle pastoral. — 9. Madéime Deshoulières; ses différentes poésies. — 10, Juge* ments sur madame De-dioulicres ; diverses citations. — ii. Anloiuetlc Deshoulières, sa fille ; citation, — 12. La Monnoie ; ses diverses poésies. Kpigrammes, Contes et Noëls. — )5. Sénecé; ses Contes et ses autres poésies. — 14. Vergier ; immoralité de scs Contes.
1. Jean de La Fontaine naquit le 8 juillet 1621, à Château-Thierry. La vie de cet homme célèbre est une de celles qui attirent le plus l’intérêt et la sympathie. Son enfance n’offre rien de remarquable. Elevé par des maîtres d’école de village, son instruction fut très-négligée. Distrait, insouciant, paresseux, il entra, peut-être sans y songer, dans la congrégation de l’Oratoire, à 1 âge de dix-neuf ans, et la quitta dix-huit mois après, sans y songer davantage. La vocation poétique, ordinairement précoce, ne se révéla dans La Fontaine qu’à cette époque; il entendit un jour réciter l’ode de Malherbe sur l’assassinat de Henri IV, et dès lors il semble qu’il se soit écrié avec le Corrége : Et moi aussi je suis peintre! .Malherbe
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devint sa lecture favorite et l’objet de son imitation ; mais son instinct et son goût l’avertirent bien vite que ce modèle, excellent à certains égards, n’était pas celui qu’il devait se proposer : il pensa me (jâter, dit-il. Arnj ot, Montaigne, Rabelais, Marot, lui plurent davantage : il préféra même à Malherbe d’Urfé et Voiture, et il s’avoua le disciple de Maître Vincent (Voiture), comme celui de Maître François (Rabelais) et de Maître Clément (Marot). Par les conseils d’un ami, La Fontaine lut les anciens, particulièrement ïérence, Horace, Virgile, Quintilien, et les admira. Pour mieux s’instruire à leur école, il ne dédaigna pas le travail servile, mais utile, de la traduction ; et celle de V Eunuque de Térence, qu’il fit imprimer à Reims en 1654, est te premier ouvrage qu’il ait publié. Moins heureux à l’égard des écrivains grecs dont il ignora toujours la langue, il ne put les lire que dans des traductions; il goûta surtout Plutarque et Platon, auxquels il emprunta la plupart des maximes politiques et morales qu’il a semées dans ses fables.
A cette époque, la littérature italienne jouissait d’une grande réputation : La Fontaine la préférait à la nôtre, qui ne possédait encore presque aucun des chefs-d’œuvre dont elle s’est enrichie depuis. 11 eut une prédilection particulière pour Machiavel, non sans doute comme écrivain politique, mais comme l’auteur ingénieux de Belphégor et de la Mandragore ; il n'en eut pas moins pour l’Arioste et Roccace qu’il a si souvent imités.
Cependant La Fontaine avait été forcé par son père de prendre une femme et la place de maître des eaux-etforéts. Employé négligent, mari plus négligent encore, il quitta bientôt sa femme qu’il ne vint plus visiter que de loin en loin et pour vendre quelques pièces de terre, mangeant son fonds avec son revenu, comme il le dit luimême dans son épitaphe. Quelques pièces de vers échappées, au milieu de ses tracasseries domestiques, à la muse insouciante et paresseuse de La Fontaine, lors de l’exil de la duchesse de Rouillon à Château-Thierry, lui procurèrent, dans cette nièce de .Mazarin, une société qui
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convenait à ses goûts. Lorsqu’elle revint à Paris, elle y ramena avec elle le poëte qui, sauf quelques courtes absences, y passa les trente-cinq dernières années de sa vie.
2. Fouquet y devint son Mécène ; et ce fut à la disgrâce du surintendant qu’il révéla à la fois son courage comme homme et son talent supérieur comme poëte. Fouquet, jeté èn prison, voyait sa fortune et sa vie menacées; tous les hommes de lettres qu’il avait aidés de sa bourse et de son pouvoir, le méconnurent. La Fontaine, seul, dans des vers sublimes, fit parvenir au trône de Louis XIV une touchante prière en faveur du ministre malheureux. Tout le monde connaît cette belle Eléç/ie qu’il fait soupirer aux Nymphes de Vaux, et dans laquelle le charme des beaux vers s’accroît encore par le souvenir d’une action généreuse ; on ne connaît pas aussi généralement une Ode plus courageuse encore, dont les vers sont moins nobles, mais plus hardis.
3. Cet acte courageux ferma pour toujours à La Fontaine la cour de Louis XIV ; mais il lui acquit des admirateurs, des amis (Henriette d’Angleterre, le grand Condé, le prince de Conti, le duc de Vendôme, le grand-prieur, le duc de Bourgogne), et fixa sa place comme poëte. Une femme aimable et généreuse, madame de La Sablière, le mit à l’abri de tous embarras domestiques, en l’accueillant dans son hôtel; et les vingt années qu il y passa furent les plus heureuses, comme aussi les plus brillantes de sa vie. C’est chez elle qu’il composa la plupart de ses chefs-d’œuvre, entre autres ses Fables, dont les premiers livres parurent en 1068; les autres suivirent d année en année.
Un mot ingénieux, mais faux, de la duchesse de Bouillon, a généralement trompé sur La Fontaine ; en l’appelant fablier, elle semblait dire qu’il avait produit des fables, comme un arbre produit des fruits. Non, La Fontaine n’est point une machine à fables qui les produise par une vertu aveugle et spontanée : ce n’est pas le bon La Fontaine, comme on dit, c’est un profond penseur, un homme qui a beaucoup réfléchi sur son art, qui s’est
UlSTOir.li CKIUQUI'
fait une solitude intérieure; écrivain admirable en qui l’on a loué surtout le naturel, mais en qui l’étude n’était ni moins féconde ni moins puissante, et en qui le génie fut surtout de savoir cacher l’art. Cette étude prolonde de style se révèle partout dans La Fontaine à qui sait la sentir; elle se montre dans cette souplesse et cette variété avec lesquelles il prend, non-seulement dans chaque fable, mais dans chaque vers, le ton, l’harmonie, le mouvement qui conviennent à la pensée ; dans cet art d'indiquer d’un mot les rapports secrets entre les objets les plus éloignés, de mêler à une idée riante une idée mélancolique, et un précepte de morale à une digression gracieuse ; enfin dans le talent de rendre poétiquement des phénomènes scientifiques et des pensées philosophiques, auxquels jusque-là notre langue ne s’était point prêtée, les systèmes de Descartes et les réllexions sur la disgrâce de Fouqu ,1.
4. A la suite des Fables se trouvent Phüémon et Baucis et les Filles de Minée, délicieuses imitations d’Ovide dans lesquelles toutes les grâces de l’original sont rellétées avec une teinte de cette naïveté qui lui manque et que 1 esprit ne remplace pas. 11 faut citer encore Adonis et Psyché, poèmes qui parurent en 1009, et dont le dernier, mêlé de prose et de vers, offre, parmi des longueurs, beaucoup de détails gracieux.
ô. La fontaine a fait aussi, sans compter VEunuque, imitation de Térence, ((uatre comédies, dont une seule, ](i Florentin, est restée au théâtre; deux mauvais opéras; un assez grand nond^n* d'odes assez mauvaises ; des élégies médiocres, .sauf les Xijmphes de Vaux; des ballades, des rondeaux, des triolets, vieux genre de poésie dont le style naïf lui plaisait comme celui de nos vieux auteurs; des épîtres, des madrigaux et même des épigrammes.
C. Nous voudrions passer sous silence les Contes de La fontaine; car nous ne pouvons les nommer sans reprocher a leur auteur les tableaux licencieux qu’il y a tracés a plaisir. Nous sommes toujours étonnés qu’un homme dont la vie a été pure, qui a vwu au milieu de la société
DE LA LITTÉKATUUE FllANÇAlSE.
la plus polie, d’une société dont le défaut était la pruderie plutôt que la facilité de mœurs, ait pu rimer tant de narrations indécentes, et consacrer tant de jours à une œuvre qui n’était en rapport ni avec ses mœurs ni avec celles de scs amis.
Deux ans avant sa mort, La Fontaine, saisi par une maladie qui paraissait mortelle, demanda publiquement pardon du scandale dont ses poésies trop libres avaient été la source. Cependant il en revint, s’arma d’un cilice en expiation de ses fautes \ composa la paraphrase du Dies irœ, passa deux ans encore chez M. d’Hervart et mourut le 13 avril 1695, tandis qu’il s’occupait de mettre en vers les hymnes de l’église.
7. Jean Renaud, sieur de Segrais, né l’an 1624 à Caen, manifesta de bonne heure sa vocation pour la poésie pastorale. 11 y débuta par le poëme d'Athis, ainsi nommé d’un passage de l’Orne, près de Caen. Segrais y personnifie les villages, les hameaux, les rivières des environs ; et renouvelant la fiction d’Amaryllis et de Galatée dans la première églogue de Virgile, il donne la vie, il prête des sentiments et un langage aux lieux muets et inanimés qui avaient été témoins des jeux de son enfance. Bientôt il prit un essor plus hardi par le roman de Bérénice et la tragédie d'Hippolyte. Retiré comme gentilliomme ordinaire de Mademoiselle, à Saint- Fargeau, Segrais y entreprit la traduction de l’Enéide en vers français, se délassant de ce travail sérieux par dos compositions plus légères, églogucs, stances, chansons, nouvelles, etc. Disgracié par sa protectrice pour s’ètro déclaré contre le mariage de la princesse avec Lauzun, il fut reçu chez madame de Lafayette, et ce fut là qu’il prit part, au moins par ses conseils, à la composition de Z aide et de la Princesse de Cléces (1672). 11 y passa quatre ans, et le reste de sa vie à Caen (1676-1701).
‘ Et l’auteur de Joconde est armé d’un cilice, dit Racine.
* M. d’Hervart sortait pour aller lui faire la proposition de venir chez lui : il le rencontra dans la rue : Venez loger chez moi, lui ditil. — J’y allais, répond La Fontaine. Jamais la confiance de l’amitié ne s’exprima d'une manière plus simple et plus touchante.
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8. Comme traducteur de Virgile, Segrais n’est plus lisible. Comme poëte pastoral, il a de bons endroits, sans toutefois mériter l’éclatant hommage que lui rend Boileau, lorsqu’après avoir invité tous les poètes à célébrer, suivant la nature de son talent, le nom immortel de Louis XIV, il s’écrie ;
Que Segrais dans l’églogue en charme les forêts !
Les Nouvelles françaises de Segrais, tableau de la cour, sont écrites d’un style agréable et coulant, mais qui manque de nerf et d’originalité. Les conversations de Segrais ont ét é recueillies sous le nom de Segraisiana ou Mélanges d'histoire et de littérature .
9. Deshodlières (Antoinette Du Ligier de La Garde), née l’an 163i, à Paris, apprit, dans son enfance, le latin, l’italien et l’espagnol. Sa vie fut très-agitée, et après avoir passé plusieurs années dans les Pays-Bas, où son époux avait suivi le prince de Condé pendant les troubles de la Fronde, elle revint en France en 1658. C’était la mode des portraits. Le chevalier de Grammont la peignit sous le nom ô’ Amaryllis, nom pastoral qu’elle changea par la suite pour celui de Cèlimène. Elle-même fit le portrait de Linières. D’autres productions plus importantes , des idylles, des ballades, etc., la firent surnommer la dixième muse, la Calliope française. En 1677, lorsque Racine donna la Phèdre, madame Deshoulières eut le malheur de prendre parti pour celle de Pradon, et composa le sonnet qui commence par ce vers :
Dans un fauteuil doré, Phèdre, tremblant et blême,
Dit des vers où d’abord personne n’entend rien.
Boileau vengea son ami dans sa 10® satire, en disant de madame Deshoulières ;
. C’est une précieuse.
Reste de ces esprits jadis si renommés Que d’un coup de son art Molière a diffamés. De tous leurs sentiments cette noble héritière Maintient encor ici leur secte façonnière.
C’est chez elle toujours que les fades auteurs
S'en vont se consoler du mépris des lecteurs.
Elle y reçoit leur plainte, et sa docte demeure.
Aux Perrins, aux Colins, est ouverte à toute heure;
Là du faux bel-esprit se tiennent les bureaux ;
Là tous les vers sont bons, pourvu qu’ils soient nouveaux. Au mauvais goût public la belle y fait la guerre,
Plaint Pradon opprimé des sitUels du parterre, etc.
On voit que si l’attaque eut du ridicule, la défense ne manqua pas d’injustice. C’est presque toujours l’alTligeant tableau que présentent les (|uere!les littéraires.
En 1680, madame Desltoulières fil représenter une tragédie de Genséric, dont la versification sans couleur et le plan vicieux tirent donner à fauteur, par allusion à sa plus belle idylle, le conseil de retourner à ses moutons. Racine l’a parodiée dans un sonnet :
La jeune Eudoxe est une bonne enfant,
La vieille Eudoxe une grande diablesse, etc.
Madame Deslinuüères ne fut pas plus heureuse dans sa tragédie de Jule-An loi. ie, de même que dans sa comédie des Eaux de Bourbon, et dans son opéra de Zoroastre et Sémiramis. Ses misérables rimes en ailles et en eûtes, en illes et en ouilles, et les vers qu’elle composa pour sa chatte firent beaucoup plus de bruit. La cour et ta ville s’en amusèrent. Ces diverses poésies couraient manuscrites dans le public. Ce ne fut qu'en 1687, sept ans avant sa mort, qu’elle livra ses œuvres à l’impression. Elle était depuis cinq ans atteinte d’un cancer qui, par douze ans de langueur, la conduisit au tombeau ( I69'r ).
10. Titon Du Tillet a placé madame Deshoulières dans son Parnasse, et Voltaire l’a fait entrer dans son Temple du Goût. J. -B. Rousseau l’a jugée, dans ses Lettres, avec trop d’humeur et de prévention :
Tout son mérite, dit-il, ii’a jamais consisté que dans une facilité languissante, et dans une fadeur molle et puérile, propre à éblouir de petits esprits du dernier ordre, comme ceux qui composaient sa petite académie.
396 lîisTüiui; ciuiiouK
Il est plus juste de dire avec l’auteur du Siècle de Louis XIV:
De toutes les dames françaises qui ont cultivé la poésie, c’est celle qui a le plus réussi, puisque c’est celle dont on a retenu le plus de vers.
Ses Idylles sont les meilleures que nous ayons dans notre langue : la poésie en est douce et agréable. Ses Eglogues sont plus faibles que ses Idylles, et ses Odes sont inférieures à ses Eglogues; plusieurs de ses Elégies pourraient servir de modèle. Ses Epîtres, ses Chansons, ses Ballades, ses Madrigaux, Bouts-rimés, ses Bandeaux ne justifient point le succès qu’ils obtinrent dans le siècle classique de notre littérature. Ses Réflexions morales et chrétiennes sont ce qu’elle a fait de meilleur, après ses Idylles; on y trouve des vers qui sont devenus maximes. Ses Paraphrases des psaumes 12, 13 et 145 ne sont pas ce qu’elle a fait de moins bon. Il ne faut donc juger du talent de madame Deshoulières que par un petit nombre de poésies légères, qu’on pourrait réduire à cinquante pages, et dans cette limite c’est un talent très-remarquable. Nous avons déjà eu occasion de citer madame Deshoulières comme poëte bucolique E Citons-la ici comme poëte philosophique :
Homme, contre la mort quoi que l’art te promette.
Il ne sanroit te secourir.
Prépares-} ton cœur; dis-toi ; C’est une dette Qu’en recevant le jour j’ai faite ;
Nous ne naissons que pour mourir.
Esclaves que rien ne rebute,
Vous qui, pour arriver au comble des honneurs.
Aux caprices des grands êtes toujours en butte;
Vous de tous leurs défauts lâches adorateurs,
Savez-vous le succès de tant de sacrifices?
Quand, par les grands emplois, on aura satisfait A vos soins, à vos longs services.
Hélas 1 pour vous qu’aura-t-on fait,
Que vous ouvrir des précipices?
Lorsque la mort moissonne, à la fleur de son âge, L’iioinme pleinement convaincu
* Traité de Littérature, t. !<»•, p. 335, et t. 2, p, 3915.
Que la foiblesse est son partage,
Et qui contre ses sens a mille fois vaincu,
On ne doit point gémir du coup qui le délivre :
Quelque jeune qu’on soif, quand on a su bien vivre.
On a toujours assez vécu,
1 1 . Antoinette-Thérèse Deshoulières, sa fille, fut élevée, pour ainsi dire, dans le commerce des muses; mais elle n’hérita pas entièrement du talent de sa mère. Cependant son début poétique lui valut un triomphe que beaucoup d’auteurs ambitionnent en vain dans le cours de leur carrière. Elle remporta, l’an 1687, le prix de l’Académie française par une Ode sur ce sujet : Le soin que le roi prend de V éducation de la noblesse dans ses places et dans S. Cyr; triomphe d’autant plus honorable qu’elle avait Fontenelle etDuperrier pour concurrents. On a encore d’elle des Epîtres, des Chansons, des Madrigaux, la Mort de Cochon, chien du maréchal de Vivonne, tragédie burlesque, etc. Elle mourut en 1718, après vingt ans de soulTrances pareilles à celles qu’avait éprouvées sa mère. Citons ici quelques strophes de l’ode couronnée *
Il (le roi) sait, quelque fierté que le trône demande, Qu’il faut à tout moment que sa bonté le rende Le père de tous ses sujets.
A peine a-t-il calmé les troubles de la terre,
Que ce sage héros consulte avec la paix Les moyens d’effacer les horreurs de la guerre Par de mémorables bienfaits.
Il dérobe les cœurs de sa jeune noblesse Aux funestes appas d’une indigne mollesse,
Compagne d’un trop long repos.
France, quels soins pour toi prend ton auguste maîlrc ! Ils s’en vont pour jamais dans ton sein faire croître Un nombre infini de héros.
Mais c’est peu pour Louis d’élever dans ces places Les fils de tant de vieux et fidèles guerriers.
Qui, dans les champs de Mars, en marchant sur ses traces, Ont fait des moissons de lauriers.
Pour leurs filles il inonlre autant de prévoyance Dans l’asile sacré qu'il donne à l’innocence Contre tout ce qui la détruit.
S9S niStOIRK, CUITIOUK
Et pnr les soins pieux d'iine illustre ])(Tsoniie ^
Que le sort outragea, que la vertu couronne,
Un si beau dessein fui conduit.
Dans un superbe enclos où la sagesse habite,
Où l’on suit des vertus le sentier épineux.
D’un âge plein d'erreurs mon faible sexe évite Les égarements dangereux.
D’enfants infortunés cent familles chargées,
Du soin de les pourvoir se trouvent soulagées ;
Quels secours contre un sort ingrat !
Par lui ce héros paie, en couronnant leurs peines.
Le sang dont leurs aïeux ont épuisé leurs veines Pour la défense de l’Etat.
Ainsi dans les jardins l’on voit de jeunes plantes.
Qu’on ne peut conserver que par des soins divers,
Vivre et croître à l’abri des ardeurs violentes Et de la rigueur des hivers :
Par une habile main sans cesse cultivées.
Et d’une eau vive et pure au besoin abreuvées.
Elles fleurissent dans leur temps ;
Tandis qu’à la merci des saisons orageuses.
Les autres, au milieu des campagnes pierreuses,
Se flétrissent dès leur printemps.
12. Bernard de La Monnoie , né l’an ICH, à Dijon, se fit connaître, en 1671, par une pièce de vers sur r.4èolilîon du duel, qui remporta le prix à l’Académie française. Quatre fois encore il mérita la palme sur les sujets suivants : La Gloire des armes et des lettres sous Louis XIV, X Education du dauphin, les Grandes choses faites par le roi en faveur de la religion, et la Gloire acquise par le roi en se condamnant dans sa propre cause, (ies morceaux ont de la force et du mouvement; mais les négligences et les inversions vicieuses y forment de trop fréquentes disparates. Le poète a mieux réussi dans ses Epigrammes et ses Contes, imités pour la plupart, et qui ne demandaient que ce qu’il avait surtout, le naturel et la vivacité. Scs Noëls bourguignons lui méritèrent quelques reproches de légèreté religieuse, et le Menagiana lui valut des tracasseries qui le suivirent jusqu’à la fin de sa carrière (1728),