‹ Histoire élémentaire et critique de la littératureChapitre 71 sur 96 · ROMANS, NOUVELLES, CONTES, ETC · texte numérisé non relu

ROMANS, NOUVELLES, CONTES, ETC

.«ÿ I". Mesdames de La Fayette, de Villedieu, d’Aulnoy et de Castelnau.

î. Madame de La Fayette, créatrice du roman moderne: Zaïde cl la Piinces.se de C.lè- — 2. Madame de Villedieu; ses difrereiils oiivraj^es, — 5 liomans de la comtesse d’AuInov. — 4. Madame de Castelnau : ses diverses productions.

1. Madame de La Fayette, née l’an 1632, peut être regardée comme la créatrice du roman moderne. Dans les romans qui la précédèrent, si défigurés qu’ils fussent par les grands noms de l’antiquité et par les fadeurs d une tendresse prétentieuse et fausse, il y avait bien un sentiment nouveau de pureté morale, qui, mieux saisi et mieux développé, devait faire le fond et l’intérêt naturel du roman. Ce fut le secret de madame de La Fayette ; c’est le mérite de ZaUe et surtout de la Princesse de ('lèves. On y trouve des avcnîures ’.aisonnables, écrites avec intérêt et élégance, dos sentimemts vrais, exprimés avec un tact délicat et naturel ; jamais la passion, combattue par le

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devoir, n’a été peinte avec pins de réserve. On (1(41 à peu prés les niênn'S élo^res à la Comfesse de Tende et à la Princesse de, Montpensier, romans beaucoup moins connus.

11 est bon de savoir que madame de La Fayette publia Zakle et la Princesse de Clèves sous le nom de Serrais, qu’elb' avait recueilli chez elle; et que ce fut pour mettre en tête du premier que le célèbre Huet fit son Truité de l’origine des romans. Madame de La Fayette mourut en 1693. Elle avait été Lamie constante du duc de La Rochefoucaiill .

2. Madame de Villedieu (1632-1683), malheureusement élevée par sa mère dans la lecture des romans, mena une existence conforme à cette funeste éducation. Mais, ce qui est une faible compensation, elle rendit à la littérature le service de faire passer, avec madame de La Fayette, le soût des interminables romans, mis à la mode par les Scudéri et les Calprenède. On a dit que, pour écrire ses composi’ions romanesques, elle s’était servie d'une plume tirée des ailes de l’Amour. La louange est bien forte; mais, une fois le genre admis, on ne saurait disconvenir que ses romans ne soient en général bien conduits; que les passions n’y soient peintes avec fidélité, avec intérêt, souvent même avec énergie ; que le style n’en soit agréable, et que si ses pièces dramatiques sont très-faibles, ses poésies fugitives ont encore quelque mérite. Le Favori, Nitétis et Manlius Torquatus ne sont pas plus restés au théâtre que le Carrousel du Dauphin ; mais les lecteurs de romans peuvent trouver quelque plaisir dans quelques-uns des Mens, tels que les Exilés de la cour d.’ Auguste. A ces ouvrages, il faut ajouter des Lettres, des Fables, des Elégies, des Eglogues, des Madrigaux, etc.

Les poésies de madame de Villedieu sont faibles de coloris, de verve et d'inspiration, mais elles ont de la correction et de l’élégance. Sa prose, avec les défauts et les qualités de ses vers, ne manque pas d’abandon et de charme. Aous ne citerons qu’une seule lia;ne de cet auteur; on y reconnaît le genre auquel elle s’est livrée :

La tendresse a son ticurc aussi bien que la mort

3. La comtesse b’Aulnov composa de nombreux ouvrages, tels que les Contes des fées, ï Histoire d’ îHppolyte, comte de Douglas, des 3Iémoires d’Espagne, une Histoire de Jean de Bourbon, prince de Carency, etc. De tous ces écrits, le seul qu’on lise encore est le roman A' Hippolyte. Il y a de l’imagination et de l intérèt. Toutefois l’auteur est une de ces imitatrices de madame de La Fayette, fort inférieures à leur modèle pour l’art d’inventer et d’écrire. Ses autres productions sont un mélange monstrueux de faits historiques et de fictions romanesques, où tous les personnages parlent le langage d’une fade galanterie. Les ouvrages mêmes qu’elle donna comme purement historiques ne sont pas exempts de cet alliage. La comtesse d’Auinoy mourut en 17Ü5.

k. Henriette- Julie de Castelnau, comtesse de Murat, morte à Paris en 1716, à l’âge de quarante-six ans, se fit un nom par ses désordres avant de s’en faire un par ses ouvrages. Exilée comme collaboratrice d’un libelle où toute la cour de Louis XIV était insultée, madame de Murat employa les loisirs de sa retraite à composer :

1« Les Mémoires de sa vie ; c’est moins une histoire qu’un roman ;

2“ Les Nouveaux contes des fées;

3° Le Voyage de campagne, ouvrage agréablement écrit ;

4° Un Dialogue des morts;

5° lé Histoire ( inachevée ) de la courtisane Rhodope;

6“ L’Histoire galante des habitants de Loches, lieu de son exil qui y est désigné sous le nom de Ségovie. L’auteur prit 1 idée de ce roman satirique dans le Diable boiteux qui venait de paraître.

7® Les Lutins du château de Eernosy, roman ingénieux et rempli de grâce. C’est son meilleur ouvrage.

8" Des Histoires sublimes et allégoriques.

9® Des Chansons et autres Poésies fugitives, parmi lesquelles on remarque sa chanson sur ÏHiver de 1709, son couplet sur le Plaisir, etc.

Les romans de la comtesse de Murat se font remarquer par la pureté du goût, la sagesse des idées et l’honnêteté des tableaux; ses vers, en petit nombre, se distinguent par la facilité. C’est elle qui dictait les lettres énergiques de madame de Parabère au duc d Orléans le roué.

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