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CHAPITRE IV

POÉSIE LATINE, ÉRUDITION, CRITIQUE, etC,

§ 1®’'. Po’étes latins.

J. Santeul; seâ poésies latines, et surtout sesHymnes.— a. Commire; ses Odes, ses Hymnes, ses Idylles et ses Fables, etc. — 3. Bapin : son poème des Jardins et ses autres ouvrages. “ 4- Vaniére : son Prœdhim ruslicum, etc. — 5. Du Cerceau; ses Poésies latines. — €. Ses poésies françaises et ses écrits en prose. — 7. Sanadon ; son Siicanor îlforien*.

1. Jean de Santeul (1630-1697), élève du célèbre Cossart, fut peut-être notre poëte latin le plus illustre. Dès sa jeunesse, il publia la Bulle de savon, Tune de ses compositions les plus ingénieuses. Devenu chanoine régulier de Saint- Victor, il accrut bientôt sa réputation par des ouvrages plus sérieux. Louis XIV, les événements qui signalèrent son règne, les grands hommes qui entouraient son trône, furent chantés tour à tour par le poëte Victorin. Les arcs-de-triomphe, les édifices, les fontaines qui s’élevaient de toutes parts, furent ornés de ses vers. On y loua la noblesse ou l’agrément des pensées, Télégance ou la richesse du style ; des poëtcs distingués. Corneille lui-même, se plurent à les faire passer dans notre langue. Mais c’est surtout par les Hymnes qu’il composa pour l’église de Paris et pour Tordre de Cluni, que Santeul s’est fait un nom immortel.

Les vers qu’il fit pour le portrait d’Antoine Arnauld lui

suscitèrent quelques disgrâces : il se rétracta, mais à moitié; rétractation équivoque qui donna lieu au Santolius pocnitens de Rollin et au Linguarmm. du P. Commire.

Santeul était un homme d’un caractère singulier. La Bruyère, qui l’avait connu particulièrement dans la maison deCondé, l’appelle ajuste titre, un enfant en cheveux gns. 11 avait tout l’emportement, toute la légèreté, toute I inconséquence de cet âge. Partageant la vanité dont on accuse les poètes, le succès de ses Hymnes le transportait de joie. Il courait les églises pour les entendre chanter : il les déclamait lui-méme dans les carrefours, avec les contorsions et les gestes les plus bizarres, circonstance à laquelle fait allusion l’épigramme suivante de Boileau :

Quand j’aperçois sous ce portique Ce moine au regard fanatique,

Lisant ses vers audacieux,

Faits pour les habitants des cieux.

Ouvrir une bouche effroyable,

S’agiter, se tordre les mains ;

Il me semble en lui voir le diable Que Dieu force à louer les saints.

2. Jean CoMMiRE (1625-1702), Jésuite, est un poète latin qu’on peut placer, parmi les modernes, entre Santeul et La Rue. Son talent principal est d’enrichir les petits sujets; dans les grands, il n’est guère qu’élégant et fleuri. Ce n’est pas qu’il manque d'invention ; mais ses Odes, ses Hymnes n’ont pas cette élévation, cet enthousiasme nécessaire à la poésie lyrique. Ses Idylles ont plus d’esprit et de délicatesse que de sentiment. Rien de plus achevé que sa méthamorphose de Luscinius en rossignol. Ses Fables n’ont ni l’élégante précision, ni le but moral de celles de Phèdre ; peut-être même sont-ce moins des fables que d’ingénieux parallèles; mais les charmes du style couvrent si bien les défauts du sujet qu’on les lit toujours avec plaisir. Les images les plus riantes y sont répandues avec choix. C’est ainsi qu’il dit en parlant du papillon :

Florem putares nare per liquidum œthera ;

On croit voir dans les airs voltiger une fleur.

Ses Paraphrases des psaumes et des prophètes ont trop de longueur et pas assez de majesté. Les autres poésies du P. Commire consistent dans des Épigrammes et des Pièces héroïques, à la louange de quelques illustres contemporains, où l’on aperçoit toujours l’âme honnête, l’homme d’esprit et le poète agréable.

3. Réné Rapin, Jésuite et littérateur célèbre, enseigna pendant neufans les belles-lettres et publia depuis 1657 jusqu’en 1687, époque de sa mort, un grand nombre d’écrits tant en prose qu’en vers, et tant en latin qu’en français. C’étaient alternativement des livres de littérature et de piété ; ses productions littéraires sont en même temps religieuses, et l’homme de lettres se trouve dans le théologien.

Parmi les poésies latines de Rapin, il faut distinguer ses Eclogœ sacrœ, quoiqu’elles aient beaucoup perdu de leur réputation, le Poème (/es jarrfms (Hortorumlibri 4), le plus justement renommé de ses ouvrages. La latinité en est pure, le style plein de grâce, et la composition ingénieuse. On doit y critiquer pourtant la profusion des détails mythologiques, qui lui impriment un caractère trop peu chrétien. Ainsi c’est une grande faute que d’avoir mêlé aux noms de tant de divinités païennes celui de Jésus-Christ, à propos du lis et de la fleur de la passion.

Parmi les autres œuvres de Rapin, nous citons ses Comparaisons d’Homère et de Virgile, de Démosthènes et de Cicéron, d’Aristote et de Platon ; se^ Réflexions sur l'éloquence, son Esprit du christianisme, son Importance du salut , ses Remarques sur la poésie, ses Instructions pour l’histoire, tous ouvrages aussi distingués par la précision et la netteté du style, que par la sagacité des observations et la solidité des préceptes.

4. Jacques Vanière (1664-173‘J), Jésuite, né et élevé à la campagne, dut sans doute à cette circonstance le goût qui l’entraîna vers la poésie pastorale. Dans les premières

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années de son professorat, il se Ot connaître par un petit poeme sur les étangs [Stagna) ; ceux qu’il publia sur le colombier (Columbaria), la vigne (Vitis) et le potager ( us), ajoutèrent à sa réputation. Encouragé par le succès de ces opuscules, il conçut le projet de les refondre et de les réunir dans un seul ouvrage, qui contiendrait la description des travaux et de la vie des champs. C’est ce qu il exécuta dans le Prœdiumrusticum, où le P. Tanière s est approché de Virgile autant qu’un moderne peut en approcher en latin. Ce poème est divisé en seize livres. Dans le premier, l’auteur traite du choix et de l’achat de la ferme ; dans le deuxième, des qualités qu’il faut chercher dans ses serviteurs. Les deux suivants sont consacrés aux soins des troupeaux ; le cinquième et le sixième, aux arbres; le septième et le huitième, aux travaux annuels de la campagne; le neuvième contient le potager; le dixième et le onzième, la vigne et l’art de faire le vin '; le douzième, la basse-cour; le treizième, le colombier; le quatorzième, les abeilles; le quinzième, les étangs; le seizième, la garenne et le parc. C’est moins un poème qu’une suite de petits poèmes charmants. On peut reprocher à l’auteur quelques fautes de goût, quelques épisodes déplacés; mais la douceur et la grâce du stjle, le charme des descriptions en font toujours les délices des amateurs de la poésie latine.

On doit encore au P. Tanière un Dictionnaire poétique et des Opuscules , où l’on remarque neuf Eglogues, des Hymnes, etc.

5. Jean-Antoine Du Cerceau (1670-1730) entra chez les Jésuites en 1688. C’était une imagination toute poétique. Il publia d’abord des poèmes latins, Papitiones, Gallinœ, Balthazar, qui furent favorablement accueillis. En 1705, il donna, sous le titre de Carmina varia, le recueil de ses poésies latines, où l’on trouve une espèce de drame intitulé : Films prodigus. On lui doit encore plusieurs pièces de collège : les Incommodités de la grandeur, VEcole des pères, Esope au collège , les Cousins, le Point d’honneur, le Riche imaginaire, la Défaite du solé-

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