‹ Histoire élémentaire et critique de la littératureChapitre 78 sur 96 · HIST. DE LA LUT. FR.— XVIU SIÈCLE · texte numérisé non relu

HIST. DE LA LUT. FR.— XVIU SIÈCLE

cisme, le Philosophe à la mode, Euloge, ou le Danger des ric/iesse**, tragi-comédie, et le Destin du nouveau siècle, intermède. Les Incommodités de la grandeur sont écrites avec beaucoup de gaieté, et l’on y trouve des situations plaisantes ; mais l’abbé Sabattier a eu le tort de dire qu'elle a été imitée par plusieurs de nos poètes dramatiques ; le sujet en est le môme que celui du Roi de Cocagne de Legrand, qui avait paru quelques années auparavant.

6. Outre ces pièces, le P. Du Cerceau donna un Recueil de poésies françaises, consistant en épîtres, fables, contes, épigrammes (en partie imitées de Martial). 11 avait adopté le genre niarotique ; mais il ne sut pas en éviter les écueils, et il est resté très-inférieur à son modèle. Son style est plus familier que naïf, plus trivial que simple, plus lâche qu’abondant. On peut citer, parmi les meilleures, sa petite pièce des Pincettes, et surtout son conte de la Nouvelle Eve.

Le P. Du Cerceau s’est également exercé dans la prose, 11 a fait entre autres :

1“ Des Réflexions sur la poésie française;

2» L’Histoire de la dernière révolution de Perse;

3» La Conjuration de Rienzi, histoire qui se lit encore avec intérêt : la marche eu est rapide et le style convenable au sujet ;

4o Une Oraison funèbre du Dauphin, père de Louis XV.

7. Xoel-Etienne Sanadon, natif de Rouen (1676), l’un des Jésuites les plus distingués, devint, après avoir professé longtemps, précepteur du prince de Conti. On lui doit une traduction en prose d’Horace, bien supérieure à celle de Dacier ( p. 451 ). Mais c'est surtout comme poète latin qu’il mérite d’étre remarqué : de tous les modernes cjui se sont exercés dans la langue de Virgile, aucun peut-être n’a mis dans ses vers plus d’abandon et de .grâce, plus de délicatesse et d’harmonie ; on y regrette seulement quelquefois une absence d'imagination. La pièce 'atine la plus importante du P. Sanadon est un poème l'.éi'oïque, intitulé ; Nicanor moriens. Sanadon mourut en 1733.

§ 2. Erudits, commentateurs, traducteurs.

J. Tannegui-Lefèvre. — 2. Dacier? ses divers ouvrages. — 3. Madame Dacier; ses ouvrages ; part qu’elle prit dans la querelle des anciens et des modernes. — 4- Jouvancy : ses différents écrits. — 5, Claude Perrault; sa traduction de Vilruve. — 6. BHerbelot; .sa Biblioilièquc orienlale. — 7. Louis de Sacy ; ses traductions et ses ouvrages originaux. — 8. De Tourreil; sa traduction de Démoslhèues.

1 . Tannegui-Lefèvre (en latin Tanaguillus Faber), né l’an 1615 à Caen, professa les belles-lettres à Saumur, avec un éclat qui faisait affluer les écoliers à scs leçons. Personne ne possédait mieux que lui les auteurs grecs et latins ; personne ne s’est appliqué plus laborieusement à les commenter, à les éclaircir. Ses notes sur Lticien, Longin, Eutrope, Justin, Anacréon, Lucrèce, Virgile, Horace, Ttrence, Phèdre, sont d’un éditeur consommé dans l’étude et la langue de ces originaux. 11 n’eut pas le même succès lorsqu’il voulut écrire en français ; ses différentes traductions, ainsi cjuc sesVies des poètes grecs, sont écrites d’un style pesant, incorrect et trop sec. Lefèvre mourut en 1717. On sait qu’il fut le père de madame Dacier.

2. André Dacier, natif de Castres ri651), suivit à Saumur les leçons de Tannegui-Lefèvre, dont il épousa la fille en 1683. Choisi par le duc de Montausier pour prendre place parmi les interprètes- dauphins, il se fit d’abord connaître avantageu.sement par une édition de Pomponius Festus , et secondé non moins qu’animé par sa femme, il donna successivement :

1“ Les OEuvres d'Horace, traduites en français. Cette traduction n’est guère estimable que par les notes qui l’accompagnent.

2" héflexions morales de l'empereur Marc-Antonin, avec des remarques et la vie de ce prince.

3° La Poétique d’Aristote, traduite en vers français avec des remarques sur tout l’ouvrage. C’est le chef-d’œuvre de Dacier; du moins sa traduction n’a-t-elle pas été surpassée par celle de l’abbé Batteux, et la préface qui roule sur la poésie en est surtout excellente.

4“ L’OEdipe et VElectre de Sophocle, avec une traduction et des remarques dont l’objet est de confirmer, par des exemples, la justesse des principes et l’utilité des règles exposées dans la Poétique.

5“ Les OEuvres de Platon, c’est-à-dire quelques dialogues choisis avec la vie de Platon et l’exposition des principaux dogmes de sa philosophie ,

6« La Vie de Pythagore, ses symboles, ses vers dorés avec la Fî'e d’JIiéroclès, traduction.

7“ Le Manuel d’Epictète avec cinq Traités de Simplicius, traduction et remarques,

80 Les Vies des hommes illustres de Plutarque, grand travail par lequel Dacier termina une carrière si laborieusement remplie.

Dacier mourut en 1722, membre de l’Académie française et de celle des Inscriptions.

3. Anne Lefèvre-Dacier , sa femme, naquit comme lui en 1651. En 1672, elle vint à Paris, précédée d’une réputation qu’elle justifia bientôt par son édition de Callimaque. Mise au nombre des interprètes-dauphins, elle justifia ce choix par des travaux qui ne sont pas inférieurs à ceux de son mari ; ce sont :

lo Des éditions, à l’usage du Dauphin, d’Aurélius Victor, de Florus, de Dictys de Crète, de Darès le Phrygien, d’Eutrope;

2» La traduction d'Anacréon et de Sapho, avec des remarques ; traduction dont Boileau disait qu’elle devait faire tomber la plume des mains à tous ceux qui tenteraient de traduire ces auteurs en vers;

3» La traduction de Y Amphitryon, de YEpidicus et du Rudens de Plaute, avec un examen critique de ces pièces ;

4° La traduction du Plutus et des Nuées d’Aristophane, également avec un examen critique. C'est la première traduction française <|u’on ait entreprise de cet illustre eomique.

3» Les sept Comédies de Térence, traduction et remarques ;

6« 'L’Iliade et YOdyssée d' Homère, traduites en français avec des notes;

7“ Des causes de la corruption du goût. Cet ouvrage est dirigé contre La Motte, qui, dans la préface de son Abrégé en vers français de l’Iliade, s’était permis déjuger un peu sévèrement le prince des poètes. Le zèle de la bonne cause emporta madame Dacier au delà des bornes que le goût et la politesse prescrivent dans ces sortes de discussion, tandis que son adversaire lui répondit avec autant d’esprit que d’agrément. Quoi qu’il en soit, et malgré les mépris de Voltaire, cet ouvrage est rempli d’analyses exactes, de vues saines, de réflexions fines et de sages critiques.

Madame Dacier mourut deux ans avant son mari, membre de l’Académie des Ricovrali de Padoue.

4. Joseph Jouvancv f 1643-1719), l’un des plus célèbres Jésuites français, professa la rhétorique au collège de Louis le Grand avec une réputation que le temps n’a pas encore effacée. Profondément versé dans la connaissance des anciens, qu’il a souvent égalés par la précision et l’élégance de son style, il était à la fois orateur, poète, critique, historien, grammairien , avec une supériorité, marquée dans tous les genres. On a de lui, entre autres ouvrages :

1“ Novus apparatus grœco-latinus, cum înterpretatione gallicâ, dont les lexicographes modernes ont fait plus d’usage qu’ils ne l’ont dit ;

2° Des Editions de Juvénal, de Perse, de Térence, d’Horace, de Martial et des Métamorphoses, purgées des passages indécents, et enrichies de notes courtes, mais excellentes pour l’intelligence du texte :

3“ Des Harangues (orationes) dont les sujets sont peu intéressants, mais où la beauté du style fait oublier l’aridité de la matière ;

4° Be ratione discendi et docendi : livre, dit Rollin, écrit avec une pureté et une élégance, avec une solidité de jugement et de réflexion, avec un goût de piété qui ne laissent rien à désirer, sinon que l’ouvrage fût plus long et que les matières y fussent plus approfondies ; mais ce n’était pas te dessein de l’auteur.

5“ Ap'pendix de Diis et heroibus poeticis, abrégé de mythologie qui continue d’être employé dans les collèges.

6» La Continuation de l’histoire de la Société de Jésus (1591- 1616), en latin, ouvrage qui fut l’objet des reproches les plus exagérés. Le P. Jouvancy l'écrivit à Rome ; mais s’il y cherche à affaiblir les impressions fâcheuses qui pesaient sur ses confrères, on reconnaît maintenant qu’il ne s’est point écarté des bornes que lui prescrivaient ses devoirs d’historien et de Français.

5. Claude Perrault (1613-1688), frère de Charles, {p. 416), après avoir cultivé la médecine avec succès, s’adonna tout à fait à l’architecture ; métamorphose que Boileau consacre dans les vers suivants de r^rfpoé%t/c;

Notre assassin renonce à son art inhumain ;

Et désormais la règle et l’équerre à la main,

Laissant de Galien la science suspecte.

De mauvais médecin devint bon architecte.

454 mSTOIRE CRITIQUE

C’est à lui qu’on doit l’Observatoire et la fameuse Façade du Louvre ; mais c’est comme excellent traducteur de Vitruve qu’il mérite une place dans cette histoire.

6. Barthélémy d’Herbelot (1625-1095), célèbre orientaliste, doit son renom à sa Bibliothèque orientale, qui renferme le précis d’innombrables livres arabes, persans et turks. On peut y puiser des connaissances curieuses sur les mœurs, les usages et les cérémonies de plusieurs peuples. Ce fut Galland qui édita cette Bibliothèque avec une préface, où il expose l’utilité du travail.

7. Louis de Sacy ( 1654-1727 ) avocat littérateur, se fit connaître par la traduction des Lettres de Pline le Jeune et celle du Panégyrique de Trajan, qui toutes deux obtinrent un grand succès. Ami de madame de Lambert, il lui dédia son Traité de l’Amitié, ouvrage dans lequel il s’était proposé Cicéron pour modèle. La morale en est douce et pure ; mais l’amitié n’y est pas peinte avec le même charme, la même sensibilité que dans le chapitre qui lui a été consacré par Montaigne {Essais, i, 27). Son Traité de la Gloire, pour lequel il profita du de Gloria d’Osorio, ne nous a pas dédommagés de la perte de celui que Cicéron avait composé sur le même sujet*. On lui doit encore un recueil de Mémoires , Factums et Harangues, que les jeunes jurisconsultes peuvent encore lire avec fruit.

8. Jacques de ïourreil (1656-171 i), natif de Toulouse, se porta, comme presque tous les Méridionaux, vers l’art oratoire ; mais souvent ils ne sont que déclamateurs quand ils se croient éloquents. Après avoir remporté deux prix d’éloquence (1681-3) à l’Académie française, il se mit à traduire Démostbènes dont il donna d’abord la première Philippique, les trois Olynthiennes et le Discours sur la Paix. C’était une paraphrase énervée. «Le bourreau! s’écria Racine, il fora tant qu’il » donnera de l’esprit à Démostbènes. )) — Tourreil n’est » pas un sot, disait Boileau, et cependant quel monstre » que son Démostbènes! Je dis monstre, parce qu’en effet

‘ Voy. Ilist. de ta Littérature latine, p. 200.

» c’est un monstre qu’un homme démesurément grand » et bouffi. » Cette traduction lui ouvrit toutefois les portes des deux Académies. Le reste de sa carrière fut occupé presque entièrement à la revoir, à l’augmenter; mais, quoi qu’il fît, il resta toujours mauvais traducteur. Ce que son travail a de meilleur, ce sont ses remarques et ses préfaces : l’une d’elles offre un abrégé de toute l’iiistoire des Grecs, d’abord depuis leur origine jusqu’à la prise de Troie, puis entre cette catastrophe et la bataille de Marathon; ensuite, durant les cent soixante-dix-sept années qui séparent la victoire de Miitiade de la mort d’Alexandre. C’était le tableau le plus animé qu’on eût encore tracé, dans une langue moderne, de ces traditions antiques et de ces révolutions mémorables. C’est une œuvre historique aussi remarquable que ses traductions le sont peu.

§ 3. Lexicographes , grammairiens , critiques, journalistes.

1. Furelière ; sou Diclionnaife et ses aunes écrits. — 2. Kii helel ; ses DicUo aires.— 3. Moréri; son Diclionniiire. — 4- Lancelot i ses travaux sur la Grammaire. — 5. Lu Bossu: son Traité du poème épique. — 6. Bouhours; ses divers ouvrages, entre autres ses Entretiens d'Ariste et d’Eug. ne, et sa Manière de penser dans les ouvrages d esprit.

7. Barbier d’Aucour ; ses Sentiments de Cléanlhe, etc. - 8. Bernard Lami; son Art de parler et ses Entretiens sur les sciences, etc. — 9. Les deux Leclerc. — 10. Massieu ; son Histoire de la poésie française. — 1 1. Uardouin ; ses idées singulières sur les ouvrages des anciens. — 12. Nicéron -, ses Mémoires critiques. - i5. Tournemine ; sa collaboration au Journal de Trévoux. — i4. De Sallo, fondateur du Journal des Savants.

1. Antoine Füretière (1620-1688), d’abord avocat, puis abbé de Chalivoy, fut l’ami de Boileau, de Racine et de La Fontaine. Reçu membre de l’Académie française (1662), dans le temps qu’elle s’occupait de rédiger son dictionnaire, il entreprit d’en faire un pour son compte. Cette compagnie le bannit de son sein en 1685 : Furetière plaida contre elle, fit des factums et des libelles tant en prose qu’en vers; mais il ne vit point la fin de son procès, et son Dictionnaire universel ne fut publié que deux ans après sa mort, en Hollande. Cet ouvrage, singulièrement augmenté depuis par Basnage et quelques autres savants,

msTOIRE CRITIQUE

jouit encore de quelque estime. Les autres ouvrages de Furetière sont :

1» Le Rom, an bourgeois : les mœurs de :ia classe inférieure y sont peintes avec une vérité qui ne manque pas de plaisant; mais on y trouve beaucoup d’allusions et de traits satiriques qui ne sont plus compris aujourd’hui;

2° Un recueil de Poésies où l’on distingue cinq satires, médiocrement versifiées, contre les marchands, les procureurs, les poètes, etc.;

3” Des Fables morales et nouvelles, dont les sujets sont tous de son invention, mais dont le style est sans grâce et sans force ;

( Une l\ouvelle allégorique ou Histoire des derniers troubles arrivés au royaume de V Eloquence, plaisanterie qui a perdu presque tout son sel ;

5" Le Voyage de Mercure, satire en cinq livres et en vers; c’est une censure des diverses conditions, et surtout du charlatanisrne des gens de lettres et des savants;

6“ Le Fureliérana, l’un des plus mauvais recueils de ce genre et tout à fait indigne de paraître sous le nom d’un homme d’esprit.

La parodie du Chapelain décoiffé, imprimée dans les œuvres de Boileau, est presque toute de lui, et il eut quelque part à la comédie des Plaideurs.

2. Pierre Riciielet (1631 -1698), célèbre lexicographe, a laissé plusieurs ouvrages sur la langue française, dont il avait fait une étude particulière. Ce sont, entre autres :

1« Le Dictionnaire des rimes dans un nouvel ordre. Le Fèvre Tabourot, Paul Boyer, Frémont d’Ablancourt, avaient déjà publié des compilations de ce genre ; « tristes ouvrages, dit Voltaire, qui font voir combien il est peu de rimes nobles et riches dans notre poésie, et quiprouvent l’extrême difiiculté de faire de bons vers dans notre langue. »

20 La Versification française ou Y Art de bien faire et tourner les vers, art que l’auteur n’a point su mettre en pratique ; car tous scs vers sont plus que médiocres.

3“ Un Dictionnaire français, presque tout satirique, exemple plus dangereux qu’utile. ^

3. Louis Moréri (1643-1680) commença sa carrière par des publications frivoles. On ne s’attendait pas, dit Voltaire, que l’auteur du Pays d’amour entreprît dans sa jeunesse le premier Dictionnaire de faits qu’on eût encore vu. Ce grand travail lui coûta la vie. L’ouvrage réformé et très- augmenté porte encore son nom et n’est plus de

lui; c’est une ville nouvelle bâtie sur le plan ancien. Mo réri publia cet ouvrage en 1673. Il ne formait alors qu’un volume in-fol. ; il en forme dix aujourd’hui. On y voit aisément que des personnes de différents états, de différente religion, de différent parti, de différent génie, ont contribué à cette augmentation. C’est la tour de Babel : il y règne une confusion grotesque, par la diversité des langages et des esprits. Les mensonges , les erreurs, les contradictions y fourmillent. Quant au style du fondateur, il est un peu lourd et dépourvu d’agrément.

4. Claude Lancelot (1615-1695), habile grammairien, dont on connaît bien moins le nom que les écrits, la plupart anonymes ou pseudonymes, s’était particulièrement attaché dans sa jeunesse au fameux abbédeSaint- Cyran (Duverger d’Hauranne). Après la mort de son maître, il s’occupa d’exécuter le projet conçu par Saint- Cyran ; c’était de réunir à l’enseignement des lettres et de la philosopliie l’étude plus spéciale de la doctrine chrétienne. C’est d’après ce plan que se formèrent les écoles de Port-Royal, dont Lancelot fut le premier régent et Nicole le second. Leur collège, dirigé par Antoine Arnauld et de Saci, fut divisé en cinq classes, composées chacune de cinq étudiants au plus, afin que l’application du maître fût moins partagée et l’instruction plus assurée. C’est de ces écoles que sortirent les Méthodes si connues sous le nom de Port-Royal, et dont la plupart sont dues à Lancelot, entre autres la Nouvelle méthode pour apprendre la langue grecque, la Nouvelle méthode j)Our apprendre la langue latine, V Abrégé de ces deux méthodes, le Jardin des racines grecques, dont les stances furent composées par de Saci, pendant ses promenades, la Grammaire génércde et raisonnée, qui est encore aujourd’hui au premier rang comme elle est la première en date, àe Nouvelles méthodes pour apprendre la langue italienne, la langue espagnole, etc.

-5. Réné le Bossu (1621-1680), chanoine régulier de Sainte-Geneviève, après avoir professé les humanités en

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différentes maisons, vécut et mourut dans la retraite.

On a de lui :

\o Parallèle des principes de la physique d’ Aristote et de celle de Pcné Descartes. —H voulut, dit Voltaire, concilier ces deux philosophes ; il ne savait pas qu'il fallait les abandonner l’un et l’autre.

2“ Traité dit poëme épique. L’auteur y établit qu’il est bon de choisir scs sujets avant ses personnages, et de disposer toutes les actions qui se passent dans le poëme, avant de savoir à qui on les attribuera; suivant le P. Le Bossu, l’épopée est donc essentiellement allégorique. C’est à cette occasion que Voltaire dit: ctToutpoëteépique qui suivra la règle de Le Bossu sera sur de n être jamais lu; mais heureusement il est impossible de la suivre. » Boileau cependant, dans sa troisième réllexion sur Longin, proclame cet ouvrage « l’un des meilleurs livres de » poétique qui, du consentement de tous les habiles » gens, aient été faits en notre langue; >> mais il faut dire que le P. Le Bossu avait réfuté un pamphlet de Saint-Soriin contre le satirique.

6. Dominique Bouhoürs, Jésuite en 16U, à l’âge de seize ans, professa d’abord les humanités et la rhétorique à Tours. C’était un homme poli, ne condamnant personne et cherchant à excuser tout le monde. La critique , qui l’occupa longtemps, lui fit plus d'ennemis que d’amis. On l’accusa d’ètre aussi recherché dans scs manières que dans ses écrits , et Ménage disait qu’il s’était érigé en précieux ridicule par la lecture trop assidu de Sarrasin et de Voiture. On ne peut cependant lui contester le mérite d’avoir utilement servi la langue et le goût. Madame de Sévigné disait de lui : L’esprit lui sort de tous côtés. C’était un écrivain exact, poli, correct, connaissant à fond la littérature, mais trop minutieux. L’abbé de La Chambre l’appelait Y empereur des Muses; Voltaire, dans le Temple du Coût, supposant Pascal et Bourdaloue qui s’entretiennent du grand art de joindre l’éloquence au raisonnement, place derrière eux le P. Bouhours, marquant sur des tablettes toutes les fautes de langage et toutes les négligences qui leur échappent. Tous ses ou-

vrages offrent en effet ce mélange de qualités et de défauts. Il se fit d’abord connaître avantageusement par sa Relation de la mort de Henri II, duc de Longueville. Il donna, depuis, entre autres:

1° Les Entretiens d’Ariste et d'Eugène. Le clinquant du style , l’agrément et la variété des matières lui valurent autant d’éloges que de critiques.

2° La Yérité de la religion chrétienne, Irad, de l’italien, du marquis de Pianessa.

3“ Doutes sur la langue française, proposés à messieurs de l’Académie, par un gentilhomme de province. C’est un des meilleurs écrits de l’auteur, quoiqu’il ne soit pas exempt de puérilités.

4<i 11 Histoire de Pierre d’ Auhusson, grand-maître de Rhodes.

5° Les Vies de saint Ignace et de saint François-Xavier.

6° La Manière de bien penser dansles ouvrages d’esprit. Andry de Boisregard publia, contre ce livre, les Sentiments de Cléarque, faible et médiocre imitation des Sentiments de Cléanthe de d’Aucour. La Manière de bien penser est restée l’un des meilleurs guides pour conduire les jeunes gens à une juste appréciation des auteurs anciens et modernes : « 11 leur enseigne, dit Voltaire, à éviter l’en- » dure , l’obscurité , le recherché et le faux : s’il juge trop » sévèrement en quelques endroits le Tasse et d’autres » auteurs italiens, il les condamne souvent avec raison. )) Son style est pur et agréable. Ce petit livre de la Ma- » nière de bien penser blessa les Italiens et devint une » querelle de nation : on sentait que les opinions de ■)) Bouhours, appuyées de celles de Boileau, pouvaient » tenir lieu de lois, Le marquis Orsi et quelques autres » composèrent deux très -gros volumes pour justifier » quelques vers du Tasse. »

7° Les Pensées ingénieuses des anciens et des modernes,

8“ Les Pensées ingénieuses des Pères de l’Eglise.

Les autres ouvrages du P. Bouhours n’ont rien qui leur mérite une mention. Il mourut en 1702.

7. B.vrbier d’Aucour, né l’an 16il à Langres, de parents pauvres, se jeta, par amour-propre, dans le parti janséniste. 11 vint au parlement, il fit d’abord contre les Jésuites une satire en vers, intitulée V Onguent pour la

brûlure; puis il composa ses Sentiments de Cléanthe sur les Entretiens d’Ariste et d’Eugène, ouvrage du P. Bouhours. «C’est, dit l’abbé d’Olivet, une critique ingé- » nieuse, pleine d’enjouement, d’un goût sûr, quelquey> fois minutieuse, mais toujours vraie. » En sa qualité de janséniste, Barbier fit une Réponse à la première lettre de Racine contre Port-Royal (16C6), et plusieurs années après, il attaqua de nouveau ce grand poète, dans une ignoble et plate satire, intitulée Apollon vendeur de Mithridate. Le barreau ne lui fut pas favorable ; la première fois qu’il plaida, il resta court au bout de quelques phrases, disgrâce à laquelle Boileau fit allusion dans ces vers du Lutrin ;

Le nouveau Cicéron, tremblant, décolore,

Cherche en vain son discours sur sa langue égaré.

11 renonça donc à la plaidoirie , mais non pas aux mémoires, et l’on a de lui deux factums fort estimés pour un pauvre domestique nommé Le Brun , faussement accusé d’avoir assassiné sa maîtresse. Barbier d’Aucour mourut en 1694.

8. Bernard Lami (16i5-1705), après avoir fait sa rhétorique sous Mascaron, entra dans la congrégation de 1 Oratoire, et devint à son tour professeur distingué de belles-lettres, de philosophie surtout. Dans ses études, il embrassa toutes les sciences, tous les arts ; et ses ouvrages, français et latins, toujours bien écrits, attestent la vaste étendue de ses connaissances ; mais ils ont le défaut de n’avoir pas été d’abord assez bien digérés.

Sa Rhétorique ou VArt de parler, est un ouvrage remarquable par la clarté, la netteté et la politesse du style, par la justesse des vues, l’ordre philosophique qui y règne et la profondeur des pensées. On peut le mettre à côté de r^lrt de penser de Nicole. C’est dire assez qu’il convient plutôt a 1 homme fait qu’aux jeunes gens : le grammairien comme le poète, l’orateur comme le logicien, l'historien comme le philosophe, peuvent y puiser de quoi s’instruire.

Les Entretiens sur les sciences et la manière d'étudier

forment une composition estimable, dont la lecture serait très-utile aux jeunes gens, assez sages pour vouloir s’instruire avant de vouloir être écrivains.

jNous ne meutiorinerons pas ici ses ouvrages de mathématiques, dont on a fait cas, ni ses productions de théologie qui se réduisent, pour la plupart, a des discussions polémiques ; mais nous devons citer son grand travail sur l’Arche d'alliance et sur le temple de Jérusalem, oeuvre ornée de très-belles planches, qui lui coûta trente années de soins. Lami, pour le composer, avait conféré avec les savants de tous les ordres, avec les artistes de tous les genres. Aussi le regarde-t-on comme l’ouvrage le plus complet, le plus curieux et le plus exact que nous ayons en ce genre.

9. Jean Leclerc, célèbre critique, naquit à Genève en 1657 ; mais il était originaire de Beauvais, et c’est à ce titre qu’il mérite une place dans cette histoire. Les écrits de Courcelles, son grand-oncle, lui donnèrent du goût pour l’arminianisme, qu’il poussa jusqu’à scs dernières conséquences. 11 mourut, en 1736, dans un état complet d’enfance. Le nombre de ses ouvrages est extraordinaire : il n’en avait jamais moins de cinq ou six sous presse en même temps, et de là viennent en partie toutes les inexactitudes qu’on lui reproche. 11 était savant, quoique sa connaissance de la langue hébraïque fiit moins profonde qu’il ne le prétendait; habile dans la critique, mais extrêmement répréhensible par sa hardiesse, naturellement ennemi de la contradiction, irascible, aigre et satirique dans la dispute, souvent plagiaire, inquisiteur général de la république des lettres, il retranchait, ajoutait à son gré dans les auteurs qu’il publiait ou dont il rendait compte. Tous ces défauts, joints à l’accusation de socinianisme, ôtent beaucoup à l’estime qu’on pourrait avoir pour l’auteur et pour ses ouvrages. Le meilleur, comme le plus connu, est son journal littéraire qui parut d’abord sous le titre de Bibliothèque universelle, puis sous celui de Bibliothèque choisie , enfin sous le nom de Bibliothèque ancienne et moderne, et qui forme en tout quatre-vingtdeux volumes. Il offre par intervalles des jugements sains et des analyses bien faites. Leclerc s’était proposé pour modèle la Bépubliqm des lettres de Bayle.

Daniel Leclerc (1652-1728), frère aîné de Jean, est surtout célèbre comme médecin. Ses ouvrages de médecine ne sont pas de notre ressort ; mais l'Histoire, qu’il a composée de cet art, lui mérite une place parmi les gens de lettres les plus éclairés. La sagacité, l’érudition, la justesse de la critique, la solidité des réflexions, la netteté du style, en font une œuvre remarquable. L’auteur y discute avec clarté plusieurs points de l’Histoire ancienne, aussi curieux qu’intéressants. C’est dans les premiers chapitres de ce livre que Voltaire, qui rarement a recours aux auteurs originaux, a puisé ce qu’il a dit de vrai sur Hermès, sur Zoroastre et sur les Egyptiens.

10. Guillaume Massieu (1665-1722), professeur de langue grecque au Collège royal, membre de l’Académie des Inscriptions, illustra cette chaire et cette société par son enseignement et par ses ouvrages. On lui doit ;

lo Des Dissertations intéressantes sur les boucliers votifs, sur le serments des anciens, sur les Grâces, etc. ;

2” V Histoire de la poésie française jusqu’à François P'. Elle est écrite d’une manière agréable ; mais elle abonde en assertions hasardées ou gratuites. Par exemple, il s’avise de dire que, dès le temps des premières croisades, les poètes français paraissaient sortir en foule de dessous terre aussi bien que les armées.

3o Le Poème latin du café, écrit avec beaucoup d’élégance.

11. Jean Hardouin (1646-1729), Jésuite, natif de Quimper, fut l’un des hommes les plus érudits, mais les plus singuliers qui se soient fait un nom dans les lettres. L’immensité de son érudition, jointe à un fond de bizarrerie, le précipita dans les plus absurdes chimères, et la grande connaissance de l’antiquité devint pour lui le principe des doutes les plus étranges. Avec cette obstination bretonne qui ne recule devant aucun obstacle, le P. Hardouin , aigri par quelques contradictions sur son Edition de Pline le Naturaliste (1685), en vint à soutenir, dans sa Chronologie expliquée par les médailles, que tous les ouvrages grecs et latins étaient, à l’exception de Ci-

céron, de Pline, des Géorgiques de Virgile, des Satires et des Epîtres d’Horace, des ouvrages composés par les moines du XIII® siècle. Les Jésuites l’obligèrent à se rétracter (1708), ce qu’il fit sans changer d’opinion. Son livre intitulé Athei detecti , ne pouvait être non plus que le fruit d’une imagination blessée qui réalisait tous ses caprices ou tous ses fantômes, puisqu’il mettait au nombre des athées Malebranche, Arnauld, Nicole, Pascal et beaucoup d'autres. On peut être surpris d’après cela que nous lui devions plusieurs excellents ouvrages d’histoire et de critique ; tant il est vrai que le travers de l’esprit n’exclut pas toujours des lumières capables de produire quelquefois de bonnes choses. Le catalogue de ses ouvrages s’élève à cent deux, dont quatre-vingt-douze imprimés, et le reste en manuscrits.

12. Jean-Pierre Nicéron (1685-1738), Barnabite, fut un compilateur laborieux à qui l’on doit, entre autres, un recueil en 43 vol., intitulé : Mémoires pçur servir à l’ histoire des hommes illustres de la république des lettres, avec un catalogue raisonné de leurs ouvrages. Le premier défaut de cette compilation, c’est l’inexactitude du litre par rapport à la plupart des écrivains qui s’y trouvent insérés ; le second, c’est le défaut de proportion entre les notices, dont l’étendue est souvent en raison inverse de leur importance ; le troisième enfin, c’est d’être écrite avec une inégalité de style rebutante pour le lecteur. xMais, malgré ces défauts, on doit convenir que l’ouvrage de Nicéron est un des plus utiles qu’on ait publiés en France sur l’histoire littéraire.

13. René-Joseph de Toürnemine (1661-1739), Jésuite, s’illustra d’abord comme professeur. 11 était versé dans la plupart des connaissances humaines. En 1701, on lui confia la direction des Mémoires ou du Journal de Trévoux, qu'il enrichit d’une foule d’analyses et de dissertations curieuses. Critique impartial, il combattit les idées systématiques des PP. Hardouin et Panel, il loua la Mérope de Voltaire. On lui doit encore d’excellentes Réflexions sur

l’athéisme, douze Dissertations fort savantes sur Ménochius, etc.

14, Denis de Sallo, né l’an 1G26 à Paris, conseiller au parlement, fonda, l’an 1665, le premier journal littéraire, sous le nom de Journal des Savants. 11 devait présenter, avec l’analyse des ouvrages nouveaux, l’indication des découvertes les plus importantes dans les sciences. 11 s’associa pour ce travail plusieurs de ses amis, entre autres Bourzéis, Gomberville, Chapelain et l’abbé Gallois, qui lui succéda, dès l’année 1666, dans la direction du journal, et qui la garda j usqu’en 1675. L’abbé de La Roque la prit à son tour, et la transmit, en 1687, au président Cousin qui, seul, continua le journal jusqu’en 1701. A cette époque, la rédaction en fut confiée à huit hommes de lettres, agréés par le roi, et qui se réunissaient chez l’abbé Bignon. Depuis 1715, les conférences des auteurs se tinrent à l’hôtel du chancelier ; et le Journal des Savants, dont il paraissait un numéro par mois, se soutint sans interruption jusqu’en 1792, où il fut supprimé. LouisXVlll le rétablit en 1816 avec les conditions de 1715.

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