ART. II. — BOSSUET ET FLÉCHIER
1. Bénigne Bossuet s sa première Thèse, son Sermon improvisé à l'nôlel de Rambouillet, sa Thèse de tentative. — i. Sa Réfutation du catéchisme de Ferry, son Panégyrique de saint Paul. — 3. Dii ans de la vie de Bossuet) première Oraison funèbre, son Eiposilion de la doctrine catholique, et ses Srrmon,s. — 4. Mér ite estraordiuaire de ces Sermons. __ 6. Oraisons tuuèhres de Bossuet. — 6. Mérite parti -ulier de ces discours. — 7. Sermon pour U profc.'sioir de madame de La Vallière.— 8. Bossuet, précepteur du grand Dauphin; ouvrages composés pour l’éducation de ce prince. — 9. Le Discours sur l’histoire uniscrrelle. — 10. La Politique tirée de l’Ecriture sainte. — 11. La Connaissance de Dieu • t de soi-iuênie, Lettre au pape Innocent XL — la. Zèle de Bossuet pour la conversion des protestants. — l3. L'Aigle de Meaux; ses Prières, sou Catéchisme, ses Méditations sut
l’Evangile ut ses Elévations sur les Mystères. — 14. Assemblée du clergé de l68s; ouvrages auxquels elle donna lieu. — i5. Le Traité de la communion sous les deux espèces, et THisloire des variations ; mérite de ce deruier ouvrage. — 16. Commentaire sur l’Apocalypse. — 17. Correspondance de Bossuet avec Leibnitz. — 18. Querelle théologique de Bossuet et de Féuelon. — 19. Traité de Bossuet contre la comédie, et autres ouvrages; sa mort. — 30. Appréciation générale de Bossuet. — 3i. Liste des ouvrages de Bossuet qui n’ont point été cités dans cet article. — as. Fléchîer; ses poésies latines et françaises, ses Sermons et ses Oraisons funèbres. — a5. Mérite de ces ouvrages. — a4. Autres ouvrage* de Flécbier.
Parlons d’avance le langage de la postérité ; Bosiuet est un Père de PEgliie.
(La Bautère.)
1. Jacques-Bénigne Bossuet naquit, l’an 1627, à Dijon , d’une famille considérée dans la robe. Il y fit chez les Jésuites ses premières études, et puisa dans leurs leçons cette piété vive , mais éclairée , qui préserve la jeunesse de tant d’écarts. A quinze ans , ses parents l’envoyèrent à Paris, au collège de Navarre, où la langue grecque, la philosophie , les chefs-d’œuvre de l’antiquité , mais surtout l’Ecriture et les saintes lettres occupèrent tous ses moments. Dès l’année suivante, il soutint sa première Thèse avec tant d’éclat, qu’on voulut le voir à l’Hôtel de Rambouillet; il y vint et improvisa, après quelques instants de méditation, un Sermon qui excita l’admiration générale. A vingt et un ans (1648), après avoir été reçu dans la corporation de Navarre , il soutint une autre Thèse , dite l'hèse de tentative , et dont le sujet était une comparaison de la gloire du monde, et de celle qui attend le juste après la vie. La paix de Westphalie allait se conclure; le jeune héros de Rocroi et de Nordlingue brillait à ce moment de tout l’éclat de la victoire. Tout au milieu du discours, entre dans la salle le grand Condé, entouré de nombreux compagnons de ses armes. L’orateur, sans s’interrompre, paya, au nom de la Lrance, le tribut d’admiration et de louanges qui était dû au jeune vainqueur, et sut lui dire aussi, avec une sorte d’autorité anticipée , comb'en cette gloire était vaine et périssable. Quarante ans après, il répéta les mêmes vérités sur le cercueil de ce prince. Le grand Condé fut si touché de ce discours que dès lors il lui voua , pour toute sa vie , " son estime et son amitié.
2. A vingt-cinq ans , Bossuet fut reçu prêtre et docteur. Nommé chanoine de Metz, tout entier aux devoirs de son ministère, il édifiait par sa vie comme il surprenait par son génie tout ce qui l’entourait. En 1655, il publia la Réfutation du catéchisme de Paul Fernj, ministre protestant fort estimé par son savoir et ses talents. C’était son premier ouvrage ; il eut un succès extraordinaire. Bientôt après, une mission , conçue par saint Vincent de Paul pour convertir les protestants du diocèse, fut dirigée par Bossuet avec non moins de réussite. Attiré souvent cà Paris pour les affaires de son chapitre, ses prédications avaient de plus en plus une vogue merveilleuse. 11 fit un Panégyrique de saint Paul, qui peut être mis au rang de ce qu’il a écrit de plus, beau, et successivement il composa d’autres panégyriques qui ne lui sont pas inférieurs.
3. C'est à cette époque, de 1659 à 1669, que Bossuet se plaça , par son génie , sa science et sa vertu , à la tète de l’Eglise et de la religion en France.
Dans cetintervalle, il prononça, l’an 1663, sa première Oraison funèbre, celle de Cornet, grand-maître de Navarre, qui n’est pas sans beauté , quoique le sujet ait par lui-méme peu de grandeur. Trois ans après il remplit le même devoir pour Anne d’Autriche. 11 convertit Dangeau (p. 429), qui nous a laissé l’hisèorique de sa conversion , et le grand Turenne pour lequel il composa (1668) le livre célèbre de V Exposition de la doctrine catholique , livre si simple , si sincère, si fort de savoir et de preuves, qui montre la religion aussi facile à croire qu’à pratiquer, et la dégage des absurdités qui lui ont été attribuées par ses ennemis, (l’est aussi dans cet intervalle qu'il mêla le plus souvent sa voix grave aux enchantements de Versailles, et qu’il prononça ses Ai. rmous comme un contraste sublime avec les fêtes et les réjouissances de la cour.
4. Bossuet n’écrivait pas généralement ses sermons. Quelques heures avant do monter en chaire, il méditaitsur son texte, jetait sur le papier quelques paroles, quelques passages des Pères pour guider sa marche ; quelquefois il
dictait rapidement de plus longs morceaux, puis il se livrait à l’inspiration du moment, à l’impression qu’il produisait sur ses auditeurs.
Là apparaissent les traits vigoureux, mais heurtés, et comme l’image encore rude de ces impétueuses saillies , de ces mouvements rapides , de ces hautes pensées qui étonnent et accablent l’esprit; là se voient ces figures hardies et animées qui remuent l’âme en parlant à l’imagination ; là aussi , ce mélange de grandeur et de simplicité , je ne dirai pas négligée, mais rude et âpre ; car ce puissant génie semble dédaigner les artifices de la parole auxquels nous attachons tant de prix. On dirait qu’il les juge indignes de la gravité de son saint ministère; peut-être bien aussi qu’assuré de la vigueur même et de l’efiet de sa pensée , il voulait élever la simplicité du langage jusqu’à sa hauteur. 11 conserve , avec la majesté des Ecritures dont il est nourri, et la teinte orientale de son imagination, un air fier et sauvage, une allure libre et ferme, une familiarité pleine de charme et d’énergie. Mais oublions quelques rares négligences , quelques fautes de langage faciles à corriger; laissons-nous entraîner à la rapidité, au mouvement, à la chaleur de la pensée, laissons notre imagination se pénétrer profondément de ces images vives et éclatantes qui viennent en foule la frapper , et demandonsnous si jamais l’éloquence déploya plus de force, de grandeur et de feu. Sa parole ardente , enflammée , pleine du souffle des prophètes, descend et agit sur l’auditoire avec une autorité irrésistible et un empire surnaturel; toutes les âmes sont saisies tour à tour de terreur et d espérance, et tremblent, pleines d’une sainte horreur, sous les foudres de cette sublime pensée, qui semble elle-même agitée de respect et de crainte sous la grandeur des mystères et des vérités quelle annonce , et du Dieu qu’elle enseigne.
En contemplant ces ébauches précipitées et incertaines des Sermons de Bossuet, ces premiers jets d’une sublime pensée, on se demande pourquoi il les a laissés à cet état inachevé de production. Ce n’est pas qu il dédaignât la
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gloire, mais il ne l’apercevait point : un but plus élevé animait et sa pensée et son génie ; l’éloquence, à ses yeux, n’était qu’un moyen, et non une fin. A la religion seule se rapportaient tous ses efforts ; il eût craint de dérober i à cette cause sacrée, pour le donner au vain soin de sa/‘ réputation, un temps qu’il croyait pouvoir mieux employer qu’à polir des discours ; c’est là ce qui nous explique pourquoi il ne s’occupa jamais de publier ses Sermons. 11 ne parla jamais que pour enseigner une vé rité, comme il n'écrivit que pour combattre une erreur ; et c’est quelque chose de plus admirable que le génie, que cette conviction des vérités religieuses et morales qui place le devoir avant la gloire elle-même. Malgré cette abnégation littéraire, cette indifférence pour sa réputation, Bossuet n’a rien perdu aux yeux de la postérité. Ses Sermons formeront toujours une belle préparation aux Oraisons funèbres, qui les surpassent et ne les font point oublier.
5. Le mérite éminent de Bossuet le fit nommer, en 1669 et 1670, évêque de Condom ; deux mois après, il prononça ïOraison funèbre de la reine d’ Angleterre , et 1 année suivante, ccMe de Madame, qui forment, avec celles d Anne d Autriche, de Alarie-Thérèse (1683), de la princesse Palatine, Anne de Gonzague (16851, de Le Tellier (1686) et du grand Condé (1687), le premier et le plus glorieux titre de Bossuet à l’éloquence. 11 ne rechercha point l’occasion de les prononcer ; mais pour honorer des trépas illustres, nulle solennité n’était aussi grande que les paroles de Bossuet.
6. On a souvent peint Bossuet au milieu d’une assemblée religieuse et attentive à ses paroles, instruisant les rois sur la tombe d’une reine aussi grande que ses malmalheurs (la reine d’Angleterre); tantôt étalant dans une seule mort (celle de Madame) la vanité des espérances et des prospérités humaines ; puis, sur le cercueil d’un héros ( le grand Condé), appelant devant le tribunal de Dieu et les terreurs de l’éternité tous les âges et toutes les conditions, venant lui-même à la suite de tant de générations, et mêlant, pour la dernière fois, à ce deuil religieux les
accents d’une voix qui ne devait plus se faire entendre que pour l’enfance et le malheur. Ces magnifiques images, ces mouvements sublimes sont gravés dans tous les esprits. Ce sont là les morceaux et les Oraisons funèbres que l’on cite le plus souvent ; pourtant les autres ne sont pas indignes de lui.
Sans doute, elles offraient à l’éloquence un champ moins vaste, un cadre moins heureux ; mais, si elles n’admettaient pas le môme éclat de figures, la même vivacité de couleurs, la môme pompe de diction, elles étaient, par cela môme, plus propres à recevoir cet intérêt doux et simple, qui s’attache à la peinture des vertus privées et chrétiennes, et à montrer la souplesse et la flexibilité du génie de Bossuet. Certes, c’est un tableau plein de charme et de grâce que celui dans lequel l’orateur retrace les vertus modestes et néanmoins royales d’Anne d’Autriche, de cette princesse qui, placée si près delà majesté d’un grand roi, et, pour ainsi dire, sous l’éclat d’une gloire devant laquelle tout disparaissait et s’effaçait, sut pourtant le soutenir par cette autorité secrète, ce respect profond que commandent les plus pures vertus dans une telle élévation. 11 est pourtant impossible que le génie de Bossuet n’éclate pas tout entier, qu’il ne produise pas de ces fortes pensées qui saisissent l’imagination, et en un seul trait forment un tableau complet : soit que, dans l’Oraison de la princesse Palatine, il peigne les amusements sérieux de la cour, ses ambitions si ardentes couvertes par des plaisirs si frivoles , soit qu’il dise les troubles de la Fronde, les vaines pensées et les promesses trompeuses des politiques, trahissant dans ces profondes réflexions le philosophe non moins que Fhistoricn ; soit qu’abattant déjà cette impiété, dont le bruit sourd avait aussi frappé les oreilles d’un autre grand homme, il enlève aux incrédules les misérables subterfuges sur lesquels ils fondent leurs doutes coupables, et ne leur laisse pas même le néant qu’ils espèrent.
L’Oraison funèbre de Letellier présente des passages non moins remarquables. Profond et attachant lorsqu’il
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nous montre ce ministre exerçant les saintes et paisibles fonctions de la justice au milieu des orales civils, avec le courage de l’âme plus rare que la valeur, Bossuet est plein d’une religieuse tristesse lorsqu’il déplorelcs vainscalculs des ambitieux, et montre le vide de cette seconde vie de réputation à laquelle ils aspirent et par laquelle ils veulent tromper leur néant. 11 y a dans ces passages la profondeur de Tacite avec un art inconnu à Tacite, de donner aux réflexions du mouvement, des images à la pensée. Dans ces divers ouvrages, Bossuet n’est pas au-dessous de lui-méme ; et si l’on doit admirer la grandeur du génie, qui se soutient à la hauteur des sujets les plus relevés, on ne doit pas moins le louer lorsque, par une merveilleuse fécondité, il anime et enrichit des sujets moins grands et moins heureux.
7. Après ces discours fameux, Bossuet ne fit plus entendre sa voix que dans quelques rares occasions. Il consentit à prêcher pour la profession de madame de La Vallière; lui-même dit dans son sermon : « Je romps un ■» silence de tant d’années ; je fais entendre une voix que » les chaires ne connaissent plus. » Nous ne savons pourquoi ce sermon passe, auprès de quelques critiques, pour inférieur aux autres discours de Bossuet. On n’y trouve rien, il est vrai, qui soit personnel à madame de La Yallière, qui rappelle ni l’amour du roi pour elle ni ses faiblesses. Si c’est là ce qu’on regrette, c’est méconnaître et le génie de la chaire chrétienne et la sublime gravité de Bossuet. Dans cette Oraison funèbre (car c’est une espèce de mort sainte et volontaire qu’il célébrait 'i, il peint avec la même force que partout ailleurs le néant et le vide des choses terrestres, et la puissante bienfaisance de la grâce qui ramène l’âme avec ardeur vers sa destination primitive, vers Dieu, loin duquel elle s’était égarée.
8. En 1670, Bossuet avait été nommé précepteur du Dauphin, et; quelques années après, premier aumônier de la Dauphine. C’est sous sa direction que furent faites toutes les excellentes éditions ad vsum Delphini, qui, aujourd’hui encore, sont recherchées des érudits. Ce fut
aussi pour l’éducation de ce prince qu’il composa le Discours sur rhistoire imirer selle, la Politiqiie tirée de l’Ecriture sainte, le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, etc. Arrêtons ici nos regards.
9. Dans le Discours sur l’histoire universelle, tout se rapporte à la religion et s’en inspire. Indépendamment de ce que l’ouvrage gagne sous le rapport du mouvement et de l’unité, par cette pensée première qui groupe autour d’un seul peuple et d’un seul événement les peuples et les événements divers, c’est encore une vue aussi neuve que profonde, qui fait de Dieu l’âme et le centre d’un ouvrage. Le reste du Discours n’est pas au-dessous de cette grande et première idée, et Bossuet s’y montre à la fois historien, législateur, philosophe, théologien, prophète.
10. Bossuet, qui avait fait de la crainte religieuse le fondement de tous ses Discours, l’autorité souveraine qu’il opposait à la majesté royale, qui, dans l’Histoire universelle, avait vu que c’est la Providence, et non les hommes, qui dispose du destin des empires, fit aussi de cette Providence et de cette autorité, de cette crainte, la base du gouvernement, la règle et le frein de la puissance absolue des monarques. C’est là le fonds de sa Politique sacrée, ouvrage dans lequel les paroles et les pensées de Bossuet se mêlent et se confondent si heureusement avec les pensées et les paroles de la Bible, qu’elles semblent ne former qu’un même tout ; et rien, selon nous, n’est plus propre à montrer la sublimité de Bossuet que de le voir ainsi, par une inspiration plus qu’humaine, se soutenir auprès de l’admirable simplicité de l’Evangile et de la majesté des Ecritures. Au reste, dans ce livre, Bossuet considère la politique de cette hauteur où il est accoutumé de contempler les choses et les hommes ; c'est au Ciel qu’il pose le fondement de ses principes. Justice et piété de la part des rois, obéissance et fidélité de la part des peuples, voilà toute sa politique. 11 les place d’ailleurs également sous l’oeil de ce Dieu qui tient en sa main le cœur de tous les hommes, et qui, dans les trésors de sa toute-puissance.
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a des récompenses pour la faiblesse vertueuse, et des vengeances pour la grandeur coupable. Cela vaut un peu mieux que nos gouvernements constitutionnels, où les rois ne savent gouverner ni les peuples obéir.
11. La Connaissance de Dieu et de soi-même est, dans la philosophie, un monument plein de grandeur, où l’on retrouve, avec la profondeur de Bossuet, une variété, une étendue , une solidité de connaissances que l’on croyait impossible à tant d’éloquence. C’est là qu’éclate la supériorité de cette philosophie religieuse, qui, toujours éclairée par la conviction de l’immortalité et la noblesse primitive de notre être, découvre, dans l’examen de nos facultés, un principe plus élevé en même temps qu’il est plus vrai. L’âme au moins ne périt pas dans cette épreuve et cette décomposition d’elle-même ; de cette analyse elle sort plus brillante et plus pure. Ainsi , le plus beau don du Ciel, l’esprit, est consacré à sa véritable destination; il agrandit, il ennoblit l’homme à ses propres yeux, et, dans l’immatérialité de ses facultés, lui montre ses devoirs et son immortalité future.
Bossuet s’occupait des détails minutieux de l’éducation du Dauphin avec autant de soin que des considérations générales ; c’est ce que nous voyons dans une belle et curieuse Lettre qu’il écrivit au pape Innocent XI pour lui rendre, de cette éducation, un compte demandé par le pontife.
12. Ce n’était pas là la seule occupation de son infatigable génie. Son zèle pour la conversion des protestants n’était pas moins infatigable. Lorsqu’il lit imprimer son Exposition de la doctrine catholique, les ministres réformés, Noguier, Bastide et Brueys, s’empressèrent de réfuter un livre qui leur était si redoutable. 11 répondit victorieusement aux deux premiers, et plus victorieusement encore au troisième, en le convertissant à la vraie foi. La conférence qu’il eut avec le ministre Claude (p. 504) valut encore au catliolicisrne mademoiselle de Duras et beaucoup d’autres personnes que l’esprit de secte n’aveuglait point.
13. Eu 1681, lorsque réducation du Dauphin fut terminée, Bossuet obtint un évêché dont le nom sert souvent à le désigner, V Aigle de Aleaux. Dès lors il reprit la prédication pour les fidèles de son diocèse. Ses Sermons étaient des exhortations paternelles et familières ; jamais il ne les préparait ; il s’abandonnait à son inspiration, tantôt simple et touchante, tantôt puissante et sublime. Il s’occupa sans cesse d’instructions pastorales, de pieuses recommandations ; il composa des Prières et le Catéchisme de Meaux, si Justement estimé, et dont le fameux Catéchisme de l’empire français n’est guère que la reproduction ; lui-même l’enseignait quelquefois aux petits enfants. II traduisit en vers plusieurs pour satis¬
faire à la piété de quelques religieuses ; ce fut aussi pour des religieuses que furent écrits deux de ces plus éloquents ouvrages, les Méditations sur l’Evangile et les Elévations sur les mystères.
li. Cependant le roi, qui depuis plusieurs années avait eu quelques démêlés avec le pape pour le droit de régale, et qui, par un édit de 1673, avait déclaré ce droit applicable à tout le royaume, voulut, en 1682, le faire approuver par le clergé de France. Il s’assembla ; Bossuet, qui en était l’âme, ouvrit la session par un Sermon qu’il prononça ; il prit pour sujet l’unité de l’Eglise, afin de montrer et de protester hautement que l’on ne songeait point à s’en écarter ; mais le discours se sent un peu de l’embarras où se trouvait Bossuet, à la fois si soumis aux deux puissances, et contraint de combattre l’une au nom de l’autre. Ce fut lui qui rédigea les quatre Propositions fameuses qui, depuis, sont demeurées une loi de l’Etat. Le pape les condamna. Bossuet entreprit de les défendre ; mais cette Défense n’a été publiée qu’après sa mort, et sans qu’il y eût mis la dernière main.
15. Mais sa plus grande affaire, c’était la conversion des protestants et la controverse avec leurs docteurs. En 1682, il publia le Traité de la communion sous les deux espèces, dans lequel il montre que, de tout temps, l’Eglise avait autorisé la communion sous une seule espèce, pra-
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tique que les réformés regardaient à tort comme contraire à la vraie religion. Mais le plus grand ouvrage qu’il ait composé contre la Réforme , c’est V Histoire des variations.
Deux grandes difficultés se présentaient pour cet ouvrage. Il fallait, d’une part, toute la solidité de sa raison, l’étendue de ses connaissances, la sûreté de son jugement, pour tracer avec précision et définir avec une rigoureuse justesse les questions si délicates et si faciles à confondre qu’avait soulevées la Réforme, comme pour porter, dans une matière aussi grave et aussi abstraite, cette vive lumière qui la montrât à tous les regards et à toutes les intelligences. D’une autre part, dans l’histoire, la grandeur des faits, le rang élevé des personnages, suffisent par eux-mêmes à l’intérêt. Ici, rien de pareil. C’est une matière obscure et pénible à démêler, et avec laquelle les esprits sont peu familiarisés. Pour dompter cette matière ingrate et rebelle , Rossuet plaça la théologie sous le jour de la politique, les éclairant, les expliquant l’une par l’autre, comme dans le Discours sur l’histoire universelle, il avait agrandi et animé la scène historique, en y introduisant le ressort puissant et les sublimes considérations de la religion. Cette partie dogmatique de l’ouvrage est pleine de vie et de mouvement. Là se meuvent, comme en un vivant tableau, les acteurs qui ont occupé et remué le xvP siècle : Luther, dur, opiniâtre, hardi, impétueux ; Mélanchthon, plus timide etj plus modéré, tremblant sous le despotisme et devant le génie inflexible de son maître; Mélanchthon, dont Rossuet se plaît à poindre l’âme tendre, les douces vertus et le talent digne d’une meilleure cause : Calvin, né avec moins de ce génie actif et audacieux qui entraîne les esprits et fait les révolutions, mais avec plus do cette souplesse, de cet art d'insinuation qui les étend et les fixe ; enfin toutes ces physionomies singulières, cette scène animée, ce drame si intéressant, sont peints avec des couleurs pleines d’éclat et de force. Les variations successives du protestantisme ne sont pas tracées avec moins de fidélité et de
verve. La dialectique serrée de Bossuet presse et accable de toute part la Réforme, et ne lui laisse, contre la force invincible de ses preuves, pour réponse que le scepticisme, pour retranchement que l’incrédulité.
16. Parmi la foule d’ouvrages composéslpar Bossuet contre la Réforme, il faut distinguer ’aussi le Commentaire sur l’Apocalypse, où quelques protestants voulaient trouver prédite la chute de l’autorité papale, Bossuet entreprit de montrer que la prophétie , outre son sens mystique relatif à la fin des temps, s’appliquait à la chute de l’empire romain. Cette explication est présentée d’une manière probable, et rien n’égale l’effet que produit l’imagination du sublime commentateur, maniant les symboles terribles de V Apocalypse, montrant la destruction de Rome par les Barbares, le renouvellement des nations, leur corruption et leurs calamités.
17. Tous ces combats, et le génie qui les avait soutenus, avaient fait de Bossuet Toracle de l’Eglise et le représentant du catholicisme. Aussi, lorsqu’on 1690 les Luthériens songèrent à se réunira la communionromaine, ce fut à Bossuet qu’ils s’adressèrent parTorgane de Leibnitz. La négociation , comme on peut le penser, n’eut pas de suite ; mais elle fit naître une remarquable correspondance entre ces deux grands hommes ; correspondance dans laquelle tout l’avantage resta à Bossuet, pour le fond comme pour la forme de la discussion.
18. Un nouveau et dernier combat occupa toutes les forces de sa vieillesse.
La dévotion mystique et passionnée de madame Guyon, qui déjà en divers lieux avait inspiré quelques alarmes, séduisait alors la cour et la ville. Tousceux|qui composaient la société du duc de Beauvilliers, et surtout J^’énelon, étaient subjugués par l’attrait de cette doctrine exaltée. Madame de Maintenon l’avait introduite à Saint-Cyr ; mais l’évèque de Chartres fit naître dans son esprit quelques scrupules; elle désira que Bossuet, le cardinal de Noailles, alors évéque de ChâIons,etTronson, supérieur deSaint-Sulpice,
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examinassent les livres et les opinions de madame Guyon. Fénelon se fit auprès d’eux, non point le défenseur, mais te modeste interprète du langage bizarre de madame Guyon ; il essaya de montrer, surtout à Bossuet, qu’au fond c’était la même doctrine qu’avaient professée les Mystiques approuvés par l’Eglise, saint François de Sales, sainte Thérèse. Aprèsbeaucoup de conférences, les troiscommissaires rédigèrent trente-quatre articles qui contenaient une condamnation entière, mais indulgente, des livres de madame Guyon. Fénelon, après quelques difiicultés, signa ces articles. Peu de temps après, il fut nommé archevêque de Cambrai. Rien encore n’avait troublé sa liaison avec Bossuet, qui voulut absolument sacrer celui qui se disait son respectueux disciple. De nouveaux écrits décidèrent l’autorité à arrêter madame Guyon, et Bossuet à réfuter le quiétisme d’une manière complète et directe. Fénelon se plaignit ; Bossuet s’offensa de ses ménagements ; les esprits s’aigrirent, et dès qu’eut cessé leur amitié, la différence de leur caractère éclata : Bossuet, droit, simple, inébranlable dans sa conviction, ne concevant ni les distinctions ni les nuances, emportant tout de haute lutte ; Fénelon, rempli de finesse et de douceur, aimant à plaire à chacun par bienveillance, entrant dans le sens d’autrui, modifiant involontairement ses paroles pour ne point heurter, nourrissant sur la politique des idées toutes différentes, éloquent par séduction plus que par puissance, d’une imagination douce, aimable et riante, plus spirituel enfin que Bossuet, comme celui-ci le disait souvent avec fierté. La lutte une fois engagée entre de tels hommes, forts de leur pureté et de leur conscience, devait être vive, et nulla part peut-être leur ême ne s’est montrée plus puissante. Pendant que Bossuet composait son livre contre les Mystiques, Fénelon se crut obligé de les soutenir, et publia ses Maximes des saints, où il s’efl'orçait de trouver, dans tes écrits desauteurs que l’Eglise honore d’un cultepublic, les mêmes opinions qu’on avait reprochées à madame Guyon : alors le scandale éclata. l.ouisXlV exila Fénelon, disgracia ses amis, et déféra à Rome les Maximes des
saints, qui y furent condamnées. Fénelon se soumit humblement, et le quiétisme avec lui.
19. D’autres travaux occupèrent encore les dernières années de Bossuet. 11 fit contre la comédie un Traité qu’il est curieux de comparer à celui que composa depuis Jean-Jacques Rousseau, d’après des motifs de morale purement humaine. Il provoqua, dans l’assemblée du clergé, en 1700, des règlements et des instructions sur la conduite des ecclésiastiques, qu’il voulait ramener à l’observation scrupuleuse de leurs sévères devoirs. Pou de temps après, il écrivit contre Richard Simon, contre Dupin et quelques autres auteurs. Enfin, il mourut en 1704, à l’âge de soixante-seize ans, regretté de tous, et laissant la réputation méritée du plus grand génie de l’Eglise moderne.
20. Bossuet ne fut pas aussi bien apprécié par ses compatriotes que par la postérité. Du temps de Louis XIV, on faisait encore des comparaisons de Bossuet à Eléchier et même Mascaron ; on mettait en parallèle leur talent. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que, parmi les hommes éloquents, aucun ne le fut à la manière de Bossuet. Jamais l’éloquence ne fut plus dégagée de tout artifice, de tout calcul ; c’est une grande âme qui se montre tout à nu, qui entraîne tout avec elle. Les mots, l’art de les disposer, l’harmonie des sons, la noblesse ou le vulgaire des expressions, rien n’importe à Bossuet; sa pensée est si forte que tout lui est bon pour l’exprimer. 11 y a dans sa simplicité une sorte de rudesse qui semble braver le lecteur, et rejeter dédaigneusement tout ce qui plaît ou séduit. L’habitude des Livres Saints avait donné à son\ langage comme une autorité propliétique, et, a[^ès l’Ecriture qui a été inspirée par l’Esprit saint, il'n^ a rien de .si grand que Bossuet, qui a été inspiré par la simple et forte persuasion de son cœur, sans aucun mélange de motifs humains.
On a dit de Bossuet qu'il était inégal. Les critiques, qui cherchent dans le langage, non point la révélation de l’âme, mais des procédés imitables et des modèles plus ou
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moins classiques, peuvent parler ainsi ; mais, quand ou a pénétré dans l’intérieur de Bossuet, on le retrouve le même dans chaque mot sorti de sa bouche, dans chaque ouvrage sorti de sa plume. On a fait un choix dans ses œuvres, et l’on a depuis longtemps recommandé, par préférence, à l’admiration, les Oraisons funèbres et le Discours sur l'histoire universelle. Cette sorte de réprobation pour ses autres écrits est injuste ; elle empêche de connaître à fond l’homme lui-même, et de remonter ainsi à la source de son talent. Quand on a bien lu Bossuet, on ne connaît plus ces prédilections, et l’on ne voit plus dans .ses écrits que la différence des sujets.
21. Outre les ouvrages que nous avons cités dans le cours de cet article, on a de Bossuet :
1° Discours prononcé à V Académie française, le jour de sa réception (8 juin 1671) ;
2° Règlement du séminaire des Filles de la propagation de la Foi, établies à Metz;
3" Lettre de M. l’évêque de Condom ci M. Dubourdieu sur les protestants, et Conférence avec M- Claude sur la matière de l’Eglise ;
4» Lettre pastorale aux nouveaux catholiques du diocèse de Meaux ;
5° Défense de V Histoire des variations contre la réponse de M. Basnage, où Bossuet a principalement en vue de combattre la prise d’armes des protestants;
6» Explication de quelques difficultés sur les prières de la messe; Bossuet y répond aux ditîicultés que les Calvinistes tiraient de certaines prières de la messe contre la transsubstantiation et la présence réelle ;
7“ Prières ecclésiastiques pour aider le chrétien à bien entendre le service de sa paroisse ;
8" Pièces et Mémoires touchant l'abbaye de Jouarre;
î)» Statuts et ordonnances synodales pour le diocèse de Meaux;
LÂber psalmorum, additis canticis, cum notis, avec une savante dissertation :
llo Lettre sur l'adoration de la Croix;
12“ Libri Salomonis, avec des notes remarquables par leur clarté et leur précision ;
i'i» Lettres écrites par J. -B. Bossuet, etc., pour servir de réfutation aux écrits que les religionnaircs ont répandus touchant la mort de Pellisson ;
Uo Ordonnance et instruction pastorale sur les états d'oraison puDliée lorsqu on commençail à parler du quiétisme ;
15° Méditation sur la rémission des péchés, etc. • '
IRo Epistolœ quinque ecclesiœ prcesulum, etc. ;
17» Instruction sur les états d'oraison où sont exposées les er~ reurs des faux mystiques, avec les actes de leur condamnation
180 Déclaration sur le livre intitulé : Explication des Maximes des saints ;
19» Divers écrits ou mémoires sur le livre intitulé : Maximes des saints;
20o Réponse à quatre lettres de M. de Cambrai ;
21° Relation sur le Quiétisme ;
22'> Trois traités sur le Mysticisme ;
23» Remarques sur la Réponse de M. de Cambrai ci la Relation sur le Quiétisme;
24» Réponse aux préjugés décisifs pour M. de Cambrai;
25» Les Passages éclaircis sur le meme sujet;
26» Mandement pour la publication de la constitution du pape Innocent XII (1699), portant condamnation du livre intitulé : Explication des Maximes, etc. ;
270 Relation d’actes et de délibérations sur le même sujet;
28o Ordonnance synodale pour la célébration des fêtes;
29° Statuts synodaux et ordonnances (1698) ;
30“ Instruction pastorale sur les promesses de l’Eglise (contre le ministre Jurieu), vrai modèle d’une discussion éloquente;
31» Seconde instruction pastorale sur le même sujet : Bossuet y réfute le Traité des préjugés faux et légitimes, par lequel Jurieu avait répondu à la première. Après la soumission de Fénelon, Bossuet revint, par cet ouvrage, à la controverse contre les protestants.
32» Ordonnance et instruction contre la version du Nouveau Testament, imprimée à Trévoux (par Richard Simon, accusé d’y favoriser les nouveautés et même le socinianisme).
330 Explication de la prophétie d’Isaïe sur l’enfantement de la sainte Vierge (1704). C’est ici le dernier ouvrage publié par Bossuet; il l’acheva peu de temps avant sa mort.
Bossuet laissa un grand nombre de manuscrits qui furent publiés, pour la plupart, par son neveu Jacques- Bénigne Bossuet, évêque de Troyes. D’autres sont restés manuscrits :
34° Lettres à la R. mère et aux religieuses de Port-Royal, touchant la signature du Formulaire (1661) ;
‘Sô° Avertissement sur le Nouveau Testament du P. Quesnel;
Sô» Justification des réflexions sur le Nouveau Testament ;
37“ Traité du libre arbitre et de la concupiscence ;
48V lllSrOlKE ClUïlQUE
38" J}(‘fe>ise lit; la doctrine de saint Aitf/usHn touchant la yrôce cilicace :
.1!)" l'raité de l’amour de Dieu;
iO" Lettres spiritneUes à une de ses pénitentes (rnadanie (^ormiau);
ï\.'‘Abré(jéde l'Histoire de France : il finit au icftiie «Je Charles IX ;
'l'I" Opuscules de Bossuet ;
'•3" Notes sur la Genèse et les prophètes;
44“ Sur lamine de Bcdjylone;
45“ Défense de la tradition des saints Pères ;
46" Tradition défendue sur la matière de la communion sous une espèce;
47" De la vraie tradition de la théologie mystiyuc ;
48" Lettres de spiritualité ;
49" Lettre à un non-conformiste ;
50“ Lettres sur plusieurs matières de controverse ;
51" Remarejues sur la Bibliothèr[ue des auteurs ecclésiasi igues de M. Dupin;
52" Logique composée pour l’éducation du Dauphin ,
53" Traité concernant les lois et les coutumes particulières du royaume de France, également composé pour cette éducation ;
54" Poésies chrétiennes.
22. Esprit Fléchier, né i’an 1632 à Pernes, dans le diocèse de Carpentras, fut le contemporain de Bossuet et même son rival. A l’âge de seize ans, il entra dans la congrégation de la doctrine chrétienne, dont le P. Audiffret, son oncle, était général, et se livra, suivant l’Institut, aux fonctions de l’enseignement. Devenu prêtre séculier ( 1 659), il se lit d’abord connaître par des poésies françaises et latines, entre autres sa description du brillant Carrousel, Circus regius, dont Louis XIV donna le spectacle en 1662. L’amitié du duc de Montausier lui procura la place de lecteur auprès du grand Dauphin. Les Sermons de Fléchier accrurent sa réputation, et ses Oraisons funèbres y mirent le comble. 11 fut élevé successivement au siège épiscopal de Lavaur et de Nîmes; par la douceur de sa morale, sa piété sincère et son inépuisable charité, il sut, au milieu des circonslances les plus difficiles, se concilier le respect et l’alTcction de tous ses administrés, catholiques et proteslants. 11 mourut, béni des pauvres comme des riches, en 1710, à l’âge de soixante-dix-huit ans.
23. Ce qui a fait la gloire de Féchier, ce sont ses Oraisons funèbres. 11 a prononcé celle de Mademoiselle de Rambouillet, duchesse de Montausier, celle du duc de Monlausier , delà dauphine de Bavière, ûe Marie-Thérèse, de Turenne, etc.
24. Fléchier n’échappa point entièrement au mauvais goût qui infectait la chaire quand il parut. Bel-esprit, il court trop après les métaphores, plus occupé d’arrondir ses périodes que de toucher les âmes ; en lui le rhéteur ne disparaît jamais. Cependant, dans ïOraison funèbre de Turenne, son chef-d’œuvre, et quelquefois dans celle de Montausier, il s’élève à l’éloquence. Sévèrement jugé par
La Bruyère, et en ces derniers temps trop dédaigné, Fléchier
n’est point sans génie : il a été utile à notre langue ; il l’a polie ; il lui a appris la délicatesse des mots, la variété des tours, et surtout le nombre : habile et ingénieux artisan de paroles dont l’étude serait singulièrement utile aujourd’hui qu’on défigure la langue, qu’on la force pour lui faire produire des effets avortés. Quant au parallèle de Bossuet et de Fléchier, ce serait mettre le rhéteur en face de l’orateur.
Les Sermons de Fléchier offrent un style pur, fleuri, noble, brillant môme ; mais ils manquent de profondeur.