Bourdaloue prêcha à la cour en 1670, et
le Carême en 1672 : il fut redemandé pour les Carêmes de 1674, 1675, 1680, 1682, et pour les Avents de 1684 , 1686, 1689 et 1693. C’était une chose inouïe ; le même prédicateur était rarement appelé trois fois à la Cour ; Bourdaloue y parut dix fois, et fut toujours accueilli avec le même empressement. Louis XIV disait qu'il aimait mieux entendre ses redites (pie les choses nouvelles d’un autre.
3. Si Bourdaloue ne courbait pas , comme Bossuet , les têtes royales sous l’autorité de sa parole , il ne les enchaînait pas avec moins de force aux obligations de la loi chrétienne. Pour être plus calme, sa parole n’en était pas moins sévère. 11 court , comme i’a dit madame de Sévigné , à bride abattue à travers les passions du roi, parlant à tort et à travers d’adultère. C’était la vieille liberté du prédicateur, celle que Ton trouve encore dans Mascaron, et que le génie de Bossuet retint, remplaçant les allusions directes par les grandes et générales idées de la mort, du néant et de la vanité des choses liumaines. Sa pensée est une comme son raisonnement. Elle ne saisit pas d’abord , ne remue point. Mais si l’on entre plus profondément dans son plan , on sera surpris de cette force invincible qui lentement, et par degrés, vous enlace de nœuds si puissants ; cette raison devient éloquente. Bourdaloue toutefois ne néglige pas les grands moyens capables d’ébranler et de toucher les esprits froids et superbes. Comme Bossuet, il parle avec mouvement de
la nioii, il emploie les terreurs. Son Sermon A\i Jugement dernier est en ce genre un cliel-d’œuvre. Dans une autre catégorie, la première partie de sa Passto/î peut être regardée comme un monument extraordinaire d’éloquence; la seconde est moins remarquable; mais elle est belle encore et victorieuse.