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Ithaque f le Péloponèse, Troie» Paris

qui venait cherchera dissiper l'obscurité des origines.

Au premier aspect de Bounar-Baschi, M. Schliemann fut pris de doute ; il étudia les lieux, refît les trajets indiqués par Homère, invoqua l'optique et l'acoustique, examina le cours des rivières, supputa les distances, et fut convaincu que Troie n'avait jamais été i)ù Lechevalier la plaçait et où, sur la foi de cette opinion, il venait la chercher lui-même. Il ne voulut pas cependant rejeter trop brusquement une conviction acceptée ; il pensa qu'il pouvait se tromper, et il eut recours au moyen infaillible en pareil cas; il fit exécuter des fouilles, décidé à pousser ses puits d'exploration jusqu'à ce qu'il eût rencontré le sol vierge ou le roc. Ce ne fut pas long; partout il trouva le roc, presque sous la pioche, à une profondeur variant de 60 centimètres à un mètre; il ne se découragea pas, recommença sur d'autres points et n'obtint jamais qu'un résultat négatif: pas une arme, pas un clou, pas un ustensile, pas même un tesson. Il ne peut retenir un mouvement de mauvaise humeur : « 11 me parsdt vraiment inconcevable, dit-il, qu'on ait jamais, pu reconnaître dans les hauteurs de Bounar-Baschi l'emplacement de Troie. En effet, on dirait que les voyageurs viennent ici avec un système préconçu qui les aveugle; car, s'ils voyaient clair, ils s'apercevraient immédiatement qu'il est impossible de concilier la position de ces hauteurs avec les indications de VIliadé. » — Il dit le mot de toutes ces erreurs persistantes : chacun a été aveuglé par un système préconçu.

M. Frank Calvert, qui exploite iine vaste ferme

^iuée flur remplacement de rancienne Thymbria, qui •a la passion de rarchéologie et «qui, très-soayent déjà, a fait des sondages fructaenx dans la plaine de la Troade, indiqua probablement à M. Schliemann le plateau d'Bissarlik comme po avant être le site d'Ilion. C'est l'extrémité, l'éperon de la dernière chaîne septentrionale des eodUnes par lesquelles l'Ida s^appuie sur la pteine. Au nord d'Bissarlik une rivière oonle venant de Test à l'ouest ; c'est le Dumbreck-Sou, mots que l'on peut traduire : la rivière qui gèle; en effet, <dle porte parfois de la glace en biver. Si ce cours d'eau était le Simoïs, on pourrait y trouver une preuve •de plus en faveur de la théorie d^Ilion-Hissarlik.

Trois auteurs anciens ont parlé du tombeau d'Hector, et semblent en avoir indiqué la situation : Selon Strabon, le bois qui lui fut consacré après sa mort était à Ophrynium. Dans le po6me obscur que les scholies d'Isaac et de tean Tzetzès ont eu grand'peine à éclaircir, Lycophron fait dire à Cassandre : « mon frère, tu habiteras les îles fortunées, lorsque le peuple d'Ogygès t'enlèvera des tombeaux d'Ophrynium, » Enfin Virgile, dans le IV^ livre de VÊnéidej raconte qu'Ënée a rencontré Andromaque près d'un faux Simoïs rendant un culte sacré aux mânes de son époux. D'après ces textes le SimpSs passait près d'Ophrynium ; 4>T Ophrynium, c'est actuellement le bourg de Palœo- Castro, à côté duquel le Dumbreck-Sou prend sa source ; celui-ci serait donc le Simoïs ; c'est, du reste, la conviction de M. Schliemann et elle parait assez

plausible pour ne pas être rejetée.

Les conditions topographiques d'Hissarlik sont en concordance avec r/ftad^; deux sources et un marais n'en sont pas loin; la distance qui sépare la colline de la mer est de six ou sept kilomètres; elle justifie les évolutions racontées par Homère, la rapidité des mouvements, la possibilité d'aller plusieurs fois, dans le même jour, des vaisseaux aux portes Scées et des portes Scées aux vaisseaux. L'hypothèse de Lechevalier, que le rivage se serait accru de trois kilomètres depuis la guerre de Troie, s'évanouit devant ce fait, que les berges de l'Intépé-Asmak et du Kalifatli- Asmak, qui traversent toute l'étendue de ces atterrissements supposés avant de tomber dans la mer, sont élevées de trois ou quatre mètres, et devant cet autre fait important que le courant de FHellespont est si rapide à cet endroit (trois milles marins à l'heure), qu'il enlève nécessairement tous les sables, tous les graviers, toutes les terres délayées que les rivières peuvent y porter lors des grandes crues d'hiver et de printemps.

La situation particulière d'Hissarlik, le voisinage des rivières, la proximité acceptable de la mer concourent à y faire reconnaître Troie. Ce n'est pas tout : l'antiquité entière, malgré les dires de Strabon, égaré par les fausses indications de Démétrius de Scepsis, n'a jamais voulu voir Uion, l'Ilion d'Hector et de Priam, aiHeurs que sur le plateau d'Hissarlik. La tradition s'est conservée de peuple à peuple, d'âge en âge, et l'histoire en garde des traces si convaincantes qu'elles équivalent à des preuves.

Huit siècles avant Tère chrétienne, les rois de Lydie y fondent une ville pour remplacer celle que les Achéens ont détruite ; Xerxès, marchant vers THellespont, y monte, y fait dire des prières et y sacrifie mille bœufs à Minerve Ilienne ; Alexandre, k)rsqu'il se rend en Asie et commence cette expédition gigantesque qui ressemble à une fable héroïque, enviant Achille d'avoir eu Homère pour héraut, se rend en pèlerinage à Ilion-Hissarlik, voue ses armes dans le temple de Pallas, enlève celles que Ton y avait consacrées, et, depuis ce moment, les fait porter devant lui dans les batailles par ses hoplites ; il verse des libations au tumulus d'Achille et Éphestion h celui de Patroclc ; il prend la ville sous sa protection, lui accorde de grandes immunités ; il sacrifie à Priam, pour apaiser sa colère contré la race de Néoptolème à laquelle il appartient; puis, satisfait d'avoir rendu hommage aux héros qu'iladmire, sur les lieux mêmes qu'ils illustrèrent, il part pour le Granique où Clitus le sauve de la lance de Spitridatès.

Plus tard, Lysimaque, toujours en souvenir dp la Troie d'Homère, la reconstruit à nouveau, l'enrichit, lui donne des palais et des temples. Ce que les rois de Lydie, ce qu'Alexandre, Xerxès, Lysimaque ont fait. César, — le descendant d'IIos, — le fait à son tour. Sa vanité généalogique et son intérêt y trouvaient leur compte ; ce n'est pas à Bounar-Baschi qu'il va chercher trace de ses ancêtres, c'est à Hissarlik. — De telles traditions si persistantes, si générales veulent qu'on s'y arrête et qu'on les vérifie, surtout lorsque la topo-

graphie et les probabilités historiques leur donnent encore de la force.

Après avoir étudié avec soin l'emplacement d'His* sarlik, M. Schliemann écrivait : « Pour parvenir aux ruines du palais de Priam et de ses fils et à celles des temples de Minerve et d'Apollon, il faudra enleva toute la partie artificielle de. cette ^oUine )>^ c'eat-à-^âire tous les amoncellements .que les diverses villes qui se sont succédé ont amassés sur la véritable Troie. (Tétait un travail herculéen et de plus singulièrement onéreux pour un simple particulier. L'amour de l'antiquité, animé par un très-légitime amour de la gloire, une ténacité rare, une fortune «uiguise par un travail Aflsidu, et surtout peutr-être le désir ardent de renverseir une erreur accréditée, engagèrent M. Schliemann, à ne reculer devant aucun sacrifice. Énergiquement aonlenu dans son projet par sa fenmie, qui est née en Grèce, et qui, dans la découverte possible de Troie, voyait mie satisfaction d'honneur national, il n'hésita plas, et après avoir fait de longs et minutiseas préparatifis, après avoir eu à combattre le maoïvaifi vouloir, l'apathie des autorités turques de Gûnstantînople, aporès s'être muni des pioches, des brouettes, des chariots indispensables^ il revint au mois d'octobre 1871 en Troade et s'installa près de htiCoUine d'JJiBsarUk, bîem décidé à lui arrachar son secret.

EMPLACEMENT D'ILfON. 165

M» SoMî«inaim s'dtablit à Hissarlik, dans une bampie en bois qu'il avait fait construire vaîïïe que TaiBe, et ou il ne tarda pas à reconnaître qu'Homère avait bien qualifié la ville dllion, lorsqu'il disait qu'elle était ((tempétueuses et (( battue par les vents ». En effet, abritée vers Test par une chaîne de collines et Tersle sud par les hauts sommets de Fïda, elle reste exposée sans défense aux souffles de l'ouest et du nord, qui sont terribles en cette contrée. Ce fut pour lui une preuve de plus qu'il était dans la bonne voie et il n'était pas homme à se* décourager pour quelques ouragans. H avait pris ses escouades d'ouvriers dans les villages grées dé la Troade, et il eut à lutter contre rîndt^lentîe orientale, conrtre les chômages forcés apportés par les f&les indécemment nombreuses du calendrier orthodoxe, contre Tinexpérience de ces pionniers improvisés, contre des pluies torrentielles, contre un soleil implacable, contre la fièvre paludéenne^ contre la nourriture insuffisante, contre Fabsence des moyens de transport. Il eut, en un mot, à supporter toutes les misères dont sont accablés les Toyageurs qui veulient assujettir les Orientaux h un travail assidn et régulier. Il tint bon ; pendant trois années entières, il poursuivît intrépidement l'œuvre énorme qu'il avait entreprise, et sut la mener à fin heureuse. Si les fiecligues ne le rebutèrent pas, les

dépenses ne semblent pas l'avoir beaucoup effrayé, car les frais d'excai^ation et de charroi qu'il avait à payer se sont parfois élevés à 400 francs par jour, ce qui équivaut à 146^000 francs par an.

M. Scbliemann a publié, sous le titre d'Antiquités troyennes ^, une série de vingt-t)*ois rapports qui donnent, jour par jour, le récit et pour ainsi dire le procès-verbal des fouilles et des découvertes. Ce livre, éminemment curieux, a été traduit en français par le savant A. Rizos Rangabé, qui, en qualité de ministre plénipotentiaire de Grèce et de membre correspondant de notre Institut, a laissé à Paris d'impérissables souvenirs. L'ouvrage dé M. Scbliemann a une qualité inappréciable : il est d'une bonne foi absolue et dont il est difficile de n'être pas touché. Jamais l'auteur n'hésite à revenir franchement sur une opinion énoncée par lui, lorsqu'une découverte subséquente vient lui prouver qu'il s'est trompé dans une première et rapide appréciation. Toutes les fois qu'il se trouve en présence d'objets qui lui sont inconnus et dont il ne peut déterminer l'usage, il avoue son ignorance et en appelle à de plus savants que lui.

Ses fouilles lui ont réservé plus d'une surprise, car elles traversent en quelque sorte tous les degrés de civilisation, — tous les âges, — de la société humaine ; s'il rencontre des médailles de Constantin, s'il extrait du sol d'admirables sculptures datant probablement de Lysimaque, il déblaye l'âge de cuivre, il déblaye

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