‹ Histoire et critiqueChapitre 15 sur 23 · Yol. in-8*. Paris^ i874; MaiéonneuYe · texte numérisé non relu

Yol. in-8*. Paris^ i874; MaiéonneuYe

rage de pierre et il ramasse une quantité d'objets en poterie, de formes presque toujours identiques, revêtus de signes révérés dans la presqu'île de l'Jndostan dès la plus haute antiquité et qui sembleraient établir un lien mystérieux entre les habitants de la Troade et nos ancêtres les Aryens. Quand il se heurte contre un problème insoluble pour lui, il s'adresse aux hommes qui sont aujourd'hui l'honneur même de la science, à Ernest Renan^ à Emile Burnouf, qui porte si légèrement le poids de son grand nom; M. Bianconi de Bologne, M. Brunn de Munich, M. Stephanos Koumanoudès d'Athènes, correspondent avec lui, l'encouragent et l'éclairent.

Au bout de trois ans, M. Schliemann était parvenu au terme de ses travaux et au résultat qu'il avait entrevu. En ceci sa sagacité fut extraordinaire. Lors de son premier voyage, en 1868, il fit des fouilles à Bounar-Baschi et à Iliensium-Pagus, moins pour chercher Troie que pour se convaincre qu'elle n'était pas là. Accompagné de cinq ouvriers, il vint à Issarlik avec l'intention de faire creuser deux ou trois puits d'exploration sur la colline. La seule inspection des lieux lui suffit; la topographie s'adaptait si exactement aux récits d'Homère qu'une conviction profonde s'empara de lui. Il comprit que cette colline renfermait tout le mystère; il dédaigna de la sonder, il voulut l'éventrer tout entière, et, cette fois, il renvoya ses ouvriers sans leur permettre de donner un coup de pioche. Il médita, dès lors, une expédition complète contre la ville de Troie, et, à son tour, il s'en est emparé.

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Il est jiiâlfi d'iajoater «pie, éeiptàs que M. Sdbliemani^ a mû au jour et U^ré à la, discusBton toutes les ruincS' fu'il a découveiftes, bien des gens du moade savant lèYent doucement les épaules et hù disent qu^il s'est trompé. Je ne sois pas aeses grand (devc pour décider la question ; mais M. Schliemann a été trës-heuxenx et très-bien inspiré de se tromper, car s'il eût aceepté, aane discussion, les décrets de la science officiele, égarée sur les pas de Lechevalier, les dix mille objets qu'il a tronnrés, lies murailles^ les forti&aiions, les portes, les armes, les bijoux, les rases qu'il a arrachés au néant, dormiraient encove dans le tombeau d'Hissarlik. Si tous les savants pouvaient commettre de pa* reiéles bévues^ les conquêtes de la science sei aient incalculables, et l'on n'en serait pas réduit aux suppositions pour reconstituer la vie des siècles écoulés.

M. Schliemann a donc ouvert la montagne, et il a retrouvé cinq Ilion, —non pas juxtaposés, comme on: pourrait le croiarQ, — mais superposéis les uns au^ antres, cinq modes de civilisation qui se dévoilent d'un seul coup. Que l'on se ligure unemaison à cinq étages : à Fétage supérieur^ la Troie de Lysimaque ; au quatrième, la Troie des Lydiens; au tvoisième, une Troieintermédiaire, barbare, rétrograde, sorte d'invasion d'un peuple enfant réduit encore à Foutillagp primitif de l'âge de pierre ; ou second, la Troie de Priam,, quilivre ses trésors; au premier, une Troie préhistorique,, peut-être celle qu'Hercule avait détruite : « ffèreule vint ici pour enlever les chevaux de Laomédon, et, avec six vaisseaux que montaient quelques hommes,.

il ravagea la ville d'Uioii et rendit ses roes désertes. » {Jliaie^ Y.) Au-dessous de cette dernière et indéchiffisUfi raine, c'est le sol vier^; pour y parvenir, il a fiJlu faire un trajet de cinquante-cinq pieds à pic, la pioche à la main, à travers les* débris entassés les uns par^dessus les autres.

M« Schliemann a fait photographier tous les objets qu'il a découverts ; les planches photographiques ont été publiées; malheureusement, elles sont tellement défectueuses qu'il est parfois bien difficile de s'en rendre un compte exact. Il est fort regrettable que les principaux objets, les plans, la figuration des murailles n'aient point été gravés par une main consciencieuse et habile, de façon à porter un témoignage iri^usable en faveur de Troie-Hissarlik.

Les décombres où gisent les restes de la seconde ville, de l'Ilion d'Homère, ont un caractère particulier qui, au premier coup d'œil, les distingue des autres. Ils sont en masse beaucoup plus considérable et sont formés en grande partie d'une cendre rouge de bois mêlée de scories de plomb et de cuivre fondus qui ne peut laisser aucun doute sur leur origine. Un vaste incendie a passé là et a tout détruit. Dans une enceinte de murailles, attribuée par M. Schliemann au temple de Minerve Ilienne, de nombreux ossements homaina, des squelettes pourviw de casques» semblent prouver que la destruction a été d'une rapidité foudroyante. Tous ces détails, et bien d'autres encdce^ viennent aiSSffmer que si Homère fut un poëte incomparable, il n'a pas moins été un historien fidèle.

Dans les débris troyens, M. Schliemann ne rencontre pas une seule représentation des formes et de la figure humaines. En revanche, il découvre quelques bijoux et une très-grande quantité de vases représentant la ohouette, une chouette qui a déjà une certaine tendance à devenir femme. En effet, les yeux ronds et le bec crochu sont ceux de l'animal^ mais les anses relevées sont aussi bien des bras que des ailes; les seins sont nettement dessinés et les autres indices du sexe sont reconnaissables. Ceci est iniportant et démontre qu'à répoque de la guerre de Troie l'anthropomorphisme n'avait point encore pris naissance, et qu'Homère l'a introduit dans son récit avec ampleur, énergie et souvent même avec une haute ironie.

Les dieux du poète sont immortels; c'est en cela seulement qu'ils se distinguent des hommes, car, comme ceux-ci, ils souffrent, ils aiment les longs repas, ils sont beaucoup trop galants, ils sont vindicatifs, haineux; ils se battent, ils sont blessés, ils fuient; leur sang coule, ils s'injurient et se gourmcnt sans ménagement pour leur divinité. Ces dieux-là, ces usurpateurs comme Jupiter, ces soldats comme Mars, ces mariniers comme Neptune, ces épouses acariâtres comme Junon, ces filles légères comme Vénus, ces domestiques à tout faire comme Hébé et Ganymède, ont peut-être fort réellement existé en chair et en os; l'Olympe oii ils ont vécu ne fut peutêtre qu'une acropole au bas de laquelle grouillait l'humble peuple, l'innombrable démos qu'en un jour de colère les Titans menèrent vainement à l'escalade.

EMPLACEMENT D'ILION. ni

De ces premiers rois, Thumanité oublieuse a fait ses premiers dieux qu'Ëvhémëre a reconnus; puis l'astronomie, la météorologie sont intervenus et se sont emparées de ces figures légendaires ; la symbolique a tout accommodé selon la nécessité de ses hypothèses, et toute vérité a été voilée.

Ce qui parait probable, d'après les découvertes de M Schliemann, c'est qu'à l'époque des Hector et des Ulysse, l'animal lui-même représentait le dieu ; il fut pendant longtemps l'image de celui-ci avant d'en devenir l'emblème. La Minerve Ilienne était figurée par une chouette, et sans doute Junon Bowmç était figurée par la vache, comme l'Isis et l'Âthor égyptiennes. A cette époque, les animaux étaient dieux, comme Tafné qui était une lionne, comme JTÔth qui était un ibis, comme AmmonRha qui était un bélier, comme Orus-Ârsiesi qui était un épervier, et comme Anubis qui était un chacal; je m'arrête, car tout le panthéon égyptien y passerait. Que l'on se rappelle les chérubim de la Bible, les martichoras de Korsabad, que l'on se rappelle Ganésa, Garouda, Hanouman du panthéon indou, et l'on verra que bien des peuples qui ont atteint de hauts degrés à l'ètiage de l'humanité, n'ont point reculé devant les figurations animales pour exprimer leurs croyances.

Aussi M. Schliemann propose-t-il à l'interprétation acceptée du texte d'Homère une correction justifiée par les monuments plastiques dont il a enrichi l'archéologie. Le nom de Minerve est presque toujours suivi de l'épithète Glaucopis^ — ou pour mieux dire et

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* abandonner la sotte pren^nciation érasmienne que l'an nous enseigne eneore, Glafè^fis^ — qrri signifie : anz 7«ux blenS) amz yeux Terts,. aiix 3Fenx ayant la nuance indécise de la mer, anryeox eéruféens, — cœruleummare. — G-eert là, sans doute, nn «enno^Iid^ sèment » qui a été introduit pendant l'antiquité même, lozsqne les dectriaes anthropomorpliiques ont préyaln. L'épîthète rXtxuxtomc n'a point pour premier composé le mot yXooxttç, mais le mot i>^,, qui signifie chouette; le changement du Ç en x est naturel et entraîné par le génitif: 'fkvSi^ y^^^^^ ^^ ^^^ donc tradsine ^AOi^vt) yaoummiciç parMinerveau visagedechouette ei non par AGnerv« auxyeuK glauques. CTést moins académique, maïs pluS' exsH^t.

Dans une de ses fouilles, M. Sehliemann a fait une trou-icaille! étrange : un vase de helle forme, portant à la gorge une inscription singulière que l'on prend pour des signes symboliques. Néanmoins, M. Sehliemann envoie le vase à M. Emile Burnouf, qui Fexamine et répond : « Les caractères ne* sont ni sanscrits, ni phéniciens, ni, ni, ni, — ils sont parfaitement lisibles en chinoiSr Ce Tase peut are Tenu en Troade de FAsie centrale, dont tout le nord était touranien», — etil donne la traduction : « Puisse la terre femre germer dix labours et mille pièces d'étoffe. » Que la Ghine ait été en rapport a<vec les pays: méditerranéens pendant lapins hante antiquité, ce n^est point douteux. Je possède nae ampoule chinoise, ^n porcelaine, que faî trouvée nm^aiême en Egypte, sur une momie enlerée aux grottes de Samoun.

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M. Schliemann a mk à an une rne dallée, côtoyée par des murailies où il voit le palais de Priain, aocofitée d'une teur hante de vingt pieds, qui domine one double porte ; cette donble porte, onverte au couchant, correspond aux portes Scées, laumdj gauches, occidentales. La tour eat munie de bancs de pierre, o Là, Priam, Panihous, Thymétès, Lampes, Klytios, Hioétaon, descendant de Mats, et les sages Ycalégon et Anténor, tous anciens dn penple, sont assis au-desans des portes Scées... Priam, à haute voix, appelle Hélène : Puisque tu es ici, ma fille, assieds-toi à mes côtés... » {Iliade, lY.) Lorsque cette rue fut découverte, les pierres en étaient solides et résistantes; peu de jours après être restées en contact avec Tair, toutes les parties qui avaient été touchées par Fincendie s'effritèrent et se pulvérisèrent; ce qui indique que l'entassement des matériaux futimmédiat et que l'incendie fut d'une violence extraordinaire. Cela n'a rien de surprenant dans un pays où les forêts de l'Ida fournissaient les matériaux de constraotion et où encore à cette heure toutes les maisons sont en bois.

DiionHseulementBL Schliemamn découvrit des monuments qui correspondent exactement aux descriptions d'Homère, mais, au mois de juin 1873, après vingt et un mois de labeurs incessants et de fatigues sans nom, après mvoir déblayé le mur d'enceinte iqui aboutit anai portes Scées, il trouva, tout .à côté du palais de Priam, un trésor, un véritalde tréBOC Reduiitant que des onvmxAf tentés par k vnie dtt l'or, n'essayent de s^en emparer, il fait auncMiner rheuce «dit lapee plus tôt que

de coutume et, seul avec sa femme qui Taide, qui cache sous ses vêtements les objets précieux à mesure qu'ils apparaissent au jour, fouillant la terre, haletant, ne pensant même pas à un fragment de mur au-dessous duquel il travaille et qui.pourrait bien s'écrouler sur lui, il met la main sur les richesses de Troie. Tous ces objets se rencontrent dans un espace carré étroitement limité, indiquant la forme d'un coffre en bois qui a été brûlé. Au moment de l'incendie, un homme a sans doute chargé ce trésor sur ses épaules pour le sauver. Atteint par les flammes, il sera tombé, et M. Schliemann en hérite.

Ce qui prouve jusqu'à l'évidence que l'on fuyait un cataclysme terrible, c'est qu'un grand vase d'argent a été trouvé plein de menus objets qu'on y avait entassés en hâte au moment de quitter la maison embrasée.

Ce trésor consiste en armes, en ustensiles et en bijoux; boucliers de cuivre, chaudières, vases d'argent, haches de combat, poignards semblaient tassés et parfois étaient soudés ensemble par l'action du feu. Des coupes d'or étaient heureusement restées intactes, et l'on peut, en les étudiant, se convaincre qu'elles ont été repoussées au marteau : l'une pèse 600 grammes, une autre 403, une troisième 226 ; trente paires de boucles d'oreilles; six bracelets, un bandeau, deux diadèmes agrémentés de chaînettes où pendent des images de la Minerve à face de chouette; 8,750 petits ornements complètent la série des objets en or. Ce n'est pas tout; ce trésor contenait six lames d'argent très-pur, convexes à une extrémité, concaves à l'autre

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et pesant ensemble 1,065 grammes; d'après l'opinion de M. Schliemann, chacmie de ces lames représenterait le talent d'argent dont il est souvent question dans Homère.

Après une telle bonne &rtune, l'explorateur récompensé a un légitime mouvement d'orgueil : o On n'a jamais encore trouvé une telle richesse, dit-il, témoignant d'une grande civilisation et d'un esprit artiste très'développé à une époque qui précède la découverte du bronze, et où l'on employait des instruments et des armes de cuivre pur, avec d'énormes masses d'instruments et d'armes en cuivre. Ce trésor ne permet point de douter qu'Homère n'ait en effet vu des objets semblables en or et en argent, car il les décrit trèssouvent. De toute manière, cette trouvaille est d'une valeur inestimable pour la science et sera pendant plusieurs siècles à venir l'objet des recherches les plus assidues. »

La quantité des objets trouvés par M. Schliemann est incalculable ; beaucoup offrent des énigmes que la science actuelle ne pourra pas deviner, mais ils servi* ront de preuves aux inductions futures et corroboreront sans doute certaines données déjà acquises. L'homme qui seul, aidé de sa forte énergie et d'une indomptable conviction, a mené cette œuvre à bonne fin, a bien mérité de l'humanité. Fera-t-il pénétrer sa croyance dans tous les esprits ? Non ; il y a des âmes naturellement rebelles qui s'efforcent de ne point accepter la lumière. Lorsque M. Schliemann a présenté ses découvertes, lorsqu'il a montré tous ces

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mneées d'aooridquitéB n que la colline d'Hissarlik abri-» tait dans ses pirofoiidenrs, pins d'an savant lui a ré* pondu : « Gela est, en effet, fort curienx, mais cela ne prouve rien sur l'emplacement de Troie, qui était à Bonnar-Baseliti, ainsi que Lecheralier Ta démontré, et ainsi qm'il est bienséant de le ordre. »

Paasnailes objections qui ont été adressées à M. Scbliemann pour lui prouver qn'il n'avait point trouvé les restes de Troie, il en est une qu'il est bon de mentionner, car il me semble que, loin .d'infirmer la découverte, elle plaide en sa faveur. On a dit que les objets recueillis dansla seconde coiBche des décombres d'Hissarlik remontaient probablement au xvn*, pent-être même au xviii® siècle avant l'ère chrétienne, et qu^ils se rappoirtaient àTâge de cuivre, tel qu'il se mamféste dans toute l'Europe. Ged ne serait sérieux que si la date habituellement attribuée à la prise de Troie (1184 avant X.-C.) était appuyée sur un document quelconque. Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est qtie cette objection, qm semble contradictoire au premier abord, est en concordance exacte avec toute YIHaêe qui appartient, »ans contestation possible, à l'âge de cuivre. Le moit x*^^ Q^^ ^'o^ traduit par cuivre, brouze, airain, est le seul employé par Homère lors*qu'il décrit les amaes eifensiyefl et défensives ; le mot (n$np<$?9 qui signifie exactement fer, est presque ion-

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jours suivi de Tépithète icoXiJiCfATiToç, difficile à travailler ou gui a coûté beaucoup de travail. .

C'était une richesse ; Dolon^ lorsqu'il est pris par Ulysse, offre, en rachat, du fer; Adraste promet à Ménélas, s'il veut lui laisser la vie, « du cuivre, de l'or, du fer difHcile à travailler » . On semble l'avoir gardé, à cette époque, pour les travaux de l'agriculture. Lors des jeux en l'honneur de Patrocle, Achille, montrant le bloc de fer qu'il s'agit de lancer, dit : « Celui qui le gagnera aura du fer pendant plus de cinq années, quand même il posséderait des champs étendus, ses bergers et ses laboureurs ne seront point contraints d'aller en acheter dans les villes, car ils en auront suffisamment. 1 Bien longtemps après cette époque, dans le traité de paix que les Romains conclurent avec Porsenna, il fut juré que le fer serait désormais exclusivement réservé à l'agriculture *. L'art de bian forger le fer fut une des causes des succès militaires des Romains ; nos pères, les Gaulois, en firent la dure expérience.

De ce que le fer était connu au temps d'Homère, — sinon au temps de la guerre de Troie, — il ne faut point croire que l'âge de cuivre avait subitement cessé. Avant que l'âge de fer se fût définitivement substitué à l'âge de cuivre, il s'est passé bien des années et peut-être bien des siècles; l'âge de pierre n'est pas encore éteint aujourd'hui ; dans certains pays d'Orient, la circoncision Israélite est obtenue à l'aide d'un canif

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