Voyez Isaîe^ m, vers. 18 et seq
fut plus complète encore. Je m'étais arrêté devant une jeune négresse accroupie près d'un panier de figues, et je cherchais à définir un ornement d'or qui scintillait sur son front et qui était une médaille de Constantin Porphyrogénète ; elle crut sans doute que je me raillais d'elle, et qu'en qualité d'Européen je m'étonnais de sa couleur; elle se redressa avec un geste irrité et me dit : « Je sois noire, mais je suis belle I » — C'est le mot de la Sulamite : nigra sum, sed formosa. Sans penser à mal, j'étais en plein Cantique des cantiques.
L'Orient par lui-même est donc immuable; mais l'Orient Israélite a en quelque sorte exagéré cette immobilité. Le paganisme ne l'çi point ébranlé, le christianisme en est sorti sans l'atteindre, l'islamisme l'a conquis et l'entoure sans l'avoir ébréché. Les Juifs qui, sous une apparence ordinairement assez humble, gardent au fond du cœur le très-légitime orgueil d'appartenir à la plus vieille religion du monde actuel, à la religion mère, d'être le peuple même de Dieu et d'en porter le signe visible, sont enfermés, partout où ils vont, dans la rigidité dogmatique de leurs coutumes. Ils ne sont point libres : le Deutéronome et le Lévitique leur ont donné des préceptes dont ils ne peuvent s'écarter sans prévarication ; quoique l'histoire naturelle ait fait bien des progrès depuis Moïse, ils ne consentiront jamais à manger ni lièvres ni lapins, car ce sont des animaux « ruminants qui n'ont point l'ongle divisé *. »