‹ Histoire et critiqueChapitre 3 sur 23 · MAB.AT · texte numérisé non relu

MAB.AT

A côté, de» hommes exceptioanels qui donnent le ton général ans épopées héroïnes et aux grandes époques de l'histoire, apparaissent, certaines personnalités rabougries dont la mission semble être de faire ressortir et briller d'un éclat plus vif les gloires au milieu desquelles le sort les a jetées. Ces figures hideuses ont leur utilité historique : elles complètent l'œuvre en la faisant envisager sous tous les aspects; eUes en sont l'élément à la fois comique et terrible. Quand, ne voyai]^ que la grandeur des résultats obtenus, on est tenté d'oublier les erreurs et les crimes de ceux qui y concoururent, elles apparaissent pour vous rappeler au sentiment douloureux de la réalité, elles vous font souvenir qu'après tout ces héros, ces législateurs étaient des hommes, et que nulle de nos faiblesses ne leur fut inconnue. A ceux qu'on pourrait

croire immortels, elles disent comme le livre saint : a Mémento quia puhm es In L Iliade a Thersite, la Tempête a Galîban, la Révolution française a Marat : on pourrait les nommer les grotesques de la poésie et de l'histoire.

La France i^'a point à revendiquer le triste honneur d'avoir vu naître ce dernier, dont le vrai nom s'écrivait Mara; fils d'un père sarde, il naquit dans la petite principauté de Neuchâtel, à Boudry, et l'on peut regretter que la mobilité de son humeur l'ait engagé à cherchier fortune hors de sa patrie naturelle. Il avait quarante-cinq ans lorsqu'on 1789 la Révolution le surprit ^ans l'humble poste de médecin des gardes du comte d'Artois. <( C'était, dit Dulaure qui le connut à cette époque, un petit maître frisé à triples boucles, hideux de figure^ le chapeau sous le bras, ayant peu d'amis et paraissant extasié de ses connaissances. » Sa violence et son audace maladive ne tardèrent pas à se faire jour et à montrer dans quelle voie de politique sanglante et outrée il voulait entraîner la nation. Dès ses débuts, on put reconnaître l'énergumène qui ne savait se posséder et donnait volontiers carrière aux instincts mauvais dont sa chétive nature était composée. L'Assemblée Constituante était à peine réunie, qu'il criait déjà à la trahison et demandait, en guise d'holocauste à offrir sur l'autel de la patrie, que huit cents députés fussent pendus haut et court aux arbres des Tuileries. Malouet, que de tels cris de fureur avaient un peu effrayé, proposa à l'Assemblée de livrer Marat aux tribunaux ; Mirabeau, du haut de son dé-

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dain, réclama simplement Tordre du jour et Tobtint. Dès lors commence l'importance de celui qui se nommait pompeusement lui-même : rAmi du peuple^ et que Danton, fort mal inspiré, fait entrer au club des Gordeliers. Ai-je besoin de dire que, dès ce moment, la mort lui semble un argument saiis réplique pour réduire ses adversaires au silence ? Ayons des lanternes, soit, mais pour nous éclairer les uns les autres et non pas pour y accrocher nos adversaires.

Sa probité; dont on a fait si grand fracas, ne me paraît pas d'un aloi aussi pur qu'on voudrait bien le dire. Sous la Législative, il propose ses services à Roland, qui les dédaigne, et qui paya cher plus tard le mépris que lui inspirait ce crapuleux pamphlétaire. Danton fut plus accommodant, et soudoya Marat à l'aide des fonds secrets de son ministère. Du reste, FAmi du peuple ne s'en cachait pas, et dans un placard affiché sur les murailles de Paris, il réclame de Philippe-Égalité le prix des services qu'il lui avait rendus. D'après cela, on pourrait inférer que ses convictions n'étaient peut-être pas aussi solides qu'il tentait de le faire croire, et que son caractère manquait de cette inflexible rigidité de principes qui seule fait les hommes politiques sérieux et respectables. Dans le projet de constitution libellé par ,lui en 1791, n'avaitil pas écrit : a Dans un grand État, la forme du gouvernement doit être monarchique; c'est la seule qui convienne à la France, sa position et la multiplicité de ses rapports le nécessitent, et il faudrait s'y tenir par tant de raisons puissantes, lors rhême que le caractère

de ses peuples permettrait iWi mtiîB cho'ijf^ » Ce q/d. ressort de la lecture de soa œu^re et dus. bJ3toU;e8, dit lismps,. c'est que Marat était ua dj^ôle Yanitoiu* maJf^ sain et méchaat, auquiel sa mort a doonê uae- si^istEC. immoDtalité qa'il ne méritait mêm^ pas,. Si^ soirta/A aujourd'hui de sa tombe et compreaaat le r61e odÂeu^ qu'il a joué pendant sa vijs révolutioma^ttre) HAnii, dUt peuple voyait de. quel auathème sa mémoire est chair-^ gée, il pourrait dire comme le moine de Saint-B^uoio. : Jueto juâmo damnatus sum !

Dans ses écrits, où sa vemité le pousse h, s occupe^ beaucoup de lui-même, Marat ne s'épargne pas les éloges; à l'entendre, « son âme sensible » fut d'mi^ précocité singulière ; à huit ans^ il avait le sens mioml très-développé; l'aspeet d'une cruauté le soulevait d'indignation, et le spectacle d'une injustice a toujours . révolté son cœur comme un outrage personnel. J'ad*^ mets volontiers qu'il soit né bon, et, du reirte, j'estime que cela est insignifiant ; quand les hyènes n'ont paiS encore de dents, on peut les caresser sans dangeir* Gela ne présageait rien pour l'avenir; certaines natures se développentjusqu'à la maladie dans les circons^ tances spéciales qui les entourent; Néron, obligé de contre-signer une condamnation à mort, n'a-til paa regretté de savoir écrire? « Ce qu'on refusera peutêtre de croire, dit Marat, c'est que, dès moA bas âge, j'ai été dévoré de l'amour de la gloire, passion qui

ohBQgea smiTont 'd'iobjet àBm les 4iverae& périodes de ^ irie, mais çni »e m'a jomais ^ttlé un instant. A oiîiq ans, j'atKPaîs ymta être maître d'écele; À ^(pùoM ans, professeur; anteuT, à £x-hu!it; géBiie wéateuTi, 4 vingt, coBiTne j'anAîtionne aiij0urd'lnii la gtoire de m^flnmoler pour la pptrie, » L^^veu mérite d'être retenir, €ar, à nien «ens, fl expli^que M arat. Érostrate «DBsi était né avec œ foe les «lAbitieux médéocres appeUent prétenliiettseinMit « Vêmow de la gloire » ; œ qui n'est, en somme, fu'wi besoia impérieiaK d'écbapper quand même à l'obsourité et de «aire paiter et sei. Là peut-être fut tout le secret des violences de Marat; en érigeant la défiance en principe et la xsmA em système; en répétant <5haque matin, sous tout pid* texte et pour tont individu, son cri sinistre : A ia gmiilùHnt 1 il se fit une sorte de spécialité monstrueuse qui msen^bleraent le mena à une célébrité bien ftiite pour flatter «es bas instincts et les désirs immodérés de popularité qui le dévoraient. Intelligent et bon, il serait arrivé à jouer un rêle important et fécond dans les événements dont il fut le témoin; médiocre et méchant, il exagéra d'abord intentionnellement ses facultés d'énergumène, finit par se prendre au sérieux, et, devenu dupe de lui-même, crut à sa mission. Malgré le sentiment de justice qu'il prétendait posséder au supiêBve degré, il n'avait aucune i!H>tion du juste et de l'injuste ; je n'en veux pour preuve que ce commentaire à la définition du droit à la subsistance : « Quand un homme manque de tout, il a droit d'arracher à xm autre le superflu dont il rcgoi^; que dîs-je ? il a drcAt

de lui arracher le nécessaire, et plutôt que de périr de faim, il a droit de l'égorger et de dévorer ses chairs palpitantes. » Ici Todleux touche à l'absurde ; je ne sais si les peuplades du Dahomey ou du Caragoué ne se révolteraient point devant une telle maxime.

Ge qui précède, ce -droit à la subsistance si étrangement défini et qui ne tend à rien moins qu'à faire de l'homme un simple animal carnassier, n'est que de la théorie, on peut sourire et passer. Mais dans les jours d'émotions populaires, quand des armes sont dans toutes les mains, quand le levain des mauvaises passions fermente dans bien des cœurs, quel est le langage de Marat? Que dit-il au peuple dont il se prétend l'ami? Dans le fameux placard : C'en est fait de nous! <c Cinq à six cents têtes abattues vous auraient assuré repos, liberté, bonheur; une fausse humanité a retenu vos bras et suspendu vos coups; elle va coûter la vie à des millions de vos frères. » Lors de l'échauffourée de Nancy : c Désarmez les satellites allemands qui vont égorger vos concitoyens; arrêtez leurs chefs, et que la hache vengeresse les immole enfin sur l'autel de la liberté I » Pauvre liberté I que de sottises tu auras fait dire I et encore : a Aujourd'hui, dix mille têtes abattues suffiraient à peine au salut de la patrie. »

Après le 10 août : « Ainsi point de quartier; vous êtes perdus sans retour si vous ne vous hâtez d'abattre les membres pourris de la municipalité, du département, tous les juges de paix antipatriotes et les membres les plus gangrenés de l'Assemblée nationale

Considérez que l'Assemblée nationale est votre plus re-

doutable ennemi... » Il n'avait pas attendu le renversement du trône peur vociférer ses malédictions et ses appels au meurtre. Le 27 mai 1701, il écrit : « Il y a onze mois que cinq cents têtes auraient suffi, aujourd'hui il en faudrait cinquante mille ; peut-être en tomberait il cinq cent mille avant la fin de Tannée. La France aura été inondée de sang, mais elle n'en sera pas plus libre. » En effet, elle n'en fut pas plus libre, et cela tient uniquement au sang dont on l'a inondée. Les souvenirs de la Terreur ont rendu toute compression possible dans notre pays.

Ce besoin de tuerie est chez lui une monomanie qui l'étreint et le domine comme un accès d'épilepsie ; en mai 1792, il vomit ses exhortations furibondes : ci Mon espoir est que l'armée sentira que la première chose qu'elle ait à faire, c'est de massacrer ses généraux. » Deux jours après, il s'adresse au peuple : « Que faitesvous? Tous vos chefs vous trahissent 1 Armez vos mains de poignards, égorgez le perfide Motier (Lafayette), le lâche Bailly; courez ensuite au Sénat, arrachez-en les pères conscrits ; empalez ces représentants ; et que leurs membres sanglants, attachés aux créneaux de la salle, épouvantent à jamais ceux qui voudraient les remplacer. »

Est-ce là simplement le rôle d'un fou furieux qui se grise à ses propres paroles et reculerait devant la mise en œuvre de si épouvantables conceptions? Nullement; Marat demandait impudemment à être l'exécuteur de son propre système. Cette brute sanguinaire rêve la dictature ; il pousse le peuple à nommer un t

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bun militaire qui ten trois jours le débarrasserade tous ses ennemis ; il s'offre modestemeni au choix de sea» concitoyens': « Si j'étais jngé dîgtie de cet heameaK, ma premièpe expédition serait de faire accrocber les pères conscrits, traîtres k la patrie, chacun à ietfr place. » Quand on Tent gouverner par ée Mm moyens, on n'est pas tenu de savoir la granmiaîre. Le cœnr défaille éevaut un tel :annas d^absurdités cruelles ; de dégoAt on ferme les yeniu

Le tort que Marat a fait au souvenir de la Bévokition est incalculable ; à côté àe lui, R^)espierre ^apparaît comme «m législateur doux -et tinride ; du reste, Marat ne l'estimait guère, car il trouvait qu'il n'avait pas «ia vigueur nécessaire aux bomxiies d'État «. De quoi donc était fait ce caractère si amer, si âpre, si violent, cette âme si aigre renfermée «dans un coifis dartreux ? De vanité et d'envie, sans (doute. M. Michelet l'aidit : «La maladie de Rousseau, l'orgueil, devint vanité dans la tète de Marat, mais exaltée à la dixième puissance. • Les natures ainsi faites ne peuvent supporter ancuae eontt^diction ; au premier obstacle, elles font appel à la force pom* réduire leurs adversaires au mlenoe ; aoiis prétexte de désintéressemeiut personiielet de bien tgé^ néral, elles couperaient volontiers la tète à «se moitié de rhunianité afin de rédanrè l'autre à accepter leurs doctrines. C'est plus «aisé que <de persiuiider; mais tuer n'^est pas convaincre. Toate indu^^genoe leur pamâtune Iftcheté, toute concession «est «n crime. Usattaqueoiitle pouvoir d'autnri avec colère et défendraient le leur avec foreur. €e sent des l>êtes féroces élevées trop tdt

MHIUT. U

à ladigiitté d^omme. Ah 1 quelle puissance les hdm» mes tde la RéroliitkKi auraient exeroée sur le neade eoitîer s'ils aTaieut su que c lorsque b luansuôtttde et la wiolence jouent ua royaume, c'est la jooeuse la plus doiice qui ^ag«ie d 1 Le mot est de SluikspeaM et édataict de viftité.

Que (fauBS tout le Iwtras de ses écritures Marat ait parfois rencontré une idée Tuaie, je raccorde; qu'il ait déployé une actÎTÎté prodififteuse, j'en conviens; maîfi ee qui me frappe néanimoins, c'est rînîntettigonce de VAmU 4u peupk. U me paraît n'avoir rien|comprisà la Mévolution; il fat exactement l'inverse des nobles eolètésquine voulurent jamais ta reoonnaître; c^étalt, pour ainsi dire, un aristocrate à l'envers, Marat exndaait des bénéfices du nouvel étal de choses tont<ce qui n'était pas le peiifle. Selon Hui, ia noUesse, le dergé, le Tiers*Ëtat «de vaienit obéir à ce •çu'on nomme aufourdlanî les prolétaû^es. il enilev^iit les privilèges soK ms et les reportait aux «ixtres ; il «emUlait dire : chacun a son tour ! Le met ée 4a Aévioiutîan n'était pas là. Dieu merci ; droits égaux jpemv tous, dibefité égale pour tous. Ciela élait juste et cela enrvrvra d'une façon in^rbsalxle. 11 ne faut pas iplus adusetoe la tyranmre d'en ims 'que la tyrannie d'en hasL L'espèce de baiine qfve Marat avait de toute «upézsorité, «qu'elle fâA înteU Inctoelle, physique on sociale, peut kii «voir vahi qnel> qnes adhérents parmi ke envieux et les ignoramte ;

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mais en somme, il n'eut jamais de parti, et cela se conçoit fiicilement, il n'avait ni corps de doctrine, ni principe, ni système. Un seal cri : la mort I un seul sentiment : la défiance ! un seul procédé : la dénonciation! pour avoir des adeptes, il. faut partir d'un principe raisonné, vrai ou faux, et arriver à une déduction logique ; mais n'avoir d'autre principe qu'une suspicion perpétuelle, d'autre déduction que la guillotine, c'est faire acte de folie ou de férocité. On peut étonner, épouvanter, séduire même quelques esprits malades, mais, au demeurant, on n'exerce aucune action durable ; on reste un accident pathologique redoutable dans le présent et un déplorable exemple pour l'avenir, en un mot on n'est qu'un épouvantail.

Ce qui a donné de l'importance à Marat pendant sa vie, c'est la sottise et la pusillanimité des hommes d'État de son époque qui eurent peur de lui et centuplèrent son influence en le persécutant. La persécution donne de l'intérêt aux causes les plus mauvaises. Un libelle défendu et proscrit devient célèbre le lendemain, si on l'eût laissé circuler librement, nul n'y aurait fait attention. Un sot ou un méchant, condamné pour la simple publication de ses opinions, est tout prêt de devenir un grand homme. En poursuivant Marat, en le contraignant à se cacher de retraite en retraite, en redoublant son activité naturelle par cela seul qu'on voulait le réduire au silence, on en fit une sorte de personnage légendaire, et on lui valut ainsi une force qui n'aurait même pu se faire jour, si on l'avait caisse librement barboter tout à son aise dans la fange

sanguinolente où il se complaisait. 11 eût alors ravalé sa bave et nul aujourd'hui n'y penserait plus. Ceux qui le persécutèrent manquèrent d'esprit, car ils lui firent précisément le rôle qu'il ambitionnait. Il était en droit de dire au peuple : C'est pour toi que je souffre, c'est ton ami qu'on attaque, c'est parce que je te défends qu'on m'abreuve d'outrages I et sa voix alors était écoutée, cap elle parlait avec un semblant de raison. Les chouettes effrayent pendant les ténèbres et font rire en plein jour.

Ce qui a donné de Timportance à Marat dans l'histoire, c'est sa mort, qui, il faut avoir le courage de le dire, fut le résultat d'un crime. La tradition, je le sais, a entouré d'une auréole le jeune front de Charlotte Gorday ; elle apparaît à la postérité comme une sorte de Judith politique vêtue de la robe blanche des martyrs ; c'est, je n'en doute pas, à sa jeimesse, à sa grâce, à sa beauté qu'elle doit un tel honneur, beaucoup plus qu'à l'action qu'elle se résolut à commettre. Si au lieu d'être une pure et blonde jeune fille animée par l'abnégation d'un héroïsme trop farouche, l'assassin de Marat avait été un simple conspirateur appartenant à une faction opposée, nul aujourd'hui n'en parlerait plus. Quelque sympathie que l'on éprouve pour l'amie des Girondins, il faut reconnaître que son acte suprême fut criminel. Chercher la satisfaction de ses désirs ou l'accomplissement de son rêve en dehors de la légalité, c'est faire une action coupable que l'histoire doit condanmer sous peine de déchéance. Quel que soit son motif déterminant, l'assassinat, politique ou non, est

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tovjoors un oriiiie.BûIron entrer «n oertaînes Ibéories modernes trop fedles, il fsvft affirmuet haHtemeBt que ht morale «est tme; eiHe ne se bifarqne pas seion les fcesoins d'ane cause, Bthm les hitërêts da momeot ; elle doit être abs(dtie sous peine de ne fins être.

Par son aete désespéré, mademoiselie de Qèrday a donaé Timiiiortalité à Marat; elle y « gaigni, pour eHe, en sacrifiant sa TÎe, de sauver sa mémoire de l'oubli et d'être l'héroïne de quelques tragéifies. Mats elfe eût été fort humUiée sans doute dans sou orgueil qui me parait avoir été excessif, si elle eût pu deviner qoe sa résolution violente n'aurait guère d'autrerésultat que d'inspirer des alexandrins. Mai«t, rongé par une lèpre telle qu'on «eût dit que son âme lui sentait à la peau, Marat ne vivait plus ^que dans des bains proloo^ ou il trouvait on upaisement aux cuisainAes souffrances qui le dévoraient, Marat n^avait ptcn longtemps À vivre lorsque le couteau de Charlotte Gorday le jeta dans la mort. Charlotte Gorday voulait sauver ses «rais, éUe hâta ieur perte ; elle vcmlait assra^er Sa paix, elle déebaina la guerre. Il fa«t être d'une ignorance singulière <en hîsloîre pour ne pas savoir qoe russassinat politique atteint invaiialriement et tou joun le hcit diamétralement opposé à •celui qu'il «elierchait. Tous ces illuminés «qui «mmaneiieul; leurs >opimoBS dans des poignards citent ^vulontiefB Bmtus. Gettes, l'acte de César fat coupable, mais n'«st-oe pas l'assas* sinat da grand usurpateur qui fit de t'empîre romain cette ttoëca mwoim^ oà vint croupir l'impureté de

Uiwvei» entier ? Ghaplotte Cord&y^ i|itt, a« mocmnh de vmiahAn h, UécttAfoirà» 6efftv«U) à Bcirbatoux : « Ce«x q/»ii u» regpettecwt se véjjoiuxoal. die ma voir jouîv du E^es iam. les Cthampe Élystes ayee Brulus et qualh quee eAciew» », Qbaclotte Corday saierifia à la diéeeee du ïOQmfiïitj k la vhétorkiu»; elle traduisit en action cevtiaios pi;iacifes déoUiniatoîres et faux qu'on met en yw$ latias dans les eoUiges^ et, M» d'arrêter le couos des événAiaenids qu'elle redxdiiteil^ ^e ne It que le précipiter.

Marat cependant était tellement et si justement odieux, que sa mort tragique n'effaça rien de l'horreur qui pèse sur lui. Après la première et ridicule explosion des regrets de commande, le bon sens public se détourna pour toujours de cet étrange ami du peuple. Après la bouffonne litanie « Cœur de Jésus, cœur de Marat », après « la panthéonisation », il n'y eut plus pour lui que des malédictions et je ne sais quelle tombe qui ressemblait à la voirie. Un tel personnage est-il justiciable de l'histoire? J'en doute ; je no sais guère ce que la nfuse austère aurait à faire de cet avorton épileptique. Il me semble plutôt qu'il appartient à l'histoire naturelle; son cas est un cas pathologique qui peut offrir un sérieux sujet d'étude à un médecin aliéniste ; mais je pense que les historiens sérieux n'ont rien à voir dans cette cervelle détraquée. Il y a à Bicêtre et à Charenton bien des pauvres diables dont les idées sont plus saines que celles de Marat ; il n'était pas net d'esprit et sa sœur était folle. Certes, au point de vue de h société, il était responsable du

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mal qu'il cherchait à faire ; mais, en regard de sa pro* pre conscience, il pouvait être irresponsable, irresponsable comme le loup qui égorge parce qu'il est dans son instinct d'égorger. Marat se croyait peut-être sérieusement un honnête homme et un grand citoyen ; mais il est probable que si l'on eût pu, par miracle, lui montrer sa personnalité telle qu'elle était réellement, il eût reculé d'horreur. Les monstres s'ignorent euxmêmes, et c'est là un motif de consolation pour l'humanité.

ANACHARSIS GLOOTZ

Le baron Jean-Baptiste Glootz, seigneur de Guadenthal, naquit le 24 juin 1755, près de Clèves, «dans ce duché que Frédéric de Prusse appelait indifféremment son parc ou son paradis, parce qu'il n'est habité, disait-il, que par des bêtes ». On l'envoya à Paris ébaucher son éducation ; à la cour de Poisdam, il était de bon ton alors d'avoir l'esprit français et de se montrer philosophe. Pour Glootz, la philosophie n'était point un vernis de courtisan ; les doctrines des encyclopédistes avaient profondément pénétré son flme ; aussi le' dur, étroit et minutieux service militaire inauguré par Frédéric ne tarda pas à le révolter jusqu'au dégoût. Les formules religieuses ne lui plaisaient guère davantage ; il était inquiet, se sentait mal à l'aise dans sa foi héréditaire. Ne voyant que les effets, il recherchait les causes ; a ses interrogations sans nombre, les livres ne donnaient que des réponses douteuses et les hommes

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restaient muets, autant par ignorance que par crainte de se compromettre. Enfin, dans V Examen critique des apologistes de la religion chrétienne S il découvrit l'argument suivant : a Une religion dont les preuves ne sont point à la portée de tous les hommes raisonnables ne peut être la religion établie de Dieu pour les simples et pour les igaoruts; or^ H: m'y 9l aucune religion, de toutes celles qui se prétendent révélées, dont les preuves soient à la portée de tous les hommes ; donc aucune des religions qui prétendent être révélées ne peut être établie de Dieu pour les simples et les ignorants. » Ce fut une lumière; il put dire aussi : Eurêka! De ce jour il entra résolument dans la négation de toute religion, il fit professioa dfathéi&me, et piiiatard il put avec bonne foi appJàudir Tbiuriot da la. ftozière qui »'éeriaît à la Goarentioa' : « Éimiâons la supefsti>tion et le fanatisme sous les principes de la nature^ » Galimatias fort en usage à cette époque, et quL a le ' mérite de ne rien signifier.

De» que Glootz eut perdu soa père, il aceourut à Paris et il y fit belle 6gure avec ses^ vingt et un ans et ses cent mille livres de rentes; c'était un Prussien libéré, comme eût dît Henri Heine. Mais ce qu'il cHerchait, c'était moins les plaisirs du monde élégant où Tavait patronné sa parenté avec les Montesquiou- Fezensac, que le renom d'un philosophe militant. Il ne

1. Cet ouvrage, faussement attribué à Fréret depuis sa mort, est en réalité de L. de Burigny. (Voir la très-longue et très-curiëuse Note de Barbier à ce sujet : Dictionnaire des ouvrages anonymes, etc.; Barbier, 2^ éditiou, tome !«', p. 463 et seq,, no 6,129.)

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rêvait rien moins que renverser le calholicisme. Il croyait la tâche facile, n'en semblait pas trës-effrayé, et, pour jeter bas le grand monument^ il écrivit ie livre intitulé : Certitude des preuves du mahométisme'; ce n'est en somme que la réfutation du livre de Bergier : Certitude des preuves du christianisme. Il n'avait rien négligé pour être agressif; il avait espéré susciter une polémique ardente, diviser la société française en deux camps, amener un conflit définitif entre la religion et la philosophie et commander la grande bataille où les textes, les syllogismes auraient été les engins d'une guerre qui aurait amené la chute suprême de ce que Voltaire appelait « l'infâme ». La déception fut cruelle; nul ne s'occupa du livre du baron prussien; nul Parlement ne le condamna au feu ; nul bourreau ne le brûla en place de Grève ; nul moine ne le rétorqua; nul écrivain catholique ne le critiqua.

Le coup fut sensible pour Glootz, qui aimait fort que l'on s'occupât de lui. Il n'en continua pas moins à argumenter à outrance par la conversation et la discussion. Il offrait le combat à tout venant, ergotant sans relâche et criant à tous sa devise, qui était : Veritas atque libertas I Du reste, il ne doutait pas de lui ; il voulait adresser au roi une supplique pour être autorisé à fonder une religion nationale qui n'eût été que la religion naturelle (?), et il ne demandait que trois séances pour confondre les plus savants défenseurs du catholicisme : « Louis XYI I ô roi bienfaisant ! ces trois jours délivreraient à jamais vingt

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