‹ Histoire et critiqueChapitre 5 sur 23 · ANACHARSIS CLOOTZ · texte numérisé non relu

ANACHARSIS CLOOTZ

enfin au nom de la fraternité, qu'il entrevoyait dans une yision si lointaine, qu'elle était à peine perceptible. Puis il s'approcha sans pâlir et fut réuni à ceux qui l'avaient précédé. (( Le lendemain, dit M. G. Avenel ', on n'avait de cette fête gardé qu'un souvenir. En s'abordant, les muscadins allongeaient le cou, jouaient trois fois de la tète : c'était saluer à la prussienne, n Qu'était-ce, en somme, que cet Anacha^sis Clootz qui s'était donné sans retour à la France et qui n'y trouva que la mort? Ses contemporains ont porté sur lui des jugements très-divers; dans ce temps de passion efb*énée et de vie si courte, il devait être trèsdifficile d'être impartial. Camille Desmoulins, l'enfant terrible du journalisme révolutionnaire, se sentant vaguement menacé par Robespierre, voulut, pour se racheter, écraser les ennemis de ce dernier : o Le Prussien Glootz, écrivait-il, est cousin de l'Autrichien Proly (fils du prince de Kaunitz) ; Glootz et Ghaumette sont deux pensionnaires de la Prusse. » Madame Roland ne l'avait point ménagé dans ses MémoireSj trop vantés, selon moi, car ils ne sont qu'un réquisitoire contre ses adversaires et une apologie de ses amis. Pour rÉgérie de la Gironde, Glootz est a un insupportable parasite, un vil personnage, un moulin à vent». Gonmie Anacharsis avait exprimé à la tribune son horreur pour le fédéralisme et qu'il avait désigné Buzot et Roland comme cfauteurs de ce projet liberticide »,

4. Voir Anacharsis Clootz, F orateur du genre humain, par Georges ÀTenel; 2 vol. ia-8», 1868, Paris, tome II, p. 474.

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Madame Roland ajoute : « Je ne sais si un fol tel que Glootz peut avoir été de bonne foi dans ses craintes ; je ne saurais me le persuader, et je crois seulement qu'il avait trouvé dans la fabrication de son mensonge une occasion de venger son amour-propre irrité de n'avoir pas été admiré ; un sujet de déclamations dans son genre, très-convenable à la boufiissure de son style et au désordre de son imagination; un moyen de nuire à des hommes dont la raison doit lui déplaire, de faire cause commune avec ceux dont les vices lui sont agréables, en supposant même qu'il n'ait pas la mission secrète de brouiller la France, à l'aide des enragés, pour faire plus beau jeu aux Prussiens, ses compatriotes. »

C'était là en effet le grand grief, et plus d'une fois on reprocha à Glootz d'être un agent secret des puissances coalisées ; selon ses accusateurs, son fameux projet de république universelle masquait le désir immodéré de livrer la France à l'étranger; toutes ses manœuvres y tendaient, et s'il poussait souvent aux mesures extrêmes, c'était pour ramener à la monarchie par l'excès même de l'anarchie. D'autres ne cherchaient pas si loin, ils l'écoutaient parler, disaient : « C'est un fou ! > levaient les épaules et passaient.

S'il fut un fou, il eut une minute de lucidité singulière, lorsqu'il dit ce mot profond dont nous n'avons pas encore su faire notre profit : « France ! guéris-toi des individus ! > Ses adversaires me semblent l'avoir jugé avec une sévérité excessive. Ce fut, je crois, un homme singulièrement naïf et convaincu ; il chercha son équilibre à travers les partis qui s'entre-déchi-

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