‹ Histoire et critique T. B. MacaulyChapitre 14 sur 22 · LE COMTE SE CHAT 11 A M · texte numérisé non relu

LE COMTE SE CHAT 11 A M

pour des motifs personnels, très-odieux à la princesse mère; car, immédâtement après la mort du mari de celle-ci, il avait conseillé au feu roi de retirer à cette princesse l'éducation de son fils, l'iiéritier présomptif. Il lui avait fait récemment une offense encore plus grave, s'il est possible, car il s'était bercé, non sans quelque apparence de raison, de l'ambitieuse espérance de voir si charmante belle-sœur, lui y Sn c;i1l l^unox, devenir reine d'Angleterre. On avait remarqué à une certaine époque que chaque matin le roi se promenait S cheval autour de Holland-House, cl qu'en ces occasions lady Sarah, habillée comme une bergère do

alors de la pelouse. Foï, à cause du lôlo qu'il avait joué dans cette singulière intrigue d'amour, fut le seul membre du Conseil privé qui ne fui pas invité à la réunion où Sa Majesté annonça sou mariage projeté avec la princesse de Mecklemboiirg. 11 semblait donc que de tous les hommes d'Etat de ce temps Foi était le dernier avec lequel Bule le loi ; , l'Écossais, le lavori de la princesse mère, pût en aucune circonstance agir do concert. Bule cependant fut alors obligé de Mtlliciiri' l'appui de Foï.

Fui avait plusieurs nobles et aimables qualité* qui dans la vie privée brillaient de tout leur éclat, et qui le laissent cliérir de ses enlàiils,dc ses amis, de ceux qui dépendaient de lui; mais, comme homme publie, il n'avait aucun titre à l'estime. Les vices communs à toute l'école de W al pie apparaissaient eu lui, peut-être pas dans ce qu'ils avaient de plus mauvais, mais certainement sous leur larme la plus accentuée; car les laleuls parlementaires el olficicls île Foi rendaient [mites se- fautes pins évidentes. Sun courage, sou caractère violent, son mépris pour les apparences, ramenaient à (aire ouvertement, beaucoup de choses que d'autres, aussi dépourvus que lui de tout scrupule, couvraient d'un voile décent. C'était le plus impopulaire des bon nues d'Étal île son temps, non pu ce qu'il avait commis plus de fautes que la plupart d'entre eux, mais parce qu'ils les dissimulait moins.

Il sentait son impopularité ; mais il la sentait à la façon des vi-

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goui-eux esprits. Il n'était pas devenu circonspect, mais insouciant; et il affrontai! les colères de tonte la. nation d'un air d'inflexibledéfi. Il était né avec un caractère douce* généreux; mais il avait elé irrité, et il était arrivéàune sauvagerie irai ne fui était pas naturelle, et qui étonnait et chagrinait ceux qui le connaissaient le mieux. Tel était l'homme àqui Bute lui forcé de demander secours.

Fox était disposé à lui accorder son concours. Bien que par caractère il ne fût nullement euvicm, il avait indubitablement vu le succès et la popularité de Pitt avec une amère mortification. Il se croyait l'égal do Pilt dans l;i discussion, et le supérieur de ^itt au point de vue des aflaircs. On les avait considérés pendant nombre d'années comme des rivaux dignes l'un de l'autre. Ils avaient marché d'un bon pas dans la carrière de l'ambition ; longtemps ils avaient marché côte à cote; puis Fox avait pris la tète, et Pitt était resté eu arrière. Alors était survenu un soudain changement de forlinie. île même que dans la course à pied de Virgile. Fox avait liOliirrlié au milieu de la bouc, et il avait été non-scuicmcnl battu, mais sali Pilt était arrivé à l'extrémité de la lice, et il avait reçu le prix. Les émoluments de la place de Paymaster pouvaient décider l'homme d'État vaincu à accepter en silencela prépondérance de .son r;m]|.é[ili;iir, i nuis ne pouvaient satisfaire un esprit ayant consciencede sa haute valeur et singulièrement aigri, Aussitôt donc que se forma un parti contraire 3 la .Ljiii'nv .'I à l:i -.iinrémulie du e,raiid minr-tre de la guerre, les espérance; de Fox commencèrent à renaître. 11 était tout prêt à oublier ses querelles avec la princesse mère, avec les Écossais, avec les tories, si, grâce h l'appui de ses anciens ennemis, il pouvait maintenant recouvrer l'importance qu'il avait perdue et atta* qner Pitt en face et à armes égales.

L'alliance fut, en conséquence, bientôt conclue. On apprit ii Fox que, s'il voulait faire -urlir le L'Oiivrruenieul de sa situation embarrassante, il recevrait certainement eu récompense un titre de pair qu'il désirait depuis longtemps. De son coté, il promit d'employer toute espèce de moyens pour obtenir un vote en laveur

LE COHTï HE CBATBAK.

(lu la pais. A la siiile de ces conventions, il devint leader de la Chambre des communes, et Grenvîlle, étouffant comme il put son mécontentement, consentit tristement à cette modification.

Fox avait espéré, par son influence, assurer à la cour l'appui cordial de quelques whigs éminenls, ses amis personnels, particulièrement du duc de Cumberlaud et du duc de Devonshire. Il fut déçu, et constata bieutflt que non -seulement il avait à combattre dos difficultés de plus d'un genre, mais encore qu'il devait compter sur l'opposition du prince du sang le plus distingué et sur celle de la puissante maison de Cavendish.

Cependant il s'était engagé à gagner la bataille, et il n'était pus homme à reculer. Ce n'était pas le moment de se montrer délicat. On fil comprendre à Bute qu'il n'était possible lie sauver le ministère qu'en pratiquant la tactique de Walpole sur une échelle qui aurait étonné Walpole lui-même. Le Pay offke (Bureau du Puymastrrï fût li-ansfurmi': en inairht; de voles. Des centaines de membre» s'y enfermaient avec Foï, et l'on a île tories raisons de sup]«>sei' qu'ils en sortaient ayant dans leur poche les gages de l'infamie. Les personnes les mieux placées pour être bien renseignées ont al'Uriné que vhi^l-cinq mille livres sterling furent ainsi dépensées dans une seule matinée. Le présent le plus modique liit, dit-on, une banknotc de deui cents livres sterling.

L'intimida! ion se joignit à la corruption. Ou lit entendre A toutes les classe* de la soeié.lô, depuis les plus élevées jusqu'au s plus infinies, qui; le roi voulait être obéi. Les lords lieutenants de plusieurs comtés furent destitués. Le duc de Devonshire fut spécialement choisi pour être la victime dont le destin devait servir d'enseignement aux mariais d'Angleterre. Sa richesse, son rang, son influence, son caractère pcrsoonnel sans tache, le constant atiachemeutde sa famille à h maison de Hanovre, ne le mirent pus à l'abri d'un traitement grossier. On savait qu'il désapprouvait la marche du gouven ionien 1 , ni l'on ilirnla en L'iniM'qiif.iire qu'on humilierait le prince dis wliius, namne l'avait surnommé la princesse mère. Il vint au palais pour rendre ses devoirs, u Dites-lui que je

ÔU HISTIMRK ET CRITIQUE.

ne veux pas le voir, » dit le roi à un page. Le page hésitait. « Allez à lui, dit le roi, et répétez-lui tf^iucllonuiiiL mes paroles ■■ Le page s' acquitta du message. Le duc arracha sa clef d'or, el .-c relira bouillant de colère. Ceux dos siens qui avaient des emplois

donnèrent immédiat l'ul )euntémissioti. Peu de jours après, le

roi se fit apporter la liste des conseillers privés, et raya de sa propre niain le nom du duc.

Cet acte, bien qu'il indiquât peu de sagesse ou peu de bon naturel, était du moins anir.^iuix ; mais la cour exerça des vengeances sur tout lemoudeaussi Lieu en liasqn'en liant. Une persécution telle qu'on en avait jamais ui avant, telle qu'on en a jamais vil depuis, sévit avec fureur dans chaque département de l'administration publique. Un grand nombre de commis modestes e laborieux lurent privés de leur pain, non parce qu'ils avaient négligé leur devoir, ou parce qu'ils avaient activement participé aux attaques dirigées contre le ministère, mais simplement paire qu'ils devaient leurs plates à la recommandation de quelque nc- Meman ou de quelque gentleman opposé à la paix. La proscription s'étendit aux commis de la douane, aux jaugeurs, aux huissiers. L'il pauvre homme, auquel une pension avait été donnée pour la bravoure dont il avait fait preuve eu poursuivant des contrebandiers, perdit su pension parce qu'il avait été appuyé prie mic de Grafton. Une veuve Sgée qui, en raison des services de son mari dans la marine, avait été chargée, quelques aimées auparavant, de la tenue d'un bureau public, fut chassée de sa place |>arcc qu'on s'imagina qu'elle était, par suite d'un mariage, l'alliée éloignée delà faïuill!.' Cau'iuiisli. La clameur publique, ou peut bien le supposer, augmentait chaque jour de plus en plus. Mais plus elle devenait forte, plus Inis eorilnuiail. résolument l'œuvre qu'il avait commenté. De quel esprit était-il animé V C'est ce qu'il était impossible à ses anciens amis de comprendre. « Je pouvais pardonner les caprices politiques de Fox, dit le duc de Cumberlanil, nuis son inhumanité me confond complètement. Certes il avait coutume d'être le meilleur des hommes, r

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