‹ Histoire et critique T. B. MacaulyChapitre 15 sur 22 · LE TOUTE DE CHITHASI · texte numérisé non relu

LE TOUTE DE CHITHASI

Enfin Fox alla jusqu'à prendre une consultation légale sur la question de savoir si les brevets accordés par Georges 11 liaient Georges Jll. On dit que, si ses colloques n'avaient pas reculé, il aurait à la fois brisé, et les Fetlers of the Exchequer (Comptables de l'Échiquier) et les Justiri' in l'y/' (Gruyère).

Le Parlement se réunit. Les ministres plus que jamais haïs du peuple étaient sûr* de lu îinijunlé; ils avaient eu outre li>ut lieu' d'espérer qu'ils rr.inpia-lei'aieut. dans la discussion aussi bien qu'au vole, ear l'ilt éLul. confiné i'Iim lui par une grave attaque de goutte. Ses amis proposèrent d'attendre pour l'examen du traité qu'il fût en état d'y prendre part; mais la motion fut repousséc. Le grand joui- arriva. La discussion durait depuis quelque temps, lorsqu'une immense clameur se lit entendre dans la cour du palais. Le bruit se rapproeha do pins en plus à travers

multitude puissant île grands rris, sortit Pitt, porté par SCS serviteurs. Sa face était maigre et pàlc : ses membres étaient enveloppés de flanelle. Il avait sa béquille à la main. Les porteurs le défrisèrent en dedans de la barre : ses amis l'entourèrent immédiatement, et, avec leur aide, il se traîna à son siège près du bureau. Il parla trois lieures et demie contre la paix. 11 fut pen-

diaui. On peut bien supposer que su voix était faible, que sou geste était langiu»an(. ri que uni ili-mui'-, ([unique par instant brillant et impressionnant, était inférieur à ses meilleures œuvres oratoires. Hais, cens qui se rappelaient ce qu'il avait fait et qui voyaient ce qu'il soullrail l'éunilaienl avec une émotion telle que n'en produisit jamais la simple éloquence. Il ne put rester pour le vote, et fut emporté de la Oiaiulnv au milieu d'acclamationaussi bruyantes <pn< eellrs ipii avaient ainioni é son amvée.

La paix fut approuvée |>ar une forle majorité. ]a joie de la cour n'eut pas de bornes. « Maintenant, s'écria la princesse mère, mon fils est vraiment roi. » Le jeune souverain parlait de lui-même comme d'un homme délivré de la servitude où avait

élé tenu son grand-père. On déclara que sur mi point sa résolution Était inébranlable: les wliijjs puissants qui s'était imi>osés à ses ancêtres et avaient lâché de s'imposer à lui-même ne seraient en aucune dreonstiuee rappelés au pouvoir.

Cette vanterie était prématurée. La force réelle ilu favori n'était nullement en rapjiort avec le chiffre des vois qu'il avait pu obtenir dans un vole spécial. Bien tut il se trouva de nouveau très-embairassé. Une taxe sur le cidre était la partie la plus importante de son budget. CM'', taxe fut combattue non-seulement par ceux qui d'ordinaire étaient Inutiles A l'administration, mais encore pr ceux qui appuyaient rdle-ci. Le mot A'Excise. avait toujours été odieux aux lories. La pavlialïlé de Walpole pour ce mode d'impôt était Iniirs à yeux un de ses principaux crimes. Le tory Johnson avait donné dans sou Dictionnaire une définition si méprisante du mol Excise que les commis de V Excise avaient songé sérieusement à le poursuivre. Les comtés que le nouvel impôt gênait particulièrement avaient toujours été tories. John Philips, le poêle de la vendant anglaise, prétendait que la terre du cidre avait toujours été fidèle au trône, et que les serpes de ses mille vergers avaient été transformées en épées et mises au service des infortunés Sluarls. Le projet, listai de Bute eut pour

de la terre du cidre et les whigs de la capitale. Le Herfordstoire l'I II: Wore.estersliire étaient en éliullition. La Cité do Londres, quoique moins directement intéressée, était, s'il est possible, encore plus exaspérée. Les déliais sur (cite question portèrent au gouvernement un pi éjialiro irréparable. L'exposition des comptes financiers fui faite par Dasliwood d'une [minière on ne peut plus confuse el absurde, et la Chambre l'accueillit avec de bruyants éclats de rire, Dashwood avait assis de bon sens pour être convaincu de son incapacité à remplir les hautes fonctions dont il était chargé, et il s'écria dans un comique accès de déscs]ioir. u Que vais-je devenir? Les enfants vonl me montrer au doigt dans les rues et crier : Voila le plus mauvais Cl lance lier de l'Échiquier qu'il y eut

jamais. » Georges Grenville lui vint eu aide, et développa longuement son thème favori, ki prodigalité avi'ii laquelle la dernière guerre avait été conduite. Celle prodigalité, disait-il, avait rendu les taies nécessaires. Il sommait les gentlemen qui lui étaient contraires de dire où était ce qu'ils voulaient frapper d'une taie, et il appuyait sur cette question avec sa prolïiilé habituelle. « Qu'ils nie disent où, répétait-il d'un ton monotone et chagrin. Je demande, messieurs; qu'ils me disent où? Je le répète, messieurs, je suis fondé à leur dire : Dites-moi où. » Malheureusement pour Grenville, Pîtl était venu cette nuit-là à la Chambre, et les réflexions contre la guerre l'avaient vivement irrité. Il se vengea eu murmurant d'un ton de plainte, analogue à celui de Grenville, un vers d'une chanson bien connue: a Gentil berger, dis-moi où. » » Si des gentlemen, s'écria Grenville, sont eiposcs à être traités de la sorte... n Pitt, selon sa coutume, quand il voulait manifester nu mépris <i\lrème, se leva délibérément, lit un salut et sortit de la salin, laissant son beau-frère au comble de la rage el tous les autres membres an comble de la gaieté. Il s'écoula bien du temps avant que Grenville perdit le surnom de gentil berger.

Maïs le ministère avait à endurer des vexations plus sérieuses. La haine des tories et des Écossais pour Fox était implacable. Dans un moment de pressant danger, ils avaient consenti à sp laisser guider pur lui ; niais l'aver-iori qu'il leur inspirait éclata

1res l'interrompaient brutalement par des rires et des applaudissements ironiques chaque lois qu'il priait. Naturellement il était désireux d'échapper 1 une situation aussi désagréable, et il demanda le tilie de pair qui lui avait été promis comme récompense de ses services.

La composition du ministère devait évidemment s nliir quelques modifications; niais à peu près personne, même parmi ceux qu'on pouvait, en raison de leur po-itiuii, supposer initiés à tous î-.

r.lB yiSTOlilE ET CRITIQUE.

les secrets du gouvernement, ne prévoyait ce qui arriva. Au grand élannenient du Parlement et iIl: la nation, ou annonça tout à coup que Bute avait donné sa démission.

Vingt explications différentes du cette étrange résolution se produisirent. Les uns l'attribuèrent à un profond calcul, les autres à une panique soudaine : ceux-ci dirent que Ici satires de l'opposition avaient chassé le comte du champ de bataille, ceux-là qu'il n'avait accepté ses fonctions i|m: pour |:uuvoir mettre fin à la guerre et qu'il avait toujours ru Finit ntiim do si: retirer dès que son projet serait réalisé. Publiquement, il déclara que sa mauvaise santé était la cause de sa retraite : en petit comité il se plaignit de n'avoir pas été cordialement soutenu par ses collègues, et surtout de n'avoir été nullement, appuyé à la Chambre des lords par lord Mansfiehl, qu'il avait lui-même introduit dans le cabinet. Lord Mansfield était, en effet, beaucoup trop sagace pour ne pas voir que la situation do l'aile était fart périlleuse, et il était trop timoré pour s'exposer à un péril dans l'intérêt de qui que ce fut. Selon toute probabilité cependant, des motifs complexes déterminèrent en cette occasion la conduite de Bute, de même que cela est arrivé trè --souvent à beaucoup de gens. Nous pensons qu'il était las du pouvoir, car c'est un sentiment bien plus fréquent clic/ le- ministres que no sont disposées à le croire les personnes qui voioul la \ir. publique à distance, et rien de plus nature! que ce sentiment se suit emparé de l'esprit de Bute. En général un homme d'Etal parvient lentement; bien des années laborieuses s'écoulent avant qu'il s'élève aux plus hautes dignités, dans la première partie île sa carrière, la vue de ce qui est au-dessus de lui le tient donc constamment en haleine; pendant ce temps il s'accoutume graduellement aux désagréments inséparables d'une vie d'ambition; au moment où il atteint le point culminant, il est devenu pationi au travail et insensible aux

cation, il demeure attaché à cello-oi d'abord par l'espérance, ensuite par l'habitude. Il n'en était pas ainsi de Bute. Toute sa vie

publique ne dura guère plus de (tous ans. Le jour où il devint homme politique, il devint ministre de: Cabinet. Eu peu de mois il fut de nom et ostensiblement le chef de l'administra lion. If ne pouvait être plus grand qu'il ne l'avait été. 11 ne lui testait aucune illusion propre à l'aiguillonner . M s'éluit rassasié des plaisirs de l'ambition avant d'avoir appris à en supporter les ennuis. Se* habitudes n'avaient jamais été de nature à aguerrir son esprit contre les médisances et les bailles publiques. Il était dans sa quarante-sixième année; il avait île l'aisance, des dignités, et il ne savait pas encore., par une espéi'ienee personnelle, ce que e'est que d'Être tourné en ridicule et calomnié. Tout à coup, sans aucune initiation [iréalable, il s'était trouvé exposé à une tempête d'invectives et de satires telle qu'il n'en éclata jamais sur la tète d'un homme d'État. Les émoluments de sa charge n'avaient plus d'importance pour lui, car, graVe à la mort 'le sou beau-père, il venait d'hériter d'une propriété prmeièiv. Tous les honneurs qui pouvaient lui cite conférés, il les avait obtenus. Il avait eu la Jarretière peur lui-même el la pairie anglais!' pour son tiK II s'imagina, semb!e-l-il aussi, qu'en quittaiil la Trésorerie, il échapperait au danger et ans injures sans réellement résigner le pouvoir, et qu'il serait encore à même d'exercer en particulier une influence suprême sur l'esprit du roi.

Quels qu'aient pu être ses inutils, il se retira. Fou en môme Icmps se réfugia à la Chambre des lurils, et Georges Gi'euvillc devint premier lord de la Trésorerie et (ihaneelier de l'Kchiipiier,

Ceux qui firent cet arraugenienl es| éraient, nous le croyons, que Grenvilie serait tout bonnement une marionnette entre les mains de bute, car Grenvilie avait été jusqu'alors imparfaitement connu même des gens qui l'avaient longtemps observé! Il passait pour un simple souffre-douleur officiel, et il avait toute l'habileté, toute l'exaclitude minutieuse, tout le formalisme, tous les côtés ennuyeux qui caractérisent l'espèce. Mais il avait d'autres qualités qui ne s'élaient pas encore main lé-! éc-, une ambition dévorante, un courage intrépide, une confiance eu lui-même allant

jusqu'à la présomption, et un Ifimpi'ïameiil iiiijajii lilc m: -out'irir la moindre opposition. I! n'était pas disposé à être l'instrument de qui que ce fut, et il n'avait pour Bute aucun attachement politique ou personnel. Ces deux hommes n'avaient en effet rien de commun, si ce n'est une propension à l'emploi de moyens durs et impopulaires. Leurs principe- étaient foncièrement différents, fiute était tory. Gren ville se serait vivement fâché contre quiconque lui aurait dénié son droit au titre de whig. Il était plus enclin que Bul.fi iius iiiesnir-. hranniiincs. Mai;- il n'aimait la tyrannie que lorsqu'elle revêtait les formes de la libellé eonstitu-

l'on dament aies de la loi anglaise et parvenait ainsi à combiner les spéculations ai la relu un os avec la pratique de l'arbitraire. La voix du peuple, e'était la voix de Dieu. Mais le seul organe légitime par lequel h voii du peuple prît * faire, entendre, c'était le Parlement. Tout pouvoir émanait iln peuple.. Mais tout le pouvoir du peuple avait été délégué au Parlement. Nul prêtre oxonien n'avait jamais demandé pour le roi, même dans les années qui suivirent immédiatement la Restauration , un hommage aussi abject, aussi déraisonnable que celui que Grenvîllc, d'après ce qu'il considérait comme les principes whijis les plus purs, demandait pour le Parlement. De même qu'il désirait voir le Parlement exercer un jioiivoir despotique sur la nation, de même aussi il désirait que le Parlement exerçât un pouvoir non moins despotique sur la Cour. Pans ces idées, le premier ministre, investi de la confiance de la Chambre des communes, devait être le maire du Palais. Le roi était uniquement un Cliilpéric ou un Childéric qui avait tout lieu de s'estimer heureux qu'on lui |>ermit de jouir d'appartements aussi beau* que ceux de Saint-James et d'un pai e aussi beau que celui de Windsar.

Ainsi les opinions de Bute et culles île Gl'enville riaient diamétralement opposées, et il n'y avait entre les deux hommes d'Étal nulle amitié personnelle. Grandie n'étail pas homme à pardon-

LE COVTE DE CIATH1H.

ncr, et il se rappelait [^u-l'aiii'iKt'ui que peu de mois auparavant il avait été contraint lie céder 5 Fo\ les fondions île teatkr île la Chambre des communes.

Noua sommes porte à |>enser que. somme toute, l' administra tion de Georges Grcnville fut la plus mauvaise qui ait jamais existé en Angleterre depuis la Révolution. Ses acte publics peuvent être classés en deux catégories : OiiLi-i^cs à la liberté du peuple; Outrage* à ta dignité de la Couronne.

Il commença par faire la guerre a la presse. John Wilkes, membre du Parlement [nuit- Avlesliury, fut choisi comme victime de la persécution. Il avait récemment acquis dans la ville entière la réputation d'être surtout un des libertins les plus impies, les plus licencieux et les plus agréables. C'était un homme de goût, ayant de la lecture et des manières eugjL'cantes. Sa conversation égrillarde charmait les salons verts il 1ms tavernes, et il amusait même de graves personnages, lorsqu'il se nuitraigiiait suffisamment pour s'abstenir ik: détailler 1rs particularités de ses amours, et de plaisanter sur le Nouveau Testament. Ses débauches dispen- . dieuses le forcèrent d'avoir recours aux juifs. Ce fut bientôt un homme ruiné, et il résolut ik 1 [enter la chaîn e comme aventurier politique. Il ne réussit pas au Parlement. Sa parole, quoique facile, était faible, et n'intéressait pas asse? ses auditeurs pour leur faire oublier le visage de l'orateur qui était si hideux, que les caricaturistes ne pouvaient, eu dépit de leurs efforts, s'empêcher de le flatter. Comme écrivain, il fit meilleure figure. Il fonda une feuille hebdomadaire appelée 'The North Briton. Ce journal, écrit avec une certaine verve, et beaucoup d'audace et d'indépendance, eut un nombre considérable de lecteurs. Quarante-quatre numéros avaient été publiés quand Bute se retira, et, bien que chacun d'eux contint des passives ^m-sièrement diffamatoires, il n'y eut aucune poursuite. Le quarante-cinquième numéro était innocent auprès de la plupart de ceux qui l'avaient précédé, et il ne s'y trouvait en réalité rien d'aussi fort que ce qu'on rencontre chaque jour de notre temps dans les principaux articles du Times

et du Morning Chromde. Mais Grenville était maintenant à la lèle du ministère. L'administration était animée d'un nouvel esprit. L'autorité devait être respectée. Le gouvernement «e devait pas être bravé plus longtemps avec impunité. Wilkes fut arrêté en vertu d'un General Warrant.. Il fut conduit à la Tour et enfermé avec une rigueur inaccoutumée. Ses papiers furent saisis et priés ii l:i iccrétuiri'i'ie dlilat. Ces mesures brutales et illicites firent violemment éclater la rage populaire qui se changea bientôt en contentement et en allégresse. La Cour des plaids communs présidés par le Cliief-Justice l'ral! déclara l'arrestation illégale, et le prisonnier fut remis en liberté. Cette victoire remportée sur le gouvernement fut célébrée avec enthousiasme, à la fois a Londres et dans les comtés à cidre.

Taudis que les ministres devenaient de jour en jour plus odieux à la nation, ils pissaient de inaïuci e à se rendre non moins odieux à la Cour. Ils laisseront clairement comprendre au roi. qu'ils étaient déteimmé> à ne pas être les créatures de lord Bnte, et ils exigèrent de Sa Majesté la promesse qu'elle n'écouterait les avis d'aucun conseiller secret. Ils eurent bientôt îles raisons de soupçonner que cette promesse n'avait point été tenue. Ils firent des remontrances en termes moins respectueux que ceux que leur maître avait coutume d'entendre, et ds lui donnèrent une quinzaine de jours pour choisir entre son favori et son Cabinet.

Georges III fut singulièrement troublé. Il j avait seulement quelques semaines qu'il se réjouissait de ne plus être sous le joug de la grande connexion wliiï. Il avait même hautement dit que son honneur lui défendait d'admettre de nouveau à son service les membres de cette connexion. 11 s'apercevait maintenant qu'il n'avait fait que changer de niailre, et que ses maîtres actuels étaient plus durs et plus impérieux que les anciens. Dans sa détresse il songea à Pitt, On obtiendrait peut-être avec Pill de meilleures conditions qu'avec Grenville un avec le prli qui avait Newr-a-lle pour chef.

Grenville, à son retour d'une excursion à la campagne, vint à

].K COKTE DE CIATBAM. 3*5

Buckingham-House. Il fut étonné de trouver à la porte une chaise dont la forme lui était bien connue, ainsi qu'à tout Londres Elle était remarquable à cause d'une espèce d'énorme botte destinée à loger commodément la jambe goutteuse du grand Commoner, Grenville devina tout. Son beau-frère était avec le roi. Bute, excité par ce qu'il (ini-nli'nut emiunc la conduite hostile et ingrate de ses successeurs, avait lui-même pro|ioso lie mander Pitl au

Pïtt eut deux audiences, deux jours de suite. Ce qui te passa dans la première entrevu-; lui permit d'espérer que la négociation arriverait à bonne lin; niais le lendemain il trouva le roi moins bien disposé. Les meilleurs renseignements sur cette conlérence, et en vérité les seul? cliques de fui sont ceux que lord llardwicke recueillit de la bouche même de Pitl. 11 parait que Pïtt représenta fortement l'importance de concilier ces chefs du parti whig qui avaient clé assez malheureux pour encourir ia disgrâce du roi. Ils avaient été, dit-il, les amis les plus constants de la maison de Hanovre. Leur inlinence était la-unde. Us avaient une longue expérience des allàires publiques. S' ils devaient continuer à être frappés d'une sentence d'exclusion, il serait impossible de constituer une administration vigoureuse. Sa Majesté ne pouvait supporter l'idée de se mettre entre les mains de ceux qu'elle avait récemment chassés de sa (Jour avec les marques de la plus vive colère. « J'en suis fâché, monsieur Pitt, dit le roi, mais cela ne se peut. Mon honneur est engagé. Je dois sauvegarder mou honneur. » Comment Sa Majesté réussit-elle à sauvegarder son honneur? Nous le verrons bientôt.

Pitt se retira, et le roi fut réduit à prier de rester eu fonctions les ministres qu'il avait été sur le point de renvoyer. Durant les deux années qui suivirent, Grenville, alors étroitement ligué avec les Bedfords, fut le maître de la Cour, et il se montra un maître dur. Il savait maintenant qu'il ne conservait ses fonctions que parce qu'on n'avait à i-hmsir qu'entre lui et les wliigs. Il regardait comme impossible qu'en auume e-ireonsUnee les wliigs obtins-

sent leur pardon. Après la dernière tentative faite pour se débarrasser de lui, son ni "ai liment avilit grandi. L'insuccès de cette tentative l'avait délivre il r tond' crainte. Il n'avait jamais étéconrtisau, et il commença à parler un langage que, depuis le temps du cornette Joyce et du président Uradslmv, nul monarque anglais n'avait été forcé d'entendre.

Sur un [joint, il est vrai, Greuvillc, im\ dépens de la justice et de la liberté, satisli! les passion- de la tiour [ont en satisfaisant les siennes propres. Wdkes fut éiiergiquement poursuivi. 11 avait écrit uneparodie de l' Essai sur l'hommr, de Pope, intitulée Essai sur la femme, et v avait ajouté des : 1 1 >t- ■ - , imitation grotesque des taniciis commentaires de Warburton.

Cette composition élait excessivement licencieuse, mais elle ne l'était pas plus, pensons-nous, que certains ouvrages de Pope, que ]wr exemple l'imitation de. la seconde satire du premier livre d'Horace, et Wilkes, c'est une justice à lui rendre, n'avait pas, ainsi que Pope, livré ses gailliinlisrs ;'i l;i publicité. Il avait simplement fait imprimer à uni' presse particulière un petit nombre d'exemplaires qu'il avait l'intention d'offrir à ses joyeux compagnons, dont un livre obscène ne pouvait pas plus corrompre les mœurs qu'un soleil brûlant ne peut brunir un nègre. Un agoni du gouvernement, moyennant une somme donnée à l'imprimeur, se procura un exemplaire de cette polissonnerie, et le mit entre les mains des ministres. Le- ministres décidèrent qu'à propos de cette violation du décorum il- useraient contre Wilkes de toute la rigueur des lois. Dans qui lle propurtion lu piété et le respect pour la morale eurent - il part à celte résolution '* ^os lecteurs peuvent en juger par ee l'ail, que personne ne lui plus ardent à poursuivre le cbâlimout du poëte libertin que lord Mardi, plus tard duc (leQueensburi ï. Le premier jour de la session du Parlement, le comte de Sandwich, Secrétaire d'Klat, grice à l'influence du duc de Bedlbrd, déposa sur le buieau des lords le livre qu'on s'était procuré'par des moyens si méprisables. Jusqu'au moment où le line fut produit eu plein Parlement, le malheureux auteur

n'avait pas le moins (lu monde soupçonné qui: son livre eût «lé vu par d'autres que pur -ou imprimeur cl. ses compilations de débauche. Bien qu'il iïil il un curjclèro facile, qu'il n'aimât guère le danger et ne fût. pus très-susceptible, de honte, la surprise, le sentiment du déshonneur, la perspective d'une ruine complète, luxaspérèront. Il chercha querelle à quelqu'un de l'entourage de lord Bute, se battit en duel et fut grièvement blessé. Dès qu'il fut à demi guéri, il se sauva en France, Ses ennemis curent «lois le champ libre et au Parlement et au Banc du roi. Il fut censuré, chassé de la Chambre îles communes, mis hors la loi. On condamna ses ouvragesà être brûlés par la main du bourreau. Cependant la multitude lui resta fidèle. Même aux jeu» d'une l'unie d'hommes moraux cl religieux, son crime | Graissait peu de chose à coté de celui de se- accusateurs. La conduite de Sandwich en particulier excita nu ilcguiit général. Se- vices étaient notoires, et, quinze jours avant qu'il apportât l'Essai sur la femme à la Chambre des lords, ou l'avait aperçu a\cc Wilkes, buvant et chantant des refrains obscènes dans un des clubs les plus mal famés de Londres. Peu rie temps après la rémimn ilu farlement, l'opéra du M endiant fut représenté au théâtre île Cowent-Gardeii. Lorsque Macbeath prononça les mots « Jcmmy Twilcher m'accuser d'un crime ! J'avoue que cela m'a surpris ! » le parterre, les loges, les galeries poussèrent des hurlement- qui semblèrent capables de tiiirc écrouler les voûtes A partir île ce jour. Sandwich fut universellement connu sous le si'briijnel fit: Jemiuy Twitrliur. Une émeute interrompit la cérémonie du brùlenient du North Briton. On battit les «instables, ou muTu les icuillcs, et à leur place ou livra aux flammes une bol te cl nu cotillon. Wilkes avait intenté iniu action contre le sous-sccrélaire d'Ltut, relativement 3 la saisie de ses papiers. Le jury lui accorda mille livres de dommages et intérêt. Mais ni cette décision ni toute antre manifestation du sentiment public ne pouvait ébranler Grenville. Il avait le Parlement avec lui, et d'après sa foi politique, c'était au Parlement seul qu'il fallait demander quelle était l'opinion du pavs.

Cependant il eut bientôt dus raison» de craindre que le Parlement même ne lui lîl. délaut. I, 'opposition, sur la question de la légalité des Gaufrai Warrants avait pour i ■ 1 1 o Ions les principes sérieux, tontes les aukirilùs uouslitiilioiinullus, ut de plus l'approbation de la nation entière. L'Ile devint du plus en plus forte, ut vil entrer dans ses rangs plusieurs menions qui ne rataient pas habituellement contre le gouvernement. Lu joui', la Chambre étant au grand complet, le ministère eut une majorité de quarante voix seulement. Tuiitcloi- l'ui'agu -u dissipa. L'esprit de

s'affaisser au moment où le miulvs semblait presque certain, Lu session se tennina mu- aucun cbangeuiuiil . l'ill dont l'éloquence

portantes, l'ilt dont la popularité était plus grande que jamais, Pitt, était encore un simple part ieu lier : (Neuville, également détesté et par la cour ut par lu peuple, était encore minislre.

lié- i]in les ( .iiiuubi't s lurent de nouveau réunies, Grenvillc lit lin acte qui prouva mieux encore qu'auenu du sus actes précédents combien sa nature était despotique, acrunoniuuse et sans crainte. Parmi les gentlemen qui, d ordinaire, ne laisiiieut pas d'opposition au gouvernement, et qui sur lu ej'andu question constitutionnelle des General Warrants avaient voté avec la minorité, se trouvait le frère du enintu de llerllord, IIlnii v Couway, bon soldat, orateur passable et bien intentionné, quoique politique |ieu sage et peu vigoureux. H fut privé de sou régiment, régiment qu'il avait mérité par du bran s et lidèles services dans les deux guerres. On disait tout bas que lu roi avait Irai tellement donné son assentiment à cette mesure violente.

Mais, quelque agréable qu'aient pu èlre à l'esprit royal la ]ieriéeution de Wilkos et la deslilulion de làmway, il est certain que l'aversion de Sa Majesté pour ses ministres croissait de joui eu jour, (irenvil)e était aussi ménager de la fortune publique quelle la sienne propre, et il refusa aveu mauvaise grâce d'accéder à U requête du roi qui demandai! que quelques milliers de livres l'ns-

jardins do Bnekin-liani-lluusc. Par suite de ce refus'les leirains furent bieiilol rouverts do constructions, et du liant des fenêtres de cent maisons on eut vue sur les endroits ivservés où se promenaient le roi et la reine. Il y avait quelque chose de. plus ftcheuï. Grenvillc était aussi libéral de parole- qu'il était avare île guinées. Au lien de s'exprimer avec la clarté, la concision, l' animation qui seules pouvaient captiver l'aNemion d'un jeune esprit nouvellement initié aux affaires, il parlait dans le particulier juste comme à la Chambre des communes. Lor.-qu'il avait iliscouru pendant deux heure--, Il reyanlail sa montre, de même qu'il avait coutume île regarder l'Indexe placée eu face de lui à la Chambre, il s'excusait de la longueur de son discours, et alors continuait à plfrlerune heure encore. Les mcmlucsdela Chambre des communes pouvaient étouffer la voix d'un orateur sous le bruit de leur toux, ou sortir pour aller dîner, et ils usaient amplement de ces privilèges quand Givmille avait la parole. Mais le pauvre jeune roi élail obligé de supporter avee une ]*>litesse chagrine la faconde du ministre. Jusqu'à la (in dosa vie il parla avec horreur des harangues de GreiivîHe.

C'est à cette époque qu'eut lieu un des incidents les plus singuliers de la vie de Pilt. 11 y avait un certain sir William Pynseut, baronnet wbig du Soiiuuersel-hire, qui du temps de la reine Aime avait été membre île la Chambre des commîmes, et qui était rentra dans la vie privée et s'était retiré à la campagne lorsque, vers la (in du règne de la reine, le parti tory avait eu la prépondérance, au conseil. Ses manières étaient e\i nitriques. Ses mœurs étaient sous leeoiiji d'imputations odieuses. Mais 11 était d'une inébranlable lidéli lé à ses opinions politiques. Durant cinquante années, passées dans la retraite, I! n'avait pas cessé de méditer sur le; circonstances qui l'avaient forcé de renoncer à la vie publique, sur le renvoi des whigs, sur la paix dTtrocht, sur l'abandon de nos alliés. Il avait cru apercevoir nue parfaite analogie entre les événements auxquels il avait assisté dans sa jeunesse, et qu'ilavail

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