BIST01BE ET GBJTIQU F
IrÈs- présents à )a mémoire, el les événements dont il était le témoin dans son extrême vieillesse; entre h disgrâce de Marlborongli cl la disgrâce de Pitt, entre l'élévation de llarley et l'élévation de Bufe ; entre le traité négocié put S 1 .loim et le traité négocié }iar Bedford, entre les torts de la maison d'Autriche en 1712 et les torts de la maison de Brandebourg en 17(ï'i. Celte idée avait lini par ici liment s'emparer de l'esprit du vieillard, qu'il laissa tons ses liens à Pitt. Pitt devint donc inopinément possesseur d'une fortune d'environ trois mille livres sterling de rente, et tonte la malveillance de ses ennemis ne put découvrir un sujet de blâme dans cette affaire. Personne ne pouvait l'appeler chasseur d'héritages ; personne ne pouvait l'accuser d'accaparer des biens revenant plus légitimement à d'autres que lui; car de sa vie il n'avait vu sir William, et sir William n'avait aucun paiviil assez rapproché pour Hunier i;i moindre espérance sur relie
La fortune de Pitt semblait Hérissante; niais sa santé était plus mauvaise que jamais. Il est impossible de constater une seule fois sa présence au Parlement pendant la session qui commença en janvier 1705. Il resta plusieurs mois dans une profonde retraite à Hayes, sa villa de [irédileeliou. ne ?e remuant guère que pour aller de sa chaise longue à son lit, de son lit 3 sa chaise longue, et souvent contraint de dicter ;ï sa femme sa correspondance la plus confidentielle. Quelques-uns de ses détracteurs insinuèrent qu'il fallait attribuer son ahsenee autant à l'affectation qu'à la goutte. Son caractère, tout élevé el spleridide qu'il fût, manquait, il est vrai, de simplicité. Avec un génie qui n'avait nul besoin d'employer des moyens ihéàlrals, avec un esprit qui aurait dd être bien au-dessus de pareils moyens, il a cependant eu toute sa vie l'habitude d'y avoir recours. On s'imaginait donc alors que, jouissant de toute la considération que ]>euvent donner l'éloquence
. publie, et, sons prétexte de mauvaise santé, tantôt de s'ellviron-
LE COMTE DE CHAT BAH, s»
ncr île mystère et rie ne se montrer que momentanément cl à du longs intervalles ; tantôt île ne communiquer ses oracles qu'à un ]«tit nombre de sectateurs favoris qui étaient autorisés à venir en pèlerinage à sa chapelle. S! Ici était son but, son but fut quelque temps pleinement atteint. Jamais son nom n'exerça une influence plus magique , jamais son pais n'eut pour lui une vénération aussi superstitieuse que pendant celte année de silence et de retraite.
Tandis que Pitt restait ainsi éloigné du Parlement, Grenville pru|iiKi mu; ua-tirc qui dci ait cti^omlrcr uni 1 uni m h 1 ivuilntimi . et dont le genre humain rc-sentuM lun^teinps les elléls. Nous voulons parler de l'acte concernant le droit île timbre aux colonies de l'Amérique du Nord. Le plan caractérisait éminemment son auteur. 11 y avait chez l'enfant tous les traits du père. Un homme d'Étal timide eût reculé devant mie mesure dont, à une é|ioque où les colonies étaient beaucoup moins puissantes, Walpole avait dit : « Celui qui proposera cela sera plus hardi que moi. » Mais Grenville était par nature inaccessible à la crainte. Va homme d'État à larges vues aurait senti que voter à Westminster des taxes intéressant. Xrif-iïiitttuud cl Xew-York, était une façon d'agir contraire, sinon à la lettre du Slrrtute-Book ou a toute autre décisiuii contenue dan- le- Trrm-Hf ports, du moins aux principes de bon gouvernement el à l'esprit de la constitution. Un homme d'Élat à larges vues aurait eu outre senti que le décuple du produit présumé des titrants (Itniitsde timbre) en Amérique cùl été pavé trop cher au prix d'une querelle même passagère entre la mère patrie et les colonies. Mais Grenville ne connaissait pas un esprit de la (l'institution distinct du texte de la loi, et des intérêts nalionnauv autres que ceux qui s'expriment en livres, shillings et pence, (jue sa politique put faire naître de profonds mécontentements dans toutes les provinces, des bords des grands lacs à ceux du golfe du Mexique; que la France cl l'Espagne pussent saisir celle occasion pour se venger; que l'empire britannique pût être démembré ; que, par suite île sa ]kiIi-
tique personnelle, la dette, celle délie dont il reproduit perpétuellement le chiffre à Pitt, pût èlre doublée : celaient là des éventualités que n'aperçut jamais cet i'<prit élroit et tranchant.
On se souviendra du Siiimp At'l tant que le monde exislei-a. Mais, à. l'époque où il fui volé, il attira moins l'attention du pays qu'un autre acte qui est presque entièrement oublié aujourd'hui. I,n rot tomba malade, et on le crut eu danger, >*ous pensons que le mal dont il souffrait était identique à celui qui plus tard le rendit itérati veinent iucapahle de remplir ses royales fonctions. L'héritier présomptif n'avait que deux ans. Il était évidemment n propos de pourvoir à l'administration en cas de minorité. Les
de la cour et ilu ministre. Le roi désirait qu'on lui laissât le droit de désigner le régeuldurissaii li^fiiiiieiil. Les ministres craignaient on affectaient de craindre que, si cette faculté lui était accordée, il nommât la princesse-mère cl peut-cire même le comte de Bute. Ils insistèrent donc pour que l'on introduisît dan? le hill une clause limitant le chois du roi aux membres de la famille royale. Ayant ainsi exclu Bute, ils pressèrent lu roi de leur permettre d'exclure aussi la princesse douairière de la manière la plus formelle. 11; lui annoncèrent que la Chambre des communes rayerait indubitablement le nom de la princesse, et, grâce a cette menace, ils lui arrachèrent son consentement. Peu de jours après il fut évident que les motifs invoqués par eux pour décider le roi à faire à sa mère un grossier alïrunl public étaient sans fondemenl. Les amis de !a princesse à la Giamln-e îles communes proposèrent d'inscrire son nom. Les ministres ne pouvaient décemment attaquer la mère de leur maître. Ils espéraient que l'opposition viendrait à leur aide et ferait peser sur eus une force à laquelle ils auraient cédé avec joie. Mais la majorité de l'opposition, si elle haïssait la princesse, haïssait enraie plus Crenvillo; elle voyait avec plaisir l'embarras de celui-ci et ne voulut rien faire pour l'en tirer. Le nom de la princesse fut en conséquents mis sur h liste des personnes capables d'osercer la régence.
LE r.OMTE DE CHATRA».
Le rase n liment du roi était alors au plus haut degré. Le malheur présent lui semblait pins intolérable que n'importe quel autre. La junte des rjeands whi-, ne pou mil elle-même le traiter plus mal qu'il ne l'avait été pur se-; ministres actuels. Dans sa détresse il ouvrit, son cteur à sou "iiele le due de Cnmbcrland. Le duc n'était pas un homme qu'il liil possible d'aimer; mais c'était éminemment un homme eu qui l'nn pouvait avoir confiance. Il avait un caractère iulrépiilc, une vigoureuse intelligence et un sentiment élevé lie l'honneur et du devoir. Comme militaire, il appartenait à une ta té-ru™ remarquable de généraux ^ à celle, voulons nous dire, tics généram dont, le destin est de perdre presque toujours les batailles qu'ils livrent, et d'avoir cependant la réputation d'élre de bran:- i;L habiles soldat-. Colignv et Guillaume 111 étaient dus (rénérauv de celte espèce., cl nous pourrions peut-être ajouter à la liste le nom du maréchal Soult. Le due de Cumberland avait une bravoure exceptionnelle même parmi les princes de sa valcuvcu-o maison. L'indifférence avec laquelle il se promenait au milieu des balles et des boulets n'était pas la
preuve la plus furie de s :our.i:re : des maladies désespérées,
d'horribles opérations liiirn re iealo-, loin ilf l'abattre, ne l'éhran-
s'allient au courae.!'. Il él.iit plein de véracité, franc dans ses inimitiés et dans ses amitiés, et d'une grande droiture dans toutes ses actions. Mais il était naturellement dur, et rarement la miséricorde tempérait sa jnsliee ou ce qui lui semblait tel. I) fut, en conséquence, pendant nombre d'années, le plus impopulaire des hommes en Angleterre. La sévérité avee laquelle il s'était conduit envers les rebelles après la bataille île Cullodeii lui avait valu le surnom de Boucher. Sa lerdative [mur introduire la rigide discipline de Posldam dans l'année anglaise mi léguait, alors le plus grand désordre, avait inspiré une répulsion encore plus prononcée. On le croyait capable de tout, beaucoup de braves gens éhiient assez absurdes pour se figurer que, s'il était régent pendant la minorité de ses nmnnx, il y aurait encore un souverain d'étouffé
SJj HISTOIRE ET CRITIQUE.
à ia Tour. Ces stîiitiuioiits s'étaient cependant calmés. Le iltic avait vécu quelques années dans la retraite. Les Anglais, pleins d'auimosilé contre les Écossais, lilàniaienl maintenant Son Altesse Royale d'avoir laissé subsister tant île limerons et de Macphersous pour devenir jau;. en rs >■! c - ■ j ■ | ■ S ■ > v trs de la douane. Il était doue, actuellement en faveur auprès île ses compatriotes, et surtout auprès des habitants de Londres.
Il avait peu de raison d'aimer le roi, cl il avait montré clairement, quoique sans iusislanc.e. incummode, son aversion pour le système adopté en dernier lieu. Mais il avait une notion élevée et presque chevaleresque de sesdeuiirs comme prince du sang envers le chef de sa maison. 11 résolut d'affranchir son neveu delà Intelle où il se trouvait, et d'amener une réconciliation entre le parti whig et le troue, à des conditions honorables pour tous deus.
il se rendit dans eetle intention à Haycs. 11 fut admis dans la rliamhre de Pilt, car l'ilt ne voulait ni quitter sa chambre, ni communiquer avec aucun messager hn'éricur. Alors commença une longue suite d'erreurs de la part de l'illustre honune d'État, erreurs qui entraînèrent son pays dans des difficultés et des malheurs plus sérieux même que ceux dont sun génie l'avait autrefois délivré. Son langage fut hautain, di' j-nisoj m mjjlt- , presque inintelligible. La seule chose qu'on pouvait discerner à travers les nuages de phrases vagues et peu graciouses, c'était qu'en ce moment il ne voulait pas du pouvoir. Voici, rrovims nous, la vérité. Ijortl Temple, qui était !e mauvais génie de Pitt, venait justement de concevoir un nouveau plan de politique. La haine pour Bute et la princesse avait, à ce qu'il semblerait, entièrement pris possession de lame de Temple. Il était brouillé avec son frère Georges, parce que Georges était devenu l'allié de Bute et de la princesse. Maintenant que Georges paraissait être l'ennemi île Bute et de la princesse. Temple poussait ardemment à une réconciliation générale de la famille. Les trois frères, ainsi qu'on appelait vulgairement Temple, Grenville et Pilt, [wnvaient former un ministère sans chercher à s'appuyer ni sur Bute ni sur la
connexion wliig. Temple, ayant de telles mes, fit tous ses efforts pour dissuader Pîtt d'accepter les propositions du duc de Cumberland. Pitt n'était pas convaincu; mais Temple avait sur lui une influence que n'a jamais eu aucune autre personne : c'était do très-vieux amis, des parents très-proclies. Si les talents et la renommée de Pitt avaient été utiles à Temple, la bourse de Temple avait été jadis dans des temps d'extrême besoin très-utile à Pitt. Ils ne s'étaient jamais séparés eu politique; deuï fois il* étaient entrés ensemble au cabinet, deux fois ils l'avaient quitté ensemble. Pitl n'aurait su se lairo à l'idée d'arriver au pouvoir sans son principal allié. Cependant il sentait qu'il agissait mal, qu'il dédaignait une belle occasion de servir son pays. Le style obscur et nullement cueillant des réponses qu'il fît au* ouvertures du duo de CiiimLi ri;»iiil peut être attribué à l'embarras et à In vexation d'un esprit qui n'était pas en paix avec lut-méme. (In prétend qu'il dit tristement à Temple:
Extinii tr racque, suror, populuraipie, jialresqao
La prédiction n'était que trop juste.
Le duc de Cumberland, traînant Pitt intraitable, conseilla au roi de se soumettre à la nécessité, et de conserver Grenvillc et les Bedfords. On n'était pas, en vérité, à un moment on il fût prudent de laisser les emplois varanh. Lclnt incertain du pouune antre époque, eussent été inoffensifs tournaient maintenant à l'émeute et s'élevaient piompleniciit presque à la dignité de rébellion. Le palais du Parlement était, bloqué par les tisserands de Spilnllields. Ileti l'uni -Hoese élait. assailli de tous côtés par une populace furieuse, et avait une forte garnison d'infanterie et de cavalerie. Quelques personnes accusaient de ces troubles les anus de Bute, quelques autres m accusaient les amis de Wilkes; mais, quelle que fut la cause île ces troubles, i\ eu résultait un manque
général de sécurité. Ilaus de telles eunpmctiues le roi n'avait pas le ciioîv. Il iiduniia les ministre-, avec un amer sentiment île mortification, qu'il avait l'intention lîe les conserver.
Ils répondirent un eiiiiennt dr lui sa parole royale de ne pins consulter lord Bute. La parole royale liil dmiiiée. Ils demandèrent alors quelque chose de [dus. I.o frère de lord Bute, M. Mackenzie, avait, en Ecosse, mi emploi inci-alil'. Il lallai! destituer M, Mackenzie. Le roi répliqua que l'emploi avait été accordé dans ries circonstances toutes particulières et qu'il avait promis de ne ]«iint le retirer tant qu'il vivrait. Grenvillc insista, et le roi céda île
La session du Parlement était finie. Le triomphe des ministres était complet. I.o roi était presque aussi prisonnier que Charles 1" l'avait été dans Pile de Wight. Tels étaient les fruits de la politique qu'on représentait peu de mois auparavant comme avant mis le trône pour toujours a l'abri de la domination de sujets insolents.
Chaque regard, chaque parole de Sa Majesté décelaient sou très-naturel ressentiment. Dans celle extrémité il dirigea ses regards vers cette connexion wilig, naguère l'objet de sa crainte et de sa liaîne. Le duc, de Devonshire, qui avait été traité avec une dureté injustifiable, était mort récemment, et son fils, qui était encore un jeune homme, lui avait succédé. I.o roi daigna exprimer •un rcjvet de ce. qui -cSai' p:i— c i t imiter l ji'Uin- due à \cnie -, la eour. Le noble jeune, homme vint accomplie de ses oncles, et lut reçu avec une gracieuseté marquée.
Ceci, et beaucoup d'auhes symptômes de la même espèce, irritèrent les ministres. Ils avaient encore en réserve, à l'adresse de leur souverain, nue insulte qui aurait décidé son grand-père » les chasser de son cabinet à coups de pieds, tirenviile et Bcdlbrd demandèrent nue audience au roi et lui lurent mi mémoire de plusieurs pages qu'ils avaient rédigé avec grand soin. Sa Majesté y était accusée d'avoir manqué à sa parole et d'avoir fié d'une insigne mauvaise loi à l'égard de ses conseillers; il y était ques-