LE COMTE DE CHATRAS
Lion de la princesse dans des termes qui n'étaient nullement flatteurs; on j insinuait que la tête de Bute était en danger; on y disait clairement au roi que désormais il ne devait plus laisser voir qu'il n'aimait pas la situation où il étail placé; qu'il devait se montrer froid et sévère cimas l'opposition, et t u publie faire bon visage J ses m inities. Le mi iulenompit plusieurs fois le lecteur pu déclarant qu'il avait ti>:é d'avoir la moindre commumoalioii u\ec Bute; ruais te ministres, sans leuir compte de sa dénégation, ton li nuèreilt, et, à demi sullbqué de rage, il écouta cil silence.
Lorsqu'ils curent fini leur lecture, il indiqua simple ni pu un
peste expressif qu'il voulait, tire seul. Il dit dans la suite qu'il croyait elle sur le (joint d'avoir une attaque.
Diins sou désespoir il eut encore recours an duo dcCumberland, et le duc de Cumbcrland eut encore recours à Pitl, Pitt avait réellement le dé-ir île l 'rendre !a tlirei lion Je- affaires, et il avenu eu ternies très- respectueux que les conditions offertes par lu roi étaient tout ce qu'un sujet pouvait souhaiter. Mais Temple fut inflexible, et Pitt iléelai'a, avec, grand regret, qu'il lui était impussihle. sans le concours de >ou beau- li ère, de. se eliarger de l'administration.
Le duo ne vit alors qu'un seul mojeu de délivrer son neveu. Il fallait prendre des wliig- de l'opposition pour constituer uneadmimslration sans l'aide de l'ilt. I.csdilticultés semblaient pi'esque iiisimuoiilables; la mort et la désertion avaient sensiblement éclairci les rangs du parti na^iiere prépondérant, dans l'Étal. Ceux parmi lesquels le due avait à elmi.ir pom aient être divisés eu deux catégories : les hommes trop vieux, pour occuper des emplois importants, et les hommes qui. jamais auparavant, n'avaient occupé d'emplois im|Kirtauts. Le ediinet devait èlre composé d'invalides ou de jeunes gens in exiiéri mentes.
C'était un iuconvénieut, e.epemlanl ee n'était pas un inconvénient absolu. Si. d'un e.ûlé, les nouveaux hommes d'Étal wllîgs avaient peu d'expérience en matière d'all'aircs et de discussion, de l'BUlrC ils n'avaient pas la flétrissure de cette immoralité puli-
tique qui avait profondément infecté leurs prédécesseurs, line longue prospérité avait corrompu ce grand parti qui avait chassé les Stuarls, limité - prérogatives de l:i enurniuie, réprimé l'intolérance de la hiérarchie. I," adversité avait déjà produit un effet, salutaire. Le jour de l' avènement de Georges III, la prédominance du parti wliig avait cessé-, et ce jour-là avait commencé 1 epureinent du parti whig. Les iiouveaui chefs de ce parti étaient des hommes bien ditïi'ivnl- de Siiinlv- et de Winniiiglon, de sir Williamïonge cl lie Henry t'n*. C'étaient île- hommes dignes d'avoir chargé à côté de Haii)|ideii à Chalgrave, ou d'avoir échangé sur l'échalaud le dernier embrasscuiciit avec liiis-ell à Lincoln' s Inu- L'ields. lis avaient eu politii|ne les mêmes principes de haute vertu qui réglaient leur- actes privés, et ils n'auraient pas consenti à poursuivre le but le plus noble et le plus utile par des moyens que condamnent l'honneur et la probité. Tels étaient lord John Cavendish, sir Georges Kaville et d'autres qiie nous vénérons comme seconds fondateurs du parti wliig, comme restaurateurs de sa vitalité et de son énergie premières après un demi-siècle de dégénérescence.
Le cher de ce groupe respectable était le marquis de ftockingham, homme avant um: 'plendidc fortune, un sens excellent et un caractère irréprochable. Il était, il est vrai, tellement impressionnable, que, jusqu'à la fin de sa vie, jamais il ne se leva pour parler à la Chambre des lords sans une extrême répugnance et un extrême embarras. Mais, bien qu'il r.e lut pas un grand orateur, il possédait à un haut degré quelques-unes des qualités de l'homme d'État. Il choisissait bien ses amis, et il avait à un point extraordinaire l'art de se les attacher par des lieu- île l'espèce la plus honorable. La Qdélité joyeuse avec laquelle ils lui restèrent dévoués, pendant de longue- années d'une opposition à peu près sans espoir, est moins admirable que le désintéressement cl la dé-' iicatesse qu'ils montrèrent lorsqu'il arriva au pouvoir.
Nous sommes disposé à penser que rien ne peut mieux peindre les usages bons et mauvais des partis qu'un parallèle entre les
l.K COMTE IIF. CHATEAU.
Bookinghams et les Bedfords, deux puissantes connexions i)c ce temps. A noire |>oirit de vue, le parti de RockinghUD était exacteinent ce qu'un |i;ivli déviait cire. Il se composait d'hommes qu'unissaient <les opinions communes, des intérêts publics communs, une estime mutuelle. Us convenaient franchement qu'ils désiraient obtenir, par des moyens honnêtes e( constitutionnels, lu direction des affaires. Mais, bien qu'on les eût souvent invités à accepter des emplois Honorables et richement rétribués, ils avaient toujours refusé de le faire à des conditions incompatibles avec leurs principes. Le parti de Bedford, autant i[ue nous pouvons le découvrir, n'avait, comme parti, de principe d'aucune sorte, lligby et Sandwich avaient besoin de l'argent du budget, et ils croyaient qu'on les mettrait plus haut s'ils étaient réunis au lieu d'être séparés. Ils agissaient donc île concert, cl ils entraînaient à agir avec eux un Homme beaucoup pin- iiiiporliiiilct bien meilleur qu'eux.
Ce fut a ltockingliam que -'.uhessa le duc de Cumbcrlaiul. Le marquis consentit à prendre la Trésorerie. Xewcastle, si Jougtemps reconnu comme le chef des whigs, ne pouvait guère être laissé en dehors du ministère. Il fut nommé Garde du sceau privé. Lu Conntry gentleman (gentleman campagnard), très-probe et très-loyal, nommé Iknvdc-wJl. devint (duiiivlicr de l'Échiquier. Le général Conway, qui avait servi sous le duc de Cumberlaiid, et qui était très-atlaché à Sou Altesse Royale, fut Secrétaire d'Étal et leader de la Chambre des communes, lin grand nobteman wliig, dans la force île l'àp; cl Joui un opérait beaucoup à cette époque, Auguste, duc de Graflon, fut l'autre Secrétaire.
Le vieillard le plus âgé ne pouvait se ra|.|;eler aucun gouvernement aussi dépourvu de talents oratoires et d'expérience olficielle. Ou était d'avis, en général, que les ministres leurraient conserver leurs portefeuilles pendant la prorogation, mais que le premier jour de discussion au Parlement serait le dernier jour de leur pouvoir. Ou demanda à Charles ïownshend ce qu'il pensait de la uuuvello admiuistiatiun. « Ce n'est, répondit-il, qu'une corde de
HISTullir. ET CRITIQUE.
luth; cela pourra aller l'été, mais cela ne fonction liera jaiikus l'hiver. »
Dans cette conjoncture, lord lïockiiigham eut la sagesse d'apprécier In valeur et tli; s'assurer le concours d uo allié qui, à une éloquence supérieure à celle de Pitt et à une liabileté surpassant de beaucoup celle (loti rem illi', joignait une largeur d'intelligence à laquelle ni l'itt ni Grenville ne pouvaient prétendre. Un jointe Irlandais «Luit venu, quelque temps auparavant, chercher Ibrtune à Londres. Il avait beaucoup écrit pour les libraires. Mais il s'était surtout fait connaître pur un petit traité où il avait imité avec une rare adresse le stjle et la façon de raisonner de Bolingbroke, et par une théorie sur les plaisirs que nous procurent les œuvres du goût, théorie dans laquelle il y avait plus d'esprit que de solidité de jugement. Il avait, en outre, acquis une grande réputation comme causeur; et les gens de lettres qui soupaient ensemble à la Turk's head (Tète de Twv) le regardaient, connue le seul homme capable de rivaliser avec le dneleur Johnson, il devint secrétaire particulier de lord Rockingliain et fut nommé membre du Parlement, grâce à l'influence de son patron. Tout cela, il est vrai, ne s'accomplit pas sans quelques difficultés. Le duc de Newcastle, qui toujours se mêlait de tuut et faisait des commérages, conjura le premier loi'il de la Trésorerie de se méfier de cet aventurier dont O'Bourke était le véritable nom, et que Sa Grâce savait être un sauvage Irlandais, un jacubite, un papiste, un jésuite déguisé. Lord Rockingliain traita la calomnie ainsi qu'elle mérite de l'être; et la coopération d'Edmond Burke vint renforcer le parti whig ci lui donner du relief.
Le parti avait, eu vérité, besoin de renfort, car vers celte époque il fit une perte à peu près irréparable. C'était le duc de Cnmberland qui avait organisé le gouvernement, et il en était le principal soutien. Son rang élevé et son graiiil nom contrebalançait à certains égards la renommée de Fit!. Médiateur entre les wliigsclla cour, il jouait un rôle que mille autre personne n'était à même de jouer. La vigueur de sou caractère suppléait il ce qui
manquait principalement :m nouveau ministère, dmway, surtout, qui, avec dWcllenles inteiiliiiiis et île- lak'nls estimables, était l'homme le plu* dùpi'rtdïitit el. le plus irrésolu, ne (levait qu'au* conseils de ce maie esprit une délermi nation dont par lui-même il était incapable. Le duc mourut subitement avant la réunion du Parlement. Sa mnrl l ui uriivei'selliiiiii.'iil considérée comme le signal de grandes perturbations, et pour ce motif, autant qu'à cause de ses qualité- [h.tm h nielles, il l'nt très -il guetté. On remarqua qu'a Londres le deuil fut plus général qu'on ne l'y avait jamais vu, et qu'il fut tout à la fois plus rigoureux et plus prolongé que b Gazette ne, l'avait prescrit.
Dans le mémo temps, choque courrier d'Amérique apportai! des nouvelles alarmantes Les successeurs de fircnville avaient à recueillir ce que celui-ci avait semé. Les colonies élaient en étal de rébellion ou peu s'en faut. On brûlait les Stamps; on enduisait de goudron les employés du fisc, et un les roulait dans de la plume. Il n'j avait plus de commerce entre les provinces mécontentes et la mère patrie. La Bourse de Londres était frappée d'épouvante. La moitié des maisons de Bristol et de Liverpoo] élaient menacées de banqueroute. Le bruit courait qu'à Leeds, à Mancliester, à Nottingham, trois ouvriers sur dis étaient sans ouvrage. La guerre civile paraissait imminente, et il était impossible de douter que, si la nation anglaise se partageait eu deux camps, la France et 1'K-pague ne pri-setit bientôt part à lu querelle.
Il v avait trois voie* ouvertes au* ministres. La première, c'était d'employer la Ibree pour faire eiécuter \eStamp Act. C'était celle que le roi et Grenville, que le roi baissait plus qu'aucun homme vivant, élaient également disposés à suivre. Tons deux étaient naturellement obstinés et porte a l'arbitraire. Ils re ? sembl aient tant l'un à l'antre, qu'ils ne pouvaient jamais être amis; mais aussi ils se ressemblaient tellement, qu'ils envisageaient du même point de vue presque toutes les questions pratiques importantes. Aucun îles dem ne pouvait supporter d'être
gouverné par l'autre; mais Ions déni étaient parfaitement d'nccord quant a lu meilleure manière tic gouverner le peuple.
1! j avait une autre voie, c'était celte que Pitt conseillait de prendre. Il prétendait que le Parlement anglais n'était pas constitutionnel lement compétent pour voler une loi d'impôt applicable ans colonies. Il considérait donc le Stamp Act comme une chose nulle, comme un document n'ayant pas plus de valeur que l'ordonnance de Charles sur les Sftijj Money ou la déclaration de Jacques relative à la suspension des lois pénales. Celle opinion, nous devons l'avouer, nous semble tout à fuit insoutenable.
Entre ces deux voies extrêmes, il y eu avait nue troisième. Les hommes d'État les plus judicieux et les plus modérés de ce temps-là pensaient que la constitution anglaise n'avait assigné de limites d'aucune espèce un pouvoir législatif du roi, des lords et des communes d'Angleterre, sur toute l'étendue de l'empire britannique. Le Parlement, aitirmaient-ils, est légalement compétent pour établir des taxes en Amérique ; de même que le Parlement est légalement compétent pour commettre tout autre acte de folie ou de méchanceté, pour confisquer la propriété de tous les marchands de Lombard Slrtvl; pour déclarer n'importe quel habitant du royaume coupable de liante trahison, et cela sans interroger rie témoins déposant contre lui, ou sans l'entendre lui-même en sa délénse. L'acte le pins atroce de confiscation ou de proscription est absolument aussi valable que le Toteration Act ou VHabeas corpus Act; mais toutes les règles de la morale ordonnent aux législateurs rie s'abstenir systématiquement de voler des actes de confiscation et de proscription. C'est par le même motif que le Pavlemenl anglais doit s'abstenir d'imposer des taxes aux colonies américaines. Le Stamp Act ne peut être justifié, non parce qu'il est en dehors de la compétence du Parlement, mais parce qu'il esl inique et mi|io!ilii|iu\ sléïile en revenus et fertile en mécontentements. — Lord Itoekinghum et ses collègues se prononcèrent en faveur de ces saines doctrines, qui, pendant une longue suite d'années, inspiièreul à lturke des dis-
loniji'lilps (|ilf lu langue anglaise.
L'Jiivcr arriva. Le Parlement se réunil, et la situation des colonies ilevint immédiatement l'objet d'un vif débat. Piit, dont 1rs eaux de Biith avaient amélioré la santé, reparufà. laChambre des conu nu nés, et avec mie éloi|iiei[ce ardente et pathétique, nonseulement condamna le Stamp Acl, niais encore applaudit à la résistance du Massachusscts et de la Virginie : il soutint a\tt véhémence, et, nous devons l'avouer, en dépit de toute raison et de toute autorité, que, suiv ant h constitution liri tan nique, le pou. voir législatif suprême n'implique pas le pouvoir d'établir des taxes. Le langage du Creimlle était, de son côté, semblable à celui que Slrafford peut avilir l.inn à la table du conseil de Chartes 1" quand vînt la nouvelle qu'Kdimbourg était opposé il la liturgie. Les colons étaient des trailres, cous qui les excusaient ne valaient guère mieux. Des frégates, de- mortiers, des baïonnettes, des sahres, étaient les remèdes qui eoiiietiujeiiià des maux de ce genre.
Les ministres [irirent une position mixte. Ils proposèrent de déclarer que l'autorité législative du parlement anglais sur l'empire britannique 1 1 ii i ! entier Olait, dans tous les cas, absolue, et en même temps ils proposèrent te rappel du Stnmp Acl. Mais une formidable coalition d'opposants s'était liguée contre le gouvernement. Grcnvilte el les liedfords étaient, furieux. Temple, qui était alors l'allié intime de son frère et s'était séparé de Pitl,
Il avait à lutter uon-seulenieill contre ses ennemis avoués, mais encore contre l'insidieuse hostilité ilu roi et contre un parti que vers ce temps on commença a désigner sons le i mm d'Amis du roi .
litirkc a peint le caractère de cette faction avec une vigueur et une vivacité plus grandes encore que celles qui lui étaient habituelles. Ceux qui -aient combien, pendant loule sa vie, ses passions exercèrent d'inllueiiee sur son jugement, peuvent facilement deviner qu'il nous a laissé plutôt une. raricatnre qu'un portrail.
HISTOIRE ET CTIITlQilF..
Cependant il y a :'i peine dans sa description un seul Irait dont la fidélité ne soit pas prouvée par des iàits d'une authenticité incontestable.
Le public regardait eéiiéralemciil les \ruis du roi comme un corps dont Bute était l'àme. C'était on vain que le comte disait avoir renoncé aux affaires publiques ; que, depuis des années, i! n assistait ni au lever ni aux réi-epliniis; qu'il allait dans le Non!, qu'il allait à Rome. L'idée que, n'importe comment, il dictait toutes les mesures prises par la cour, s'était implantée non-seulement dans l'esprit de la itmlliUide, mai- encore dans celui de quelques personnes qui élaieul eu position d'être bien informées, et qui auraient dû être au-dessus îles préjugés du vulgaire. Nous croyons, nous, que ces soudons élaieul sans tondement, et que Bute avait cessé il'auiie la lUi'iiiih e lurimiiiiueiilmu avec lé roi sur des matières politiques quelque liaiips avunl le renvoi de Georges Grenville. Pour expliquer ce qui m- passait alors, il n'est, en vérité, nullement nécessaire de supposer que Bule en fut l'instigateur. En 1765, le roi n'était plus le jeune homme ignorant et novice qui, en 1760, avait été dirigé par sa mère et par son Groom of tiw stole. Il avait observé pendant plusieurs années les luttes des partis; il avait journellement conféré sur de graves questions d'Étal avec des hommes politiques habiles et ex|>érimentés. Sa manière de vivre avait développé son intelligence e! son caractère. Il n'était plus une marionnette. Il avait des opinions Irès-arrêtécs sur les hommes et sur les choses. Rien de plus naturel qu'il eût une haute idée de ses prérogatives, que l'opposition l'impatientât, qu'il souhaitât que tous les hommes publics fussent divisés et dépendissent de lui seul : rien encore de plus naturel que, dans un monde politique tel que celui qui existait alors, il trouvât des instruments tout façonnés pour se prêter fi ses desseins.
C'est ainsi que naquit et se fit connaître une espèce de politiques rampants qu'on n'avait jamais vus aupai'avanldatisnntrepjw i l que depuis on vit jamais. Ils n'aoreptait-nl aucun lien |ioN-
tique autre (|uc ceux qui les al tnLl liiît-iit lui trône. Ils étaient prêts à se coaliser avec iliaque parti, à abandonner chaque parti, à saper chaque parti, â attaquer chaque parti, à un moment donné. Pour eux toutes les administrations el toutes les «pjiosilions étaient indifférentes. Ils n'avaient, â l'égard île Bute, de Grenville, de Rockingham, de I'ilt, ni sentiment de prédilection ni sentimenent d'aversion. Ils étaient les Amis dit roi. Il est à remarquer que cette amitié n'impliquait aucune intimité personnelle. Ces gens-là n'avaient jamais vécu avec leur maître, comme à une certaine époque boddiugton avait vécu avec Georges 11; comme plus tard Slicridan vécut avec Georges IV. Jamais ils n'avaient chassé avec lui le matin on joué aux cartes avec lui le soir ; jamais ils ne s'étaient assis à sa table ; jamais ils ne s'étaient promenés avec lui au milieu de ses parterres. C'est à peine si un ou deux d'entre eux avaient jamais aperçu son visage, sauf les jours publics. Toute la bande cependant était toujours promptement et exactement instruite de ses intentions particulièivs. \"ul de tes fteiis-li n'avait une haute position dans l'adiiiiin-tiatidii. Il- remplissaient en général d es emplois richement rétribués, ciigeant peu de travail, n'entraînant aucune responsabilité, et ils conservèrent ces emplois eu toute sécurité, tandis que le cabinet fut. renouvelé sii ou sept lois. Leur principale affaire n'était pas de soutenir le ministère contre l'opposition, mais de soutenu' le roi l outre le ministère. Dans toutes les circonstances où Sa Majesté était amenée à donner malgré elle son assentiment à la présentation de quelque bill regardé comme nécessaire par ses conseiller constitutionnels, elle était sûre que ses Amis à la Chambre des communes parleraient et voteraient contre ce bill, et y mettraient obstacle de toutes les manières compatibles avec les formes parlementaires. Si Sa Majesté se voyait obligée de nommer un Secrétaire d'État ou un premier lord de la Trésorerie, qu'elle n'aimait pas, elle était sùrc que ses Amis ne laisseraient pas échapper une seule occasion de tracasser' et d'humilier le criminel niinishe. Ku retour de ces services le
roi uni irait ses Amis de sa jn-oteclion. C'était eii vain que ses serviteurs responsables se plaignaient à lui d'être journellement trahis et combattus par des hommes qui mangeaient le pain du Kouvememenl , Oiieli|iLcfi.us il ju^lifiail. 1rs coupables, quelquefois il les excusait, quelquefois il avouait qu'ils étaient blâmables; mais il disait qu'il lu fallait examiner à loisir s'il devait seséparer d'eux.'ll ne voulait jamais les destituer; i'l, pendant que tout changeait constamment dans l'Klat, «s sycopliantes semblaient avoir leurs emplois à titre de fortune viagère.
Les Amis du mi savaient très-bien que, si le roi avait consenti au rappel du Stamp Ad, il ne l'avait fait qu'à cmilee-cœur, et que, s'il avait chaleureusement accueilli les vvhigs, quand, dans son extrême détresse et à son instante prié™, ceux-ci avaient entrepris de le délivrer d'un joug insupportable., il n'avait nullement renoncé à ses anciennes préventions «mire ses libérateurs. Les ministres ne tardaient pas à s'apercevoir que, tandis que toutes ies forces d'une formidable opposition les ai laquaient en face, une notable fraction de ceux qu'ils avaient regardés comme des auxiliaires les assaillait par derrière.
Néanmoins Uockingham et sis adhérents prmrsui virent résolument le rappel du Stamp Ad. Ils avaient de leur coté tous les intérêts commerciaux et manufacturiers du royaume. Le gouvernement fut puissamment soutenu dans la discussion. Deux grands orateurs, appartenant à deux générations di Me rentes, déployèrent tour à tour toutes les ressources de leur talent en défendant le liill. La Chambre des cornu unes entendit Pitl pour la dernière fois, Burke pour la première fois, et elle se demanda auquel des deux la palme de l'éloquence devait être décernée. C'était vraiment un splcndide lever et un splondide coucher de soleil.
Ilu moment l'issue sembla douteuse. Dans plusieurs votes les ministres furent serrés de près. Il n'y cul, une tbis, pas moins île douze des Amis du roi, tous fonctionnaires qui votèrent contre le gouvernement. Lord Rockingham lit vainement des remontrances au roi. Sa Majesté coislcs-a qu'il y avait lieu de se plaindre; mais
LE GO» TE r.E CHATHAM. Ôi5
elle manifesta l'espoir de ramener par la douceur les mutins S un meilleur esprit. — S'ils persistaient à semai conduire, elle les ilest i tuerait.
Enfin le jour décisif arriva. Des marchands de tous les grands ports de l'ile encombraient la galerie, les tribunes, les escaliers. La discussion continua longtemps : i [n fea minuit. Au vote, le ministère eut une forte majorité-. La crainte de la guerre, !a clameur de toutes les villes commerçantes ilu ruvauuie, l'avaient emporté sur les forces combinées de la cour et de l'opposition, "
Ce fut par un sombre crépuscule d'une matinée de février que les portes s'ouvrirent cl. que les chefs îles divers partis se montrèrent à la multitude. Conway fut accueilli par de bruyants applaudissements. Mais, quand Pitt parut, tous les yeux se fixèrent, sur lui seul ; tous les chapeaux se levèrent. Ile longs et vigoureux bourras l'accompagnèrent jusqu'à sa chaise, cl une troupcd'admirateurs l'escorta jusque clic* lui. Greinille sortit ensuite. Aussitôt qu'on l'eut reconnu, il y eut une tempête, de malédictions et de sifflets. Il se tourna furieux vers la foule et saisit un homme i la gorge. L'appréliensioo îles assistants fut grande. Si une rine commençait, personne ne pouvait prévoir comment cela finirait. Par bonheur, celui qui avait été pris an collet dit seulement : n Si je ne puis siffler, monsieur, j'espère que je puis rire. » Et il partit d'un éclat do rire au nez de Grenville.
La majorité avait été si décisive, que tous les adversaires du ministère étaient, à mie seule exception près, disposés^ laisser passer le bill sans le combattre de nouveau. Mais Grenville resta sourd à toutes les sollicitations et à toutes les prières. Son esprit indomptable se raidissait de plus en plus sous le |ioids de la haine publique. Il lutta obstinément jusqu'à la fin. A la dernière lecture il eut une vive altercation avec son beau-frère, la dernière de leurs vives et nombreuses altercations, Pitt tonna violemment contre l'bomme qui voulait tremper l'hermine d'un roi d'Angleterre dans le sang du peuple anglais. Grenville répliqua avec son intrépidité et sa rudesse accoutumées. « Si la taxe, dit-il, était
encore à imposer, je l'impn-i'rak M mu accusa leur est responsable des maus qu'elle piail entailler. Ses prudigalilés l'ont rendue nécessaire. Ses déclamations contre les pimviiirs constitutionnels ilu roi, datante et îles Commune-, l'ont rendue doublement nécessaire. Je ne lui envie pas ses hourras. Je me glorifie de mes siftlels ; si c'était encore à Ihire, je le fernïs. n
Le rappel du Stamp Act fut ta mesure principale du gouvemementde Rockingham . Mais ce gouvernement mérite des louantes pour avoir mis fin à deux pratiques np|iies-ive- qui, dans l'affaire de Wîlkos, avaient a! lin- l'attention et rseifé In juste indignation du public. Les ministres di'cidcront. In Clinmliro des communes à adopter une résolution qui coiiilainnnil l'usure des Ge. lierai- Warrants, plus une autre résolution qui condamnait la saisie des papiers dans les affaires de libelle.
On doit ajouter, à l'éternel honneur de lord Rockingham, que son administration fui la première qui pendant une longue suite d'années eut le courage et la vertu de ne pas acheter les membres du Parlement, Ses ennemis l'accusaient, lui et ses amis, île tiiihlesse, de présomption, d'esprit de parti ; mais la calomnie ellemême n'osa jamais accoler le mot de corruption au nom de lord Rockingliani.
Mail icn rensomeiit son gouvernement, l'un des meilleurs qui jamais ait existé dans noire pavs, élail. aussi l'un des plus faibles. Les Amis du roi assaillaient Cl. gênaient les ministres a chaque mouvement. En appelé] 1 à Sa Majesté, c'était simplement provoquer de nouvelles prome-sos et de nnuvellcs réponses évasives, — Le roi était sur qu'il devait v avoir quelque malentendu ; lord Rockingliam ferait bien de parler à ce* gentlemen ; cens-ci seraienl destilués a la première faute. — La faute était bientôt commise, et le roi continuait à éluder. — C'était trop fort, c'était tout à fait abominable ; mais c 'élail insigniliaiit, car la prorogation était pioche ; il accorderait aux délinquants une chance de plus; siceui-ci no changeaient pas de conduite à la future session, il n'aurait plus un mol à dire en leur Faveur. — Le roi avait déjà