‹ Histoire et critique T. B. MacaulyChapitre 19 sur 22 · LE COMTE DE CHAT H A M · texte numérisé non relu

LE COMTE DE CHAT H A M

qu'il faisait pour améliorer tous les partis teintaient seulement à créer la prépondérance d'un seul parti, du parti le plus bas et le plus haïssable du tous.

On peut douter qu'il si/ lût ainsi fourvoyé, s'il avait eu toute sa vigueur et toute sa liln i li d'espr it. Mais il est certain que depuis quelque temps il était dans un état de surexcitation qui n'était pas naturel. Un n'eu avait encore aucun soupçon. Son éloquence n'avait jamais brillé ;nee plus d'éclat que dans les derniers débats. Mais plus lard on se rap|iela beaucoup de choses qui auraient dû éveiller les crainlcs. Se- habitudes étaient devenues de plus en plus excentriques, L'ne horreur dis sons élevés, pareille à celle qu'on dit avoir été une des principales bizarreries de Walleuslelu, s'élait emparée de lui. Bien qu'il lut le plus affectueux des pères, il ne pouvait supporter la voix de ses enfants, et il dépensa de loties sommes à Hâves eu acquisition de maisons contiguësil la sienne, dans l'unique but de ne pas avoir- de voisins dont le bnrit pût le gêner. Ensuite il vendit Hâves et prit possession d'une villa à Hampstead, où il se mit de nouveau à acheter des maisons à droite et a gauche île la sienne. En vérité, durant cette partie de sa vie, il rivalisa de line avec \a plus rielies conquérants du Hongrie et de Tanjore. A Burton-Pvnsent, il ordonna de planter de cèdres rrrre vaste étendue de terrain. Il fut impossible de trouver dans le Somersot^iire une suffisante i|ii;nitilé de cèdres. On s'en procura à Londres, et il fallrrt les l'aire venir par voie de terre. On embaucha des relais d'ouvriers, el la nuit le travail se conlinnait à la lueur des torches. Personne n'était pins sobre que l'itl, et cependant la proluMon qui eégnail dans sa cuisine eicifait la surprise des épicuriens eux-mêmes. Plusieurs dîners étaient toujours en préparation, car son appétit était capricieux et fantasque, et, à quelque moment qu'il éprouvât le besoin de manger, il voulait qu'un dîner lui fût immédiatement servi. On pourrait mentionner d'autres tirei instances qui, prises séparément, sont de peu d'importance, iiuiis qui, .groupées ensemble et mises en regard des étranges événements qui suivirent, nous

donnent le tirait île croire que déjà sou esprit était malade.

Peu de temps après la clôture de la se-simi du Parlement, lord Rockinghnin reçut son congé. 11k amis dévoués l' accompagnèrent lorsqu'il se relira : la malveillance elle-même l'ut forcée de reconnaître leur fidélité et leur droiture. Nul d'entre eux ne demanda

ni n'obtint une pcii-imi on i sinécure, soit eu possession, soit

en 'iin i\ance. I.'u p:i[ , i , il il'SinLéi tj— '.■niii.t était l'are à celle époque, parmi les hommes politiques. Lord Hockiiigham, quoiqu'il ne fût pas doué de talent- brillants, s'était lait une réputation honorable qu'il conserva intacte jusqu'à Li fin. 11 avait, malgré des dilEcllllés eu apparence insurmontables, détruit de graves abus et empêché une guerre civile. Seize ans plus brd, dans un moment sombre et terrible, il hit appelé de nouveau à sauver l'État qu'avaient miiiliik liai'd iv l'abîme les mêmes intrigues cl \i~ mêmes entêtements, qui déjà avaient été cause des embarras, puis de la chute de sa première administration.

Pitt était occupé de ses plantations dans le Somerselshire lorsqu'il fut mandé A la cour par une lettre de la main du roi. Il se rendit à Londres en toute liàle. La rapidité avec laquelle il voyagea accrut son irritabilité physique et intellectuelle, et, quand il arriva au ternie de son voyage, il souffrait de la lièvre. Tout malade qu'il était, il vit le rai à Iliclimonil, et entreprit de formel un ministère.

Pitt n'était guère dans les conditions où doit être 1111 homme qui a des négociations délicate» et diftiriiVs à conduire. Les let- Ires qu'il écrivait à sa femme contiennent, des plaintes sur ce que les conférences auxquelles il était obligé d'assister échauffaient son sang et accélérai. 'ht -un pnnK D'autres renseignements nous apprennent que, même, à l'égard de reus dont il désirait s'assurer la coopération, -un langage était -ii'guliéivmen! péreroptoire et despotique. Quelques-unes de ses notes, rédigées à celle époque, ont été conservées, et elles sont dans nu style que par politesse Louis XIV n'aurait pas employé eu s'aihessant à n'impoile quel gentilhomme français.

l'ill, en tâchant de dissoudre Unis les |>aili-, rcucoiilra quelques obstacles, rcrtaiusxvhigs, <|utr la cour aurait été bien aise de détacher de lonl Huck n tiifim n , rejetèrent toute; lis offres qui leur furent faites. Les lleillbrds fiaient disposés à rompre avec Gienville; mais Pitt ne voulait pas si dur leurs exigences. Temple, que Pilt avait d'abord eu l'intention de placer à la lëte de la Trésorerie, se montra intraitable. Le refroidissement survenu entre les deux beaux-frères, qui avaient été si longtemps et si élroiteinent unis en politique, était allé toujours iToissaut depuis plusieurs mois. Pitl était liitlié contre Temple, parée que Temple s'était opposé au rappel iln Stttmp Act. Temple était fàehé contre Pitt parée que Pitt avait refusé d'accéder à la ligue de famille qui était alors le plan favori à Stove. A la (in, le comte proposa un partage égal du pouvoir et du patronage, et dit qu'à cette condition ïl abandonnerait son frère Georges. Pitl jugea la demande exorbitante et la repous-a catégoriquement. Une vive altercation eu résulta. Les deux parents hirent tldèles à leurs caractères respectifs. L'àme de Temple se gonfla de dépit, celle de Pitt se remplit de mépris. Temple rcpiéseula Pill comme le plus odieux des hypocrites et des traîtres. Pitt le prit sur un ton différent et peutêtre plus blessant. Temple était roi assez brave homme dont le seul mérite était de posséder un grand jardin, orné d'une vaste pièce d'eau, de pavillons et de kiosques li c -.-nombreux. 11 devail à sou heureuse alliance avec un grand orateur, homme d'État éminent, une importance politique que ses propres talents ne lui auraient jamais eoiiqui-e. I!<tte importance lui avait ton nié la tète; il en était venu à s'imaginer qu'il pouvait organiser des ad-

hounête homme dominé par une pareille illusion.

Malgré tontes ees dit limités, il lut formé un ministère tel que le roi le désirait, un ministère où tous les Amis de Sa Majesté étaient confortablement casés; uu ministère où, à l'exception des Amis de Sa Majesté, on ne comptait pas quatre personnes qui eussent eu de leur vie l'habitude d'agir ensemble. Iles gens qui

ne s étaient jamais trouvés d'accord dans un seul vole étaient assis autour de la même table; deux hommes qui n'avaient jamais échangé une proie se partageaient la charge de Papnastcr. La plupart des postes principaux étaient occupés soit par des adhérents personnels de PiU, soit par dos membres du dernier ministère qu'on avait décidé à garder leurs places après la retraite de lord Rockingham. Dans la première iviléeoric il v avait Pratt, devenu lord Camden,qiii accepta le Grand Sceau, et lord Shelburne, qui fut fait Secrétaire. d'Etat; dans la seconde il y avait le duc de Grafton, qui fut nommé premier loril de la Trésorerie, et Conway qui conserva son anciennue position au gouvernement et à la Chambre des communes. Charles Townsliend, qui avait appartenu â tous les partis, et ne se soudait d'aucun, fui Chancelier de l'Kchiquier. Pitt, lui, reçut le litre de premier ministre, mais refusa toute fonction laborieuse. 11 fut créé comte de Chatham, el le Sceau privé lui Ait eonlié.

Il est à peine nécessaire de duo qu'on ne doit pas attribuer à un manque quelconque de rapacilé riiez les personnes dont nous venons de citer les noms le vice, le vice radical et honteux de celte combinaison. Aucune d'elles n'était dénuée d'habileté, et quatre d'entre elles, Pitl, Shelburne, Camden et Townsliend étaient des hommes d'une haute valeur intellectuelle. Le vice ne résultait pas des éléments, mais du principe d'après lequel ces cléments avaient été réunis. En associant ces éléments contraires Pitt avait eu la ferme conviction qu'il saurait la maintenir en parfaite subordination ouvris lui-mènic el on parfaite harmonie entre elles. Nous verrons bientôt, quel fut le. siii eôs de l'expérience.

Le jour même où le premier ministre baisa la main du roi, les trois quarts de cette popularité dont il avait longtemps joui sans conteste, et à laquelle il devait la plus Unie portion de son autorité lui échappèrent. Il s'éleva une violente clameur, non pas contre cette partie de sa conduite qui méritait réellement un blilme sévère, mais contre un acte dans lequel nous ne pouvons rien voir de repré lie lisible : son acceptation de la pairie excita un

llluitvL-illOtit général d'indignation, cl rcpemlent jamais paii'ii! n'avait (Wte8 été aussi bien gagnée, cl jamais homme d'Élalneut autant besoin d'aller -r rcpiisrr à la Chambre haute, l'ill faisait vieux : il était jilus vieux île constitution ijnr d'années. C'était au risque imminent de -a vie qu'il avait, en certaines occasions importantes, accompli son devoir au Parlement. Pendant la session de 17tii, il n'avait pas été capable de prendre part 3 une seule discussion. Il était ini|Wssihle qu'il résistât au travail nocturne que nécessitai! la direction des affaires du gouvernement à la Chambre ries communes. En pareille situation, sou désir d'aller dans une assemblée moins occupée, moins atfairée et moins turbulente, était naturel et raisonnable l.a nation œ|«mdanl lie tint nul compte île toutes ces considérations. Ceux qui avaient le plus aimé et honoré le d'raHfi (,' imiinnitci' laucèi'cut les invectives les pins bruyantes contre le lord de nouvelle création. Jusque-là, Londres lui avait été lidèle, en dépit de toutes les vicissitudes; lorsque les citoyens avaient appris qu'un l'avait fait venir du Somersetshire, qu'il avait été reçu par le roi à Hichcmond et qu'il allait ètiv premier ministre, ils s'étaient livrés à des transports de joie. On avait tout préparé pour un grand festin cl pour une illuminai ion générale. Les lampions riaient déjà placés autour du monument, quand laGoself^annonea que celui qui inspirait tout cet enthousiasme était comte. Immédiatement la féle fut conlremandée, les lampions furent enlevés. Les journaux manifestèrent haute ment leur désapprobation, lie- pamphlets pleins de calomnies et d'injures encombré ici il. les boutiques de Ions les libraires, et les plus virulents de ces pamphlets étaient écrits à l'instigation du venimeux Temple la - parallèles entre les deux William, William Pnltenej- et William Pitt, furent alors à la mode : tous deux, disait-on, avaient, par leur éloquence et un patriotisme simulé, acquis une grande autorité à la Chambre des communes et dans le pays, tous deux avaient été charges de réformer le gouvernement; fous deux, une fois arrivés au sommet du pouvoir et au comble de la popularité, avaient été séduits par l'éclat d'une cou-

notion i[ui, qiK li[iu ^ lient' > iivi.nl, le idclàli ait cl les vénérait.

La clameur contre Pitt parait avoir e*ercé une sérieuse influence sur les relations du pays à l'étranger. Jusqu'alors sou nom avait agi comme un charme à Versailles et à Saint-Ildefonse. Les voyageurs qui paroinmiieui le continent avaient iemarqué que, pour réduire au silence un salon rempli de Français vanlanls, il suffiïait d'insinuer que M. Pitt allait probablement revenir au pouvoir. Au même instant il se faisait un profond silence : tout le monde levait lu- épaules et [unies les faces s'allongeaient. Chaque cour étrangère, en apprenant que Pitt était rappelé au ministère, apprit mal heureuse ment aussi qu'il ne possédait plus l'affection dé. ses compatriote*. Cessant d'être aimé au dedans, il cessa d'être craint au dehors. Le nom de Pitt avait été un nom magique. Ce fui eu vain que nos ambassadeurs firent appel à la puissance cabalistique du nom do Clialham.

Les difficultés dont Chatbaui était, assiégé s'aeccrurent de jour en jour, grâce à la façon despotique avec laquelle, il traitait tout ee qui l'entourait. Lord Hockingliam, au moment du cliangement de ministère, n\ ;ii L montré une jjrandé. modération. Il avait manifesté l'espérance que le nouveau gouvernement suivrait les errements du gouvernement précédent; et il avait engagé plusieurs de ses amis à ne pas renoncer à leurs charges. Il avait décidé Sounders et Keppel, deux officiers de marine très-disthigués, à ne pas quitter l'Amirauté où leurs services élaient Iresnécessaires; le dut île Porlland à rester Lord Chambellan, et lord IK'slioroitf{h à restei Ptistmaster, niais, moins de (rois mois après, lord Chatliam les avait si gravement insultés, que, de dégoût, ils s'étaient tous retirés. Le Ion île Pitt, plein de soumission dans le cabinet du roi, était, au ministère, iiilnléi'aiileuienl lyrnnnique ; ses collègues n'étaient véritablement que ses commis, â la marine, aux finances et aux allairos élram;èirs. Coimay, malgré sa douceur, perdit une fois patience an point de déclarer qu'on

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