WARREN HASTINGS
Histoire de la vie de Wsirri-u Ha^iiiit-, i>r<-iuitv pniiiL'i'HtMii p-ni-i-iil du Bengale, écrile è's V i-iv MAnnin . ,., i..i„:,Ln. pu- leBév. li. 1t. Gleig, Jf. A. 3 roi. in-8'. lowtn*. 1841.
Ce livre semble nvuir élé labriquc eu i-xéciitkm d'un coiUimL oui- lequel les héritiers de \V:an u Hasliugs et M. Glei-; se 'ont engagés à fournir, les uns les matériaux, et Y mite l'éloge, Le.-comentions oui été Iklèlniii-Til ulwi -n'es des deux rôles, il n'est que juste de le dire, et le résultai est devanl nous sous la larme de troi» gios volume- dcleslables. pleins de L'on espond a lires iruligcsles, fi. de | l'^jriqiic- peu judicieux.
Si cet ouvrage méritait un examen détaille, nous pourrions facilement écrire un Inijj article rien qu'eu signalant les asseï tious
«oiifectionneur de u'viesctpas autie chose qu'il se présenleà nous •en ce moment. Desliouuncs plus émiucnls que M. Gleig ont écrit presque aussi mal que lui lorsqu'ils se sont abaissés à une besogne de celte csuèce. 11 -c: ait -injuste de juger Gulasnùlh siu YJIistoire
n HISTOIRE El CRITIQUE.
de la Grèce, ou Scott sur li Vie de Napoléon. H. Gloîg n'est ni un Goldsmjtli ni un Se .>!!, cependant il serait injuste rte nier qu'il suit capable de faire une (nu vu; n ici lie nre que ces mémoires. Il serait non moins injuste, lions le pcnsins et l'espérons, d'accuser aucun ministre chrétien du crime de chercher fi défendre de pro-
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rnmpilalioli. Il n'y a pus d'exagération à dire que M. Gleig a écrit plusieurs passades qui sont, au Prince de Machiavel ce que le Prince de Machiavel nst à Y Entier Devoir de l'homme, &l qui
huer ces fautes à l:i précipitation, ;i l'iriéflexien, puis à cette maladie mentide qu'on peut appclei furor binijrtiplticus et qui est particulière aux narrateur* de vies célèbres comme le goitre au berger des Alpes et l'm i}>o| il t^^riL 1 à l'esclave nfcgre.
Nous" sommes porté à croire que, si nous voulais satisfaire les
désirs de nos lecteurs, il tant moins 1 s appesantir sur les défauts
de ce livre qu'essayer île donner, quoique d'une manière nécessairement hâtive et imparfaite, noire propre opinion sur la vie et le caractère de M. Hastings. Notre sentiment à sou égard n'est identique ni à celui de la Chambre des communes qui l'accusa en 1787, ni à celui de la Chambre des communes, qui, en 1813, l'amnistia et se leva pour le recevoir. 11 avait de grandes qualités et il rendit de grands service; à l'État ; mais le représenter comme un homme d'une vertu sans tache, c'est l'exposer à la risée publique, et par respect p ■ sa uiétiwire. à défini d'autre motif, ses
amis auraient, bien liai de ne pas. encourager une aussi puérile adulation. Nous pensons que, s'il vivait encore, i! aurait assez de jugement et assez de grandeur d'âme pour souhaiter qu'on le montrât tel qu'il était 11 doit avoir su que sa renommée n'était pas sans quelques sombres nuages; il a pu sentir aussi que l'éclat de son nom en était à peine terni. A la réclame de M. Gleig il aurait préféré, même la sévérité de M. Mill, nous en sommes convaincu. Il aurait désiré que la postérité eill de lui un portrait
ressemblant, quoique pou flatté, plutôt qu'un barbiiuillage dépourvu d'agrément ri de naliur], m 1 iï'--<-mblant ni à lui ni à qui que ce soit, a l'eignez-iuiii comme je -ni-, disait Olivier Ciomwel) posant devant )e jeune Lelie. Si vous supprime? les cicatrices et ies rides, je ne vous donnerai pas un shilling. » Même à projios d'une pareille bagatelle, le grand l'rol.i'di'ur faisait preuve tout à la fois de bon sens et de magnanimité. Il ne voulait pas que les parties caractéristiques de sa physionomie lussent sacrifiées dans une vaille tentative poiu le gratifier dis traits réguliers, des joues lisses et fin teint itenn des mignon tri-r- i!e Jacques I". Il trouvait bon qu'on peignit si ligure avec ces ligues magistrales nfi Étaient inscrits le courage, le génie politique, l'autorité, le souci des affaires publiques ; niais aussi avec les sillons que le temps, la guerre, les nuits «m* sommeil. l'anxiété, |:eii[-èlie les remords, y avaient tracés. Si les hommes vraiment supérieurs comprenaient leur propre intérêt, c'est ainsi qu'ils voudraient voir port rai re
Warren Hastings était d'une race ancienne et illustre. On a aflirmé que sa généalogie remontait au grand roi de la mer, au Danois qui fut longtemps In terre ir des deux cotes île la Manche, et qui, après île nombreux combats, terribles et douteux, céda enfin à la valeur et au génie d'Alfred; mais la noblesse indubitable de l'origine d'Hasting- n'a pas besoin d'cmpi'nnfcr son éclat à la lable. Parmi ses ancêtres, il comptait d'un côté les possesseurs de la couronne seigneuriale de Pembroke, au quatorzième siècle; de l'autre, le fidèle adhérent de la Rose blanche, le célébra chambellan dont le destin [iiiii'iiit un ilièiue si Irappunt aux historiens et aux poètes. Sa iamillc reeul dis TiuW lecomlé d'Hnnling, don qu'elle finit par perdre et qu'une série d'événements, à peine comparables aux inventions romanesques, remit de nos jours entre ses mains.
Les propriétaires du manoir de Dayli sliiid, dans le Worcestershirc, prétendaient être considérés comme les chefs de cette famille distinguée. Le (roue principal prospérait moins, il est
irai, que quclijucs-iuies des plus jeunes tiges ; mais la famille de Daylosfonl, bien qu'elle ut; lût pas anoblie, était riche et fut hautement estimée jusqu'au jour où, il y a envirun deux cents ans, elle fut complète! ne ni ruinée par la guern; civile. L'Hastings de cotte é|KX|uo fiait un Cavalier zélé, il liy|iothéqua ses terres, envoya sa vaisselle |ila[c à (.Ixllinl [j.uij- qu'on h transformât eu monnaie, rejoignit l'armée royale, el, après avoir dépensé la moitié tle sa fortune au service du roi Chutes, fut heureux île se racheter
au Speaker Leutlial. La vieille deineim: de llayleslord restait encore à la famille; mais elle ne put être conservée très-long temps, et, â la génération suivante, elle fut vendue à un marchand de Londres.
Avant que ce clian^'enient île propriétaire eût lieu, le dernier llustiilgsde flavle-l'uril avait lait nommer «m second fils recteur de ta paroisse sur laquelle clait située l'ancienne résidence de ses ancêtres. La cure était d'un médiocre rapport , cl. après la vente du domaine la situation i!n pauvre ccclc-kishqne devint déplorable. Il plaida constamment à prupn- de ses diinc- contre le nouveau propriétaire du manoir, ce qui cmi-oiiuna sa ruine. Howard, son fils aîné, jeune homme d une excellente cemluile, obtint une place dans les douanes; l'yuastiei, son second lils, paresseux, sans
lémme au bout île ilcii\ ans. el mourut dans les Indes occiden-
destiné à d'étranges et mémorables vicissitudes. Warreii/te fils de Pvnastnn, naquit K- ii iléceinlici I7." L J ; -a naissance précéda seulement de quelques jours la mort de sa mère. L'enfant n'eut plus dès lors d'autre protecteur que son aïeul, déjà lui-même l'url à plaindre. Il fut de bonne heure envoyé à l'école du village où il apprit à lire assis à côté des (ils des paysans. Rien dans ses vêtements ni dans sa nourriture n'indiquait que sei vie dût beaucoup dilfere-r de celle des jeune? rustres avec lesquels il jouait et étudiait; mais nulle intluenee ne pouvait él nu lier le germe de tant de
génie et d itmbitiiin. Les cultivateurs eux-mêmes rona rqucrcnt cl se rappelèrent ensuite pendant Iniuiteuips avec quelle ardeur le petit Warren s'adonnait à Li lecture. La vue quotidienne tit» terres qu'avait possédées sa famille et qui avaient passé entre les mains d'étrangers inspirait à sa jeune imagination des rêves et des souhaits bibin es. Il ainiiiit à entendre piller île la richesse cl du renom de ses ancêtres, île leur splendide élal de maison, de leur loyauté et rie leur valeur. Par un beau jour d'été, l'enfant, alors âgé de sept ans, se reposait sur le hrird île la petite rivière qui coule à travers le vieux domaine patrimonial pour aller se jeter dans l'Isis. C'est là, connue il le racontait soixante-dix ans plus tard, que lui vint à l'esprit une idée qui, même au milieu des accidents de son orageuse canière, ne lui jamais abandonnée : Il rachèterait la propriété lie ses pères, il serait Hastiugsde llaylesford. Plus son intelligence se développa, plus sa fortune s'éleva, plus tl eut à cœur ce projet conçu à l'épuqiie de sou enfance et de sa pauvreté. Il eu piuir^itn il l i réidi-ahon avec celle liirce de volonté calme et Indomptable qui élail I: Ir.nt le plu- saillant de son caractère. I.or-que, sous un soleil tropical, il gouvernait cinquante millions de sujets asiatiques, et que la guerre, la législation, les finances, exigeaient tous s* soins, Daylesiort était le but de ses espérances; lorsque fut iléliuitiveinciit terminée sa longue vie publique, singulier mélange de bien et de mal, de gloire el de honte, ce l'ut à Dayieslonl qu'il se relira pour mourir.
Dès qu'il eut atteint l'âge île huit ans, sou oncle Howard résolut de pourvoir à ses besoins et de lui l'aire donner une éducation libérale. I/eiil'aut vint à l,ondres el liil envoyé à une école de Newington où il reçut une bonne éducation, mais où il lut mal nourri. Il attribua toujours la petitesse de sa stature à la maigre chère qu'on lui avait lail laiie dans ce séminaiie. A dix ans il entra à l'école de Westminster, qui prospérait alors sous la direction du docteur Michels. Yiuiiij V.omiw, rou une l'appelaient ses élevés par alfection, était un des maîtres de l'établissement : Churchill, Colman, Lit ml, Cninberlauil, Ompcr, étaient parmi
Digrtizsd by Gl
liera uenl les désunir. Il ne p:ir;iit pas que, parvenus à l'âge d'homme, ils su soient jamais i cncnntivs; mais, quarante ans plus tard, quand lu voix de plusieurs grands oralcui's s'éleva contre l'oppresseur de l' Il ii li-, Je |mék' timide et solitaire ne pouvait s'imaginer que Hnsttogs, le gouverneur général, fût l'Hastings avec lequel il avait ramésur la Tamise, et joué dans le cloître, et il refusait de croire qu'un garçon d'un si bun caractère se fût rendu eoupahle il'acfes Irè.s-rcpiéhensiblcs. 11 avait, lui, passé sa vie à m ier, à rêver, à rimer sur les bords de l'Ouso, au milieu des plantes aquatiques. Il avait conservé à un degré extraordinaire la naïveté de l'enfance. Son àuie. avait été, il esl vrai, durement éprouvée; mais il n'avait jamais été exposé à la tentation de violer grossici émeut les lois de la morale sociale. Jamais il n'avait été en butle au* attaque* d'ennemis puissants et acharnés, jamais il n'avait été forcé de. choisir entre le dévoie et les ^candeurs, entre le crime et la mine, ((uelquc :ili..clir qu'il fût en théorie à la doctrine de la dépravation humaine, il avait de telles habitudes, qu'il était incapable de concevoir comment certaines natures, même nobles et bonnes, peuvent être entraînées loin du sentier de l'honneur par des passions excessives dans la lutte et par un désir immodéré de domination,
Hastings avait à Westminster un autre condisciple, Elijah- Impev, dont nous aurons souvent occasion de parler. Nous savons peu lie chose de leurs mutuelles relations à l'école; mais nous pensons, nous pouvons, sans crainte de nous tromper, sujiposer qu'Hastings, imites les lois qu'il voulait jouer quelque mauvais tour, pire que de continue, embauchai! Impev moyennant nue taitc ou une balle pour remplir dans la farce le dernier cl le plu* vilain rêle.
Warivu était regardé parmi ses camaïades comme un nageur, un rumeur et un écolier hors ligne. A quatorze ans il fut le premier dans les examens, San nom, gravé eu lettres d'or sur les
nuits du dortoir, attcslu cucoiv sa victoire sur plusieurs concurrents plus âgés que lui. Il prolongea, de deux années son séjour a l'école, et il visait à nue place d étudiant à Cluisl-Cliurcb, lorsque survint un événement, qui cliaiigea ri>]ii|iiéteiuent le cours de sa vie. Howard ILtslin<>s mouiul. cl légua >ou neveu à un ami et parent éloigné, nommé Clus« ici. . Ce geulleman, bien qu'il ne refusât 0:1s absolument le legs, dédirait s'en débarrasser le plus v île possible. Le ilnd.nir Nirhol-- |'n)te-ta ninln: la miaulé it'inlerrouipiv les éludes d'un jeune li nii ■ mii ié ri table ment semblait appelé à devenir 1111 des premir-js lellrés du siècle. El offrit
élève à Oxford. Mai.-; 11. cLswiek fut inflexible; il croyait que sou pupille ;imit déjà p;rdu assez d'années sur des lievamèlrei et des pentamètres. Il était à même de lui faire obtenir un emploi de serine au service de la Compagnie des Indes orientales : or le jeune aventurier, suit qu'une Ibis embarqué il fit fortune, soit qu'il mourut d'une maladie île ibir, ces-ail, dans les deux cas d'être un fardeau pour qui (pie ee fiit. Warren fui, en conséquence, retiré de 1 école île Westminster et mis pendant quelques mois dans une éeole de commerce, alin d'y apprendre l'aritlmiétiiiue et la tenue de livres. En janvier 1750, peu de jours après qu'il eut atteint sa dis-septième aimée, il s'emhirqna pour le Bengale et arriva à sa desliuation en oetubre suivant.
Il lut immédiatriiient installé devant un pupille dans les bureaux de la secrétaire rie, à Calcutta, où il rcst;i deux ans. Le fort William était alors 1111 élahlisseineul purement commercial. Dans le sud de l'Inde, lis employés de la Compagnie angLiise niaient été, contre leur gré, transformés en diplomate; et en gouéraus par la politi(pie envahi-su nie de Dii['Ui\. Dans le Carnalir, lu guerre de la suice-sion étail dans joute sa forée, et le génie du jeune Robert Clive avait soudain rende la fortune contraire aux François; niais les l\iu'0|icc:us établis an Bengale, en paix les uns avec les autres, en paix avec les natifs, n'avaient à songer qu'à leurs grands livres et à leurs connaissements.
Hastings, qui depuis deux ans remplissait à CiitcnLtn des fonctions de comptable, fui. l'iivnri' à lins-iiiibazar, ville construite sur les bords du Hooglei -, à environ un nulle de Hoorshednbad ctqiii, si nous pouvons comparer les petites choses aux grandes, était alors à Moorshodabad ce que la cité de Londres est à Westminster A Moorshednbad résidait le prince qui, léudataîre du Mogol en apparence, mais indépendant eu réalité, gouvernail les trois vastes provinces de Bengale, do lialiar el d'Orissa : à Moorshedahad se trouvait la tour, le harem et l'administration ]>nbtii|ue. Cowimbarar, pl«M de commerce renommée pour la quantité el la qualifé supérieure des soies vendues à ses foires, recevait dans son port el expédiait continuellement des Hottes chargées de riches cargaisons. J,a Compagnie avait créé sur ce point important une petite factorerie qui dépendait de celle du fort William. Haslings v fut employé dorant plusii-ins années à faire des achats d'étoffes, à conclure des marchés avec les ma relia mis iiatiis. Taudis qu'il était ainsi occupé, Siirojah Dowlah monta sur le troue et déclara la guerre aux Anglais. Situé liès-près de lit capitale du tyran, l'établissement sans défense île (xissimbazar fui aussitôt pris. Hast bips hit emmené prisonnier à Mnorshedabad; mais, grâce à la généreuse intervention des employés de la Compagnie hollandaise, il fut traité avoe indulgence. Le Kabali marcha sur Calcutta, le gouvernement et le commandant s'enfuirent, |a ville et la citadelle touillèrent entre le- mains de l'ennemi et la plupart des prisonniers anglais périrent dans le Black hole.
Warren Hastiugs dut à iv> événements le commence menl de sa grandeur, l.e goiivei'neur et ses compagnons s'étaient réfugiés -ur le (liste îlot de Kulda. jnès de l'euilMniehure du Hooglev. lis étaient naturellement de sirenx de connaître d'une façon positive les intentions du .Nabab à leur énaiil, et [leisonne ne paraissait aussi bien placé quH;:stings |hiiii- tnuniir des renseignements exacts, car il était pri-einiier sur parole dans le voisinage immédiat de la cour. Il devint rirai agent diplomatique et donna bientôt des preuves éclatantes d'habileté et de résolution. La
conspiration qui, plus tard, l'ut fatale à Si i ra j :i 1 i-Dow li ■ 1 1 existait déjà, llnstmgs assista iiiiv (!élilirrri!iniis de- conspira leurs; mais le moment d'agir n'était pas encore venu, il citait nécessaire de retarder la mise à exécution du complot, et Hastings, qui, à cause de cela, était dans un péril extrême, s'eofoit à Fidda.
Peu de jours après siiu arrivée à Fidda, l'expédition partie de Madras, sons les ordres de Clive, parut dans le lloogley .-Wairen était jeune, intrépide; l'exemple du commandant qui, d'abord agent commercial de la (junpauïiie, comme il l'était lui-niéme. ai ail lté changé eu soldai par lis calamités publiques, l'encouragea probablement; il se décida à servir dans les rangs de
quel; mais l'œil perçant de Clive découvrit bientôt que ht léte du jeune volontaire serait plus utile que sou bras. Ijuaml, à la suite de la bataille de Plassej, Meer-Jaflier lut proclamé Nabab du
Bengale, Hastîngs lui désigné p ■ résider à la eour du nouveau
souverain en qualité d'agent de la Compagnie.
11 resta à Moorsbedabad jusqu'en 1761, époque à laquelle il lut nommé membre du Conseil, et fui., eu conséquence, forcé d'habiter à Calcutta, C'était pendant la période comprise entre la première et la seconde administration de Clive, pendant la période où fui laile à la réputation de la Compagnie des Indes Orientales une tache que de longues année?, d'un régime jiMe et liumain non) pas encore eiiliêrcmi'iit itlacée. 11. Vansitart. le gouverneur, élaii à la tète d'un gouvernemenl nouvellement rnn-lilué et inégulier. 11 y avait, d'un côté, une bande de fonctionnaires anglais, audacieux, inlelli^enls. avide- de richesses; de l'autre, une immense population native, timide, sans protection, accoutumée à plier sons l'eppression. Empèehei' la race la plus faible de devenir la proie de la race la plus forte élail une entreprise difficile pour quiconque ne possédai! pas les talents et l'énergie, de Clive. Vansitart était, avec de b. mios intentions, un gouvernant incapable et irrésolu, La caste dominante ne recula naturellement devant aucun excès, Pt l'on vil alors, , e que nous crayons le plus affreux
sables, ait moins siilfk.iiti'-, pour pn'-envi la puciélé des dernières horreurs de la misère. Il vient un moment où les inconvénients de h soumission sont |ih» grands que cens de la résistance, où 1,1 rraînto elle-même inspire nue es; oce de courage, où des mouvements coiivulsil's, suscites chez peuples par la rage et le désespoir, avertissent les tvraus qu'd ne laul pas trop présumer de la patience Inmiiiine. Mais, contre un mauvais gouvernement tel que celui qui allligeait alors le Itin^ilc, il était impossible de lutter. L'intelligence supérieure el lY-neigie Ai- l;i caste dominante rendaient son pouvoir ii nsistible. Lite guerre de Bengalais contre de. Anglais était analogue à une guerre d'agneaux contre des loups, d'hommes contre des démons. La modération, la clémence, la générosité politiquedes conquérants, étaient les seules gamnties que passent avoir le. vaincus, ci plus tanl ces garanties ne leur tirent pas ilélàut; mais la puissance anglaise se montra, d'abord parmi eux, sans être accompagnée de la moralité anglaise. Il y eut un iuleivalle entre le temps où ils devinrent nos sujets et celui où nous commençâmes à comprendre que nous
daut cot intervalle l'unique préoccupation d'un employé île la linmpagmc était d'extorquer au\ natifs cent ou deux cent
de la chaleur, se marier avec la tille d'un pair, acheter (les bourgs pourris dans le ùirniMill et donner des bals dans Sainl- James- Square, lie la conduite d'1 Listings à cette époque ou sait peu de chose; mai.; on doit considérer comme honorable pour lui le peu qu'on en sait et le peu de circonstances qu'on en connaît. Il n'était pas eu position de protéger les llauïs, il lie pouvait que s'abstenir de les piller et de les opprimer, et cela, il parait l'avoir Tait. U est certain qu'à celte époque il resta pauvre, et il est non moins certain qu'en agissant avec cruauté et impro-
W AS BEN ï ASTI SCS,
bité il mirait pu laidement s'ciiridiir. 11 est certain qu'on ne l'accusa jamais d'avoir pris pari ans abus niants qui régnaient alors, et i! est à peu pris aussi certain que, s'il avait pris paît a ces abus, les ennemis ingénieux et implacables qui, dans la suite, l'attaquèrent, n'aillaient pas manqué de constater sa culpabilité et. de ia divulguer. 1,'euquètc minutieuse, sé\èrc, et même malveillante à laquelle lut soumise sa vie publique tout entière, enquéïe, S notre avis, -ans précédent dans Ibe-loiie de l'humanité, fut, à certains égards, avantageuse à sa réputation. Elle mil en lumière plusieurs lléiris-iue- déplorables; mais elle lui donna le droit d'être déclaré pur de taules les flétrissures qu'elle n'avait pas mises en lumière.
La vérité est que les leiitalimis auxquelles cédèrent lanl de fonctionnaires anglais, sous le gouvernement de M. Vansitart, n'avaient point prise sur les passions dominantes de Warren Haslings. Il n'était pas délicat en matière de transactions pécuniaires; mais il n'était ni sordide ni rapace. C'était un nomme trop éclairé pour regarder un grand empire comme un boucanier aurait regardé un galion. Eùt-il eu le cœur encore plus pervers, son intelligence l'eût préservé de cet excès de bassesse. C'étai", un liniiiiiie d'Kfiil sans scrupule, peut-être -an- principe ; mais c'était un bomme d'État, et non un vuleur. , ■ ' . . -
Rn 1764, Hastiugs retourna en Angleterre. Il n'avait réalisé <|u'une liès-modoslc fortune, line mauvaise gestion et des liliéralilés dignes d'éloge réduisirent bientôt à rien cette modeste fortune. Il parait s'être montré très-généreux cuver* ses parents. Il avait laissé la plus grande partie de ('eniuimios au Bengale, sans doule pour en tirer l'intérêt i suraire, que rapporte l'argent dans 1 Inde. Mais l'élévation du tain iisuroire et l'absence île sér enrité vont généralement île eanipayuic, rl Husiiius |ierdit a la. fois intérêt et principal.
Il resta qualre an; en Àn^ldi'iTe : on a peu de renseignements sur sa vie pendant ce séjour; mais on a dit. et cela est fai t probable, que les études libérales et la fréquentation des gens de S.
HISTOIRE FT CR1TIQI f-.
letlres absorbèrent vu h 1 nolalile portion de son temps. Il faut rappeler, à son honneur, qu'à une époque où les an tris employés de la Compagnie regardaient les idiomes de l'Inde rornnie des moyens de eoimminie.il ion avec les tisserands et les changeurs de monnaie, lui, qui avait un esprit élevé et accompli, cherchait (bine l'étude des langues orientales de nouvelles formes de jouis— sauces i niellée tin 11 es et nV nouveaux aperçus sur le gouvernement
Iravaus qui sortent fin rentier butin, il étnil ptiutètre disposé à e\agércr l'importa net de se?, études favori les. Il pensa ijne l'enseignement de la litLéraliiie persane gainait, avec avantage, entrer dans l'éducation libérale d on gentleman anglais, et il conçut un plan à ce sujet. On dit que l'Université d'Oxford où, depuis la
jamaiB été complètement abandonnée, -deï!iUtre le siège de lin-
tlcence de la Compagnie, et l'on avait l'intention d'appeler d'Orienl lea professeurs les pins lapablcs d'interpréter llaliz et Firdonsi. Ilastings s'adressa à jolmson, vraisemblablement dans l'espoir d'intéresser à ce projet ou liimunr qui jouissait de la pins liante
râblé des talents et dis connaissances île celui dont il reçut la visite. Longtemps apiès, lorsque Ilastings gouvernait l'immense population lie l'Inde anglaise, le vieux philosophe lui écrivit et
lui rappela, dans les tenues les plus flatteurs, quoique, avec Une grandi 1 dignité, leur e. urle et agréable conversa lion.
Bientôt Haslings tourna de nouveau ses regards vers l'Inde. Peu de chose l'attachait à l'Angleterre, et il avait de graves embarras pécuniaires; Il 'demanda de l'emploi à .«es anciens unirons
conseil à Madras. 11 serait iujifsle de ne point mentionner qu'llasliiigs, quoique obligé d eoiji nuter de l ;u geul[K)iH- pouvoir partir,
tkxi du sort de ses parents. Ah printemps de 1769, i! s'embarqua sur lr Djw.-dc.-i'.raftim, ni. ronimouea un voyage que devaient signaler des incidents propres à fournir lu matière d'un roman.
Parmi les passagers qui se trouvaient à bord du Dlic-dr- Grafton, i) v ;iv:iit un Allemand nu' [iiitiol'i'. Il se disait baron; mais sa position était loin d'être brillante, et il allait à Madras comme peintre de portniil , «ver ['espoir de récolter quelquesunes des pagodes i|iie le- Aillais Lignaient alors très -aisément dans l'Inde el qu'ils v dépendaient de même. I/' baron était accompagné lie sa femme, originaire d'Archangel, avons-nous lu quelque pari. Celle jeune femme qui, née son 1 le cercle arctique, devait un jour jouer le rôle de ri'ine sons le tropique du (Mineur, était nue agréable personne : elle avait un esprit cultivé et des manières Abusantes mi plus Mut [mini . Klle méprisait cordiale-
raconter le prouve assez. Hastings, dont la conversation l'intéressa, eut pur «lie il-'* attention- qui l.i rkna lurent . I,;i -ilsi il [un était en vérité péritteuse. Un ra'wMau faisant la traversée de l'Inde est, plus qu'aucun nuire lieu, favorable à la formation soit d'amitiés intimes, soit d'humiliés morlcllos. Il y a peu de gens qui ne trouvent un voyagedo plusieurs mois in toi érable nient triste. Toute chose est bien venue qui peut rompre cette longue monotonie : une voile, un requin, un albatros, nu homme à la mer. Beaucoup de passagers se désennuient quelque peu en maiLgeant dcu\ l'ois plus souvent qu'à terre; niais c'o-t surloiil eu se querellant et en liant des intrigue-- plante- qu'un liiche de tuer le temps. Il est très-facile de se livrer à ces deu\ occupations émouvantes. Les habitants d'un vaisseau vivent ensemble bien pins que ceux d'une maison de campagne ou d'une pension bourgeoise. On ne peut éviter ses compagnons qu'eu s' enfermant dans une cabine oh il est a ]ieiuc pos-ihle de changer de place. T'est en commun qu'on prend sa nourriture, qu'on lait de l'exercice, l^s formes cérémonieuse- sunl absolu m oui bannies. Chaque jenr il est au
HISTOIRE FT CBITIOBB.
pouvoir d'une personne malveillante de causer d'innombrables désagréments ; cl Nique jour il est au pouvoir <l'une personne bienveillante de rendre de petits services. Il n'est pas rare qu'un malheur et un danger sérieux niellent eu lumière des beautés et des i lifl or m ilés naturrlh--. des \eitu- héroïques et des vices abjects qui, dans les rapports oriliiiuires île la bonne société, |ioiirraienl l'ester longtemps inconnus, même à des anus intimes. C'est au milieu de pareilles circonstances que nous trouvons Warren Hastiiigs et la baronne bubiilV, doués tuus deux de perfections qui eussent été remarquée» dans n'importe quelle cour d'Europe.. Le gentleman n'avait aucun eniiaL'emm! domestique, la dame était, unie à un mari qu'elle n'estimait nullement, à un mari qui luimême n'avait aucun souci de son honneur personnel. Une liaison se forma; elle fut bientôt resserrée par un incident qui se fui difficilement produit à terre. Hastnigs étant tombé malade. In
propre main les médicaments pre-trils, et même demeura près de lui dans su cabine pemlatil qu'il dormait. Bien avant que le Ducde-Grafton atteignit Madras, llasting;: était amoureux. Mais son amour avait un caractère particulier : ainsi que sa haine, que sou ambition, que tontes «es passions, son amour était vif, sans fifre impétueux, il était calme, jimfuml, aident , patient, inébranlable. Imboff eut nue cmiférence avec sa léimne et l'amant de su
au sucrés du prwè-. d qu'ils eontiiHiei-iiie.nl à viu'o ensemble tant que la sentence ne serait pas prononcée, Il fut en outre convenu qu'Hastiugs donnerait quelques preuves 1 1 ès-palpables de Sa gratitude; qu'aussitôt le m;iriaf:e annulé, il épui^eiait ia baronne et qu'il adopterait les cillants qu'elle avait eus d'Inilioff.
Nous ue sommes enclin à juger sévèrement ni Hastings ni la baronne. Certes, bien des choses atténuent leur faute; mais nous ue pouvons nullement être d'accord avec le révérend H, f.lcig.
qui pousse la partialité jusqu'à déclarer « sage et judicieuse » la conduite il'ImbofT, conduite dont la bapsesse es) la meilleure excuse pour les amants.
A Madras, Hastings trouva le commerce de la Compagnie en complète désorganisation. Ses propres goûts l'auraient plutôt porté à s'occuper J'aN'aires politiques que d'idfaires commerciales! mais il savait que les laveurs <h> -es i nnimeltants dépendaient princi paiement du chiffre de leurs dividendes et que le chiffre de leurs ilivnlciiilc- dépcu'hiit ;u mripidement de l'état des adjures commerciales. Il résolut en conséquence, avec gronde raison, de consacrer pendant un certain temps les forces de son vigoureux esprit à la direction de ces aflîiire.- qui avaient été fort négligées depuis que les emploie- de ! . ■ Compagnie, cessant d'êlre des commis, étaient devenus des soldat- et îles diplomates.
En très-peu de mois il eilcrtii e importante réforme. Los
directeurs lui notifièrent leur liante approbation, et furent si contents de sa manière d'agir, qu'ils se décidèrent ;'i le placera la téte du gouvernement ilii iloiieale. Au commencement de 1772,
poste. Les ImbolT, qui étaient encore mari et femme, l'accompagnèrent et vécurent îi f.alcutla, u dan- les mêmes conditions siiges et judicieuses, t — nous citons les paroles de H. Gleig, — ilans
lesquelles ils avaient déjà vécu pundaul plus île deux an*.
Lorsque Haslir : ^s fut appelé à présider le Conseil, le Bengale était encore gouverné suivant le. sjslè.me adopté par Clive, sjv lème qui avait peut-être été habilement choisi pour facililer cl dissimuler une grande lévclulnni, mais qui, du moment où celle révolution était complète et invMicable-, ne pouvait avoir que des inconvénients. U j avait deux gouvernements, le réel et l'apparent : le pouvoir suprême appartenait à la Compagnie, et c'était en vérité le pouvoir le plus despotique qu'il fût possible d'imaginer. Les Anglais, maîtres du pays, n'a» aient pas d'autre frein que leurs propres sentiments de justice et d'humanité. Il n'y avait aucun moyeu constitutionnel de mettre obstacle à leurs vo-
lontés, et c'est en vain qu'on aurait essayé île leur résister. Mais le? Anglais qtniiqiie loiit-pui-sants en réalité, ne s'étaient point encore appropriés les signes cvténeuis de l;i souveraineté. Ils possédaient leur territoire connue vassaux de la couronne do Delhi; ils percevaient leurs revenus comme collecteur nommés par la commission impériale; ils avaient les armes impériales gravées sur leur sceau public et ils ne frappaient monnaie qu'an coin impérial.
Il y avait encore un Nabab du Bengale qui se trouvait, à l'égard des dominateurs anglais de son pays, dans une position identique à celles où furent Auguttuk à l'égard d'O.loacre et les derniers Mérovingiens à l'égard de Charles-Marie! et de Pépin. Il vivait à Moorshedabab au milieu d'une magnificence royale. On ne l'approchait qu'avec des démons! râlions de respect, cl sou nom figurait dans les actes publics. M.iis il avait moins de part au gouuement effectif de sa patrie ([ne le plus jeune sciïbe ou le plus jeune cadet au service de la Compagnie.
Le Conseil anglais qui représentait la latuipagnie à Calcutta avait mit! organisa! mu li's-Ji Hercule h t e- ceiic qu'il a reçue depuis. Aujourd'hui le gouverneur est pourvu d'une autorité absolue relativement à toutes les mesures executives. Il peut déclarer la guerre, conclure la pais, nommer ou révoquer les fonctionnaires publics contrairement à l'opinion unanime de ceux qui siègent au Conseil avec lui. Ceux-ci ont, ii est vrai, le droit de connaître et de discuter tout ce qui se fait, de donner des avis, de faire des remontrance*, d'envoyer îles piul relations eu Angleterre; mais c'est le gouverneur qui exerce le pouvoir suprême et c'est sur lui que pèse toute la responsabilité, flous pensons que ce mode de gouvernement, établi parMM. Pitt et Duudas malgré la violente opposition de H. Bnrke, est de tous points le meilleur qu'on puisse concevoir pour nu pays où l'on ne saurait découvrir un seul des éléments nécessaires à l'établisse nie lit d'institutions représentatives. Du temps il'Haslings, le gouverneur ne disposait que d'un vole au Conseil, el en cas de partage égal des snf-
frages, ce vote était prépondérant. Il arrivait donc assez fréquemment qu'il avait le dessous dans les plus graves questions, et il était possible que pendant des années entières il lut exclu de la direction réelle des affaires publiques.
Les fonctionnaires anglais du fort William n'avaient apporté jusqu'alors que peu on point d'atleulnui au gouvernement intérieur du Bengale. [ . i ■ s négociation-- avoo les princes natifs étaient les seules questions politiques dont ils -'m'en passent activement. Ils n'avaient pour ainsi dire nul souci de la police, de l'administration de la justice, des détails de In perception de l'impôt. Il est à remarque] 1 que les i uiplnvés de la Communie ont encore dans leur phraséologie des restes de cet élal de clioses. Même aujourd'hui i politique" leur parjiit siuoiivnit'. de diplomatique el ils Se servent indifféremment de l'un el de l'autre mot. Nous pourrions nommer un gentleman encore vivant, désigné par les plus hautes autorités comme un fonctionnaire public cmiiicut, des plus propres à ùlrfi mis à la tète de l'administration intérieure d'une présidence, mais malheureusement tout à fuit ignorant des affaires politiques.
I n premier ministre naiil', qui résidait à Moarshcdabad, était commis, parles dominateurs anglais, au etmvei iiement intérieur du Bengale. Il ne lui élait permis d'interu'iiir ni dans les affaires militaires ni dans les affaires étrangères, sauf en ce qui concernait le simple cérémonial ; mais il avait la direction absolue deautres département- iiiluiinii-tulifs. 11 recevait près de cent mille livres sterling de. traitement annuel et retenait une grande partie du traitement |iersonne! des Nababs, qui était de plus de troi> cent mille livres et passait par ses mains. Ce liant runcliunnahe était chargé de la perception di: l'impôt, de l'i.ilm itiistral ion de la justice, du maintien île l'ordre, elil n'élait responsable de l'exercice de son immense pnnvtir qu'envois les maîtres anglais du pays.
Une po^ilian ans-i importante, aussi lucrative, aussi splendide, excitait naturel Icmri il l;i convoitise dis edifs les plus éclairés et
les plus puissent;. Clive avait trouvé dillieile de décider eulre les prél en lions rivales, lieux candidats, [icisotiniuaul cliacim une race et une religion, surgissaient île la foule.
L'un était Mahomed Rfza-Klian, musulman d'origine persane, intelligent, actif, religieux à la manière desa nation et fort estime de celle-ci. En Angleterre il aurait peut-être été regardé comme un politique avilie et corrompu ; mai?, jugé suivant les principes
liomme intègre et honorable.
Son compétiteur était un bralimine liiiulou, le Maharajah Xutleumar dont le nom est, grâce à un terrible et triste événetneul, insé|iarabl émeut associé à celui île Warreu Haslings. Cet homme avait joué un rôle important dans toutes les révolutions ijuj avaient en lieu au lienyalc depuis le leui|>s Je Surajali-l>n«lah. A la considération qu'onlrauHaiLcucc pays la supériorité et la puretéde la ciste, Il joijniail le poids ipii résulle de la richesse, des talents, lie l'expérience. Il est dil'lieile de donner une idée do son curaetèro moral à ceux i|tii ne connaissent la nature humaine que telle qu'elle apparaît dans notre île. Ce ipie l'Italien est à l'Anglais, ce que l'Hindou est à l'ILilieu, ce que le Beuglais est aux a h tris* Hindous, N'uiicomar l'était aux autres Bengalais, i.c Bengalais, d'une complétai fiible d iinjuie féminine, vit dans un perpétuel baîu de vapeur, ses habitudes sont sédentaires, ses membres délicats, ses mouvements languissants ; Il a été pendant plusieurs siècles feulé aux pieds par des hommes d'une race plus robuste 1 1 plus hardie. Le courage, l' indépendance, la véracité, sont des qualités faulemuiil anli|>atliii|ui>s à sa constitution et à sa situation. Son esprit ressemble beaucoup à son corps. Il esidela dernière pusillanimité dans les circonstances qui exigent une énergie virile; mais son tael el s i souplesse éditent chez les enfants de climats plus rudes une admiration qui n'est pas exempte île mépris. Tous les artiliecs qui servent de défenses naturelles au Mille sont plus familiers à cette race subtile qu'aux Ioniens du temps de Juvéuid ou qu'aux juif- du unr.cn âge. Ce que les
WABREN H.1STISGS.
cornes sont au buffalo, ce que les griffes sont au tigre, ce que l'aiguillon est à l'abeille, ce que lu beauté, selun la vieille clianson grecque, est a la femme, la ruse l'est au Bengalais. De pompeuses promesses, de mielleuses, excuse-, d'ingénieux mensonges laborieusement combiné?, la chicane, le parjure, le faux, sont les armes offensives et défensives du peuple du bas Gaugc, Ces liorames, que l'on compte par millions, ne fournissent pas un seul cipaye aux armées de la Compagnie; mais, comme usuriers, changeurs de monnaie, et plaideurs retors, il n'y a pas d'étrm humains qui puissent leur être comparés. Le Bengalais, avec toute sa douceur, n'est nullement oublieux de ses inimitiés ou porté à la pitié. U persévérance qu'il met à poursuivre l'accomplissement de ses desseins ne cède qu'à la pression immédiate de la terreur. Il ne manque pas néanmoins d'une espèce de courage qui souvent tàït défaut chez ses maîtres. A des maux inévitables il oppose, eu certaines circonstances, DU courage passif égal à celui que les stoïciens attribuaient au Sage idéal. Un soldat européen qui s'élance sur une batterie de canons en poussant un bruyant hurrali,crie quelquefois sous le scalpel du chirurgien et succombe au désespoir devant une sentence de mort. Mais le Bengalais qui verrait sa pairie ImuLvei sce, sa ihjisuii rédwle en cendres, ses enfants tues ou déshonorés, sans avoir la force de frapper un seul coup, est cependant capable de mourir avec autant de fermeté que Mucius, de mouler à l'écliafaud d'un pas aussi tranquille, avec un pouls aussi calme qu'Algeruou Siducy.
Nuncomar était un type par, ail, voire mène excessif, du caractère national. Les emploies de lu Compagnie l'avaient, eu diverses occasions, reconnu coupable îles plus criminelles manœuvres. Une fois il avait porté une fausse accusation contre un Hindou et avait c-suve de soutenu' suri dire en produisant des documents fabriqués ad hoc. Lue auln; fois on avait découvert que, tandis qu'il affectait le plus vif attaelienient pour les Anglais, il trempait dans plusieurs conspirations dirigées contre eux, et eu particulier était l'intermédiaire d'une cor répond au ce entre la
cour de ballii al Lis autorités J'r;i iii^msos du Carnatic. Ces méfaits et différantes pratiquer analogues lui avaient valu une longue captivité; mais son crédit cl ses talents lui avaient fait obtenir sa mise en libellé, et, de plus, lui avaient donné liiil 1 certaine importance même an\ veux ih ~ dominateur.- ifluis de sou pays.
Clive aurait été livs ilésirro\ ils; ut pas placer nu musulman à la tète de l'ad mini -I rat iuti du l'i'iiialu. Cependant il avait Cumpris combien il était difficile de confier un pouvoir immense à un homme dont lu détestable n'iMitation avait sr.si ivtiit occupé le public d'Angleterre. Aussi, quoique le Nabab, sur lequel l'intrigant Nuncomar avait acquis uni.' grande influence, demandât que l'artificieux Hindou lut chargé du yoiiM i iLL iui'Ei! , Clive, après quelque hésitation, s'élail lion i n";1 i'ti n:n1. et sagement décidé eu faveur de Mabomed Reza-Khan qui rem plissait se. hautes fonctions depuis sept ans quand llasling- devint gouverneur. Un fils en bas âge de IHeer-Jaffier était alors Nabab, et le ministre avait été commis à la garde de la personne du jeune prince.
Nuiicomar, que stimulaient à la fois la cupidité cl la méchanceté, n'avait cessé de travailler à la ruine do son heureux rival. C'était assez facile. Sous l'administration oream-ée par Clive, les revenus du Bengale ne fournissaient pas un excédant aussi considérable
Angleterre, les idées las plus abordes relativement à la richesse de l'Inde. Les hommes d'affaires cuv-méines ne rêvaient que palais de porphyre décorés des plus magnifiques brocarts; monceaux de perles et de diamants, caves où l'on mesurait au boisseau les pagodes et les mohurs d'or. Personne ne semblait se douter d'une chose, iiéiumuiins très-vraie, à savoir, que l'Inde était un pays plus pauvre que les il' Cul epe réputés pauvres, tels que l'Irlande et le Portugal. Le- lord- de la Trésorerie cl les représentants de la Cité à la Chambre des communes avaient la ferme croyance que la Bengale nou-seidi nieiil ferait face à ses propres dépenses, mais encore donnerait de plus gros dividendes aux propriétaires d'actions de la Compagnie et viendrait amplc-
meut ;ui secours de- linan-cs anglaises. Ce fol c^paîr fui déçu, cl les directeurs prélévèrent i ta lui cl Irmcul attribuer leur mécompte ù la mauvaise :u!iim msl im r ron de Maliomed liera-Khan qu'à leur ignorance personnelle louchant le pays confié ;ï leurs soins. Ils étaient confirmés dans leur erreur par les agents de Kuiicomar, car Nuncomar avait des agents même à l.ead^n Hall-Street. Poil de temps après son arrivée à Calcutta, llastings reçut une lettre où la Cour des directeurs s'adre-sait à lui m pai liculier et non au conseil tout entier. Ou lui ordonnait de dc>liluer Maliomed Reza.
ajoutait que, pour celle empiète, le gouvernement ferait bien de recourir à l'assistance de Nuncomar. On ne contestait pas les vices de celui-ci, mais dans une pareille conjoncture, on pourrait, disaiton, tirer grand avantage de ces vices mêmes, et, quoiqu'il fût impossible de se lier à cet homme, il serait cependant convenable de l 'encourager en lui laissant espérçr une récompense- Le gouverneur n'était, nullement [mi té à la bienveillance envers
Moorshedaliad, et alors ils avaient eu ensemble une querelle, que leurs supérieurs eux-mêmes avaient en de. la peine à étouffer. Rien qu'ils différassent du caractère sur beaucoup de [>oiiiU, ils se ressemblaient en ceci, que Ions deuv avaieul un caractère implacable. D'un autre côté, llastlugs n'avait aucun sentiment d'hostilité contre Mahomod Reia-Klian. Il elu'il Néanmoins aux instructions de la Compagnie avec un zèle qu'il ne munirait jamais, sauf quand ces instructions étaient | arl'ailcmeol conformes 3 ses vues personnelles. Il avait résolu, sagement suivant nous, de délivrer le Bengale du système du double gouvernement. Les ordres des directeurs lui permettaient de réaliser son projet et l'exemptaient de la nécessité de discuter faliaire eu cuii-eil. Il prit ses mesures avec sa vigueur et sou habileté iialinaires. À minuit un bataillon de eipayes entoura le palai- 'I- .'lahmoed ilc^Kliaii j Miorshedabad. Le ministre l'ut réveillé et informé qu'il était prisonnier.
Fidèle à ta gravité musulmane, il ba:ssa h tèlo et se soumit à la volonté île Dieu. Il ne tomba pas seul. Un chef, nommé Scbitab- Roy, était gouverneur du Baliar. 11 avait donne des preuves nombreuses et éclatantes de sa bravoure et de son attachement aux Anglais. En ce jour mémorable où les habitants de Patna virent du haut de leurs remparts l'armée entière du Mugol dispersée par la petite troupe dn capitaine Knox, la voiy des conquérants anglais décerna la palme du courage au valeureux Asiatique. «Jamais, dit Knox, lorsqu'il présenta Schitab-Roy couvert de sang et de poussière aux liindioi maires anglais assemblés dans la factorerie, jamais je n'ai vu jusqu'à présent un natif combattre ainsi. » Scbituli-Roy fut enveloppé dans la ruine de Mahomed Rcza-Khan : il fut dépouillé de sa charge cl. arrèlé. Les membres du conseil ne reçurent aucun avis de ces faits avant que les prisonniers fussent en route pour Calcutta.
On ajourna, sous difiéreufs prétalis, l'enquête relative à la conduite du ministre. Celui-ci subit une détention peu rigoureuse de quelques mois. Ilasliugs eflectua pendant ce temps la grave réforme qu'il avait projetée. Il n'y eut plus de ministre; l'administration intérieure passa entre les muitis des fonctionnaires de la Compagnie. On organisa, sous la haute surveillance des Anglais, un systïjnn.' judiciaire, civil et criminel, à vrai dire Irès-im parlai t. Le Nabab cessa dès luis d avoir même une part ostensible au gouvernement; mais il conserva toujours un traitement annuel coii-
près de lui des gens qui prissent soin de sa personne et de ses biens. Une femme du liarem de son pri e, connue sous le nom de Munny-Begum fut désignée comme sa tutrice ou gouvernante : un fils de Nunramar, nommé Goordas, devin! le trésorier de sa maison. On avait besoin de Nuncomar; cependant il eût été tièsdangereux de lui confier le. pouvoir, et lla-tings pensa que ce serait mi coup de maître de récompenser le père intelligent et sans principe en donnant, an fils inolf'ciisil une position élevée.
WJRREH HASTINCS. llô La révolution ûtiiit accomplie; le tliiidilc jifinuTiicmeiit n'existait plus; la Compagnie était souveraine al^oliie (lu Bengale; Hitstinijs (t'avait aucun motif île Ici i ter durement les derniers ministres. On s'arrangea de matiièi c à ne 1rs jh^it qu'au moment où la nouvelle organisation lut complète. Ils comparurent alors devant un comité que présidait le guuvei neur. Schitah-lloy lut vite acquitté de la façon la plus lionorable. Ou lui fil de formelles excuses pour |a contrainte à laquelle il avait été soumis. On lui accorda (tuiles les marques de respect consacrées par les o-ai;es orientaux. On le revêtit d'une robe de cérémonie; ou lui offrit des joyaux, uuélé-
néreu\ esprit avail clé cruellement froissé, el peu de temps après sa sortie de prison il mourut le cœur brisé.
L'innocence île Malninieil Hc^i-Khan ne fut pas si clairement établie; mais le gouverne!!! 1 n'élail pas disposé à iircr de rigueur. A la lin d'une longue audience tn'i iVuiicumar s'était présenté comme accusateur et avait montré tout à la lois la perfidie et lu profonde rancune qui le caractérisaient, lla-tiugs déclara que les prouves manquaient à l'appui de la plainte, et il donna l'ordre de mettre le ministre déclin en liberté.
Nuncomar avait compté renverser l'administration musulmane et s'élever sur ses ruines. Sa méchanceté et sa cupidité avaient toutes deux été frustrées. Il avait servi d'instrument à Hastiugs pour transférer le gouMi'iicnienl de Moni-lio.Llj id à Calcutta, îles mains des natifs dam celles des Européens. Le rival, l'ennemi si longtemps jiilouw, si impiloyablement persécuté, avait été renvoyé sain et sauf, La charge si longtemps et si ardemment enviée avait été supprimée. Il était naturel qu'à dater de ce jour le gouverneur inspirât la plus ardente haine au vindicatif brahmine. Il était encore nécessaire île ilis-imulcr des sentiments île ce genre; mais le temps approchait où cette persévérante animosité devait aboutir à une lutte mortelle et désespérée.
Hastiugs l'ut, en même temps, oliligé de porter son attention
sur d'autres affaire:-. Su diplomate avail alors lin biiL unique ■ trouver de l'argcnl . Les (iu. n:icu'> 1 1 1 ■ -un ^nmn neiueut étaient dans une situation déploialilr, et il vouhit nirtii- d'embarras par quel- (juo moyen que ec lût, lion nu mauvais. Le principe qui dirigeait conduite à lïgan! de -es voisin- c-I litléraleuiriit Ii-rini ].'■ |i;ir la vieille devise d'une des grande- lunulli.'s ] >i kliti-dos du Teviotdale : g Tu manqueras avant que je ne manque. « 11 semble avoir admis comme propo-itmu lomlaniculalr, no pouvant être discutée, que, du moment où il n'avait pas autant de lacs de roupies que lo service public en exigeait, il (levait 1rs prendre à tout individu qui en possédait. Il Huit cependant dire une chose pour l'excuser. Les oliels suprêmes exerçaient sur lui une pression telle, que la vertu la plus austère aurait été seule, oipable d'y résister, telle qu'il ne lui restait d'autre alternative que de commettre de grands méfaits ou de renoncer à sa haute position, et par suite à toutes ses espérances île rang et de fortune. Le.- directeurs, il est vnii, n'ordonnèrent ni n'approuvèrent jamais aucun crime; loin île là. IJuieonque examine les lettres (-cri les par en à cette époque y rencontre beaucoup d'opinions justes et humaines, beaucoup de préceptes excellents, bref mi admirable rude de inonde politique. Mais une demande d'argent modifie ou annule chaque exhortation, « Gouvernez paternellement, et envoyez plus d'argent. Ayez dans vos rapports avec les puissances voisines des procédés strictement équitables et modérés, et envoyez plus d'argent. » Ces. paroles sont en vérité le résumé da la plupart îles instructions qu'llaslings reçut jamais de la métropole. Au fond, ces iii.-trutlious, si on les interprète, signifient simplement : s Soyez le père et reppre^-eur du peuple; soyez juste et injuste, modéré et rapaee. c Les directeurs en usaient avec l'Inde comme l'Église eu usait, au bon vieux temps, avec les hérétiques. Ils livraient la victime au bourreau et priaient instamment ce dernier de montrer à lu victime foule la tendresse possible. Nous n'accusons ni ne soupçonnons le moins du monde les auteurs de tes dé pèches hypocrites. Écrivant àquiracmille milles de l'endroit on leurs ordres devaient être exécutés, ils ne s'aperce-
WÀltREH HAST1S6S,
valent probablement jamais de la grossière iiifjiiisoquence dont ils se rendaient eou|>ables. Mais leur inconséquence devenait manifeste pour Icni' I Lfu tt-L t à Calcutta, lui qui, avec un trésor
vide, line armée non pavée, un traitement personnel souvent arriéré, des récoltes manquaient, ilr- Iciuneici'i. qui journellcment prenaient la fuite, était requis d'envoyer sans faute à la métropole un autre demi-million. Ilastings comprit qu'il devait nécessairement ne pas tenir compte soit des discours moraux, soil des réquisitions pécuniaires de ses supérieurs. Foret: de désobéir en quelque chose, il avait à examiner quelle espère de désobéissance lui serait pins aisément pardonnée, et il jugea sainement que le parti le plus sùr serait de négliger les sermons et de cIiitclier les roupies.
eîers du gouvernement. Le traitement annuel du Nabab du Benpale était de trois cent vingt mille livres : d'un seul coup il fut réduit de moilié. I,a Compagnie avait pris l'engagement de payer chaque année au Grand Mngul trois crut mille livres comme hommage pur les provinces (pli avaient été confiées à ses soins, et elle avait abandonné à ce prince les districts de Corail et d'ANahahad. Sons prétexte que le Mneol n'était, pas viril iibiement indépendant et qu'il servait simplement d'instrument à quelques individus, Hastings résolu! de retirer ees concessions. Il déclara en conséquence que don'na vu ut 1rs Anglais ne paveraient pins letribul, etil envoya des troupes cviiper Allaliahad et Corail. Ces villes étaient situées de manière que leur consrrviilinu aurait offert peu
d'avantage et aurait entraîné be 'imp de dépense. llastings qui
avait besoin d'argent et non de territoire -e déterminai les vendre. Il avait un acquéreur. Lors île la dissolution générale de l'empire mogol, la riche province d'Onde était [omk : e en partage à la noble famille musulmane qui l.i gouverne eie oiv. 11 j- a vingt ans environ celte famille se qualifia de royale avec la permission du gouvernement anglais; mais au temps d'Haslings les inabométans de
11,1 niSTOlilE ET CRITIQUE.
l'Inde auraient vu dans ud acte de ce genre une monstrueuse impÎL-U". Le prince d'Onde, bien qu'il en cilt le pouTOir, ne se hasardait pas à prendre lu litre de souverain. A ta dignité de TSiiIii.il » ou lice-roi il ajoutait celle de vizir de la monarchie do l'Hindoslan, de même qu'au >is>clo dernier les électeurs de Saie et île Brandebourg, quoique indépendants de l'empereur et souvent en guerre avec lui, étaient fiers de porter le titre de griuid chambellan et de grand maréchal. Surajah-Dowlah, alors Nabab-Vizir, était dans d'excellents tenues avec. lesAuglais. Il possédait, un trésor considérable. Allaliiibad et Curai i pouvaienl, à cause de leur position, lui être utile, et la Compagnie n'avait aucun intérêt à les garder. Le vendeur et l'acheteur s'entendirent bientôt, et les provinces qui avaient été enlevées an Mngol furent réunies ai[ gouvernement d'Oudc moyennant près d'un demi-million sterling.
Mais le vizir et le gouverneur avaient à régler mi autre point, plus important encore. Ils allaient décider du sort d'un peuple brave, et la manière dont fut tranchée la question a laissé une tache ineffaçable sur la renommée d'Hastings et sur celle de l'Angleterre.
Les peuples de l'Asie centrale avaient toujours été aux habitants de l'Inde ce que les guerriers nés dans les forêts de la Germanie furent aux sujets de la monarchie romaine en décadence. L'Hindou, au corps grêle, au caractère sombre et timide, redoutait infiniment les muselés vigoureux et l'esprit énergique de la belle race qui habitait de l'autre cùlé des Passes. H y a quelque raison de penser qu'àune époque antérieure an début de l'histoire régulière, les peuples qui pal laieiit le sanscrit, celle langue riche et flexible, quittèrent les régions située, bien au delà de l'Hypbasis et de l'Hjstospe et imposèrent leur joug aux enfants du sol. Il est certain que durant les dix derniers siècles des envahisseurs descendirent à plusiems reprises des contrées occidculales en llindoslan, et jamais les conquérant- ne reculèrent vers l'Ouest avant celte mémorable campagne où la crois de SainUieorgcs fut plantée sur les murs de Ghiziii,
Les empereurs d'ilindostau vinrent du versant opposé de la grande chaîne de montagnes, et ils ont toujours recruté leur armée chez la race raillante et hardie à laquelle appartenait leur illusfrc famille. Parmi les aventuriers qui, des régions voisines du Cablml du Guiilahar, turent ait iris fuis le- étendards In Mogol, se faisaient surtout remarquer plusieurs bandes de soldats courageux portant le nom de liohillas. En récompense de leurs services ils avaient obtenu de vastes étendues de territoire, des fiefs de la lance, si nous pouvons employer une expression rappelant un état de choses analogue, dan. (rite plaine fertile, à travers laquelle leur Ramgiwga, ileseciulu des liautcurs neigeuses de Kumaou, va rejoindre le (lange. Au milieu de ia confusion générale qui suivit la mort d'Âurungzeb, la colonie guerrière devint virtuellement indépendante. Les Rohillas se distinguaient des autres habitants de l'Inde par la beauté particulière de. leur
leur bravoure à la guen e, par leur habileté dans les arts de la paix. Tandis que l'anarchie s'étendait de Lahore an capComorîn, leur |iays jouissait d'un calme bienfaisant que sauvegardait la valeur militaire. Ils s'admiti neiit à l'agriculture, au commerce, et ils ne négligeaient ni la rhétorique ni la poésie. Beaucoup de personnes encore vivante, oui. entendu de, vieillards parler avec regret des jours fortunés où les princes afghans régnaient sur la vallée de liohilcund. Siiriijali-llovïlali avait un vif désir d'aduler ce i 11 lie district ;'i -a |:i iuei|iauté. Il u'avail in dirai, m apparence de droit. Ses prêtent rutis n'étaient à aucun égard plus fondées que celles de (iatliuriiie sur la Pologne, où celles de la liimille Bonaparlc sur l'Espagne. !.es Rohillas possédaient leur territoire exactement au même titre qui' lui possédait le sien; ils avaient bien mieux adininislré co territoire que lui n'avait jamais gouverné ses États; puis ils n'étaient pas nu peuple qu'il fût trèsprudent d'attaquer. Ils habitaient une plaine, à la vérité, ouverte et dépourvue de défenses naturelles; mais le généreux sang afghan coulait dans leurs veines Cunuie soldats ils n'avaient pas
la solidité qu'on ne rencontre guère qu'en compagnie d'une sévère discipline; niais leur impétueuse valeur avait été éprouvée sur pins d'un champ de bataille. On disait que leurs chefs, coalisés contre un danger commun, pouvaient mettre quatre-vingt mille nommes sur pieil. Surajah-IWlah les avait vus à l'œuvre et il hésitait, non suis raison, à leur déclarer la pierre. Il n'y avait dans l'Inde qu'une armée, qu'une seule armée, à laquelle ces lières tribus caucasiennes l'ns-ent incapables de résister. Il avait été surabondamment démontré que ni îles liii'ces décuples ni l'ardeur martiale des nations les plus hardies de l'Asie ne pouvaient balancer la science ci l'intrépidité anglaises. Liait-il possible, moyennant finance, il i il it i -ni >■ iln goim'a uciir du Bengale qu'il mît à la solde d'aulnii l'invsisliblc énergie du peuple maître de l'empire, l'habileté en lace de laquelle les chefs les plus expérimentés de l'IImdostan devenaient aussi faibles que des enfants, la discipline qui avait si souvent triomphé des efibrls frénétiques du fanatisme et du désespoir, l'indomptable courage britannique qui n'est jamais si ferme, si obstiné qu'à la fin d'une journée douteuse et meurtrière ?
Voilà la question que fit le vizir : Hastings répondit d'une manière affirmative. Le marché l'ut pnimpteiiient conclu. Chacun des négociateurs avait ce, qui manquait à l'autre. Hastings avait besoin d'argent pour faire marcher le gouvernement du Bengale, pour envoyer des excédants à Londres, cl. Surajah-Dowlah possédait un revenu considci alile. Surajali-lloulali voulait subjuguer les Rubillas, et Hastings avait cuire les mains la seule furce qui pouvait subjuguer les Roliill.is. Il fut convenu qu'une armée anglaise serait mise S la disposition du Nabab-Vizir : qu'en échange celuici donnerait quatre cent mille livres sterling et se chargerait de l'enl retie.n des troupes [.anl qu'elles sciaient à sou service.
u Je ne puis véritablement apercevoir, dit le révérend M. Gleig, a quel point de vue, soit de justice publique, soi! de justice morale, ecltc transaction mérite d'èlre taiée d'infâme, » Si nous comprenons la signification îles mots, il es! infâme de commettre
WAHREN 11 ASTI Ni; s nu
«rengager une guerre sans provocation. A celte guerre, en pai 1 ticulier, il lie manquait pour ainsi dire pas une circonstance aggravante. Voici tpiel était le hul rie la guêtre contre IcsRohillns: priver d'un lion gouvernement niii' ( icipi i lut ioti nombreuse qui ne nous avait jamais fait le moindre niai cl la placer malgré elle vnis le plu* i \éiT ible (L> ^:tll ii ■i rrcnn ■!](.: rirais rc pa- ti.int
encore. L'Angleterre tombait de la sorte bien ait-dessous de ces petits princes allemands qui, à la même épique, nous vendaient" des troupes pour uoinLultrc les Américains, Les marchands île hussards de liesse et d'Anspaoli avaient au moins l'assurance que leurs soldats prendraient part à des expéditions menées conformément aux règles rie la guerre civilisée. Dans la guerre des Rohillas devait-il vraisemblablement en être de même? Le gouverneur stipula- 1- il qu'il eu serait ainsi'? Il savait bien ce qu'était la guerre dans l'Inde. Il savait bien i|iie, selon toute probabilité, on abuserait atrocement de (a forée qu'il niellait outre les mains de Surajah-Dowlah, et il neigea aucune garantie, aucune promesse qu'il n'eu serait point abusé; il ne se réserva même pas 'e droit de retirer son appui en cas d'abus trop criant. M- Gloig reproduit l'absurde oscrise donnée |iar le major Scutt; à savoir qu'Hastings est ju-filié d'avi.iir prèle dis troupes anglaises pour le massacre des Rohillas, vu que les Rohillas n'étaient \m de race indienne, mais des colons venus d'un pays lointain. Qu'étaient les Anglais eux-iuèrur-V Klail-ce à eux de prêcher l'expulsion de tous les intrus occupant les plaines arrosées par le Gange? Leur on venait-il de prélcialn: ipi'un éf ranger élablissant sou autorité dans l'Inde est un oi/nd hijmiv.m '.' tjn'aiiraient-ilsdit si quelque autre puissance avait, sous un pareil prétexte et sans la plus légère provocation, attaqué Madras un Calcutta? Il ne manquait qit'mie défense de ce genre pour rendre complète l'infamie du marché. L'atrocité du crime et l'hypocrisie de l'excuse sont digues l'une de l'autre.
Une des trois brigade., qui ei.nnpusjieiit l'année du Bengale
HlSTOlnB ET CRITIQUE.
alla, sous les ordres du colonel Champion, rejoindre les troupes dcSurajah-Dowlah. Les Itohillas se plaignirent, supplièrent, oll rirent une forte rançon, mais en vain. Ils résolurent de se défendre jusqu'à la dernière extrémité; un combat sanglant fut livré, o L'ennemi, dit le colonel Champion, fit preuve d'une certaine connaissance militaire et il montra une fermeté, une énergie, une obstination des plus remarquables, i Le lâche souverain d'Oude s'enfuit du champ de bjlisille; le* Anglais restèrent seuls, mais leur feu et leurs charges furent irrésislibles. Ce ne fut cependant que lorsque les chef- les plus distingués furent tombés en combattant bravement à la tète de leurs soldats que les rangs des Rouillas se rompirent. Le Nabab-Vizir et sa racaille reparurent à ce moment, et se hâtèrent de piller le eamp des vaillants ennemis qu'ils n'avaient pas ose regarder eu face. Les soldats de la Compagnie, habitur-, à une stricte discipline, fardèrent un ordre l>arfait, tandis que leurs indignes alliés pillaient les lentes; [nais en c]ileudil plusieurs vois s'écrier : s Nous avons eu toute la a peine, el ires coquins vont avoir tout le profit. »
Les horreurs de la guerre indienne se déchaînèrent alors sur les belles vallées et les riches cites du Rohilcund. Tout le pais fut en feu. fins de cent mille individus abandonnèrent leurs
la lièvre, le voisinage des tigres, à lu tyrannie île celui auquel un gouvernement anglais et chrétien avait, pour un lucre honteux, vendu leur substance et leur sang, l'honneur de leurs femmes et de leurs filles. Le colonel Champion lit des remontrances au Nabab-Vizir et envoya au fort William de véhémentes représentations; mais le gouverneur n'avail stipulé aucune condition quant à la manière dunl la guerre serait conduite. Il ne s'était inquiété de rien autre chose que de ses quarante lacs, et, bien cju'ïl désa|>prouvàt peut-être la sauvage barbarie de S'iracih-llowlah, il ne se crevait le droit d'intervenir que par des avis olûcieuï. Cette délicatesse excite l'admirai ion du révérend biographe. « M. Hastings ne pouvait dicter lui-même ni permettre au commandant des
troupes de la Comptine tic dieler au N;dîjb comment la guerre devait être conduite, n Non certes! M. Hastings avait seulement à dompter par In lorrr brutale les courageux ellbrts d'hommes innocents combattant pour leur liberté! La résistance militaire
les bras et à devenir simple spectateur pendant qu'on incendiait les villages des Rohillas, qu'on massacrait leurs enfants, qu'on violait leurs iènimes. M. Gleig souliendra-t-il sérieusement celte opinion? Est-il une règle plus simple que celle-ci : Quiconque donne volontairement à un autre un pouvoir absolu sur des êtres humains est dans l'obligation de. veiller à ce qu'on n'abuse pas avec barbarie d'un pareil pouvoir. Uns nous demandons pardon à nos lecteurs de discuter une chose si évidente.
Nous avons hâte d'en finir avec cette triste cl honteuse histoire. La guerre cessa, la population la meilleure île l'Inde fut soumise à un tyran lâche, avide et cruel. Le commerce et l'agriculture languirent. La riche province qui avait excité la cupidité de Surajah-Dowlah devint la partie lu plus misérable de ses misérables États. Cependant In nation si indignement traitée n'a point disparu. A de longs intervalles brillent des éclairs de SOU ancien esprit, et même aujourd'hui la bravoure, le respect de soi-même, un sentiment chevaleresque, rare chez les Asiatiques, un amer ressouvenir du grand crime de l'Angleterre, caractérisent celle noble race afghane. De nos jours on regarde les liohillas comme étant de tous les «payes cens qui manient le mieux l'arme blanche, et un homme très-bien placé pour tout étudier remarqua récemment que c'est parmi eu\ qu'on rencontre les seuls natifs de l'Inde auxquels la qualification de « gentleman » puisse (':rc appliquée avec une parfaite justesse.
Quoi qu'on puisse penser de la moralité d'Hastings, on ne saurait nier que les conséquences financières de sa politique firent grand honneur a ses talents. Moins de deux ans après son entrée en fonction, il avait expédié ans directeurs un million comptant, et sans imposer aucune charge nouvelle aux peuples soumis à son
autorité, il avait augmenté le revenu annuel de la Compagnie d' environ quatre cent cinquante mille livres. 11 avait en outre débarrassé les finances du Bengale dis frais d'entretien militaire, s'élevant par an à pré- d'un quart de million, que désormais le Nabab d'Onde en! à payer, Il est impossible de contester que de lels résultais, s'ils avaient été obtenus par des moyens honnêtes, lui auraient donné des droits à la plus vive reconnaissance de sa patrie, et qu'en dépit des moyens par lesquels ils furent obtenus ils prouvent qu'llasl.iugs avait de grands talents pour l' administration.
Il y avait en ce même temps au Parlement de longues et graves discussions sur les ali'aircs asiatiques, l'eiulanl la session de 1773, le ministère île lord Nortli fil ;idupler de.s mesures qui modifièrent profondément l'organisai ion du gomornciucut indien. La loi comme sous le nom de ïiegulating Act décida que la présidence du Bengide exercerait mi contrôle sur toutes les autres possessions de la Compagnie; que le chef de cette présidence prendrait le titre de gouverneur général; qu'il serait assisté par quatre conseillers, et qu'une eour suprême de justice, composée d'un Chief justice cl de trois juge-, intérieurs serait établie à Calenlla. Celte cour, déclarée indépendante du gouverneur général et du Conseil, fut pourvue d'une juridiction civile et criminelle, Unit à la fois fort étendue el indéfinie .
Le gouverneur général et les conseillers furent nommés. Ils devaient être installés pour cinq ans. Hastings fut le premier gouverneur général. Un. des quatre nouveaux conseillers, M. Earwell, excellent Idurl.ioimaire rie la Compagnie, était alors dam l'Inde; les trois autres, le général Clavering, SI. Monson et M. Francis ; furent, envoyés d'Angleterre.
Philip Francis était, sans coulrcdil, le plus capable des nouveaux conseillers, Ses compositions connues prouvent qu'il avait une éloquence supérieure et des connaissances étendues. Plusieurs années passées dans les fonctions publiques lui avaient donné l'habitude des affaires. Si*, ennemis n'ont jamais nié qu'il
wAiHEii ihstisgs. m
eût un esprit mille et hardi, et ses amis, nous le craignons, doivent avouer que son estime Je lui-même était poussée jusqu'à la folie, que son caractère était ira-cible, que ses procédés étaient souvent rudes el brusques, qui; se- inimitiés étaient d'une eslréiue violence et d'une longue durée.
Il n'est guère pr.s-ablc d'écrire le nom de cet Ijomnie éminent sans s'arrêter un instant à la question que ce nom suggère à loiit le monde : fitait-il l'auteur des lettres de Junius'.' Nous avons la ferme croyance qu'il l'était. L'évidence en est telle, |ie usons- lions, qu'elle aurait siitli pour le pronom •'■ d'un venliel dans un procès
exactement l'écriture por-mmelle île Francis un peu déguisée. — Quant à la position. ans occupation-; el ;m\ relations de Junius, voici les détails les plus importants, et on peut les considérer comme clairement démontrés : 1° il était très au fait des formes officielles du bureau du secrétaire d'État ; 1" il était très au fait des affaires du bureau de la guerre; 5" pendant l'aimée 1770, il suivît les débats de In rhamhrr des lords el pi il des notes sur les discours prononcés, en particulier sur cens de lord Chatliam;
4° il vit avec un déplaisir mêlé dr 1 ic cl d'envie la nomination
de M. Charnier à la plaie de Député secrétaire de la guerre; 5° il avait des rapports fréquents et intimes avec le premier lord Hollaud. Francis, de son cfilé, passa quelques années dans les bureaux du secrétaire d'État ; il fut ensuite commis principal an bureau de la guerre; il rappela plusieurs ibis qu'il avait entendu en 1770 les discours de lmd Clialli.im, et. quelques-uns de ces discours ont été plus tard imprimés sur ses noies; il se démit île sa place de commis au bureau de la guerre par ressentiment de la nomination de M. Charnier; enlin ee fut ^ràee à lord Hollaud qu'il entra pour la première fois dans les sen ices publics. Maintenant, ces cinq particularités se rencontrent en Junius; elles se rencontrent aussi toutes cinq eu Francis; nous ne pensons pas qu'on puisse rencoiitrer plus de deux d'entre elles en quelque personne que ce suit. Si cet enchaînement de propositions ne
Les preuves intrinsèques nous semblent conduire au même résultat. Le style de Francis offre beaucoup d'analogie avec celui deJunius, et, contrairement à l'opinion générale, nous ne sommes pas disposé à admettre que les travaux connus de Francis soient tout à fait inférieurs aux lettres anonymes. En tout cas, l'objection, basc^siu'l'itifcriorilé, peut cire présentée avec non moins de force contre les autres auteurs présumé*, suif contre Burkc, et ce serait perdre son temps que du divn nmf j-oi- que Burke n'était point Junius. D'ailleurs, quelle conclusion peut-on tirer de la simple infériorité V Tout écrivain doit produire la meilleure œuvre dont il soit capable ; mai- il est possible que la distance entre son premier chel L d'< ouvre cl son second cl ici-d' œuvre soit en vérité très-grande, Personne ne dira que les meilleures lettres de ■limita -eut [ilns éi iileiuinenl supérieures au* ouvrages connus de Francis que trois ou quatre tragédies de Corneille, trois ou quatre comédies de Ben Joliusou, ne le sont au reste de leur théâtre; que le Pilgrim's Progress n'est au-dessus des antres œuvres de lluuyan, que Don Quichotte n'est au-dessus des autres œuvres de Cervantes. De plus, il est certain que le mystérieux iiuleur, quel qu'il ail pu éti c, était un écrivain fort inégal. Pour ne parler que des lettres portant la signature de Junius, la lettre au roi et les lettres à llorne-Tooke n'ont à peu près rien de commun que la rudesse, et la rudesse était, l' assaisonnement habituel des écrits et des discours de Francis.
Une des choses qui militent le plus en faveur de l'opinion que Francis était Junius, c'est la ressemblai ici. 1 morale entre les deux hommes. 11 n'est pas ililïicile de se faire une idée suffisamment exacte du caractère de Junius, d'après les lettres qu'on sait avoir été écrites par lui sous din.rses signatures et d'après ses rapports avec Woodfall et avec d'autres. Ce n'était pas précisément un homme dépourvu do patriotisme et de véritable grandeur d'âme, un homme dont les vices étaient ignobles; niais ee devait Être un
publique u As-tu rai>on d'être eu colère? » demandait-on jadis au prophète hébreu; et celui-ci répondait: « J'ai raison. » Tel était certainement le caractère île Junius. C'est à cela que nous attribuons la sauvait: niéchanceté qui déslinnuve |iiusieiirs de ses lettres. Tl n'y a |ias d'homme aussi impitoyable que celui qui, dans son aveiif-lfiucnt , miilond -os antipathies avec ses devoirs. On doit ajouter que Junius, bien qu'uni au parti démocratique par des inimitiés eoiiimnno.-, était juste l'opposé d'un politique démocrate. Tandis qu'il violait continuellement toutes les lois île la polémique littéraire en allai iiianf 1rs iodi\idiis avec une féroce
respect allant jusqu'il
cause d'Old Sarum, il disait d'un ton dédaigneux aux capitalistes de Manchester et de [ reil- que, s'ilsavaient besoin de votes, ils pouvaient acheter des terres et devenir francs tenanciers dans le Lancashire e! dans le ïorkshire. Il serait possible, pensons-nous, de considérer tout cela comme les traits à peine modifiés d'un purlrait de. Philip Francis,
Il n'est pas extraordinaire que le grand anonyme ait été désireux, à cette épi «pie, de quitter le pays que son éloquence avait si puissamment remué. Tout avait tourné contre lui. I* parti pour lequel il s'était ouvertement déclaré contre tous les autres, le parti de Georges (irai ville avait été dispersé par la mort de son chef, et lord Snllolk en a\ail enlr.iîné la presque totalilé sur les bancs ministériel-;. L'agitation produite par l'élection du Middlesex s'était calmée. Tous les partis étaient devenus en quelque sorte un objet d'aversion pour Junius. Ses opinions sur les affaires intérieures le séparaient du ministère, ses opinions sur les affaires coloniales le séparaient il.-l opposition. Ko présence d'une pareille situation il brisa sa plume dans nu accès de désespoir misanthropique. Sa letlre d'adieu à Woodfall porle la dalc du 19 janvier 1775. Dans cette leltrc il dit qu'il serait absurde d'écrire
encore, que l'amour du bien publie ut le bon sens politique lui inspirent sa résolution ; que ni l'un ni l'autre n'existent plus ; qu'il n'y il pas dix hommes capables de s'entendre sur quelque chose que ce soit : « Mais tout cela, ajoulc-t-il, est également ignoble etmépriahle. Vous n'avez jamais biaisé, que je saclio, et je me réjouirai toujours d'apprendre (pu. 1 vous êtes heureux. » Telles furent les dernières proies de Jimins. Un ait après Philip l-'ranei- partait pour le Bengale.
Avec les trois nouveaux conseillers arrivèrent les juges de la Cour suprême. Le Chief justice éUit sir Elijahlmpey. C'était une naenne connai ce d'IIastiugs, e t il est probable quelle gou-
île loi, n'aurait pus découvert, un instrument aussi docile. Maïs les membres du Conseil n'élaient nullement portés à la complaisance. Hastings désapprouvait absolument la nouvelle forme du gouvernement et n'avait pas uni' très-haute opinion de ses assesseurs. Ceux-ci le savaient, et ils étaient disposés à se montrer défiants et pointilleux, Lorsque des gens ont dans l'esprit lie semblables préventions, la moindre chose snl'lif pour motiver un différend. Les membres du Conseil s'all.ciidaiciil à élre salués de vingt et un coups de canon par les batteries du fort William: Hastings leur en octroya seulement seize, ils débarquèrent mécontents. Les premières civilités furent échangées avec une froide réserve. Ce matin-là même commença la longue querelle qui, après avoir déchiré l'Inde anglaise, ;e ranima en Angleterre, et à laquelle les hommes d'État et les orateurs les plus éminents du siècle prirent une part active.
Hastings était appuyé par iliuvve.l]. Ils n'avaient pas toujours été d'accord, maïs l'arrivée des membres du Conseil venant d'Angleterre eut naturellement pour eil'cl île rapprocher les uns des autres les anciens l'onetiuniiaires île la Compagnie, Clavering, Mouson et Francis avalent la majorité ; ils arraehèreill immédiatement le gouverne me ni. des mains il'liaslinj^ , ils coud a muèrent, non certes sans raison, les derniers arrangements avec le Jiabab-
WAIIBEX UMSTISCS. 1iT
Vizir, Us rappelèrent d'Onde l'agent anglais et le remplacèrent par une de leurs créatures ; ils enjoignirent à la brigade qui avait vaincu les malheureux Rouillas do renlrer sur le territoire de la
diiitede la guerre .Ils se mirent ensuite ^malgré les remontrances du gouverneur général, à exercer de la façon la plus indiscrète leur autorité de fraîche date sur les présidences subordonnées, ils embrouillèrent toutes les affaires de Bombay, et ils intervinrent avec un incroyable mélange de témérité et de faiblesse dans les. querelles intestines du enuvenii'iiient mahrilte. Ils s'occupèrent en même temps de l'administration inférieure du Bengale et bouleversèrent 1er sv-lrnir i\nw[ el jcidieiiinv [mit entier. Ce svstème était sans dont.' défectueuv, mais"! était l'oi t improbable que des gentlemen récemment arrivés d'Angleterre fussent compétents pour l'améliorer, l'ai' suite de leurs réforme., la vie humaine et la propriété ne furent plus protégées, et des bandes de voleurs purent se livrer impunément au meurtre el au pillage dans les faubourgs mêmes de Calcutta, llastings ne cessa ni d'iiabiter le |ti!ais du gouvernement, ni de toucher le traitement de gouverneur général, ni même de présider le Conseil dans les affaires ordinaires; car ses antagonistes ne |>ouvaionl se dissimuler qu'il connaissait parfaitement les choses qu'eux-mêmes ignoraient, et qu'il résolvait à lu fuis promptemeut et sûrement une foule de questions qui les imrnitiil embarrassé; au dernier point. Maïs ou lui avait enlevé les attribution- ^oiuenieiueiilides les plus sérieuses el les plus enviées.
Les natifs ne lardèrent pas à s'en apercevoir; ils considérèrent llastings comme un homme tombé, et se comportèrent suivant leur coutume. Quelques-uns de nos lecteurs ont peut-être vu dans l'Inde une nuée de corbciuix attaquer à coups de bec un vautour mourant : une chose usii'Z analogue se passe en ce pays chaque fois que la fortune abandonne un homme qui a été grand et redouté. Immédiatement tous les syeophantes qui naguère étaient prêts à mentir el à se parjurer pour lui, à servir ses passions n'im-
[toittt comment, à empoisonner sur 1111 «reste de lui, se liiitenl d'acheter la laveur de ses ennemis victorieux en devenant «es accusateurs. Un iroinerneineut. indien n'a qu'à laisser entendre qu'il souhaite la ruine d'un certain individu, et au bout de vingtquatre heures il (st en possession d'impartantes accusations, soutenues par des dépositions tellement complètes, tellement circonstanciées, que quiconque ne serait pas habitué à la Ibnrberie asiatique les croira il irréfragables. On est encore heureux si la signature de la victime désignée n'est point eontrefaite au bas d'un acte illégal et si un papier cnmpreniellant. n'est point glissé dans quelque coin de sa maison, llastiugs était alors supposé sans appui ; c'étaient les nouveaux conseillers qui, si: m 1)1 ait- il, avaient maintenant le pouvoir de faire et de défaire la fortune de chacun au Bengale. Iles accusations roiiuiioueèi'ent aussitôt à fondre 'sur le gouverneur général. Kilos furent accueillie-:? avec empressement par la majorité, qui, il faut lui rendu) eclle justice, se composait d hommes trop honovaliles pour favoriser sciemment de fausses accusations, mais trop peu lauiiliers a\ee les moeurs de l'Inde pour savoir que dans celle partie du momie le moindre encouragement du pouvoir fait surgir en une semaine plus de Oatcs, de Bedlœet de Dangorfield, que Westminster-Hall n'eu voit en un siècle.
Il eût élé vraiment étrange qu'en semblable conjoncture Nui icomar demeurât Iriimpiille. La malignité, l'avarice, l'ambition, sollicitaient à la fois ce méilianl liomnie. Le moment était venu pour lui de se venger de son ancien ennemi, de satis'aire une rancune vieille de seize années, de gagner la bienveillance de la majorit» du Conseil, de devenir le natif le plus influent du Bengale. Dès l'arrivée des nouveaux conseiller* il s'était hâté .le leur faire une
cour très-assidue, et avait été en conséquence exclu du palais du gouvernement de la façon la plus humiliante. Il déposa alors officiellement entre les mains de L rancis un papier contenant plusieurs dénonciations d'une haute gravité. Ce document accusait llastings de mettre à l'encan les emplois et de recevoir des présents pour laisser évader les criminels; il y était allégué en par-
HABTIKG&
tîcnlier que, si Mahomed Reza-Khau n'avait pas été puni, c'était parce qu'il avait donné au gouverneur général une forte somme d'argent.
Francis communiqua la dénonciation au Conseil; une violente altercation s'ensuivit. Haslings se plaignit en termes amers de la manière dont il était traité; il parla avec mépris de Nuncomar, delà dénonciation de Nmicomar, cl ni;i que le Conseil eût le droit de juger les actes du gouverneur général. A la réunion suivante du Conseil, une autre noir de Nuncomar lui pruiluife. Nuncomar demandait qu'il lui fût permis de se présente] 1 devant le Conseil et de soutenir verbalement -es assertions. Il veut un second débat orageuï. Le gouverneur général prétendit que la aille du Conseil n'était pas un lieu convenable pour nue investigation île ce genre ; que de la part du ^i.'ii- exaspérés contre lui par des luttes incessantes il n'avait pas lieu d'attendre l'impartialité de juges; enfin, qu'il ne pouvait, sans m;ini|iier à Ij liiirmlé de -m rharge, accepter d'être confronté avec un homme tel que Nuncomar. La majorilé ayant résolu de poursuivre l'affaire, illisible se leva, prononça la clôture de la discussion, cl qui) la la salle avec Barwell, Les antres membres restèrent sur leurs sièges, se constituèrent en conseil, mirent Clavcring au fauteuil et ordonnèrent d'introduire Nuncomar. Celui-ci, non-seulement soutinsses premières accusations, mais encore, fidèle à la coutume indienne, en exhiba de nouvelles. Il avança qu'Hastings s'était fait donner une grosse somme d'argent pour nommer Rajah Uoordas trésorier de la maison du Nabab et pour confier la personne de Son Atteste aux soins de la Mnnny Begum. Afin d'établir l'exactitude de son histoire, il mordra une lettre portant le sceau de la Munny Béguin. Ce sceau, qu'il fût contrefait, comme l'affirma Ilastings, ou qu'il lût véritable, comme nous sommes disposé à le croire, ne prouvait rien. Nuncomar, pour se procurer l'alte-taliou de la Mumiy liegum, n'avait, ainsi que le sait ipucLirnpic mimait l'Inde, qu'à dire à cette femme qu'une telle lettre ferait plaisir à la majorité du Conseil. La majorité vota néanmoins que l'accusation était confirmée; qu'Hastings
s'était laissé corrompre, qu'il avait reçu de trente :i quarante mille livres et qu'un (levai! le forcer à lus restituer.
Le gouverneur avait pour lui le sentiment général de* Anglais du Bengale. Sous le rapport île l 'intelligence des affaires, de la connaissante du pays, de l'urbanilé des manières, il était définilivement supérieur à ses adversaires. Les fonctionnaires do la Compagnie étaient nalurellenieul portés à contenir le membre le |ilns distingué île leur propre corporation contre un commis, venu du bureau de la jiueiTe, qui ne suvnit rien absolument des idiomes ni des mœurs îles natif.-, el qui prenait sur lui de gérer à sa guise cliaqnc département administrai if. Hasluigs, in;ilgréla sympathie générale de ses compatriote.--, était cependant dans une situation très-pénible. Bien qu'il pût encore en appeler à une autorité supérieure en Angleterre, si la dérision île eetle autorité était favorable à ses ennemi-, il n'avait d'uni re ressource que de résigner son emploi. Il eu\o\a en eonséqueitco si démission au colonel Macleauc, son agent à Londres ; niais il proscrivit à Macleane de ne remettre celle déni i— ion que '.'ans le en- où il aurait la certitude qnàVIndi'iliOHSt! l'opinion étuil cenlraire au gouverneur" général.
l.e triomphe île Nunci u- scinhlait complet : chaque jour il
tenait tin lever auquel ses coni patriotes se pré en talent en foule, et auquel la majorité du Conseil eut une fois la condescendance de se rendre. Sa maison était devenue un bureau destiné à recueillir les accusations dirigées conlre Ma-tiugs. On a dit que, soit par menace, soit par cajolerie, l'abominable brahmîne avait amené plusieurs des hommes les plus riches de la province à lui adresser des plaintes; mais il jouait un jeu péiillciiN. 11 n'était pus prudent de pousser au désespoir un homme, an^i téeond en expédients et aussi déterminé que l'élait Ilastings. Nuncumar, en dépit de sa finesse, ne comprenait pas la nature des; in-tilutions sous lesquelles il vivait : il voyait seulement qu'il avait avec lui la majorité d'un corps qui signait les trailés, distribuait les emplois et levait les impôts. La s. parution entre les l'ourlions, poli lii pies el lt> l' mêlions judiciaires était une chose dont il n'avait aucune idée. Jamais sans doute ne
WARMSN BUTINES.
lui Élaît vernie a l'esprit la pensée qu'il y avait an Bengale une autorité parfaitement indépendante Ju Conseil; une autorité qui pouvait protéger relui i]iu' le Conseil umlail perdre, et envover au gibet celui que le Conseil voulait protéger. Itieu cependant n'était plus vrai. La Cour suprême était, dans la sphère de ses attributions, complètement indépendante du gouvernement. 'Ha$* lings, avec sa sagacité liabituelie, avait senti de quelle utilité lui serait la possession de cette forée, et il avait agi en conséquence. Le> juges, spécialement le ri]irl'-;ii'U(v. étaient lio.liles à la majorité du Conseil. 1. instant était enfin arrivé île l'aire mouvoir Cette formidable machine.
Tout à coup Calcutta ap|irit avec stupeur la nouvelle que N'uncomar avait été arrêté pour crime de félonie, et enfermé dans la prison commune. On l'a ce usa il (l'avoir, su ans auparavant, contrefait un billet. Un natif était 1 autrui' appareil) île la plainte, niais c'était alors et c'est encore aujourd'hui la conviction de tout le monde, les idiots et les biographes exceptés, qu'Ilastings était lame de l'affaire.
La majorité fut au comble de la fureur; elle protesta contre les procédés de la Cour -aiprèrue et adressa au* juges plusieurs messages pressants où elle demandait (|iie Suiicuiiiur fût admis à donner caution. Les jiijjcs répondirent d'un ton ferme et bauLiin. Tout ce que pouvait l'aice le Cou-cil, l' était d'accabler la famille de Nnncomar d'honneurs et de bénéfices, et il n'y manqua pas. L'ouverture des assises eut lieu. Nuncomar fut amené devant sir Elijali Impey et un jury composé d'Anglais. IV innombrables serments contradictoires, la nécessité d'attendre qu'un interprète Cllt traduit chaque parole des témoins, prolifèrent énormément les débatsjcnfin le verdict de culpabilité fut rendu et le Cbicf-jusliee prononça la sentence de mort.
M. Gleig est assez étrangement ignorant pour s'imaginer que les juges n'avaient alors aucun [«m voie dans un eas de ce genre, et que le Conseil avait le droit de gracier Nuncomar, Il rejette eu conséquence sur Francis et sur le parti de Francis tout le blâme de
ce qui suivit. Nous aurions pensé qu'un écrivain, ayant publié cinq DU six énormes volume- -ur les all'ain s de l'Inde, a urait nu prendre la peine île s'informer il» [ 1 1 i r n i] u s li.nidameul.uis lu gouvernement indien. La Cour suprême avait sous le Regulating Act la faculté de différer l'exécution des criminels jusqu'à ce que le bon plaisir de la couronne fut connu. Le Conseil ne possédait à cette é|K>qui! aucun moyen d'intervention.
Impey aurait <lù nceovder un sursis à .\uncomar : cela nous semble parfaitement évident. 11 est douteux que le procès ne fût pas illégal; mais il est certain que, quelle que fût la teneur du statut sous lequel le jugement us ait été prononcé, il était très-injuste de pendre un Hindou pur crime de faux. La loi qui, eu Angleterre, punit de mort le crime de faut, ne fut nullement conçue eu vue d'un étal social analogue à celui de l'Inde. Elle était inconnue des natifs de l'Inde; elle n'avait jamais été appliquée parmi eus, et ce n'était certes pas faute de d éliminants. Elle choquait au plus haut degré toutes leurs idées. Ils n'étaient point accoutumés à établir 1111c distinction entre le fan* et les diverses sortes do vol, ainsi que de nombreuses circonstances particulières à notre état social nous ont amenés à le faire. La contrefaçon d'im sceau était à leurs ycui un acte vulgaire de filouterie, cl il n'avait jamais pu leur venir ù l'esprit qu'on condamnât ceux qui s'en rendaient coupables aussi sévèrement que le voleur de grand chemin nu que l'assassin, L'u juge équitable aurait sans nul doute réservé ie cas et l'aurait soumis à l'appréciation du souverain; mais lmpey ne voulut entendre parler ni de jjrke ni de délai.
Dans toutes les classes l'animation fut extrême. Francis et les quelques adhérents anglais de Francis appelaient le gouverneur général et le Chief-justice des meurtriers de la pire espèce. Claveriug jurait, disuit-ou, que Nuucomar serait délivré, fût-ce au pied de lëchafaud. La masse de la société européenne) quoique très-attachée au gouverneur général, ne pouvait s'empêcher de compatir au malheur d'un homme qu'elle avait vu pendant longtemps occuper, malgré ses crimes, une position si considérable;
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d'un homme qui avait clé grand et puissant bien avant qu'existât la domination anglaise dans l'Inde; d'un homme dont jadis le gouverneur et les membre; du Conseil, alors simples facteurs commerciaux, avaient sollicité les botmes grâces. Les Hindous .se montraient infiniment plus passionnés; ils n'étaient îws gens, eu vérité, à frapper un seul coup pour sauver leur compatriote; mais sa condamnation leur inspirait mi vif chagrin et une profonde terreur. Jugé d'après les principes peu rigoureux de leur monde, Nuncomar était un nuxliaiil laminie; m..\\~, quelque méchant qu'il lût, il était le premier de leur race et de leur religion, le brahmine des brahmines. Il appartenait à la caste la plus pure et la plus élevée; il pratiquait avec une rare ponctualité toutes ces cérémonies auxquelles les superstitieuv Renflais attachent plus d'importance qu'à l'accomplissi'uicul scrupuleux des devoirs sociaux. Les natifs ressentaient doue ce qu'un dévot catholique du moven âge aurait ressenti s'il avait vu un emiuent prélat conduit au gibet par l'ordre d'un tribunal séculier. D'après leurs vieilles lois nationales, un brahnitne ne pouvait être mis à mort pour quelque crime que ce fût, et ils avaient, à bien des égards, sur le crime pour lequel Nuncomar allait mourir une opinion identique à celle d'un jockey du Yurkslure sur la vente avantageuse d'un mauvais cheval.
Les mulsumans «mis paraissent avoir assisté avec joie à la chute lin puissant Hindou qui avait c>sa\éde s'élever par la ruine de Haliomcd Reza-Kliaii. L'historien maliométan de ce temps aggrave à plaisir la culpabilité : il avoue qu'on découvrit dans la maison de Nuncomar une cassette contenant les sceaux contrefaits des hommes les plus riches de la province. Nous n'avons trouvé nulle part ailleurs la confirmation de ce détail qui en lui-même n'a rien d'improbable.
Le jour fatal approchait, et Nuncomar se préparait à la mort avec ce courage impassible que le Bengalais, si timide et si efféminé dans* un combat corps à corps, montre souvent en face île calamités inévitables. Le sheriff, obéissant à un sentiment d'hu-
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uianité qui liiil l aremeuL défont à un gentleman anglais, visita le prisonnier la veille de l'esécntitm cl l'assura qu'aucun adoucissement permis par la lui ne lui serait relusé. finneumar lui exprima su gratitude avec nue jiraiulo polilrssr et une tranquillité parliiile. Pas un muselé de sou \isago ne se contracta; pas un soupir ne souleva sa poitrine. Il parla son doi^t à son front, e' dit d'un ton calme qu'il fallait que le destin s'accomplit, et qu'il n'j avait pas de résistance possible à la volonté de Dieu. Il enleva ses compliments à Francis, à Claveiing et à Mousou, cl les chargea de proléger Rajah-Goordas qui allait devenir le chef des brahuuiies du Bengale. Le sheritï te, relira 1res- impression né de ce qui venait de se passer, et Nimcomar se mit à écrire des noies cl à examiner des comptes.
Le lendemain matin, avant le lever du soleil, line foule immense encombrait la place sur laquelle le gibet avait été dressé. Quoique toutes les pliysioinnuics indiquassent L'horreur et la désolation, la multitude, diiula jusqu'au dernier i nome rit que les Anglais eussent réellement le dessein d'attenter aux jours du grand brahmine. On aperçut enfin le cortège funèbre. Nimcomar
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