‹ Histoire et critique T. B. MacaulyChapitre 5 sur 22 · S|UT · texte numérisé non relu

S|UT

vaieni pas produit le moindre effet srrr le stoïcisme inébranlable du prisonnier. Lue :eule chose l'inquiétait : c'était que son corps fût confié à des hommes île sa propre caste religieuse. Il mani-

signal à l'exécuteur. A l'mstant fatal un hurlement de douleur et de désespoir sortit de la poitrine des innombrables assistants. Des centaines d'indmdus détournèrent les yeux de ce spectacle immonde, s'enfuirent vers le Hooglry en poussant de grands cri;, et se plongèrent dans sesiçaux sacrées comme pour se purifier de lu souillure qu'en tiiurnail\i vue d'un semblable folïuit. Ces sen-

WAREBR BASTIHGS.

limeiits n'éclatèrent pas seulement à Calcutta; il y eut beaucoup if agitation dans tonte la province, et la population île Dacca on particulier donna 1 1rs signes très- marqués du cuiistcn i:i[ioi t rl il 'épouvante.

Il est impossible île Irop llélrir la conduite d'Impcy. Nous avons déjà dit qu'à notre sens il avait agi d'une façon inique en refusant un sursis à N'imcomar. Aucun être raisonnable ne saurait douter qu'il prit ce parti pour complaire au gouverneur général. Si nous avions jamais eu quelque incertitude à cet égard, elle eût élé dissipée par une lettre qu'a publiée M. Gleig. llastings, trois ou quatre ans après, parlait dïmpey comme d'un homme li au concours duquel il était redevable à la fois du snlut de sa fortune, de son honneur et de sa réputation. » Cts mois énergiques ne peuvent. avoir rapport qu'à l'al'lairc île Piuncomar, et ils signifient très-probablement qn'Impaj condamna Nuiicomar au gibet pour rendre service à Ihstings. Nous avons donc la ferme croyance qu'ltnpev, siégeant en qualité de juge, lit injustement mourir un homme, à seule tin de laciliter nue entreprise politique.

Nous envisageons la conduite d'Ilastinjjs -ou - un aspect quelque ]n'!i 1 1 ■ i î j ■ 1 1 1 . Il.i^liiii;- cuiiil.'.ittiiit ["nu- -il Invtiiue, |M(ir su i-iiiisïdération, pour sa liberté, pour tout ce qui donne du prii à la vie. Il était attaqué par des ennemis haineui et sans principes. Il n'avait à attendre aucune justice. On ne peut le blâmer d'avoir souhaité la perte de ses accusateurs; il était, il est vrai, de son devoir de ne poursuivre son but que par des moyens légitimes;

entre les adversaires, des hommes qu'on pouvait croire spécialement préparés par leur éducation à l'accomplissement de ce devoir. Personne n'attend d'un parti l'inflexible équité d'un juge. Iles juges ont été institués parée qu'il est impossible qu'un individu, même plein de droiture, soit appelé à décider d'une cause

dans laquelle il est personnellement engagé. Il n'y a pas de jour où un demandeur honnête n'émette des prétentions auxquelles un tribunal malhonnête serait seul capable de faire droit. Il j a de l'exagération à vouloir i[ii'un homme, quand ses intérêts les plus chers sont en jeu, quand ses passions les plus violentes sont cxritées, soit contre lui-même plus juste que les dispensateurs assermentés de Injustice. Prenons un cas analogie dans l'histoire de noti* île : supposons i[ue lord Stafford, lorsqu'il était détenu à la Tour comme suspect il 'avoir participé ;m complot papiste, ail appris sur le compte de Titus Claies line chose qui mal interprétée pouvait motiver une accusation de félonie. lieproclieriousnout sévèrement â lord Slnfford d'avoir dénoncé Titus Oates, d'avoir fourni des fond* et d'avoir usé de toute son influence pour paralyser la clémence de la couronne? Nous ne le pensons pas. Certes, si un juge, désireux de complaire au lord catholique, avait osé violer la loi eu faisant pendre Oates, un pareil juge aurait grandement mérilé d'être mis lui-même eu accusation; mais il ne nous semble pas que le lord catholique, en avertissant ce juge, aurait réellement dépassé les limites d'une défense permise.

Voilà pourquoi, si nous n'avons pas II: moindre doute qu'on doive attribuer à Hastinjjs cette mémorable exécution, nous ne pensons pas qu'on puisse la compter ai oc justice au nombre de ses crimes. Il est évident qu'une profende politique lui dicta sa conduite; il avait la minorité au Conseil; il était possible que cet étatde choses se prolongeât ; il connaissait bien le caractère des natifs ; il savait combien d'accusations on c.-t certain de vnir fondre sur le plus innocent des habitants de l'Inde lorsque celui-ci est eu disgrâce auprès du pouvoir. Il n'y avait pas parmi toute la population du Bengale un détenteur d'emploi, un solliciteur d'emploi, un tenancier du gouvernement qui ne crût avancer ses affaires en formulant une accusation contre le gouverneur général. Dans de telles circonstances, l'homme d'Etal per-cent'' résolut d'apprendre à la tourbe d'accusateiuset de témoins que, tout en ayant la minorité au Conseil, il était encore à craindre. La leçon qu'il leur donna

était en vérité de nature ;i ne pas ON t> oubliée. ],e r.hel de laeabule dirigée contre lut, le plus riche, le plus influent, le plus habile des Hindous, celui qui distinguait h faveur dis gouvernants actuds, celui (juepi()U'<.'c;iil le ri^]W-tsu|K'istilii;i]\ de tout nn pou pli', fut pendu en plein jour devant une loulc immense. L'o«cmple réunissait toutes les conditions nécessaires pour rendre la leçon happante, la dignité dans la victime, I.i solennité dans l'appareil. Ij imjiiii iis;ii] I l v colère et la vainc résishNir du (iniiscil ajoutèrent au triomphe A' Ha rtmgs. A parlir de ce jour tout natif eut lu conviction qu'il était plu- Mil' de prendre le parti d'I Listing-, bien

ceux qui poursuivaient la ruine du gouverneur général courait la chance, comme dit le poète oriental, « de trouver un tigre en battant le jungle, afin do trouver un daim. » La voix d'un millier d'accusateurs lut eu un instant réduite au silène. Dès lors, quelque dilficulté quïlastings rencontrât., il ne l'ut jamais inquiété par les dénonciation!! des natifs de l'Inde.

C'est une circonstance digne de rcniaii|ue qu'une des lettres il'Hastings au docteur .lolmsoii mil d.ilée de quelques heures après l'exécution de Nuucomar. Pendant que huit l'établi ■sèment était j)lein d'agitation, pendant qu'une caste sacerdotale, ancienne et révérée, pleurait la mort de -ou chef, h- vainqueur dans cette lutte mortelle écrivait avec, un saug-l'nad caractéristique sur le Tut»' aux Hébrides, sur h Grammaire persane de Jones, sur l'histoire, les traditions, les arts et les productions naturelles de l'Inde.

Ce fut à cette époque que 1" nouvelle de la guerre contre les Itoiiillas et celle des premiers différends entre Ihistings et ses collègues arrivèrent à Londres, Les directeurs se prononcèrent en faveur de lu majorité cl écrivirent une lettre pleine de réflexions sévères sur la conduite d'Iia-tjngs. Ils condamnaient, cir termes violents, mais juste-, l'iniquité d'une, guerre offensive entreprise simplement en me d'avantages pécuniaires; mais ils oubliaient tt.

complètement ijho, si llasliugs avait obtenu par lies moyens illicites des avantages pécuniaires, celait non dans un but d'iiitérê 1 personnel, mais pour salislaire à leurs demandes. Itecommandor l'honnêteté et réclamer avce in?t,mn.' ce qu'on ne peut se procurer honnêtement, telle ébit aliii la |ir:itii|ue constante de la Compagnie. Ainsi que le dit ludy Macbeth de. son mari : n Ils ne voulaient pas tricher, et cependant ils voulaient gagner quand même, d

l.e hegulating-Act, en vertu duquel Hastings avait été nommé gouverneur général pour cinq ans, conférait A ia couronne le droit de le révoquei' fur une adresse de la Compagnie. Lord North était désireux de recevoir une adresse de ce genre. Les trois membres du Conseil qu'on avait envoyés d'Angleterre étaient des hommes de son choix. Le «encrai Clavecin^, en particulier, était soutenu par «ne fraction parlementaire tellement importante, qu'aucun cabinet n'aurait clé tenté de la mécontenter. Le ministre aurait voulu destituer Haslings et pincer Claveriny à la tétc du gouvernement. À la Cour des directeurs les vois étaient partagées a peu près également : onze volaient contre lla^fin^s, dix pour lui. La Cour des propriétaires fut al ers convoquée. La grande salle de vente avait un aspect singulier. Le secrétaire de la Trésorerie avait adressé 5 tous les partisans du gouvernement, possesseurs d'actions de la Compagnie, des lettres les exhortant à venir. Lord Sandwich dirigeait les amis de l'administration avec son adresse et son agilité accoutumées. On comptait au milieu de la foule une cinquantaine de pairs nu cnnscillers privés qu'on voyait rarement dans les quartiers de l'Est, La discussion dura jusqu'à minuit. Au vote par division, les adversaires d'Hastings eurent un léger avantage ; mais le scrutin frit demandé et la cause du gouverneur général obtint une majorité de cent voix contre les efforts combinés des directeurs et du cabinet. Cette défaite exaspéra les ministres au dernier point. Lord North lui-même perdit San sang-froid, cho.-e peu ordinaire de sa part. 11 menaça de réunir le Parlement avant Nofit et de piéseiiter un bill tendant à

WABItEN "ASTIJCS.

priver la Compagnie de tout pouvoir politique, et à ne lui concéder, comme par le passé, que le droit de faire le commerce des soies et des thés.

f*colonelMar.!e3ue,i|ui,durmitloulecet[e a pire,av^ldÉfendii

dont il était l'agent couru il .ïrand risque il '(Un 1 destitué, flétri par le censure parlementaire et peut-être j'oui-suivi . Il avait déjà consulté lies jurisconsultes de la couronne sur quelques-uns des actes du gouverneur général. Il -cinl.lait opportun île songer à s'assurer une retraite honorable. Macleane se crut alors en droit de

vnit trop lien les projets îles directeurs pour que ceux-ci se niou- Irassent pointilleux. Ils acceptèrent la démission, désignèrent M. Wbeler, un de leurs cohenues, comme successeur U'Hastings, cl f^fixlii" rent iliins l'Inde au généra! Cluverini;, conseiller lopins ancien, l'ordre d'e\i:rCer le- jonctions île gaiiverncuc nénéral jusqu'à l'arrivée de M. Wheler,

Mais, tandis que ces choses se passaient eu Angleterre, nu grand changement élail survenu au Bengale. Monson était niorl. Le nombre des personnes: chargée- du ^oiiu-mement était réduit à quatre. Il y avait d'un cùlé Clavering et Francis, de l'antre Barwoll elle gouverneur général; et la voiv du gouverneur général était prépondérante : Uasliugs, qui pendant deux ans avait y été privé de tout pouvoir et de tonte influence, put dès lors agir en maître absolu. Il appliqua immédiatement la loi du talion à ses adversaires . Leurs arrêtés lurent mis à néant; leurs créatures révoquées. Une nouvelle évaluation des terres du Bengale fut ordonnée; elle était destinée à servir do base à l'établissement de l'impôt. Il fut décidé que le gouverneur général dirigerait toute l'enquête et que toute- les lettres relatives à celte affaire seraient écrites eu son nom. Il conçut en mémo temps île vastes plans de conquête et de domination, plans qu'il usent assez pour voir réalisés, mais par d'imlres que lui. II voulait conclure des traités

d'alliance avec les princes natifs, ii.irlicnliceenieut aveu les princes il'Oudc et de Berar, et l'aire ainsi de l'Angleterre la première puissance de l'Inde. 11 méditait ce, gi'ainls ih sseins quand il reçut la nouvelle qu'il n'était jilns gouverneur; que sa démission avait été acceptée; que WhelcY ne larderait pas à débarquer, et que Clavcring devait provisoirement occuper le fauteuil.

Ilaslings, s'il avait encore eu la minorité, se serait probablement retiré sans résistance; mais, devenu le chef réel de l'Inde, il n'avait imite envie de quitter sa haute rmsilion. Il prétendit qu'il n'avait jamais rien signé qui put autoriser ta qu'on avait lait en Angleterre; qu'il avait oublié ce qu'étaient ses instructions; que, s'il eu avait conservé une copie, il l'avait égarée; mais qu'il triait certain d'avoir itérai! veinent déclaré ans directeurs qu'il ne donnerait peint sa démission, qu'il ne comprenait vraiment pas comment la Cour, en possession de ses déclarations formelles, avait pu recevoir sa démission ries mains d'un agent qui n'était point autorisé; que, si >a démission n'était point valable, tout ce qui en avait été la nmséqueucc élail nul, cl. que lui, Ilastings, était

11 affirma dans la suite que, bien que ses agents ne se fussent pas conduits conformément à ses instructions, il se serait néanmoins cru lié par leurs actes, si Clavcring n'avait essayé d'employer la violence pour s'emparer du pouvoir. Que cette assertion soit vraie ou non, il est impossible de douter que le manque de prudence de Clavcring n'ait, été utile à Ilaslings. Le général envoya chercher les clefs du fur! et Celles du Irésur, il prit possession îles archives et présida une séance du Conseil à laquelle Francis seul assista. Ilastings occupa le fauteuil dans une autre salle et Barwell siégea avec lui. Chacun des deux partis avait une apparence de droit, quinze mille nulles les séparaient de leurs supérieurs immédiats. Il semblait qu'un appel aux armes AU l'unique moyen de s h 1er le rliliétend, cl Haslings, sûr de la sympathie de ses compatriotes dans l'Inde, n'était point disposé A reculer devant un pareil expédient. Il enjoignit aux officiers de

la garnison du lort William et du toules les stations voisines cl» ne tenir coniple que de ses ordre.; personnels. Il offrit en même temps, avec une admirable sagacité, de soumettre la question à la Cour suprême, el promit riVi'qiter ;a décision, quelle qu'elle fût. II no risquait rien eu toisant ccMn pruposilioii que cependant ses arilagonistcs ne [imivaicnl gntiT rcpnus-tr. Il élait impossible qu'on traitât personne ers eruvimc-] |nmv uroir obéi à ceux que le; juges auraient proclamé des gouvernants légitimes, et que l'Iiomme le plus audacieux osât prendre les armes pour défendre cens que les juges auraient proclamés des usurpateurs. Claveringet Francis hésitèrent, puis consentirent, non sans répugnance, à s'en rapporter a l'arrêt île lu Cour, Celle-ci iléd.ira que la démission n'était pas valable et qu'au terme du lleg\tlating-Act llastings demeurait, en conséquence, gouverneur général. Les membres du Conseil, voyant que l'opinion de tout l'établissement leur était défavorable, subiront cet échec avec résignation.

On apprit, environ vers ce temps, qu'à la suite d'un procès qui avait duré plusieurs années, les tiilnu:au\ \W. Franconie avaient prononcé le divorce entre Imhoff et sa femme. Le baron partit de Calcutta, emportant de quoi acheter un domaine en Saie. La baronne devint mistress Haslings. Cet événement fut célébré par de grandes fêtes, et les personnes les plus notables de Caleutla furent invitées, sans distinction de parti, au palais du gouvernement. Clavering, s'il faut en croire le chroniqueur maliométan, élait malade de corps et d'esprit, et, sous ce prétexte, se dispensa d'aller à la splendide assemblée. Mais Hastings, très-satisfait probablement de ses succès en politique et eu amnur, ne voulut point admettre d'excuse; il se rendit au domicile du général cl parvînt à traîner eu triomphe son infortuné rival dans le cercle. jou:u\ qui un ton in il sa li.wée. 1, 'effort était trop grand pour une constitution brisée par le dépit aussi bien que par la souffrance physique ; Clavering mourut peu de jours après.

Wheler, qui était venu avec la perspective d'être gouverneur général, et qui l'ut forcé de se contenter d'un siège au Conseil,

vota presque toujours dans le même sens qite Francis. Mais le gouverneur général, grâce à l'appui de Barwcll et à son propre vole qui était prépondérant, restait le maître. I! y eut â celte époque quelque changement dans la manière de voir de la Cour des directeurs et des ministres do la couronne. Ton! projet foutre Hastings fut abandonné, et, à la fin du sa cinquième année d'exercice, Il fut renommé sans opposition. Les dangers effrayants auxquels les intérêts publics étaient alors de toutes paris exposés déterminèrent lord North et la Compagnie à ne point se priver des services d'un gouverneur dont ses ennemis eux-mêmes étaient forcés de reconnaître les talent-, 1 expérience et l'énergie.

La crise était en effet Ibniiididilu. Le pins déraisonnable des gouvernements avait compromis l'existence du grand et victorieux empire sur le trône duquel Georges 111 élait monté, dixhuit ans auparavant, avec, des espérances plus brillantes que celles qui accompagnèrent jamais l'avènement d'aucun prince appartenant à la longue lignée des souverains anglais. En Amérique, des millions d'Anglais luttaient eunlre le pais auquel ils devaient leur origine, leur langage, leur religion, leurs institutions, et auquel pou de temps auparavant ils étaient aussi attachés que les habitants du Norfolk et du Leiccstershiro. Us grandes puissances de l'Europe, humiliées par la vigueur et le génie qui avaient guidé les conseils de Georges II, espéraient alors prendre mie revanche éclatante. Le temps approchait où notre île, forcée de combattre pour la conservation des Etals-Unis d'Amérique et de parer au danger bien plus pressant qui résultait du trop juste mécontentement de l'Irlande, allait être assaillie par la France, l'Espagne, la Hollande, et menacée par la neutralité armée de la Baltique; le temps où notre supériorité maritime elle-même allait être eu péril; où des Hottes ennemies allaient commander les détroits de Calpc et le golfe du Mexique; où le pavillon britannique serait à peine en état de protéger la Manche. Il était heureux pour notre patrie, dans cette innjonclure, la plus terrible qu'elle ait jamais traversée, qu'Hastings, quelque grandes que

W AUBES 11 ASTI S CS. li".

fussent ses butes, restai à la tête ilu gouvernement tic l'Inde.

L'uc attaque par mer confi e le llrngale n'était guère à craindre, mais II élait possible i|ne les ennemi- européens de l'Aiiglelerre lissent allia née aveo quelque pni-sance native, lui fournissent îles troupes, des armes, îles munitions, et vinssent ensuilc attaquer mis ]Hissessitins par terre. À cet égard c'était principalement les Mahrattos (jiic surveillait Has(iiif.;s. I.a chaîne de montagnes alu npte- qui loujie h cote ueeidenlale de l'Inde était le berceau de ce peuple singulier. Sens lu règne d'Aunmezeb, les habitants de ces régions, conduits parle grand Sevajiv. commenceront à envahir le lei'ri luire île leurs voisins plus n elles et. moins guerrier-. L'énergie, la ruse et la férocité des Malii'atles, les lirenl bientôt remarquer parmi les nouveaux Etals qui surgirent de la corruption delà monarchie en décadence. Ils n'étaient d'abord que des voleurs; ils s'élevèrent bientôt au rang de conquérants. La moitié des provinces de l'empire fui h :ur- formée en principautés mahralles. Des bandits, ap|>artenant aux caste* les plus liasses et remplissant des emplois domestiques, furent changés en puissants rajahs. Le Bon-las, à la tète d'une bande de pillards, occupa la vaste contrée du Berar, Le Giiieuwar, nuit qui signifie le pdtre, fonda la dynastie qui règne, encore à Gu/cral. Les familles de Scindia et d'Holcar prirent line grande importance dans le Malwa. Un hardi capitaine établit son aire sur le roc inaccessible de Goeti ; un autre devint le seigneur de mille villages é|*irs au milieu des vertes rizières de Tanjorc.

X cette é|ioque le dmible goin ernemenl était en vigueur dans toute l'Inde. Nulle part d in avait coïncidence entre In réalité et l'apparence du pouvoir. Les Nabahs musulmans devenus princes souverains, le Yizird Undo, le Nizani d'Ilyderaliail, se désignaient encore eux-mêmes sous le litre du vire-rois de la maison de Tamerlan ; et les États maliralles, quoique réel le meut indépendants les uns des autres, prétendaient l'armer un seul empire. Ils alfeelaient Ions dau> leurs dismurs et dans leurs cérémonies officielles d'être soumis à l'héritier de Sevajce, roi fainéant qui, à Sattal'ah,

mâchait du bang et folâtrait avec des danseuses dans une prison d'État, cl à sou peshwa, ou maire du palais, grand magistrat héréditaire qui tenait à Poonah nue («ur royale, et dont les vastes provinces d'Aurungabad et de Bejapoor respectaient l'autorité.

Quelques mois avant la déclaration de la guerre en Europe, le gouvernement du Bengale apprit, non -ans alarme, qu'il était arrivé à Poonah un aveulurii:r français qui passait pour un homme île qualité. Le bruit courait qu'il avait été reçu avec distinction, qu'il avait remis au peshwa, de la part de Louis XVI, des lettres et des présents, et qu'un traité hostile à l'Angleterre venait d'être conclu entre la t'ïanec et 1rs Maliratles. HastiiiL's comprit aussitôt .a nécessité de frapper le premier coup. Les droits du peshwa étaient cauleslés. Une partie de la nation mahralle était favorable à sou compétiteur. Le gouverneur général résolut d'épouser les intérêts de celui-ci, d'envoyer mie année à travers la péninsule de l'Inde et de contrarier une éli eile alliance avec le chef de la maison de Banslas qui régnait sur le Berar, et qui, en puissance et en dignité, n'était inférieur à aucun des princes mahratfes.

L'armée s'était avancée dans le pays, et les négociations avec le Berar étaient pendantes, quand une lettre du consul anglais au

Caire (il. savoir que la guerre avait été procl ée à Londres et à

Paris, llastings prit sans délai toutes les mesures qu'exigeaient les circonstances. On s'empara îles l'aetorei ies françaises du Bengale, on expédia à Madras l'ordre d'orcuper immédiatement Pondiebéry. On construisit près do Calcutta des ouvrages qui, pensaiton, rendraient impossible l'approche d'une force ennemie. L'u établissement maritime fut organise pour la défens,: do la rivière; neuf nouveaux bataillons de cipayes furent levés et un corps d'artillerie native fut recruté parmi les hardis lascars de la baie du Bengale. Ces préparatifs terminés, le gouverneur général, plein d'une câline coafiance, déclara que sa présidence n'avait plus à redouter qu'une attaque des UaliraKos marchant contre elle ' de concert avec les Français.

L'expédition qu'Hastings avait envolée du côlé de l'Ouest ne

WÎllREN HÂSTIÏIGS.

réussit ni aussi prompli iniNil m aussi complètement nue la plupart île ses autres entreprises. L'officier qui la dirigeait agit avec lenteur ; les autorités de Kombay perdirent la tète, mais le gouverneur général n'en persista pas moins. Un nouveau commandant répara les failles de sou pn'déievcur. l'Iiisieur.- actions brillantes propagèrent le renom uiililairc de- Anglais dai^ îles contrées où jamais drapeau européen n'avait éLé m. Si Ilaslings n'avait pus été forcé, par un nouveau et [tins formidable danger, de modifier toute sa politique, il est probable qu'il aurait réalisé ses projets concernant l'empire des, Ma lira lie s.

Les autorités d'An gicle nu avaient judicieusement chargé du commandement des Iroupcs ;iu Bengale et nommé membre du Conseil un des soldats les plus distingué- de celte époque, sir EyreCoot, qui, plusieurs années auparavant, s'était fait remarquer parmi les fondateurs de l'empire anglais en Orient. Au conseil de guerre qui précéda la bataille de Plassey, il avait chaleureusement soutenu contre la majorité l'audacieuse opinion qui, après quelque hésitation, fut adiipl.ee et qu'un plein -uctè-. juslifia. Il commanda ensuite dans le sud de l'Inde contre le brave et infortuné Lally, gagna la bataille décisive de Wiuidewash sur les Français et sur leurs alliés natifs, prit Pondiehéry et soumit le Camatie à la domination anglaise. Depuis ces brillants exploils, vingt années environ s'étaient écoulées ; Cout n'avait plus l'activité physique qu'il avait déployée dans sa jeunesse, et la vigueur de son esprit n'élait pas non plus restée la même. 11 était capricieux, chagrin, et ce n'était qu'à force de complaisance et de Batterie qu'on pouvait le maintenir en bonne humeur. 11 faut ajouter, nous le craignons, que l'amour de l'argent s'élait emparé de lui, et qu'il pensait plus à son traitement et innins à ses devoirs qu'on n'avait lieu de l'attendre d'un membre si émiuent, d'une aussi noble profession. Cependant c'était peait-eliv l'ulTirier le plus capable qu'il fût possible de trouveralors dans l'armée anglaise, llavail une grande influence sur les soldais îcifil's qui vénéraient suri nom et qui n'en ont même pas aujourd'hui perdu le souvenir. On rencontre eu-

core de temps à nuire quelque vieux ci paye à barbe blanclie qui aime à parler de Porlo-ÎWo et de Pollilore. Récemment un de ces vieillards vi n t . ^) i ô ■? 1 1 1 l ■ i ■ un plaeet à un ot'lieier anglais qui occupe dans l'Inde un des emplois le- plus élevés; mi portrait de Coot se trouvait dans l'apparl fuient ; le vétéran reconnut tout à coup celte tète qu'il n'avait pus me depuis plus d'un don îi -siècle, il ne pensa plus à ce qu'il devait au vivant, s'arrêta, se redressa et lit avec un prorond respect le salut militaire, à l'image du mort.

Bien que Coot ne votât pas constamment avec le gouverneur général, comme faisait liarwell, il n'avait nulle tendance à se joindre à l'opposition systématique et sur beaucoup de questions il prcla son appoi à Ilasimgs. qui (latin île sou mieux les passions dominantes du vieux soldat, en lui taisant une cour assidue et en lui accordant sans ilitlie.irlié les appointements les pins exorbitants.

Il semblait probable à eri le époque qu'une réconciliation géné-

de sentiments |ia trio tiques, — et ni HasLings ni Francis n'étaient dénués de sentiments patriotiques, — à oublier leurs inimitiés personnelles et à coopérer fraurlierucnt au bien général. Coot n'avait jamais appartenu à aucun parti ; Wlieler était e\lrèmeinent las de tous les partis; Barwell possédai, une grande fortune, et, bien .qu'il eût donné sa parole de ne point quitter' Calcutta tant qu'on aurait besoin de bu au Conseil, il désirait vivement retourner en Angleterre. Il s'eilbrra d'amener un arrangement qui devait lut rendre sa liberté. Ou finit par s'entendre. Francis promit de renoncer à son opposition, et llasl.mgs urit l'engagement de faire largement parlieiper les amis de Francis aux honneurs et aux avantages pécuniaires du service. A la suite de ces conventions il y eut durant quelques mois une concorde apparente dans la salle du Conseil.

Lu concorde, en vérité, u'avail jamais été plus nécessaire, Gif

dej calamités hilénenivs, jilus tcrnbles que la guerre elle-même, menaçaient alors le Bengale, Les auteurs du ltegulalïng~Act de 1773 avaient créé dens pouvoirs indépendants, l'un judiciaire, l'autre politique, et, grâce à iwi.li; iiônlii;cisi-o dimt la législation anglaise offre scandaleusement tant d'exemples, ils ne s'étaient pas inquiétés de détenu i m e 1rs limites de ces pouvoirs. Les juges se prévalurent du vague de la loi; ils essayèrent de s'arroger l'auto-

«nlement à Calcutta, mais dans (rate l'étendue qui dépendait du fort William. Il n'y a guère

.l'Anglais qui se refuseront à admettre que

la jurisprudence as-

glaise, malgré les progrés modernes, n'est r

ti aussi peu coûteuse

ni aussi expeditive qn un pourrait le désirer.

C'est cependant un

système qui s'est développé parmi nous. En

quelques points il a

été adapté à nos mœurs ; eu d'autres ceUes-

ci oui élé graduello-

inent transformées par lui. Nous sommes aci

imperfections les plus graves; c'est pourqu

oi ces imperfections,

hien que nous puissions nous en plaindre, i

ic nous inspirent pas

l'horreur et l'elfroi que nous causerait un ne

md abus d'une im-

portance beaucoup moindre. Dans l'Inde las

ebosessont Irêt-dif-

férentes. Transplantée dans ce pays, la loi an

gtaise a tous les vices

dont nous avons à souffrir ici, elle les a tous à un bien plus liant degré et elle en a d'autres auprès desquels les vices dont nous avons le plus à soullrir -ont dus bagatelles : lente ici, elle est bien plus lente dans un pays où le sofours d'un intei'prèle est indispensable a chaque juge ei à r.- 1 ■ : ■. ■ 1 1 ; ■ - a voient : coûte u-c ici, elle est bien plus coûteuse dans un pays où les légistes praticiens viennent d'un pavs lointain. Li; Irmail h lu tout Anglais dans l'Inde, depuis celui du gouverneur général et du commandant en chef jusqu'à celui d'un groom ou d'un horloger, mérite un salaire beaucoup plus élevé que chez nous. Nul homme ne vaudra s'exiler pour rien, et, qui plus est, s'exiler sous la zone torride. Les gens de loi ne font pas exception à la règle. Nul avocat ne voudra plaider il quinze mille nulles de tous ses amis pour les lionoraires dont il se contenterait sur les bords de la Tamise. Les dépenses judiciaires

«8 HISTOIRE ET C1UTIQ0E.

sont donc environ Irais fois plus considérables à Calcutta qu'à Westminster-Hall, et cela bien que !e peuple de l'Inde soit incomparablement [dus pauvre que celui d'Angleterre . Les délais et les irais, quelque vevatoiros qu'ils suicul, repré-enteut cependant la plus faible partie ilu mal que ne pouvait, manquer de produire In loi uimhi-o importée dan. l'Inde sans nioiiilioa!ion. L'innovation révolta los sentiuioms los plus éneE'giqiios do notre nature, l'honneur, la religion, la pudeur féminine. L'arrestation préventive était le premier acte de la plupart des procédures civiles, et, pour un natif de haut rang, i'amsl.atioti était non simplement une gêne, mais une grossière atteinte à sa dignité, [a; serment était exigé dans les procès de tous jjonres, et l'aversion d'un quaker pour un serment n'est guère plus forte que celle d'un natif respectable. Pénétrer dans l'appartement d'une femme de qualité, ou voir le ïisage de cette femme à découvert, sont, aux jeux des natifs de l'Inde, des outrages plus redoutés que la mort, et que la mort seule peu! expier. C'est à ces outrages que les familles les plus distinguées du Bengale., do Babar et d'Orissa étaient désormais exposées. Qu'on s'imagine dans quel état se trouverait notre propre pays, si l'on introduisait subitement parmi nous une jurisprudence qui fût pour nous ce que notre jurisprudence est pour nos sujets asiatiques; qu'on s'imagine dans quel état se trouverait notre pays, s'il était décrété que tout individu pourra, en jurant qu'une somme lui est due, acquérir le droit d'insulter des hommes du caractère le plus honorablu ut lu plus nacré, des femmes de la délicatesse la plus avérée, do ovavarliov un nlïider général, do mettre un évéque aux fers, de traiter les dames de la façon qui motiva le coup de Wat-'fyler. Tel fut à (ieu près le résultat qu'obtint la Cour suprême on tâchant do motive nous sa juridiction toute l'étendue du territoire de la Compagnie.

Le règne de la terreur commença ; de la terreur augmentée par l'incertitude, car ce qu'on endurait ét.iil encore moins terrible que ce qu'on redoutait pour l'aicnn'. Personne ne savait ce qu'il fallait attendre de ce tribunal étranger. Ce tribunal venait de par

delà l'onde noire 1 , oiiniin' le peuple (le l'Inilc, avec uni- mystérieuse horreur, appelle la nier; il se com|W"*iit do juges qui lous ignoraient les usages des milliiuis ii Vires -ni' lesquels ils prétendaient exercer une autorité illimitée ; il se servait de caractères inconnus pour rédiger ses actes, de sons inconnus pour prononcer ses sentences; il avait di;j.ï ra— emblé autour de lui une armée recrutée dans les lus -le m ils du lu population native; une armée de ilélali'nrs, île 1 iaii\ 1 ni mile. uiiséi . i b ■ ! r -~ ,k 1.1111:1' - :'i lu cliicalie par goût et par proies- ii m, et surit iul une lia mit' île recors auprès desquels les employés de?- plus ieimbles maisons pour dettes d'Angleterre, aux {dus mauvais jours de notre histoire, auraient paru des gens pleins de cœur et. de droiture. l;u grand nombre de natils, jouissant d'une liante considération parmi leurs concitoyens, furent saisis, traînés à Calcutta, jetés dans lu prison commune sans qu'aucun crime leur tût reproché, sanstpie le payement d'aucune dette leur lut réel. 11 né. mais uniquement par mesure de précaution, jusqu'à ce que leur cuise, arrivât devant la Cour. Des

seilement estimés et qui moururent de rage et de lionle sous la main des vils alguazils d'Impci. Iles lumles de recors souillèrent de leur présence les Imraus îles nobles niaboinéluns, sanctuaires respectés en Orient par de's goiuiTueuicnls qui ne respectent rien autre chose. Les musulmans, plus braves et moins accoutumés à la soumission que les Hindous, lirait epielquefois résistance, et il

leurs l'cmmes. Il \ avait lieu de présumer que le: désespoir donnerait â la fin du courage même au pusillanime bengalais qui avait rampé aux pieds de Surajuli-liovvLih, qui était resté muet sous l'administration de Vunsil.art. Jamais invasion madratte ne désola la province aussi complètement que eclto irniption de légistes anglais. Toute I 1:1 1-I1 t: des anciens oppresseurs a européens semblait d'une extrême bénignité quand oi rail à la justice de la Cour suprême.

Anglais et les natifs de lentes les clauses protestaient contre celle affreuse tyrannie; mais les juges étaient inébranlables. Si l'on résistait S un bailli, ils ordonnaient au* soldats de prêter mainforle à celui-ci; si un fonctionnaire de lu Compagnie, se conformant aux instructions dn gouvernement, tenait tète aux misérables sergents ijiii, porteurs d'un mandat d'Impcy, dépassait eu

insolence et en ra| île li s Mileurs di: ïra'xl chemin, ee l'ouc-

lionnaire était aussitôt emprisonné. Soixante ans écoulés, les vertus et la sagesse de plusieurs magistrats qui, durant ee laps de temps, administrèrent lu justice à la Cour suprême, n'ont point effacé de l'esprit des habitants du l'enfile le souvenir de ees jours funestes.

Sur cette question, les membres du gouvernement étaient d'un avis unanime. Hasting- avait courtisé les juges. Il avait trouvé en eux de précieux in-trimien(-s; mais il n'avait pas envie d'en faire ses propres maîtres ou les maître; de l'Inde. Il avait l'esprit large; il connaissait à fend le caractère natif; il voyait que le système suivi par la Cour suprême déshonorait le gouvernement et ruinait le peuple; il résolut de le combattre énergiquement : il eu résulta que l'amitié, si l'on peut appeler ainsi de pareilles relations qui l'avait uni à hupey. fut pendant un temps tout à fait rompue. Le arnivei noi lient s'ickip isa terme meut entre

excès les plus étranges. Il envoya au gouverneur général et à tous les membres du Conseil l'ordre écrit de comparaître devant la justice du roi et de rendre compte de leurs actes publics. C'en était trop. Hasliugs, avec nu juste dédain, refusa d'obtempérer à celte sommation. Il délivra les personnes arbitrairement détenues par la Cour et se mit en mesure d'eiuplover an l^soiii la force contre les outragera procédés des officiers (lu sheriff. Mais il songeait à un autre stratagème qui pouvait écarter la nécessité d'un appel aux armes. Il était rarement à court d'expédients, et il ap-

WAHREN HAST1NGS.

préeiait Impe-y à sa juste valeur. Kn cette inconstance, In chose élait des plus simples; il s'a^i-sul lunl bonnement d'un présent. Par acte du Parlement, Impey, connue juj-'e, était indépendant du gouverneur du Bengale, et avait droit à un traitement annuel de huit mille livres. HasliiiL's proposa de le nommer aussi juge au service de la Compagnie, révocable ;i la volonté ilu gouvernement du Bengale, et de lui allouer à ce titre environ huit mille livres de plus par an. Il fut sous-entendu qu'eu considération de ee nouveau traitement Irapey cesserait de soutenir les hautes prétentions de sa cour. S'il manquai! à tetfe convention tacite, te gouvernement pouvait en un instant le dépouiller de la nouvelle charge qui avait été créée pour lui; le marché fut conclu; le Benpale fut sauvé; l'appel aux armes fut conjuré, cl le Chief-juslire fut riche, tranquille et infâme.

Il est inutile de s'appesantir sur la conduite d'Impcy; elle est en rapport avec tout ee que l'histoire a raconté de sa vie. Jamais jupe pareil n'a déshonoré l'hermine anglaise depuis Jefferies, mort d'ivrognerie à la Tour. Nous ne saurions partager l'opinion de ceux qui ont blâmé II istin^s d'avoir ainsi transigé. Voici le fait ; la négligence avec laquelle avait élé rédigé le Hegulating- Act avait laissé au Clncl-ji^ticc le pouvoir de jeter un grand pays dans la plus efirov.dile nu d'il -ion; le niiel'-juMiee était déterminé à user à entrante de ce pouvoir, à moins qu'on no le payât pour s'arrêter, et Hastings consentit à le payer. C'était une nécessité déplorable; mais il est déplorable aussi que les pirates aient le pouvoir d'extorquer des rançons à leurs captifs en les menaçant de la torture. On a cependant tonjnnrs con-idéré le rachat d'un captif à des pirates comme une action charitable et chrétien ne, et il serait absurde d'accuser («lui qui a payé la rançon d'avoir corrompu le corsaire. Celle eompri raison, nous le pensons sérieusement, ne s'applique pas mal à la siluation respective d'Impcy, d'Hastings et du la population indienne. Impev avait-il le droit de demander ou d'aeceplrr une somme d'arum! en échange de pouvoirs qu'il ne pouvait abdiquer, s'ils lui appartenaient réellement,

qu'il n'aurait jamais ilù usurper >'ils nu lui appartenaient pas, et que, dans aucun ras il m: pouvait lioiméirmeiil v.-.'inli-fV liftings n'avail-il pas le droit de donner mie somme, quelque grosse qu'elle fût, au premier venu, fùl-il indigne, plutôt que de livrer des millions d'êtres humains aux horreurs du pillage ou de les secourir au prix de la guerre civile?

Francis s'opposa de toutes ses forces à cet arrangement; on peut, en virile, soupçonner qu'il aïit ainsi autant par aversion personnelle pour hnpey que. par /tic pour le bonheur de ia province. A un esprit emporté et vindicatif, il semhlait peut-être préférable d'abandonner le. lienuidc au\ oppresseurs que de le délivrer en enrichissant ceux-ci. I! n'est pas improbable, d'un autre côté, qu'Hastiniis n'ait élé. I rès-désireux de recourir à un expédient qui fût agréable au C hier-justice, parce que ce haut fonction:! ni it lui iuai! déjà élé utile, ri ipi'il ; n.'i :v in il. , quand 1rs dissentiments existants seniienl éteints, lui être utile encore.

Hais ce n'était pas seulement sur cette question que Francis était l'adversaire d'IIaslings. La pan qu'ils venaient de faire ne fut qu'une trêve courte et vainr durant, laquelle leur haine mutuelle alla toujours croissant. À la fin l'explosion eut lieu. Haslings accusa publiquement Francis de l'avoir trompé et d'avoir |iar de fallacieuse? pnmirs.-:^ induit Ikirwell à quitter fu service, (le fut la cause d'une dispute semblable à celles qui s'élèvent fréquemment, même entre des houuins honorables, lorsque de simples conventions verbales ont terminé de grands différends. Un historien impartial serait sans ikmle J'.nis que tous deux ne s'étaient point compris; nuis leurs esprits étaient tellement aigris, qu'ils s'imputaient l'un à l'autre rien de moins qu'une scélératesse préméditée, ii Je ne me fie pas, dit llastings, ainsi que nous l'apprend une minute enregistrée parmi les délibérations du Conseil, je ne me lie pas aux promusses de M. Francis; car je suis convaincu qu'il est incapable de sincérité. Je juge de sa conduite publique par ses actes privés qui, selon moi, manquent de franchise et d'honneur, t IJuand la séance fut levée, Francis

remit au gouverneur général un cartel qui fut immédiatement accepté. Ils se battirent. Francis eut le corps traversé d'une halte. Il fut porté dans une maison voisine où l'on constata que la blessure, quoique sérieuse, n'était point mortelle. Haslings s'informa plusieurs fois de la santé de son ennemi, et demanda à le voir, mais Francis se refusa froidement à recevoir sa visite. Il appréciait, disait-il, la politesse ilu gouverneur uéuéral; niais il lui était, impossible de consentir à aucune entrevue particulière : ils ne pouvaient se rencontrer qu'à la salle du Conseil.

On s'aperçut bientôt il quelle fàchnisc ;t! Immotivé !e gouverneur général avait dans celte occasion cïpo-c sa patrie. On était sous le coup d'une crise dont tout autre que lui n'aurait su triompher. Ce n'est pus mie exaaériilion de dire que, s'il avait été enlevé à la direction des affaires, les années 17H(I et 1781 auraient été aussi fatales à nos posassions d'Asie qu'à nos jwssessions d'Amérique.

Les Mahrattes avaient élé le principal ol-.jc t des appréhensions d'HnSlings. Les mesures qu'il avait prises pour anéantir leur pni--.ainv avaient éié d'abord iulViie tueuses, grâce aus. fautes de ceux qu'il était obligé d'employer, mais ses efforts persévérants et habiles semblaient devoir èLre enfin couronnes de succès quand ■lirait an loin un pin- Lormii.lnl.Je danger.

Trente ans environ ayant cette époque, un soldat maliométan s'était fait remarquer dans les guerres du midi de l'Inde; son

fils d'un petit employa du lise, le pelil-fils d'un derviche errant; mais, bien qu'il fût parti de si bas, bien qu'il ne sût même pas l'alphabet, l'aventurier, dès qu'il fut à la télé de soldats, montra qu'il était né pour la eonquèlc et pour le commandement. Aucun des chefs qui se disputaient les lambeaux Je l'Inde ne pouvait lui l'are comparé ni comme capitaine ni comme homme d'Ëlat. Il devint général. Il devint prince souverain. D'anciennes principautés morcelées lors du lmulevec-enient général, il forma un grand empire, compacte et vigoureux. Il le gouverna avec une

HISTOIRE ETCRITIQCE.

habileté, une sévérité, une vigilance dignes Je Louis XI. Licencieux dans ses plaisirs, implacable dans ses inimitiés, il avait cependant l'esprit iisscx étendu pour comprendre combien la prns]iérilé dus sujets ajoute à la force dos gouvernements. C'était Dii oppresseur, mais il avait, an mohi> le mérite de préserver son peuple de tonte oppression autre que la sienne. 11 était Ires-vieux,

ll/.i., irili MiÇ'ii." rU<( l'Ifl In'Ili-, t.* 1111' i«iin>I li-rtn. <!•<•

lorsqu'il était moins avancé en âge. Tel était le grand Hyder- \ly, le fondateur du royaume mahomélnn de Mysore, le plus formidable ennemi que les conquérants anglais de l'Inde aient en jamais à combatlre.

Si Haslings avait été gouverneur de Madras, il eût fait d'Ilyder un ami, ou l'eût ôiiei^iqucnieut contrecarré. Malheureusement les autorités anglaises {lu Sud provoquèrent les hostilités de leur puissant voisin sans être prêtes a les repousser. Une armée de quatre -vingt mille hommes, bien supérieure sous le rapport île la discipline et de l'activité à toute autre armée indienne, apparut tout à coup dans le, sauvages défilés, creusés par les torrents des montagnes et comorts île jungles qui conduisent du plateau de Mysore aux plaines du Carnatic. Elle avait avec elle cent pièces d'artillerie, et plusieurs ofliciers français, élevés dans les meilleures écoles militaires de l'Europe, dirigeaient ses mouvements.

Hyder fut partout victorien*. Dans plusieurs garnisons les cipajcs mirent bas les armes. Du .s'empara de quelques forts par trahison ; Te désespoir fit ouvrir les portes de quelques autres. En peu du jours, toute la contrée septentrionale du Coleroon fut soumise. Déjà les Anglais qui habitaient Madras pouvaient, la nuit, du sommet du mont Saint- Thomas, voir vers l'est l'horizon rougi par un vasle cercle do villages incendiés. Les blanches villas, oû nos compatriotes ont coutume de se retirer après les travaux quotidiens du gouvernement et du commerce, étaient abandonnées, car déjà on avait aperçu des bandes de farouches cavaliers du Mysore rodant à travers les tulipiers et près des coquettes vérandas. La ville elle-même semblait n'offrir aucune

WARBBfl HiSTINCS.

sécurité, et les marchands anglais, ainsi ijue les fonctionnaires publies, se hâtaient de se réfugier derrière les canons dli ibsl Saint-Georges,

On avait vniimcnl. In faculté d'assembler une armée qui aurait été en état de défendre la province et même de repousser l'envahisseur jusque dans ses montagnes. Sir Hector Munro était à la téte de forces considérables; Baillie s'avançait avec d'autres forces. Réunis ils auraient pu présenter un front formidable, même à un ennemi tel qu'Hyder; mais les commandants anglais, oubliant ces règles fondamentales de l'art de la guerre dont l' efficacité' est évidente même pour ceux qui n'ont jamais reçu la moindre éducation militaire, différèrent leur jonction et furent attaqués séparément. Le corps d'armée de Baillie fut détruit : Mimii) iiil liira: ni' ;il iuiuloiiisi.1- ses bagages, do jeter ses canons dans les citernes et de se sauver lui-même en opérant une retraite qu'on pourrait appeler une fuite. Trois semaines après lu commencement de la guerre, la domination anglaise dans l'Inde méridionale ébil singulièrement compromise. Un petit nombre de places fortifiées nous restait seulemenl, la gloire de nos armes était ternie; on savait qu'il j avait lieu il attendre la prochaine arrivée d'une grande expédition française sur la côte de Coromondel. L'Angleterre, pressée de tous côtés par ses ennemis, n'était pas à même de protéger des possessions aussi éloi-

Ge fut alors que le fertile génie et l'imperturbable courage d'ilastûlgs se montrèrent dant tout leur éclat. Un léger navire, poussé par la mousson de sud-ouest, porta rapidement à Calcutta les désastreuses nouvelles. Eu vingt-quatre heures le gouverneur générai conçut un plan complet de politique qui convenait admirablement à la grave situation des affaires. La guerre contre Hvder était une guerre acharnée. Il fallait négliger toutes les questions secondaires pour conserver le Carnalic; terminer à l'amiable les démêlés avec les Mahrattes; envoyer immédiatement à Madras d'importants renions de troupes et des secours

ibb BIST01HB ET CH1TIQUE.

en argent; mais foules ces mesures auraient élé elles-mêmes insuffisante si l'on n'eût chargé nu ] n uni no, doué il* un esprit vigoureux, de conduire les e|icrai nais m il ilaircs, jusqu'alors très-maladroitement menées, ilastinsis résolut d'oulre-passer ses pouvoirs, tic suspendre l'incapable gouverneur du fort Saint-Georges, tf assigner à sir ëjtc (joute la mission de combattre Hyder, et, de confier à ce général distingué la direction absolue, de la guerre. Malgré l'opposition obstinée rie Francis, qui était enfin guéri de sa blessure et avait repris ses finie tiens, l;i politique sage et ferme du gouverneur général fut approuvée par la majorité du Conseil. Les renforts, dont, on avait hâté le dépit, atteignirent Madras avant que l'espédition française parût dans les mers de l'Inde. Coote, brisé par l'âge et la maladie, u'élail plus le Coûte deWaudewash. Hais c'était encore iui commandant habile et résolu. Les progrès d'Hjder furent arrêtés, et, au bout de quelques mois, la grandi; victoire de Porto-Novo releva l'honneur des armes anglaises. Sur ces entrefaites, l' rancis retourna en Angleterre, et Hastings n'eut plus désormais de contradicteur, Wbeler s'était peu à peu relâché de son opposition, et, après le départ de son véhément et implacable collègue, il donna plcincirien!. son concours au gou-

Mais, quoique les difficultés résultant des discussions intestines du Conseil fussent aplanies, il y eu avait d'un autre genre qui devenaient plus pressai îles que jauniis. L'en ibar:as des iin.aices était extrême; il fallait q a 'I Listings trouvât le moyen non -seulement de pourvoir ans besoins du gouvernement du Bengale, mais encore de soutenir dans le Cainalic uni: guerre conteuse, tout à la fois contre des ennemis indiens et contre des enneinis européens, et d'envoyer des fonds eu Angleterre. Peu d'années avant celle époque, il s'était lire d'alfa reçu dépouillant le HogoJ et en asscrvissaut les 11 obi lias : les ressources de sou esprit fécond n'étaient point encore épuisées. 11 jela sou déiula sur llénarès, une des

premières villes de l'Asie par ses riehesjcs, su |>opulatinn et son

renom de sainteté Un pensait coi uiéitieiii i|ii'ini demi-million

d'êtres humains était entassé dans ce labvriiillie de longues nies, où abondaient les autels, les minarets, les balcons et les fenêtres sculptées, où se voyaient par centaine-; des -anges sacrés. Le voyageur pouvait à grand' |iei ne se frayer mi chemin an milieu des saints mendiants et des taureau* non moins saints. Les pas d'une multitude innombrable, d'aduruleui'.- ii-aienl eliaque jour les marche- de- lare.' s et maje-tucin e-caiiel -.■ qui di -< <ndiiiriil ilr ces fourmilières aux bains silués ~nr les bonis ■ lu Gange. Les Écoles et les temples attiraient une foule de pieux Hindous de toutes les provinces où avait pénétré h foi braliiiianiquo. Chaque mois, de s centaines d'Hindous y venaient mourir, car ils croyaient qu'un destin particulièrement lieiircu\ amendait l'homme qui passait lie la cité sacrée dans la rmèt'e -aérée , et la superstition n'était, pas le seul motif qui allii ait les cti'aiiiicrs dan. eetLe. vaste métropole : le commerce y comptait autant de pèlerins que la religion. Le long du fleuve vénérable il y avait, en grand nombre, des vaisseaux ehar^é' de ricin 1 ' marchai. ili-es. Les métiers de Déliâtes fabriquaient les belles soieries qu'on admirait ans bals de Saint- James et du Pelil-Triauon, ci, dans les bazars, les mousselines de Bengale et les sabre- d'Onde étaient étalés près des diamants de Colcoude et des cliàles de Kaelietnvr. Cette -plcndidc capitale et

ebie, les seigneurs de Bonarès devinrent iiidépenilauts de la cour de Delhi ; mais ils lurent obligés de se soumettre à l'autorité du Nabab d'Onde. Ce formidable voisin lus opprima ; ils implorèrent la protection des Anglais : la protection des Anglais leur lui accordée, et, entin, le N abab- Vizir, par un traité solennel, céda tous -fis diuits sur Bénarès à la Compagnie. A partir de ce moment, le rajab fut le vassal du gouvernement du Bengale ; il reconnut sa suprématie et s'engagea à envoyer' un Iribut annuel au fort Wil-

liatn. Chcjte-Sing, le prince régnant, avait payé ce tribut avec une stricte ponctualité.

Il j a eu un détial très-animé sur la nature précise des relations légales entre la Compagnie et le rajah de Benarès, D'une part, ou a affirmé que Clioyle-Sing était simplement un grand sujet, et que le pouvoir supérieur avait le droit de réclamer soi: assistance, lors i|ue l'empire était dans mie position difficile. D'autre part, on a prétendu que c'étnit un | u-< i m i ■ indépendant, qu'un tribut déterminé il l'avance é ait la seuli- cIhhj que la I a.nnpagTiie pût exiger

mark, liien de plus facile qui: de trouver des précédents t:l des analogues eu faveur île charnue île ces ojiiiiïoiis.

Notre impression ]iersonncllc est que ni l'une ni l'autre n'est juste. Les politique- .'mêlai- avaient trop l'habitude de croire qu'il existait dans l'Inde une eiei-tilii'nm reconnue et définie, en vertu de laquelle les questions de eelle espèce pouvaient èlrc décidées. I.a vérité est i|iie, durant le temps qui s'émula entre la chute de la maison de Tanierlan et l' établissement île la prépondérance anglaise, il n'y avait aucune constitution de ce genre. L'ancien ordre de clioses n'était plus '. le nouvel onbe de choses n'était pis encore. Tout était transition, obsemïlé, confusion. Chacun sauvegardait sa vie de son mien* et aeeaparait tout ce qu'il pouvait accaparer. Il j a eu en Europe des é|>oques pareilles, la dissolution de l'empire carlovingiet) en est un exemple. Qui songerait à discuter sérieusement cette question-ci : Quel degré d'assistance pécuniaire et d'obéissance Ilui'ue- tiapet avait-il constitutionnelle ment le droit d'exiger du duc de llrelagne ou du duc de Normnndieî Dans la société d'alors, les mots a droit constitutionnel » n'avaient aucune signification. Si Hugues Capel s'était empare de tous les domaines du duc de Normandie, c'eût été peut-être injuste et immoral ; inuis ce n'eut pa- été illégal dans le sens dans lequel les ordonnances de Charles \ fuient illégales. Si, d'un

été illégal dans le seii- dans 1 1 ■■: 1 1 n ■ 1 l f>: f n'i i L< ii mi un prince Louis lionaparte fut illégale.

La situation du l'Inde, il y a soixante ans, ressemblait beaucoup à ceci. Aucun des gouvernements e\i-lants ne pouvait se prévaloir de sa légitimilé du s'appuyer sur autre chose qu'une occupalifm récente. 11 n'y avait cuire de provinces nii lu souveraineté réelle el la souveraineté nominale ne fussent pas séparées. Il y avait encore des litres et 'le- l'orme- qui impliquaient que l'héritier de Tamerlan était un maître absolu, et que le? Nababs des provinces étaient ses lieutenants. Eu réalité, l'héritier de Tamerlan était un captif. Dans quelques |>n-, le- .Nababs étaient des prince; indépendants; dans d'autres, lels que le Bengale et le Carnatic, ils n'étaient plus que des faiilùines, ainsi que leur maître, et la Compagnie exerçait le pouvoir suprême. t'Àwt les M ah rat les, l'héritier de Sevnjec conservait encore le titre de rajah ; mais il était prisonnier, et le peshvva, son premier niiitisfie, était devenu le chef héréditaire de l'empire. U- peshwa, à sau tour, tombait rapîdemenl dans l'élut (le rlrïiurlaliiiii auquel il avait, réduit le rajah. U était, peu-ous-iious, impossible de trouver, îles inouïs Himalaya à Mysore, un seul gouvernement qui fut à la lois gouvernement de facto et gouvernement tl? jinv, qui possédât les moyens de se faire craindre de ses voisins et de ses sujets, et qui jouit en même temps d'une autorité consacrée par la loi et par une longue près-

fl.islin^s avili! nettement aperçu ce ipn re-lnil caché |HHir la plupart de ses conlemporains. à savoir qu'un tel ordre de choses donnait d'immenses avantages à un gouvernant de beaucoup de [aient et de peu de scrupule. Dans chacune îles questions internationales qui pouvaient surgir, il avait l'option entre le terrain de facto et le terrain de jure, et il était probable que sur l'un des deux il établirait la prétention qu'il lui piairail de soutenir, et serait à même de résister à loute prétention soulevée par d'autres.

im HISTOIRE ET CRITIQUE.

En conséquence, d;uis claque contestation il avait recours au prétexte qui convenait à son dessein iln moment, sans s'inquiéter le moins du monde de sa valeur, cl, de l,i sorte, il ne manqua presque jamais de trouier une raison qui, ;iuv ycut des gens mal informés et dépourvus Je uiL-inohv. seml.iliut être une justification de ce qu'il avait besoin de (aire. : tantôt le Nabab du Bengale est une ombre, tantôt c'est nu monarque; tantôt le Vizir est un simple lieutenant, tantôt c'est un potentat indépendant. S'il est utile pour la Compagnie de montrer un titre légal, la concession , revêtue du sceau du Mogal, est mise en avant 1:11111111: une pièce de la plus haute importance; lorsque le Mogol réclame les rentes qui lui sont, réservées par cet acte même de concession, ou lui répud que lui, Mogol, est un simple simulacre d'empereur; que la pui-sance anglaise repose sur une tout autre base qu'une charte émanée de lui ; qu'il est le bienvenu à jouer à la royauté aussi longtemps qu'il le vomi ni, ruais qu'il nr doit espérer aucun tribut des maîtres réels do l'Inde.

Il est vrai que. d'antres pouvait ni. aus-i hien qn'iinsl iug.s, pratiquer ces tours de passe-passe ; niais dans les diifcrends des gouvernements la sopliisl.iquerie ne serl guère que si elle est appuyée sur la force. Ceci est un principe qu'llaslings aimait à proclamer hautement et suivant lequel il se conduisit toujours avec une inébranlable fermeté. S il est un principe que, bien qu'il soit possible d'en abuser grossièrement, on ne saurait guère contester, nous devons l'avouer, diuis l'étal actuel du dioif public, c'est celui-ci : Quand une question ambiguë s'clcie entre deux «ouvernements, ii n'y a moyen, s'ils ne peuvent s'entendre, que de recourir à la force, et l'opinion du plus fort doit prévaloir. Dans l'Inde, presque tontes les questions il iiienl ambiguë-, le gouvernement anglais était le plus fort, et la conséquente est facile i tirer : le gouvernement anglais pouvait faire tout ee qu'il voulait.

Il convenait au ^ouveriieuient anglais d'exiger de l'argent de Cheyte-Sing ; il avait autrefois jugé à propos de le traiter comme un prince souverain ; il jugeait maintenant à propos de le traiter

celle d'Hastiiigs pouvait déconvi ir, .bus le chaos général .les lois et coutume.-, de- ar^iiiuculs à l'appui île chacune de ces manières d'agir. On savait que Clievii -Sin- avait un immense revenu, et on soupçonnait qu'il avait un trésor bien garni. Ile plus, il n'était pas en faveur à Calcutta ; il avait recherché les bonnes grâces de , Francis et de Clavci iug à l'époque uù le gouverneur général se trouvait dans une position très-dit! ici le I Listings, qui laissait rarement une injure impunie, et cela, pensons-nous, moins par mauvaise passion que pur politique, n'i'Lii! pas taché que le sort de Clicyle-Siiu; dmina auv princes loisins une leçon pareille à celle que le destin de \uncoinar ;n;iit déjà diiuiiée aux habitants du , Bengale.

En 1778, au moment de la déclaration de guerre à la France, Chejte-Sing fut Minime de paser, nuire son tribut régulier, une contribution extraordinaire de cinquante mille livres; en 1779, pareille quantité d'argent fui exigée de lui ; en 1785, la demande fut renouvelée Clioytc-Sing, dans l'espoir d'obtenir quelque indulgence, fitollrir sec rè le m eut au gouverneur général un présent de vingt mille livres, liaslines prit l'argent, et ses ennemis ont affirmé qu'il le prit avec l'intention de le garder. Il est positif qu'il cacha cette transaction pendant un certain temps aux membres du conseil du Bengale et aui directeurs de Y Initia toute, et que jamais il n'cvpliipta ce irivsti'ri il' une uianièie sitisl'iiiSiiiile. Le patriotisme nu la crainte d'être découvert le déterminèrent cependant à résister à la tentation. Il versa l'argent du présent dans la caisse de la Compagnie, et pres-a [il us que jamais lerajali de [aire droit aux réclamations du gouvernement anglais. Le rajah, suivant la coutume de ses compatriotes, [ usa, sollicita, invoqua sa pauvreté; mais il n'était pas si lacile d'échapper a l'étreinte d'Hast iug'-. Celui-ci augmenta le chiili'c île la contribution de dix mille livres, à titre d'amende pour le retard, et envoya des troupes chargées de hâter le pavement.

L'argent fut donné; niais cela ne suffit pas encore. Les der-

niers événements ipi! s'étaient passés d;>ns !c suil de l'Inde avaient accru îes embarras linancicrs de la Compagnie. [Listings était décidé à dépouiller Chevle-Stiig, et, dans co luit, à lui chercher querelle. Le rajah fut, eu conséquence, requis de lever uti corps de cavalerie destiné au service du gouvernement anglais, 11 fit dos objections cl tâcha de se soustraire à celle nécessité. C'était justement ce que dédirait le gouverneur général. Il avait maintenant un prétexte qui lui [HTiuell.aii Je traiter comme un criminel le plus riche de ses vassaux. « Je résolus, — ce sont les propres paroles d'Hastings, — de profiler de -a faute pour diminuer la détresse de la Compagnie, de faire acheter cher à Clieyte-Sing son pardon, ou de tirer une vengeance sévère de ses crimes passes, i) Le plan consistait simplement en ceci : demander des con tribu lions de plus en plus fortes, et pousser ainsi le rajah à faire des remontra nées, appeler alor^ ses remontrances des crimes, et le punir par la ronfiscaliou do tous ses biens.

Cheyte-Sing avait une terreur extrême. Il offrit deux cent mille livres dans l'espoir de se rendre propice le gouvernement liriliiiiuiipie, mais llaslmïs repiin-lil qu'on n':iCi.!-;iltM ail pas moins d'un demi-million. Le gouverneur général commençait, d'ailleurs, à songer à vendre liéoarès à l'Onde, connue il avait vendu naguère Allahahad et lloliilcund. L'affaire n'était pas de nature à èl.re traitée à distance, et il résolul d'aller à Hénarès.

(ihcyte-Siug recul son soigneur suzerain avec de nombreuses marques de respect; il fit, suivi de ses gardes, environ soixante milles pour venir au-devant de sou illustre visiteur, et il manifesta son profond chagrin d'avoir encouru la disgrâce, des Anglais. Il ôta son turban et le posa sur les genoux d'Hastings, acte qui, dans l'Inde, est l'expression de la soumission la plus complète et du dévouement le plus uli-ulu. ll i-iiugs l'iieeueillit avec une sévérîlé froide et dédaigneuse, liés son arrivée à llénarès, il adressa au rajah une noie où étaient énoncées les demandes du gouvernement du Bengale. Le rajah essaya de se disculper des accusations portées tonlro lui. Iliislmgs, qui avail besoin d'urgent el

WARHBK H ASTI fiGS.

non d'excuses, n'était pas disposé à se laisser détourner de son but par les artifices en usage dans les négociations indiennes. Il ordonna immédiatement d'arrêter le rajah, cl le plaça sons la garde de deux compagnies de cipayes.

En prenant ces mesures violentes, llastmgs faillit à sa prudence etàson disrernruieui arroiitiimés. Il est probable qu'ayant eu peu d'occasion d'observer par bii-mèine 1rs diverses fractions

sait'pas exactement la différence qu'il j a entre le caractère de uu- dernier.- ul r-L-J 1 1 i des :i iln.s îialiilrnl 1rs liantes pruviiicos. Il était alors sur une terre bien plus favorable à la vigueur de la constitution humaine que le delfa du (lange, sur une terre féconde en soldats qui se sont montrés dignes de charger avec les bataillons anglais et de les suivre sur la brèche. Le rajali était populaire parmi ses sujets, srai administration avait été pleine de douceur, et la prospérité dit district qu'il «(Hivernait offrait un contraste frappant avec l'élat d'aliaissement dans lequel élait tombé Baharsous notre domination; mi contraste encore plus frappant avec la misère des provinces qui gémissaient sous la tyrannie du Nahab-Vuir. Les préjugés nationaux et religieux qu'avait l'Inde entière contre les Anglais régnaient avec une force toute particulière dans la métropole i le la superstition brahmanique. Il y a donc lien de penser que le gouverneur général, avant d'outrager la dignité du f.lieytc-Sinp par une arrestation, aurait dù réunir des forces capaides de. vaincre toute opposition. C'est ce qu'il n'avait pas fait. La poignée de cipayes qui avait accompagné Ihistings mu-ail probablement élé suffisante pour tenir en respect Moorshedabab ou la Villa Noire (Black Town) de Calcutta; mais elle ne pouvait résister à l'attaque de la belliqueuse populace de Bénniès. Les t ues voisines du palais étaient remplies d'une multitude immense dont la plus grande partie portait des armes, comme c'est l'usage dans l'Inde supérieure. Le tumulte se changea en combat et le combat en massacre. J,es officiers anglais se défendirent avec le courage du désespoir contre

un nombre accablant d'adversaires ; ils lirait brièvement leur devoir et tombèrent le fer à I;i main. Les cipayes furent mis en pièces; les portes furent enfoncées. M;il surveillé par ses gardiens tinrent cette lutte confuse, le prince natif découvrit une issue qui donnait sur la rive escarpée du Gange, se laissa plisser dans l'eau le long d'une corde coi èIol:! ]c uhhjl- ;ivuc les turbans de ses servi-

n'est que juste de reconnaître qu'il déploya pour en sortir une habileté et une présence d'esprit plus ren i a rqn ailles encore qu'à l'ordinaire, il n'avait avec lui ime cinquante hommes; le palais où il logeait était cerné de Ions côtés par les insurgés, mais son courage demeura inébranlable. I,e rajali, qui était sur l'autre bord du fleuve, lui lit parvenir des excuses et des propositions libérales, il ne reçut même pas do réponse, Quelques hommes adroits et entreprenants promirent de Inverser les lignes ennemies et de parler )a nouvelle des derniers événements au\ cantonnements anglais. Les natifs de l'Inde ont habituellement de grandes boucles d'oreille d'or. Lorsqu'ils voyagent, ils suppriment les boucles d'ereilie, de prur que le précieux métal ne lente quelque bande de voleurs, et, au lieu de la boucle d'oreille, ils mettent une bobine ou un rouleau de papier afin d'empêcher l'ouverture de se fermer. ILisline- plaça ain oreilles de ses messagers des lettres roulées sous le plus petit volume possible. Plusieurs de ses lettres étaient adressées aux commandants des troupes anglaises; une était écrite à sa léninie pour la rassurer; une autre h celui qu'il avait chargé des négociations avec les Mahraltes. Cet agent diplomatique avait besoin d'instructions sur la manière dont il devait mener ces négociations, et le gouverneur général, malgré l'extrême danger, les rédigea aussi tranquillement qu'il l'eût fait dans sou palais de Calcutta.

La situation devait cepen dan I s'a^raver encore. Un officier anglais, plus audacieux que sensé, et désireux île se distinguer, fit, au

delà du fleuve, une allaque contre les iusuig.'s; ses Irwiiies s'engagèrent dans des rursétroiles, el furent assaillies |or une multitude furieuse; il périt avec lion nombre de ses soldats, el ceux de ces

échec, quelque lueur i|ii'il IVil, e>suvè dans l'Inde par les armées anglaises. A ceul milles à la ronde toute h contrée l'ut en ébullilion. Tuute la ntqju In ( kjei du district île Béieuùs |irit les armes. Les hommes mariée abandonnèrent le-- champs et volèrent à la défense de leur prince. La contagion s'étendit jusqu'à l'Uude : le peuple opprimé de culte province su leva contre le Nabab- Vizir, refusa de payer l'impôt ri mil en fuite lu> otliiiuis du lise. Bahar même était prêt à Li révolte. Les espérances de Chejte-Sing allaient grandissant. An lien d'implorer sa grâce, du ton humble d'un vassal, il commença à parler le langage d'un vainqueur et menaça, dit-on, de balayer du sol les usur|iateurs blancs. Mais à ce moment les troupes anglaises se rassemblaient à la hâte. Les officiers et même les simples soldats avaient pour le gouverneur général une affection enthousiaste; ils accoururent à son secours avec une ardeur qu'ils -n'avaient jamais montrée dans aucune autre circonstance : Hastings s'en vantait, ta major l'opliam, brave et habile soldat, qui s'était excessivement distingué lors de la guerre avec les Main ailes, et en qui le gouverneur général avait une entière confiance, prit le commandement. L'armée tumultueuse du rajah fut mise en déroute Sus forteresses furent enlevées; eu quelques heures plus de trente mille hommes abandonnèrent sou drapeau, et retournèrent à leurs travaux ordinaires.

vraï qu'un de ses parents fut nommé rajah; mais le rajah de Bénarès ne devait plus être désormais qu'un simple pension liai rb tomme le Nabab du Bengale.

Grâce à celte révolution, le revenu annuel de la Compagnie fut augmenté de deux cent mille livres. Mais l'amélioration immé-

s'y était attendu. I.i' ( l'i'sor aitiaW' par Clicitr-Siiu; était drainé, d'après le bruit public, ;i un million sterling; il se trouva n'être environ que du qnarl de celte somme. Tel qu'il élait, il fut saisi par l'année et distribué comme butin.

Déçu dans ses e-péraiicrs sur Bénaivs, lla-linns se conduisit à l'égard de l'Ourle avec pins du dureté qu'il ne l'eùl fait si les choses s'étaient passée* aulrem>ail . Snjiili-Dimlali élait mort depuis longtemps, son lils et successeur, Asaph-l'U-Dowlab, étiùt un des princes les plus faibles et les plus vicieux qu'il y eût même en Orient. Sa vie se partageait entre un repris Inrpidc et les plus odieuses pratiques rie la sensualité. l>ans son palais régnait une prodigalité sans frein, dans .-es l'étais la misère et le désordre. Par suite des adroit.-* rnanrci ivres du gouvernement anglais. Il était graduellement descendu du rang de prince indépendant A celui de vassal rie la Compagnie. Une brigade anglaise pouvait

P.lil,:..S:

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Mte brigade lui avi de l'entretenir à ses Trais. A dater de ce moment, ce l'ut uni de son indépendance. Hasliiiizs n'était pas bomme à laisser échapper l'avantage qu'il avait ainsi obtenu. Le Nabab commença bientôt à se plaindre de la lourdeur du tiirrleau dont il élait chargé. Son revenu, dilait-il, allait ^'amoindrissant de jour en jour; ses serviteurs n'étaient point payés; il ne pouvait supporter plus longtemps la dépense ([n'entraînaient le* convention- auxquelles il avait souscrit. Haslings ne voulut jmiut écouter ses représentations. Le Vizir, disait-il à son tour, avait prié le gouvernement du Bengale de lui envoyer des troupes et avait promis de les payer; le traité n'avait pas spécifié combien de temps les troupes devaient rester dans l'Onde; ce [mint était dune à régler entre les parties contractantes. Mais les parties rontrartantes n'étaient pas d'accord ; qui devait donc décider? Le plus fort.

Haslings ajoutait encore, comme argument, que, si les troupes

ralle: il admettait que les finances île I Omlc fussent embarrassées; mais al prétendait, non -uns raison, que cet embarras devait ëire attribué à l'incapacité et aux vices ri'Asapb-UH-Dowlab lui-même, et que, si l'on dépensait miun- | mue- les truupcs, il en résulterait uniquement iji i'oi i prodiguerait plus d'argent à d'indignes favoris.

Hastings avait le dessein de visiter Lucknow dès que les affaires de Bénarcs seraient terminées et d'y avoir une conférence avec Asapb-L'11-Dowlah; mais la politesse obséquieuse du Nabab-Vinr

empceba celte visite. Lu piincr, ;uc |imin ; d'une escorte |ieu

nombreuse, s'empres-a d'aller an-devant du gouverneur général. L'entrevue eut lieu dans la forteresse qui, de la crête du iuc abniple de Cbunar, domine les eaux du (lange.

Il parut tout d'abord impossible que la négociation put avoir line issue heureuse. Ila-lini:- uvait besoin d'un subside cvlraordinairc. Asapli-l. ll-Dou kd] sollicitait la remise fie ce qu'il devait déjà. La question ne semblait pas comporter une solution quelconque. Il }■ avait cependant mi moyen île donner satisfaction au\ deus parties, un moyen qui permettait de venir eu aide à la fois aux finances de l'Onde et à celles du Bengale, et ce moyen fut adopté. Le gouverneur !>énéral et le Nabab-Vizir résolurent de se liguer pour voler un tiers, et le tiers im'il s'agissait de voler était parent de l'un des voleurs,

La mère du dernier Nabab cl la J'i'fjl^iji- de celui-ci, mère du Kabab actuel, portaient le litre de béguins ou princesses d'Onde. Elles avaient exercé une grande influence suc Sujah-Dowlah, et à sa mort elles élaienl restées en possession d'un douaire spleudide. Les domaine- dont elles Imicbaieii! les revenus et dont elles administraient le gouvernement étaient d'une vaste étendue. Le trésor amassé par le dernier Nabab, trésor que la voix publique évaluait à trois millions sterling, était entre leurs mains. Elles continuaient à occuper sou palais favori à f'j/abad, la lielle rési-

douce, lundis Asli -l ri l-Dow J :i fi tenait sa cour dans la royale Lucknow, iju'ii s'était bâtie sur les rives du (looiuti et qu'il avait ornée du mosquée* cl (le collèges superbes.

Asapli-l'IMlowlah avait déjà extorqué des sommes énormes à sa mère. Celle-ci avait demandé protection aux Anglais, et les Auglais étaient intervenus, lin traité solennel avait été conclu: la mère avait consenti à accorder quelques secours pécuniaires à

empiétement sur les droits de sa mère. Ce traité avait été formellement garanti par le gouvernement du Bengale; mais les temps étaient changés. Ou avait besoin d'argent, et la puissance qui avait donné la garantie n'eut pas lion le de pousser le spoliateur a de tels excès, qu'ils tirent reculer le spoliateur luimême.

Il était nécessaire de trouver un prétexte à une confiscation incompatible, non-seulement avec la foi jurée, non-seulement avec les règles ordinaires de In justice et de l'humanité, mais encore avec cette grande loi de piété filiale qui conserve toujours une certaine autorité sur l'esprit des homme- 'parmi les hordes de sauvages les plus farouches, et même parmi ces communautés plus dégradées qui s'étiolent sous l'influence corruptrice d'une demi-civilisation, llastiufis n'était jamais à court, de prétextes. L'insurrection de llénarès avait occasionné. îles troubles dans rOude. On jugea à propos d'impulrr ces troubles aux princesses. 11 n'y avait guère de preuve- à 1 appui de ces imputations, à moins qu'on ne puisse considérer comme des preuves des bruits qui couraient de bouché eu bouche et qui grandissaient en circulant. Il n'y eut aucune accusation régulière; la défense fut interdite; car te gouverneur général pensa avec raison que, s'il autorisait la mise en jugement, il lui serait impossible d'accomplir la spoliation. 11 fut convenu entre lui et le Nabab- Vizir qu'on se contenterait d'une brutale confiscation, qu'on dépouillerait les nobles princesses de leurs domaine- et de leur trésor, au profit de la Compagnie, et que les sommes ainsi obtenues seraient ac-

WARBBK H A8IISGS. 1(9

copiées par le gouvernement du Bengale en payement de ce qu'il réclamait au gouvernement d'Onde.

Tant qu'Asaph-llI-Dowlah fut à Cliunar, I "intelligence nelle et impéralive de l'homme d'I'.tat anglais lu subjugua; mais, lorsqu'ils se furent séparés, le Vizir éprnuvii un certain malaise en réllécliinsant aux engagements auxquels il uvait adhéré. Sa mère et sa grand'mère protestaient cl. suppliaient, lin celle crise, son cœur, que le pouvoir absolu ut II 1 - plaisirs liccueieuv avalent profondément coBrompu, et qui cependant n'était pas naturel lunient insensible, fut ému. Lu résident anglais de Lui-know, quoique jusque-là dévoué à Hastings, recula devant des mesures extrêmes; maïs le gouverneur général fut inevorahle. Il écrivit au résident dans les termes les plus sévères, et déclara que, si la spoliation convenue n'était point immédiatement réalisée, il irait lui-même à l.uckiaiw, et ferait in personne O' (juc redoutait de faire de plus faibles esprits. Le résident, ainsi menace, .se rendit près de Son Altesse et insista pour que le traité de Cbiiuar reçût immédiatement son exécution pleine et entière. Asaph-Hl-Dowlali céda tout en déclarant solennellement qu'il cédait à lu contrainte. Les terres furent saisies; mais on ne put aussi facilement s'emparer du trésor. On fut obligé d'avoir recmirs à la violence. Un corps de troupes de la Cijiupai.'uie inarclia. sur f'w.abad et força les portes «lu palais. Les princesses l'iu'eiit confinées dans leurs appartements; mais elles refusèrent encore de se soumettre. Il fallut chercher un moyen plu- énergique de coercition : même après un long temps écoulé, nous ne pouvons parler sans lionle et sans trislesse. de celui qu'on trouva.

Il y avait à Fycabad de-nv vieillards appartenant à celte classe malheureuse qu'une coutume d'une antiquité immémoriale eu Orient prive îles plaisirs de l'amour et de l'espoir d'une postérité. Il a toujours été admis dans les cours asiatiques que des êtres rendus ainsi étrangers à toute sympatliic avec leur espèce étaient ceux à qui les princes pouvaient se lier le plus sûrement. Sujah- Dowlali avait été de celle opinion. Il avait donné sa confiance la

rétés, emprisonnés, chargés rte rliaines; on ne leur donna de nourriture que ce r]ui était nécessaire pour les empèchei' de mourir, et tout cela, afin de leur extorquer l'argent des princesses. Apres riens mois du séquestration leur santé dépérit. Ils demandèrent avec instance la permission de prendre un peu d'exercice dans le jardin de leur prison. L'officier qui veillait

n'y avait aucun risque qu'ils s'évadassent, et que les chaînes dont ils étaient chargés n'ajoutaient nullement à la sécurité de leurs gardiens. Il ne comprenait pas le plan de ses supérieurs :'le hut que se proposaient cens-ci, eu se montrant rigoureux, ce n'était point la sécurité des gardiens, mais la torture des captifs,

coro. Un gouvernement anglais décida que ces deux vieillards infirmes seraient livrés aux bourreaux. Us furent, à cet effet, transférés à Lucknow. On ne peut que deviner de quelles horreurs le donjon fut témoin : niais il y a dans les archives du Parlement cette lettre écrite par un résident anglais à un soldat

« Monsieur, le Nabab ayant résolu d'infliger un châtiment corporel aux prisonniers confiés à votre garde, je vous imite a donner à ses officiers, lorsqu'ils se jirésci liera ni, libre accès auprès des prisonniers, et a leur permettre d'en faire tout ce qu'ils jiifiei'oiil convenable, a

Tandis que ces aeles (le barbarie se consommaient à Ltlcknow, les princesses étaient encore pi-ir-mimères à l'mibad. On ne laissait pénétrer dans leurt. ^parlements qu'une si petite quantité de nourriture, que leurs servantes élaient en danger de mourir de faim. Cette cruauté se continua de mois en mois jusqu'au jour où Hastings, après avoir arnu-lié douze cent nulle livres sterling aux princesses, commença enlin 5 penser qu'il était allé au fond de

WAHHEK HASTINfiS.

extraire. Les infortunés vieillards, détenuT à Lueknow, furent alors rendus à la liberté. Lcj-sqn'un I i a r ■ enleva leurs chaînes et qu'on leur ouvrit les portes de leur pri>oii, leurs lèvres tremblantes, les larmes qui coulaient sur leurs joncs, et les actions de grâce qu'ils adressaient au père commun des musulmans et ile> chrétiens, toucherait même les co.'ur- endurcis îles soldats anglais qui se tenaient sur leur passage.

Il est un homme à qui la conduite d"llii»tini;s, même dans ce» cireon stances, parai! non-seiilenieiil excusable, niais encore digne d'éloges. 11 est un homme qui nous dit : « qu'on doit vraiment lui pardonner s'il se hasarda à signaler comme une chose éminemment ridicule et misérable la sensibilité qui voudrait mettre en balance la conservation du l'Inde anglaise avec la peliU? souffrance personnelle qui fut seulement infligée tant que les patients refusèrent de se dessaisir d'une portion de celle richesse, qu'à e^usc de leur trahison et à cause de celle de leurs maîtresses ou aurait dû les condamner à perdre eu totalité. » Nous sommes forcé de l'avouer, il nous est impossible d'envier au révérend hiograplie ni sa singulière notion de ce qui es! éminemment misérable, ni sa non moins singulière notion do ce qui est éniinrni-

là la charité d'un prêtre chrétien; Ni l'une ni l'autre des professions de M. Gleig 11' aurait-elle pu lui enseigner la morale? Ou la morale est-elle chose assez bonne dans les sermons, mais inutile dans les biographies?

Il ne faut cepenilanl \n~ que non - oubliions de caractériser lu conduite de sir Elijah-Impey en cette occasion. 11 ne lui était, certes, pas facile de s'immiscer dans une affaire aussi complètement étrangère à ses attributions officielles; mais nous devons supposer que l'abomlniile récolte d'infamie.» qu'il y avait alors à

mirent les relais de porteurs de palanquin. Tue Ibule de gens

vinrent au-devant Je lui, ayant à la main îles affiàavits contre les bégums. Il ne lut peint ces afjidavits : il y en avait, il est vrai, un certain nombre qu'il eût été mcapiiMe de déchiffrer, car ils étaient rédigés en dialecte du nord de l'Inde, et il n'eut recours à aucun inteqirète. 11 lit aussitôt prêter serment au* accusateurs et ne leur adressa pas une seule question, no leur demandant même pas s'ils avaient lu tes dépositions qu'ils affirmaient sous serment. Ceci fait, il remonta dans son palanquin et retourna en toute liàle à Calcutta, afin d'y arriver pour l'ouverture de la session. Ce procès élail, de -a nature, absolument en dehors de sa juridiction. D'après la charte ik justice, il n'avait pas plus le droit de poursuivre les crimes commis par les natifs dans l'Onde que le lord président, de la Cour di s sessions d'Kcosse n'a celui de tenir les assises à Exctcr. Il n'avait aucun droit de juger les bégums, et il ne prétendait. pas le faire. Dans quel but alors entreprit-il un si Ion-; vov.iï-i'? Evidemment afin de pouvoir donner

ment soudoyé cette sanction qu'il ne pouvait donner d'une façon régulière, afin qu'une masse confuse de témoignages qu'il n'avait pas contrôlés, qu'il n'avait même pas lus, pût acquérir delà signature du plus haut fonction] mire judiciaire de l'Inde une autorité qu'elle n'avait pas par elle-même.

Le moment approchait pourtant où il allait être dépouillé de celte robe que depuis la Révolution nul n'avait désliotiorée aussi bassement que lui. L'étal de l'Inde avait pendant quelque temps particulièrement attiré 1 attention du Parlement anglais. Vers la fin de la guerre d'Amérique, deux comités de la Chambre des ainjmuucs s'occupèrent activement des affaires de l'Inde. L'un de ces comités était dirigé par F.dmond Burke, l'autre était sous la présidence de l'éminent et versatile Henry Dundas, alors Lord Advocat d'Ecosse. Quelque grands que soient les changements effectués depuis soixante ans dans nus possessions d'Asie, les rapports que ces comités déposèrent sur les bureaux de la Chambre sont encore Ires-intéressants et très-instructifs.

W*!I11EN HASTIKGS.

Do mémo qu'aujourd'hui la Compagnie ne dépendait nullement d'aucun des grands pouvoirs de l'Étal. Les ministres n'avaient pas de motif pour défendre les abus qui existaient dans l'Inde, Il

vernement et le patrouille de noire empire d'Orient. Un esprit de justice sévère et jirr.'si juc indisnée inspira donc les votes qu'émit la Chambre des communes à la suite îles rapports des deux comités Les épilhètes les pins énergiques servirent à caractériser plusieurs des mesures d'Ha-tiri^s, spécialement la guerre des Rohillas,et,^sur la motion de M Diuidiis, il fui. décidé que la Compagnie serait sommée de suspendre de ses fonctions un gouverneur général qui avait appelé Je Mlis cal limités sur le peuple indien et un tel déshonneur sur le nom anglais. Une délibération de la Chambre limita la juridiction de la Cour suprême. Le marché conclu par Hastings usée le tihiel'-ju-lire fut condamné dans les ternies les plus explicites, et une adresse fut présentée au rni pour le prier de faire revenir Impev, alin qu'il rendît compte de

Impey fut rappelé par une lettre du secrétaire d'État; mais les propriétaires de Vlndia W refusèrent catégoriquement de destituer Hastings, et ils adoptèrent une résolution déclarant, ce qui était d'une incontestable vérité, que la loi les avait investis du droit de nommer et de l'évoquer leur gouverneur général, et que, relativement à cette nomination et à cette révocation, ils n'étaient pas tenus d'obéir aux injonctions d'une simple branche de la législature.

If astings, ainsi soutenu par ses coninicllanls, resta à la tête du gouvernement du Kongalc jusqu'au printemps de 1 785. Son administration, si remplie d'événements et d'orales, se termina dans un calme presque complet. Ses mesures n'étaient plus contrecarrées d'une façon régulière par le Conseil. La paix était rendue à l'Inde; la gnene des Matiraltes avait cessé, llvder n'était plus. Un traité avait été signé avec son fils TïpOO, et les armées de

sible qu'il y avait avantage à

1"4 IIISTDIÏIE ET OHITLQUE.

Njsorc avaient évacué le Carnatic. Depuis lu lin do la guerre d'Amérique, l'Angleterre n'avait aucun ennemi ou rival européen dans les mers de l'Inde.

Lorsqu'on élimine l'ensemble de la longue administration d'Ilastiugs on ne peut nier qu'un s grands crimes dont elle est entachée il ne soit possible d'opposer de grands bienfaits. Quoique l'Angleterre eût traversé uni: crise périlleuse, elle conservait encore sa place au premier rang des puissances européennes, et la manière dont elle s'était défendue contre des forces très-supérieures avait donné ;m\ nul - voisii k-s n r ie- I i.niie opinion de son

caractère et de ses ressources. Elle avait cependant subi des pertes dans toutes les parties du monde, sauf une. Non-seulement elle avait été contrainte de reconnaître l'indépendance de treize colonies peuplées de ses propres enfants, et d'apaiser les Irlandais en leur concédant le droit de prendre pari ans travaux législatifs, mais encore dans la Méditerranée, dans le golfe du Mexique, suites eûtes d'Afrique, sur le continent américain, elle avait été

nières guerres. L'Espagne avait recouvre Mi norque et la Floride, la France avait recouvré le Sénégal, dorée et plusieurs îles de la mer des Indes occidentales. La seule partie du monde dans laquelle l'Angleterre n'avait rien perdu était celle où ses intérêts avaient été conliés à Haslings. En dépit des efforts désespérés de ses ennemis européens et asiatiques, noire patrie avait vu grandement s'accroilro son pouvoir dans l'Inde, Ucnarès était soumis; le Nabab- Vizir réduit au vasselaiie. Si notre influence avait reçu une pareille extension ; bien plus, si dos I mu pe s ennemies n'occupaient point le fort William et le fort Saint-Georges, c'était à l'habileté et à la résolution d'Hastings qu'on en était redevable : le! était du moins le cri général îles Anglais ihns l'Inde.

Sous le rapport de l'administration intérieure, et malgré tout ce qui souilla la sienne, llajlinps mérite d'être regardé comme 1111 îles hommes les plus remarquables de notre histoire. 11 abolit le double gouvernement ; il mit la dire-lion des affaires entre les

mains des Anglais ; à une anareliie. eflïa'.anlc il lit succéder un ordre véritable, quoique rude et impartait ; i] organisa la justice et l'impôt ; il é(:dJil on e iii-oliila la paix dans Iniil.' l'étendue d'un territoire qui n'était pas inférieur eu population aux États de Louis XVI ou du l'empereur lo-epli. 1] se vantail .l'nvoir crée, sans exception, toutes les fonctions publiques qui existaient lorsqu'il quitta le Bengale, Il est parfaitement vrai que ce système, après toutes les améliorations suggérées par soixante ans d'expérience, a. encore besoin de réforme-, et qu'au déhut il était bien plus défectueux qu'aujourd'hui. Mais quiconque considère sérieusement ce que c'est que de eonstniiiM de toutes pièces une machine aussi vaste et aus-i complexe qu'un gouvernement conviendra qu'Hastings a l'ait une chose digue d'adiuiration. Lui comparer

les plus célèbres ministres d'Europe nous semble aussi injuste que de comparer le meilleur boulanger de Londres à Rubiuson Crusoé, qui, avant de pouvoir boulanger le moindre pain, avait à fabriquer sa charrue et sa herse, ses palissades et ses épouvantails, sa faucille et -.on ileau, «en imnilin et ion four.

On apprécie encore plus la juste gloire d llastmgs quand en rétlécl lit qu'il n'avait pas élé élevé pour devenir un homme d'État; qu'il avait été envoyé de l'école au comptoir, et que, dans sa jeunesse, il avait été employé, en qualité d'agent commercial, loin de ton le société intellectuelle.

Nous ne devons pas non plus oublier que tous ceux., ou presque tous ceux dont il pouvait réclamer la coopération, lorsqu'il fut nommé gouverneur ijénéral, étaient des ^ L -n>. qui avaient reçu aussi peu ou moins d'éducation que lui. En Europe, un ministre, dès le premier jour de son arrivée aux affaires, est entouré de lonclionnaires publics expérimentés et dépositaires des traditions officielles : Hastiugts ne trouva rien de semblable. Sa propre réflexion, sa propre énergie durent lui tenir lieu de tout Bonminçi- Street et do tout SomeruH-titmse . N'ayant aucun moyen d'apprendre, il l'ut foreé d'enseigner. Il avait d'abord à se former luimême, puis à Innuer ses instruments, et cela, non pas dans un

département, mais dans Lo ils les déparlcineiLl.sde l'administration.

Il faut dire en outre que, durant l'accomplissement de cette tâche très-rude, il était constamment contrarié par des ordres venant d'Angleterre, et souvent entravé par la majorité du Conseil. Il sauva un em|iire menacé par une formidable coalition d'ennemis du dehors, il organisa un gouvernement dans toutes ses parties alors ijue chaque vaisseau lui apportait des paquets de dépêches, où ses commettants censuraient ses actes, et que ses collègues du (àuiseil remplissaient de notes acrimonieuses les registres de leurs délibérations. Nous pcn-eiis qu'il n'y eut jamais homme public aussi rudement, éprouvé, pa- même Marlborough quand il fut contrecarre par lu> députés hollandais, pas même Wellington quand il eut à lutter à la fois contre la régence portugaise, contre les juntes espagnoles et contre M. Perchai. Haslïngs était presque toujours à la bailleur des circonstances : son caractère n'était pas dons, mais il était calme. Possédant une intelligence rapide et vigoureuse, jusqu'à ce qu'il eût trouve un remède, il endurait les plus cruelles vexations avec une patience analogue à celle de la stupidité. 11 semble avoir été capable de ressentiments amers et durables; cependant reux-ci le poussèrent si rarement à commettre quelque faute, qu'il csl permis de douter que ce qui paraissait cire de la \ engeance, fut autre chose que de la politique.

Grâce à celte singulière égalité d'âme, il disposait en maître de

put le jeter dans une bien vive perplexité. Pour chaque cas épineux il avait une invention prèle, et, quoi qu'on puisse penser de la justice et de l'humanité de quelques-unes de ses inventions, il est certain que celles-ci manquaient rarement lu bul qu'elles élai< ni destinée;, à atteindre.

Outre celte rare facilité à lrou\er des expédients, Hastings avait au plus haut jioint un talent qui n'est guère moins nécessaire dans la position qu'il occupait ; nous voulons dire le lalent

WAftREN B1ST1NCS. «1

de rédiger des documents politiques. Dans l'Inde, un homme d'État anglais a autan! besoin de savoir écrire que dans notre pays un ministre de savoir parler. -Ici, c'est principalement sur les discours d'un homme public que I;i imlioii juge de ses capacités; là-bas, c'est d'après les lettres et les rapports d'un homme publie que ses supérieurs se Tout une idée de sa valeur. Dans 1rs deux pays, le talent qui reçoit un eriniurygcmeiit particulier se développe peut-être aus dépens des autres facultés. Ici nous entendons quelquefois des gens discourir avec complaisance sur leur habileté : il n'est pas es traord inaire île voir des gentlemen ihi se.niee mtlii n qui, iluis leurs l'ciii-s, parlent volontiers de leur habileté. L'homme politique anglais a un peu trop de l'orateur; l'homme politique de l'Inde, un peu trop rie l'essaysle.

Hastings est au premier rang parmi les nombreux fonctionnaires de la Compagnie qui se sont distingués comme auteurs de notes et de dépêches. Ce fut lui qui donna au style officiel du gouvernement indien le caractère qu'il conserve encore. 11 eut à combattre des adversaires exceptionnellement redoutables; mais Francis lui-même fut forcé d'avouer, avec une franchise haineuse et chagrine, qu'il n'y avait pas de lutte passible contre la plume d'Hastings. Le talent du gouverneur général pour prouver un fait, embrouiller ce qu'il ne croyait pas convenable qu'où comprit, rendre évident ce qu'il voulait mettre en lumière, était vraiment incomparable. Son style mérite d'être loué sans réserve; il est en général vigoureux, correct et élé.^iirif. ; mais quelquefois, quoique rarement, il est emphatique et même ampoulé dans une ou deux occasions. L'amour d'Hastings pour In littérature persane contribua peut-être à lui corrompre le goût.

Puisque nous avons parlé de ses tendances littéraires, il serait injuste de notre part de ne pas signaler la judicieuse protection qu'en qualilé de gouvernant, il accorda aux études libérales et aux recherches d'érudition. Il enewira^en avec une prudente générosité les voyages par terre et par mer, les essais et les publications. Il fit peu, il est vrai, pour introduire dans l'Inde l'enseigne-

avec Hilton et Adam Smilh, substituer la géographie, l'astronomie et la chirurgie d'Europe au radotage de la superstition brahmanique ou à la science imparfaite de l'ancienne Grèce, interprétée par les Arabes; c'était là ce qui devait un jour couronner la bienfaisante administration d'un [ionvemoin beaucoup plus vertueux iru'Hastings, Toutdoi-i il est impossible de refuser une haute considération à l'homme qui , pris à un pupitre de comptable pour être mis à h lète d'un empire, ae-edde par lus affaires publiques, entouré de gens aussi surchargés de travail que lui-même, et séparé par des milliers de lieues de prévue toute société lettrée, donna une grande impulsion à la littérature, et par son exemple et par sa munificence. Il avait profonde m uni étudié la littérature persane et la littérature arabe; il fie savait pas le sanscrit, mais il fut d'un grand secours à ceux qui les premiers firent connaître ce langage aux étudiants européens. Ce fut sous son patronage que la Société Asiatique commença son honorable carrière. Ce corps distingué le choisi! tout d'abord pour son président; mais avec un tact parfait et une exquise modestie, il déclina cet honneur au profit de sir William Joncs. Il faut aussi mentionner l'important avantage que les jeunes orientalistes durent à son appui. Les Pundils du Bengale ont toujours vu avec beaucoup de déplaisir les étrangers trnler de percer les mystères cachés sous le dialecte sacré. Leur ridiîiuii uv.nl été persécutée par les mahométans; ce qu'ils avaient appris de l'esprit du gouvernement portugais était de nature à justifier leurs craintes d'être persécutés par les chrétiens, llastinçs à foi ce de sagesse et de modération, fit disparai tic ces appréhensions. Il fut le premier dominanateur étranger qui réussit à gagner la confiance des prêtres héréditaires de l'Inde et qui amena ceux-ci à dévoiler aux étudiants anglais les secrets de la vieille tbéologic et de la jurisprudence brahmanique.

Jamais gouvernant n'a surpassé Hastings dans l'art d'inspirer

W.IHHKN UASTJNGS.

maius; il est vraiment impossible de le nier. Si Hastings se fût rendu populaire pai-mî les Anglais en permettant de dépouiller et d'opprimer les Bengalais, ou si, au contraire, il s'était concilié les Bengalais et aliéné les A t jf; Ui ï-, il n'y Minait pas lieu de s'étonjier. Ce qui lui est particulier, t'est qu'étant (lie! d'une poignée d'étrangers qui eNcrcaient un pouvoir sans limite sur une grande population indigène, il se lit aimer à la fois et des innombrables sujets et do la petite bande do dominateurs. Le service civil lui fut toujours singulièrement attaché. An milieu île tous ses désastres et de tous .-es périls, ses frères se tinrent près île lui avec une ferme loyauté, lie -on cité, l'armée l'aimait en m me les armées ont rarement aimé ]iersonue, si ce n'est les grands capitaines qui les ont conduites à la victoire. Même dans ses disputes aveu des officiers distingués, il put toujours compter sur le concoui* do ceux qui appartenaient à la profession militaire. Possédant un tel empire sur le cœur de ses compatriotes, il jouissait parmi les natifs d'une popularité que d'autres gouverneurs oui peut-être tuéiitéc, mais à laquelle aucun gouverneur n'a pu atteindre. Il parlait les dialectes indigène- avec laeililéet précision. [1 connaissait parfaitement les habitudes et les sentiments des natifs. Dans une ou deux occasions, et |iour une cause importante, il heurta délibérément leurs opinions; mais, lorsqu'il a;:it ainsi, on le respecta d'autant plus, et l'on ne cessa pasde l'aimer. Kn général, ilévila soigneusement tout ce qui pouvait ehnqucr les préjugés nationaux ou religieux. Son administra lion fut, ilestvrai, défectueuse àbcaucoup d'égards; mais, au Bengale, un n'était pas ti cs-dillicileen fait de gouvernement. Sons les [Vabahs, la cavalerie maliratte passait aniiuellemciit sur la riche presqu'île comme nu ouragan; mais les Maliraltes eux-mêmes reculaient devant un conflit avec les redoutables enfants de la mer, et sous la protection lies armes an- Gange. Les premiers conquérants anglais avaient été plus rapaces et plus impitoyables que les Mahratte- eux-mêmes; niais les lioiumcs de celte liénéralimi avaient disparu. Quelque insuffisante

que fut la police, quelque lourdes que fussent les charges publiques, il est probable que les plus ïicus habitants {lu Bengale ne pouvaient se rappeler une pareille époque de sécurité et de prospérité. Jamais, de mémoire d'homme, Ut province n'avait été pht.ï:e auparavant sous un f^ouvi rnement assez tort pour empêcher qu'un la pillât, sous un gouvernement qui lui-même n'était pas enclin à In piller. 'foules ces choses ciijjcudivronl la sympathie. Les succès constants d'Uastin^'i, la manière dont il triomphait du chaque difficulté, le rendaient d'ailleurs l'objet d'une admiration superstitieuse, et la splendeur plus que royale qu'il déployait quelquefois ébloui»;!!! un peuple qui, par son caractère, se rapproche beaucoup de l'enfant. Quoique plus d'un demi-siècle se soit écoulé, les natifs de l'Inde parlent encore de lui connue du plus grand des Anglais, et les mère- endorment leurs nourrissons en leur chantant une ballade où il es! question des chevaux et des éléphants richement capitonné* de Sahib Wai ren Hosteni.

Les plus grande méfaits il'Hiisliiigs li m in lièrent en rien sa

popularité parmi les habitants du liengale, car ces méfaits fuient commis contre des États voisins. Nous ne sommes point disposés, le lecteur a dû s'en apercevoir, à justifier ces méfaits; cependant, pour que la censure soit véritablement proportionnée à sa faute, il est équitable de prendre en considération les motifs qui ont fait agir le coupable. Un patriotisme mal dirigé et mal réglé fut la cause des actions les plus répréhensibles d'thistings. Les principes de justice, les sentiments d'humanité, le 'respect des traités, n'étaient rien à ses yeux quand il- étaient en opposition avec l 'intérêt immédiat de l'titat. Ceci n'est une eicuse ni en morale ni en haute politique, chose, suivant nous, identique 3 la morale; néanmoins le sens commun de l'humanité, qui dans ces sortes de questions se trompe rarement, distinguera toujours les crimes qui résultent d'un /èlc ardent pour le bien publie de ceux qui n'ont d'autre mobile que la cupidité individuelle. Hastingsu certainement droit au lie né. liée de celte distinction. A notre avis, il n'y a aucune raison de supposer que In guerre des Ro-

d'Onde, aient accru sa fortune dune seule roupie, Sous n'affirmerions pas que dans toutes ses transactions pécuniaires il i,it montré l'intégrité pointilleuse, la peur de donner prise au moindre soupçon nui sont aujourd'hui b gloire du service civil indien; cependant, quand on considère l'école à laquelle il avait été élevé ut les tentations auxquelles il a été exposé, on est plutôt porté à le louer de sa probité eu fait d'argent qu'à le blâmer rigoureusement de quelques actes qu'on pourrait maintenant appeler indélicats et irréguliers, mais qui même actuellement paraîtraient a peine entachés de corruption. Ce n'était certes |ias un bointnc' avide, sinon il eut été le plu* riche sujet de l'Europe quand il revint dans son pays. Il n'y a pus d'exagération à dire qu'en treille □ils il aurait pu, sans recourir à aucune pression extraordinaire, arracher aux Zcnmidars des provîntes de la Compagnie et au\ princes voisins plus de trois millions sterling, et vivre avec une splendeur supérieure â celle de Carlton-House et du Palais- Royal. 11 rapporta dans sa patrie une fortune qu'après être resté aussi longtemps en fonction tout gouverneur général, avide de pouvoiret peu soucieux de gain, pou rrail. aisément avoir cconomiséc sur son traitement régulier. Mislrees Hastings, nous le craignons, était moins scrupuleuse. Ou pense généralement qu'elle acceptait très-volontiors des présents, et qu'elle se forma de la sorte, à l'insu de son mari, un pécule personnel montant à plusieurs lacs de roupies. Il y a d'autant plus lieu d'ajouter foi à cette histoire, que M. Gleig, qui ne peut manquer d'en avoir entendu parler, ne la dément pis et n'en fait pas mention.

L'inlluencc de uushess listings sur sou mari était telle, en vérité, qu'elle aurait pu sans peine obtenir des sommes bien plus considérables que celles qu'elle l'ut junuts limitée d'avoir reçues. Sa santé finit p:ir s'altérer et le gouverneur génériil fut obligé, bien contre son gré, de la renvoyer eu Angleterre. 11 parait l'avoir aiméu de cet amour particulier aux aines fortes, ans hommes qui n'accordent pas facilement leur affection, et ne h prodiguent jais

mais. Le hue avec lequel il avait fail an'augei' la chambre du conseil du vaisseau sur lequel nustiess llasiiugs devait s'embarquer, lu profusion île bois de santal et d'ivoire sculpté dont il lit décorer sa cabine, les milliers de roupies qu'il dépensa pur lui procura' pendant le voyage la société d'une aimable compagne, défrayèrent les conversations do Calcul la. Nous remarquerons ici que les lettres d'Haslings à sa femme son l excessivement caractéristiques; elles sont tendres, pleines de témoignages d'estune et de confiance; mais on même temps plus cérémonieuses qu'il n'est d'usage dans une relation aussi intime. La politesse avec laquelle il ■complimente « son éli'uante Marianne, » nous rappelle parfois l'air do dignité de sir Charles Graudisson baisant la main de miss ron dans le parloir lie cèdre.

Hastings se disposa, quelques moi. après, à suivre sa femme en Angleterre, L'orsrpi'on sut qu'il allait résigner sa charge, la société qu'il avait, si longtemps gouvernée donna de nombreuses marques de regret. Vies européens, dos Asiatiques, des fonctionii aires civils, des soldai-, des commerçants, vinrent lui présenter des adresses. Le jour de son départ une foule d'amis et d'admirateurs formèrent la haie sur sou passage Plusieurs barques l'escortèrent jusqu'à l'embouchure du fleuve, et quelques amis intimes refusèrent de le quiller tant qu'ils aperçurent les côtes peu élevées du Bengale, et que le pilote resta >nr le vaisseau.

Oïl sait peu tic chose de son voyage, si ce n'est qu'il s'amusa à lire, à écrire, et que, parmi les choses qu'il composa pour charmer les ennuis du séjour à bord, il y a rail une agréable imilation de YOtium Divtis royal d'Horace, Ce petit poème était dédié à M. Shorc, depuis lord ïiuiieuionlli, limonir dont on ne saurait trop exalter l'intrépidité, l'humanité et l'honneur, mais qui, comme quelques auti es moi) i lires di-tin^nés du service civil, appréciait la condnile de -on ;i;ni Hastings avec nno indulgence que lui-mémo n'eut jamais hosuin do réclamer.

La traversée fut très-courte pour celle époque. Hastings ne l'ut guère plus de quatre mois cil mer. Au mois de juin 1785, il dé-

WARREN HASTIHGS.

burqna à Plwuoulh, se rendit eu poste à Londres, parut il la cour, fit une visite à I.oaden Hall Slrocl, puis se relira avec sa femme à Chellermam.

Il n'eut qu'à se louer iU: la réception qu'on lui fit. I* roi le

avait encouru le blâme de bien tirs gens j propos de la laveur que, malgré la sévérité ordinaire de ses mœurs, elle avait montrée à « l'élégante Marianne, » ne fut' pas inoins erarituse |ioiir Hastiugs. Les directeurs rcçurcnl. celui-ci en séance solennelle, et le président lui lui des rcmerciuiciiis qu ils avaient votés à l'unanimité. « Si j'en crois nia propre observation, dit lluslings dans une lettre écrite trois mois environ après sou arrivée en Angleterre, on me traite partout et. univers Usinent de manière à me prouver que je possède 1 estime de mon pays, n

Le ton de confiance et d'e.Uièuie satisfaction de sa correspondance est Surtout i"i..tn.i i-n i iil jIhj parce qu'il avait déjà élé aniplement informé de l'attaque qui si. 1 préparai! cuntn; lui . Dans la semaine qui avait suivi son débarquement, à ['lymouth, Burke avait annoncé à la Chambre des cnminuiics qu'il ferait une motion intéressant sérieusement un gentleman revenu de l'Inde depuis peu; cependant la saison était tellement avancée, qu'il était impossible d'entreprendre la discussion d'un sujet aussi étendu et aussi important.

Il est évident qu'lla-tings n'avait pas conscience du danger qui le menaçait. Cette sagacité, cette netteté do jugement, cette promptitude à imaginer des c\pédieub qui l'avaient distingué dans l'Inde, semblaient maintenant l'avoir abandonné. Co n'est pas que ses facultés bissent le mains du monde affaiblies, et qu'il ne fût plus l'homme qui avait vaincu Francis et Nuncomar, fait du Cliief-jnstice et du Nabab-Vi/ir ses instruments, déposé Cbeyle-Sing et repoussé Hvdcr-Ali; mais il ne laut pas, dit trèsbien M. Grattau, transplanter un eiiéne à cinquante ans. Celui qui, ayant quitté l'Angleterre dès. sa jeunesse, y revient après avoir passé trente ou quarante ans dans l'Inde, s'apercevra, quels

lns hommes d'État initiais ; le mécanisme du sjslcme reprèsentatif, la lutte des partis, les artifices de la discussion, rînQucncc de la presse, sont pour lui des nouveautés effrayantes; au milieud'institutions nouvelles, de tactiques nouvelles, il est aussi dérouté qu'Annibal l'eût été à Waterloo ou Thémistocle à Trafalgar; sa perspicacité même le trompe, sa vigueur le fait broncher; plus ses maximes sont justes. appliquées à l'un Ire. social auquel il est accoutumé, plus il est certain qu'elles le conduiront hors du droit chemin : c'est ce qui arriva d'une manière frappante à Hastings. Dans l'Inde il avait mauvais jeu, mais il était maître de la partie, et gagnait chaque mise En Angleterre il avait des caries excellentes, s'il avait su s'en servir, et ce furent principalement ses propres erreurs qui le menèrent près de sa mine.

Ce Fut peut-Être en choisissant nui fliampimi qu'il se trompa le plus complètement. Givo, dans des circonstances analogues, ■ivail fait un choix singulièrement heureux : il avait mis sa cause entre les mains de Wedderburne, devenu depuis lord Lougborough, un des avocats les plus éminents qui aient jamais siégé à la Chambre des communes; aussi rien ne manqua à la défense de Clive, ni le savoir, ni l'expérience du monde, ni l'habileté du barreau, ni ce genre d'éloquence qui séduit 1rs assemblées politiques. Hastings eut recours à un personnage tout différent, à un major de l'armée du lien^alo, nommé Scolt. Quelque temps auparavant, ce gentleman était arrivé de l'Inde eu qualité d'agent du gouverneur général. Le bruit courait que ses services étaient réconpensés avec une munificence orientale, et nous croyons qu'il recevait plus qu'il Listings ne pouvait raisonnablement épargner. Le major obtint un siège au Parlement, et il y fut regardé comme l'organe de celui qui remployait. Il était évidemment impossible qu'un gentleman pût, dans de telles conditions, parler avec l'autorité qui résulte d'une situation indépendante. De plus, l'agent d'Hastings n'avait pas le talent nécessaire pour se faire

WAnilEN B ASTI S CS. ISS écouter aveuli veinent d'une a-semblée qui, habituée à entendre île grands orateurs, (■lait naturellement devenue dédaigneuse. Il fiait toujours debout, !rcs..ounuycuv, cl n'avait qu'un thème : [es mérites et les tort? d'llastiii;.<s. Oiucnnque coi mail la Chambre îles communes devine facilement ce uni s'ensuivit. Le major Scott fut bientôt considère comme le plus abominable lle.iu de cette é|ioque. Le Parlement n'était pas l'unique but de ses efforts. 11 s écoulait à peine un jour sans que les jniinuii-i coii(ui--ciit quelque panégyrique d'Hastm<ïs, siené Axiutkii* un iïa.pli'H&ix, mais (pi' on

rapacité de ce gentleman pour traiter nue question délicate devant le Parlement, nos lecteurs n'ont pas besoin d'autres preuves que celles qu'ils troiivemnl dans les li:lln:s publiées par M. Glcig. Nous donnerons un seul exemple de son caractère, et de son tact : il appelait l'hoituric le plus ju-Seuicut célèbre qui lût alors « ce reptile de M. Burke. i

Eu dépit de ce choix déplorable, les affaires d'Histinga semblaient être en bonne voie. Il avait k 1 roi de sim côté. La Compagnie et ses employés avaient un /èle extrême pour sa cause. Parmi le- hommes publics il mail beaucoup d"; mi- ardents, tel- que lonl Manstiehl, qui avait survécu à Sun énerjje physique, niais qui al ait conservé Imite sun activité in kl ket ne! le. .. I luril l.ausiknviie, qui, bien que sans iiaisou avec aucun parti, avait toujours l'importance que donin-nl un talent et un savoir de premier ordre. (In pensait généralement que les ministres étaient favorables à l'ex-gouverncur général. Ils avaient été nommés à la suite des clameurs qu'avait soulevées VEast India biii île M . Fos. Les anleurs de eebill, lorsqu'on le- avait. ;i eeu-.es d'n (tenter à des droits établis et de vouloir instituer des pouvoirs contraires à la constitution, s'étaient défeuilns en signalant les crimes d'Ilastings et eu prétendant que des abus si extraordinaires justifiaient des mesures extraordinaires. Les adversaires du bill, que leur opposition avait

UlSTimiE ET CRITIQUE.

fait arriver au ministère, devaient naturellement être portés à dissimuler les mau\ qui avaient molivé un remède aussi radical, et telles étaient, eu effet, les disposi fions de la plupart d'entre eux. Le lord chancelier surtout, Thurluw, qui, par ses. liantes (onctions et la furre de suii intelligence, ne le cédait dans hsgouïcrnement qu'à M. l'ilt. épousa lu came d'Ihislings avec une violente scandaleuse. M. Pitt, bien qu'il eût critiqué plusieurs points du système indien, s'était soigneusement abstenu dédire un mot contre le dernier gouverneur général île l'Inde. Le jeune ministre avait, il est vrai, déclaré en particulier, devant le major Scott, qn'llasl.ings était un homme supérieur, étonnant, méritant incontestablement les faveurs du pouvoir ; qu'une seule cliosc faisait repousser les demain le. d'un serviteur au— i éi ni lient de la nation; que le vote de censure était encore inscrit au journal de la Chambre des communes; niais que, malgré l'iniquité de ce vote, tant qu'on ne l'aurait pas annulé, le ministre ne pouvait pas conseiller au roi d'accorder lu moindre marque d'approbation au personnage censuré. M. Pitt, s'il faut en croire le major Scott, affirmait que tétai! la seule raison qui empêchât le gouvernement de conférer la pairie à l'ex-guuverncur général. M, Dundas était le seul membre considérable de l'administration qui, sur cette question, fût d'un avis diamétralement opposé. 11 avait été le promoteur îles résolutions qui avaieiil créé la difficulté; mais de sa part il n'y avait à peu près rien à craindre. Depuis qu'il présidait le comité des affaires de riinle.'Me -rauds changements s'étaient opérés, I! avait de nouveaux alliés, Il avait conçu de nouvelles espérances; et quelle qu'ail pu être sa valeur, — et il en avail

Hastiugs avait doue lieu de s'attendre à être appujé par le Ulinislère, cl le ministère éiail tout-puissant. I, 'opposition s'était nettement prononcée contre lui, et d'une façon véhémente ; mais l'opposition , bien que formidable par l'autorité et la richesse de quelques-uns de ses membres, par le talent et l'admirable élo-

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