‹ Histoire et critique T. B. MacaulyChapitre 8 sur 22 · HOU TE DR CE A TU AN · texte numérisé non relu

HOU TE DR CE A TU AN

Histoire du trètt-hunonible William Piu.c.mti; .lu Cliailmm, contenant, et.,, par le Rév. Krancis Thnrkerav. A. ». 1 vA. in-1°, Londres, 1827.

Bien que plusieurs aimées se soient écoulées depuis la publication de cet ouvrrwîi', nous pensons qu'il est encore à l'état de nouveauté pour un gr;tiul nombre lie uns lecleurs, et cela no nous surprend point. Le livre est gros et le si; le lourd. Les renseignements que M. Tliiieki'i jy a puisés dans le Slate paper office, (Bureau des papier d'Étal) nïtuient pas connus; mais la plupart sont entièrement dénués d'intérêt. Le resta du récit ne vaut guère mieux que la vie du second Pitt par Oifford ou par Tomeline, et ne nous apprend rien ou presque rien qui ne se trouve tout aussi bien dit ■\-.<n~-\' lliiliuir parlementaire, dans VAnmtat Hegi&ter et dans d'autres ouvrages de même valeur,

l.rs 1ra\au\ iiiiTi ! uni li- lit, ilit-nii, prir-qui.' tons à altérer

ipiek|iie organe de l'artisan. Les émouleurs de coutellerie meurent de consomption; les lisseiands deviennent rabougris, les forgerons sont sujets aux opiilLaimies. Les travaux intellectuels ont de même, presque tous, une tendance à engendrer quelque maladie intellectuelle. Les biographes, les traducteurs, les éditeurs, tous 1».

ceux enliu dont le métier n insiste ;'i ]i : i.'ilri; en lumière la lie oïl les éiriis (1rs autre-, -uni j i ^ . i J 1 1 : ■ 1 1 1 1 ■ i ■ i ■ - 1 1 1 ■ 1 1 ' exposés ;m\ l.itea Boswelliana, ou m:il d'admiration-, Mais c'est à neiue si nous nous rappelons avoir jamais rencontré quelqu'un qui fut atteint rie ce mal aussi gravement que l'est M. Thackeray. Il ne se contente pas de nous affirmer que Pill était un grand orateur, mi ministre énergique, un gentleman lionurahlo et du plus haut mérite; il faut encore qu'il arrive à constater chez son héros toutes les vertus et toutes les perfections. Eu dépit, des dieu* et dos liommes, il faut que Tilt soil un poêle, et nu poêle capahle d'écrire un poème épique de premier nuire ; cl l'on nous assure que nous devons trouver un charme infini dans dos vers k'Is que ceux-ci :

Hidst «11 Ihe tmnoli oFlhe mrring optera

My lijllit-dinrgi'i! Ilarl il i n y Imnly glMf

Soirc lîiili! njav wiil'L suint! i»i™is llnnislit slisitl iliccr.

And Ihe s mu II Irâgfal unamigus glide'.

Pill lit partie de l'armée pendait quelques mois ; ou était alors en temps de pais. C'en est assez pour que M. Thackeray tienne à nous faire convenir que si le jeune (wiurlle fût resté auserviro, il serait devenu l'un des pins habiles ;;rnérau\ qui vécu l'eut jamais. Hais ce n'est pas (oui. Pilt, à ee qu'il parait, était non -seulement un grand poète in CMC et un trauil général in jjnssf , mais encore un modèle parfait de liante moralité, l'homme juste pur excellence. Il suivait la voie de la justice quand il essayait d'établir une enquête et qu'il achetait de faux témoignages dans le but île faire tomber la téte de Walpolc ; il suivait la voie de la justice quand il déclarait que Walpole était un ministre irréprochable; il suivait la voie de la justice lorsque, étant dans l'opposition, il soutenait qu'il n'y avait pas de paix pos-ilile avec l'Espugue, tant que celle puissance ne renoncerait pas Ibrmellemeiil au droit de visite; il suivait la voie de la justice lorsque, étant au pouvoir, il apposait,

' |j citation u.u liiileHr Iwnne fui par M. Tlinfleray. IViil-Olre l'iu'n-l-il iViit t/nitlr il lu <[iinlriH , 'iiii? ligne.

WILI.UII l'ITT . Ïi3

sans lien dire, sa signature au lias d'un traité qui ne contenait nullement la renonriatiou de l'K-pagne an droit de visite. Lorsqu'il abandonna il lu duc do Yewcaslle, lorsqu'il se coalisait avec le duc de Neweasllo, lorsqu'il tonnait contre les impôts, lorsqu'il dissi]>ait le produit dos impôts a ver onc prodigalité sans exemple, lorsqu'il maudisssiît la réunion du Hanovre, lorsqu'il prétendait que nous devions tenir an Hanovre autant qu'au llampshire, il parlait invariablement le lainage d'un linunne d'état vertueux et éclairé.

La vérité est que jamais peut-être homme au monde n'a mérité

proportionnée. I.a vie publique de llalupden et celle ito Sontcrsi'Oisembleulà un drame régulier dont on peut critiquer l'ensemble et dont cliaq ne scène doit èliv juiji'e an point de vue lie l'action principale. La vie publique de Pitt est an contraire une pièce grossière, quoique émouvante, une pièce, remplie d'inconvenances, une pièce sans unité do plan, niai- qui 1 relèvent quelques nobles passages dont l'effet est accru par la faiblesse on l'evlravagaiiro île ce qui précède el. de ee qui snil . Se-, uph.ions manquaient de

ressentiment. 11 avait un défaut, celui île tous le: défauts bumains qui s'allie le plus rareuieul à la véritable fraudeur : il était d'une extrême aliénation. Il offre l'exemple, à peu près unique, d'un homme doué d'un génie réel, d'un esprit audacieux, élevé et dominateur, n'ayant aucune simplicité de ciraolèro. Il était acteur dans le Cabinet, acteur au Conseil, acteur au Parlement. Même

ses attitudes théâtrales, (lu sait ipic l'un île ses partisans les plus distingués se plaignait .souvent do no pouvoir pénétrer dans le cabinet de tard Chatham avant que tout fût prêt pour la représentation, avant que les ajustement el. les décors fussent soigneusement disposés, avant que la lumière fùl savamment ménagée de

manière à produire un effet à h Rembrandt : u n t< n « r tic la tèlc dp l'illustre comédien, avant que le vêtement île Ihueile de. celui-ci fiit arrangé comme une draperie grecque, et mie sa béquille fût placée aussi favorablement que celle de Bélisaire ou du roi Lear.

Et cependant Pitt, malgré Ions ses défauts et toute son affectation, avait en lui, à un degré extraordinaire, plusieurs des éléments de la grandeur. II avait des talents éminoul.s, des passions violentes, une vive sensibilité et. nu enl.bousiusim.' plein de. véhémence pour le grand et le beau. Il avait en lui quelque chose qui ennoblissait la tergiversa lion elle-même. Il s'eupipea souvent dans une voie mauvaise, [rès-niauvai>e; niais, pour nous servir du langage de Wordsworth :

Il conservait encore,

Au milieu d'un lui nlinisseiiieiil, ™ i|uil nuit reçu De 1s onlure, un esprit puissant et brillant.

A une époque de basse et ignoble prostitution, à 1 époque des Doddington et des Sundys, reluit quoique chose de posséder un homme qui, peut-être, sons l'mllnencc. d'une, violente irritation, aurait pu se laisser entraîner à ruiner son pays, mais qui ne se sernit jamais uvili an point île s'enrichir auv. dépens de colui-d ; ■ un hotimie dont les erreurs résultèrent, non d'un sordide désir de gain, mais d'une soif ardente de pouvoir, de gloire et de vengeante. L'histoire lui rloîf c- U'moiuiiisïe que dans un temps où l'on l'i'^iiilail < ■ j 1 1 1 1 1 ; i ■ jiî-le que les bntunies publics se fissent une part à eux-mêmes sur la dilapidation îiéuérale. des finances tle l'État, il montra le désintéressement le plus scrupuleux ; que dans un temps où il semblait universellement admis que le gouvernement ne pouvait se soutenir que grâce aux moyens les pins houleux et les plus immoraux, il fit appel aux sentiments les plus élevés et les plus nobles de la nature Immuine, qu'il tenta courageusement et avec éclat d'obtenir- de l'opinion publique ce qu'un homme d'État de celte époque ne pensait possible d'obtenir que

WILLIAM P1TT

par lu corruption; qu'il chercha son appui, non comme les l'elham dans une puissante ligne aristocratique, non comme Bute dans la faveur personnelle du souverain, mais dans la classe moyenne d'Angleterre; qu'il inspira à celte classe une ferme confiance en son intégrité et en son habileté ; qu'appuyé par elle, il força une eour et une oligarchie, mal disposées ;i son épird, à lui concéder une large part du pouvoir, et qu'il usa de celui-ci de façon à prouver clairement qu'il l'avait recherché, non dans un hut île bénéfice ou de position personnelle, mais pour se faire une grande et durable réputation en rendant à l'Etal d'éminents ser-

Pitt appartenait à une famille riche et respectable. Son grandpère avait été gouverneur de Madras et il avait rapporté de l'Inde le célèbre diamant dont, à l'mstiwlion de Sa ï rit- Simon, le Régent fil l'acquisition moyennant plus de deux millions de livres, et qui est encore considéré comme le plus précieux des diamants de la couronne de France. Le gouverneur Pilt acheta des propriétés et des bourgs pourris et prit place à la Chambre des communes pour Old Sarum. Son lils Robeil fuf membre de la Chambre une fois pour Otd Sarum, une :mli<: fois pour Oakbampton. lloberl eut deux fils. Thomas, l'aîné, hérita des propriétés et des intérêts parlementaires de son père. Le cadet fut le rélèbre William PiU.

William Pill naquit au mois de novembre 1708. On sait peu de chose de sa jeunesse, si ce n'est qu'il fut élevé a Eton, et qu'à seize ans il entra à Trinity Coltege, i Oxford. Pendant la seconde année de son séjour a l'université, Georges I" mourut, et les Oxoniens, selon la coutume de cette époque, célébrèrent cet événement par un grand nombre de pièces de vers très-médiocres, l'it.t, en celle occasion, publia quelques vers lutins que M. Thackeray a cités. Ces vers prouvent que le jeune étudiant n'avait qu'une connaissant très- imparfaite, même de la partie technique de son art. Tous les vrais Étoniens apprendront avec chagrin que leur illustre condisciple faisait une brève de la première syllabe

de labenli L;i substance du ce ptiëmi 1 ne mérite j.us plus d'attention Ions les exercices de collège qui jamais oui été écrits, auparavant ou depuis. Il y est naturellement beaucoup question de Mars, de Tliémis, ,1e Neptune et ilu Coeyte. Les muses y sont ardemment suppliées de pleurer sur l'unie de César, car César, dit le poète, adorait le.; muscs; César qui ne pouvait lire une Signe de Pope, et qui n'aimait que le punch et les femmes

Pilt avait été, dès le temps de se* élude-, très-tourmenté par la goutte, et eufni on lui conseilla de voyager pour sa santé. Il quitta donc Oxford sans avoir pris un seul grade, et visita la France et l'Italie. Il revint sans cependant avoir tiré grand avantage de son excursion, et continua jusqu'à la fin île sa carrière à souffrir cruellement de son infirmité.

Son père était mort. Il avait laissé fort peu de chose à son plus jeune fils. Il fallait que William fit chois d'une profession; il se décida pour telle des armes; et on lui acheta une commission de cornette dans Us Blues.

Mais, si sa fortune était médiocre, sa famille avait le pouvoir et le désir de lui être utile. A l'élection générale de 1734, Tliomas, son frère aîné, fut élu à la fois par Old Sommet par Oakhamplon. Lorsque le Parlement se réunit en 1755, Thomas opta pour Oakhampton, etWilli fut nommé par Old Sarum.

Il y avait alor, quatorze ans que Walpole était aux affaires. Il y était arrivé dans les circonstances les plus favorables. Toutes les fractions du parti whig, de ce parti qui professait un attachement particulier aux principes de la révolution et qui jouissait exclusivement de la confiance de la maison régnante, s'étaient entendues dans le but de soutenir son administration. Heureusement pour lui. il n'exerçait aucune charge lorsque fut volé le South Sea Act (Acte de la mer du Sud), et, bien que rien n'in-

1 M. Thiwkcm f,i iin|nim.' ainsi; iiwis un )>eul dinrilabkmenl cspérei que Pilt lïlil ccrii labaiili.

Wl LIJAH PITT. W dique qu'il ail juvui imites les conséquences de celle mesure, il j avilit fait nue vive opposition ennuie il faisait à toutes les mesures, bonnes on mauvaises, soutenues par l'administrai ion de Sundcrland. Quand la South Sea Company (Compagnie de la mer du Sud) votait des dividendes de cinquante pour cent; quand ses actions de cent livres se vendaient onze cents livres, quand TltreadneedleStreelùtM chaque jour encombrée d'équipage* du ducs et de prélats, quand théologiens et philosophes se faisaient joueurs, quand on voyait journellement éelore mille folles entreprises du même genre, la Periwig Company (Compagnie de la perruque); la SjWiMi jue'.ws G.'mjxnni i Compagnie de li iraurrique espagnole!, la (Jitklisilivr fixation Company (Compagnie de fixation du vif-argent); le bon sens de Walpcle le préserva de l'entraînement général. Il condamnait publiquement h. folie dominante, et amassait des sommes considérables en l'exploitant en secret. Quand vint la catastrophe, quand dix mille Ihmilles liireut en un jour réduites à la mendicité, quand ces gens, dans la frénésie de leur rage et de leur désespoir, poussèrent des clameurs nmi-.-culement contre les agents inférieurs de cette escroquerie, mais encore contre les favoris hanovrieiis, contre les ministres anglais, contre le mi lui-même; quand le Parlement se réuni!, a\ide du uiuiisiMlion et de sang, quand des membres du la Cliiiiiibie de- rmimnmcs pv(i|insèrcu[ de traiter tes directeurs ainsi qu'un traitait les parricides dans l'ancienne Rome, de les coudre dans des sacs et de les jeter dans in Tamise, Wnlpole lut l'homme vers lequel tous les partis tournèrent les veux. Quatre ans auparavant il :iv;.il été renversé du pouvoir par les intrigues de Sundcrland et de Slanhnpe, et la fonction de leader de la Chambre des wiiiiiiinifs avait été confiée à Crag^s et à Àislabie. Stanliope n'était plus. Aîi-hhie avait été chassé du Parlement en raison de sa conduite déshoi de la mer du Sud. Craggs était mort assez une pareille ignominie. Dans la Cliambre imposante minorité vola une censure sévère confie Sundcrland,

qui, jugeant impossible de résister à la force du sentiment général, se démit de sa charge et ne survécut que trcs-|ieu de temps à sa retraite. La scission qui avait divisé h parti whig avait complètement cessé. Walpolc n'avait plus devant lui d'autre opposition que celle des Tories, et naturellement les Tories inspiraient au roi beaucoup île. déliaucc et d'aversion.

Les affaires marchèrent un certain temps avec une facilité et nue promptitude inconnues depuis l'époque des Tudor, Durant la session de 1724, entre autres, il n'y eut guère île vole par division que sur des bills particuliers. Si Walpole avait suivi la voie que plus laid prit Pelhain, s'il avait laissé arriver au gouvernement tous les lalenls cl. toutes les ambitions qui surgirent au sein ilu parti whig, si de temps eu tenqis il avait fait une place à un tory non hostile à la maison de Brunswick, il aurait peutêtre conjuré le terrible conflit dans lequel il lut engagé pendant les dernières année- de hou administration et dans lequel il finit |iar succomber. Sa propre politique et sa soif insatiable de pouvoir créèrent seules l'opposition qui le renversa.

Le jour même où il composa sou ministère, il se lit un ennemi mortel d'un de ses partisan- les plus capables et les plus dévoués. Pulteney avait d'incontestable- litres publics cl privés à une baule position dan- la nouvelle combinaison. Sos bien- étaient immenses. Sou caractère personnel était i e-pcctablc. C'était déjà un orateur distingué. 11 avait occupé un poste important et il y avait acquis l'expérience des all'aircs. Au milieu des vicissitudes politiques de lous genres il s'était montré cous la minent fidèle, à l'opinion whig. Lorsque le parti whig s'était divisé en deux fractions, Pultcnev avait donné sa démission, et il avait suivi la fortune de Walpole : (a'|!c.iii1.iiii , liiisijue Wiilpolr revint au pouvoir, Pulleuey ne fut appelé à aucune fonction. Il y eut une vive discussion entre les deux amis. Le ministre offrit un titre de pair. Il était impossible que Pulteney ne comprit point le molif d'une pareille offre. 11 refusa avec indignation. Pendant quelque temps il dissimula son ressenliment : il attendait une occasion favorable pour si' venger; aus-

WILLIAM PUT

sitôt quVLe se présenta, il se joignit à la minorité, el devint Je chef d'opposition le plus éminent que la Chambre des communes ait jamais vu dans son sein.

Carleret était de tous les membres du cabinet le plus éloquent et le plus accompli. Il avait un talent de premier ordre pour la discussion. Nul homme d'Ëlat de ce temps ne connaissait aussi bien (pic lui les all'aircs éj nui -ères. Sun allachcmmt à la succession protestante ékul indubitable: mais dans un gouvernement il ne pouvait y avoir place pur lui et pour Walpole Carlerol se retira, et fut, il dater de ce moment, un des ennemis les plus persévérants et les plus formidable de *>u ancien collègue.

S'il existait un bomnic avec lequel Walpole eût pu consentir à partager le pouvoir, lord Townshend était cet homme. La naissance les avait lait pareuls cliqué.-; une alliance les avait rendus proches parents. Ils éhienl amis d'enlaiice. Ils avaient été condisciples à Elon. Ils étaient voisins de campagne dans le Norfolk. Ils avaient été tons deux empluvés sons Godolphin. Ils s'étaient jelés en même lemps dans l'opposition lorsque Harlev arriva au pouvoir. Ils avaient été persécutés par la même Chambre des communes. Après la mort de la reine Amie, ils avaient été réintégrés dans leurs tondions. Ils avaient dé destitués de nouveau par Sunderland, et ils avaient été renommé;- quand l'iliilueuce de Sunderland avait commencé à décliner. Leurs opinions sur les aflaires publiques avaient été pre-que toujours identiques. Tout lieux étaient d'un naturel franc, généreus il ton i pu tissant. Leurs relations avaient été pendant nombre d'années [ileines d'afl'ec-

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venir des services mutuels, le souvenir des triomphes et des désastres communs, élaienl iiiMiïtkuils pour réformer l'ambiliou qui dominait toutes les vertus et tous les vices de Walpole. Il avait résolu, pur nous servir de ses propres expressions, que la raison sociale do la maison serait non pas Townshend et Walpole, mais Walpole et Townshend. Les rivaux en vinrent enfin à des injures personnelles en présence d'une nombreuse compagnie; ils se

ho

prirent au eollet et tirèrent leurs l'|h'k. Les lemmes poussèrent des cris. Los hommes séparèrent lis combattants. Grâce à l'intervention de quelque- amis le -caudale d'un duel entre gens qui étaient cousins, boaui-lïèrcs, anciens amis et anciens collègues, l'ut évité. Mais les deux advers.ihvs ne piuv.nl. continuer longtemps à marcher de conserve. Ton n si in ni -r retira, et, :ivecune modération et un patriotisme rares, il refusa de prendre h moindre pari aux suaires politiques. Il ne pouvait, disait-il, se lier à son tempérament, il craignait que le ressouvenu do ses griefs personne!» ne le poussât à suivre l'exemple de l'ulteuey et à caulbattre des mesures qu'il regardait comme généralement utiles au pays. Il ne reparut dora: jamais ;'i Londres après sa sortie des «flaires, et il passa les dernières années de sa vie avec beaucoup de calme et de dignité parmi ses arbres et ses peintures à Rainbam.

Cbesterfield vint ensuite. Lui aussi était wbig et ami de la succession protestante. Il était orateur, homme île cour, bommo d'esprit et liomme de lettres. 11 était à la téle du ton, à une époque où, pour être à la tète du ton, il ne suffisait pas d'être stupido et arrogant. Il c.--t cvalcit qu'il supportait impatiemment l'ascendant de Wafpole. Il murmura contre Y Excise bili: ses frères votèrent contre dans la Cambre des communes. Le ministre agit avec une prudence et une énergie remarqua Lies; avec prudence quant à la conduite îles affaires publiques, avec énergie

e't se débarrassa de tous ses collègues hostiles ou IMants. Cbesterfield fut arrêté sur les marches du grand escalier de Saillt- Jaines, et sommé de remettre le bâton qu'il partait comme Lord steward of the houxe hold (Grand maître de la maison du roi). De plus, une foule de noble- et puissant- f 'ticfioumnrcs, les duc.: de Monlrose et de Bol ton, lord Burlington, lord Slair, lord Cobbam, lonl Marcbemout, lord Clinton, perdirent les charges qu'ils occupaient à la cour.

Peu de temps après l'op|>ositiou liit renforcée par le duc

d'Argile, homme orgueilleux ut inconstant à l;i vérité, mais brave, éloquent cl | Hipu l,i.îie . Cotait eu annule partie grâce il ses efforts qu'à la moi I ik' In reine Anne, V Acte de succession avait été pacifiquement mis il exécution en Angleterre, et qu'avail élé étouffée la rébellion qui l'année suivante éclata en Ecosse. Lui aussi apporta i Li minorité l'appui Je suu grand nom, île ses t»leuts et de son influence souveraine sur son pays natal.

Chacun de ces événements, pris séparément, limrnirait peutêtre a un admit défenseur de Walpole quelque motif d'excuse peur ee dernier . Mais, quand nous considérons que les mûmes laits se rcjirésenlèrent pendant nue longue suite d'aimées, que les plus éminenls îles liomines publics dont les vues politiques

concordaient avec celles du ministre l'ab lunnèrent tons les

uns après tes antres, l'esprit chagrin et irrité, nous no pouvons nous empêcher île penser que ces paroles de son lils doivent donner la véritable explication de ce phénomène : u Sir Robert Walpote aimait tant le pouvoir, qu'il ne pouvait suulfrir île rival. » Hume a très-heureusement point ee fameux ministre eu |ieu de mots, h Modéré un exerça ni le pouvoir, escessit' en l' accaparant. » Boné d'un bon cœur, d'une humeur douce et joviale, Walpole était cependant un homme avec lequel aueun personnage ayant de l'ambition et une haute valeur ne pouvait Être longtemps d'accord. Il eut donc à lutter contre une opposition dans les rangs de laquelle se trouvaient les hommes d'Ktat les plus oniiueuls de ce temps, et cela sans avoir d'autre appui que celui de gens tels que son frère Horace et Henry I'clhau), dont la médiocrité laborieuse ne pouvait éveiller la inoindre jalousie, ou <[uc celui d'habiles aventuriers qui, redoutables pur le talent, l'étaient inliment moins par la position et le caractère. Acetto dernière classe appartenaient Fo*, qui était trop pauvre pour vivre sans avoir un emploi ; sir William Yonge, de qui Walpole disait lui-même que rien, sauf d'aussi grandes qualilés, ne pouvait soutenir un pareil caractère à la surface de l'eau, et que rien, sauf nu pareil caractère, ne pouvait enlraiiicr au tond de l'eau d'aussi grandes

qualités; Winninglon, dont lus mœurs privés demeurèrent, à tort ou à raison, sous le coup d'imputations de la pire espèce.

Los uhiiji lïii'fniiteiilJ :oimii<iut la partie de l'opposition de beaucoup la plus considérable, sinon sous le rapport du nombre, du moins sous celui de la capacité, de l'expérience et de l'autorité. Il n ï avait guère parmi les tories (pie des groupes de lords chasseurs de renards, engraissés d'ale du Slalfordshire et du Dovonsliire, gens qui buvaient à la santé du roi de l'autre côté de l'eau, qui croyaient ijiif; tous le- possesseurs de capitaux étaient juifs, gens dont la religion consistait à haïr les dissidents et que leurs études politique* avaient amené- à craindre, comme le squire Western, que leurs terres fussent etivov ées au Hanovre et mises dans le fonds d'amortissement. L'éloquence de ces squires zélés, restes de YOclober-Club, jadis formidable, allait rarement au delà d'un cordial oui ou d'un non. Un très-petit nombre de membres de ce parti s' étaient fait remarquer au Parlement, ou auraient pu, dans une circonstance donnée, être appelés à une fonction quelconque, encore ceux-là étaieii(-ils presque tous devenus, à l'exemple de sir William Wvndliam, jrartisans des doctrines de tolérance et de liberté politique, et pouvaient-ils être à la rigueur qualiûés de whigg.

C'était aux wliigs de l'opposition, aux patriotes, ainsi qu'on les appelait, que s'allièrent les jeunes Anglais les plus distingués qui firent alors leur entrée daus la vie publique. Ces politiques inexpérimentés ressenlairiit. tout lVritli<ni ; ia-.i)]c que le mot de liberté excite naturellement chez les esprits jeunes et ardents. Ils comprirent que les théories de l'opposition tory et les pratiques gouvernementales de Walpole étaient les unes et les autres iucompatibles avec les principes de liberté. Ils se rangèrent donc sous l'étendard de Pulteney. Tout en faisant de l'opposition eu ministre whig, ils professèrent le plus ienue al lâchement aux doctrines tes plus pures du whiggisnic. Lui, il était h: schisma tique, eux, ils étaient les vrais catholiques, le peuple élu, les dépositaires de la foi orthodoxe de Hampden et de Russell, l'unique secte

WILLUH I" JT T.

qui, au milieu des co m i plions engendrées pur le temps et par l'immobilité du pouvoir, ont conservé intacts les principes de I» Révolution. De tous les jeunes gens qui se rattachèrent â cette partie rie l'opposition, Lyttelton et Pitt étaient les deux plu* remarquables.

Lorsque Pitt entra au Parlement, le momie politique tout entier suivait avec attention la marche d'un événement qui donna bientôt une grande Ibrcc à l'opposition, et parti en lièrent! 1 ] il à cette fraction de l 'opposition dans laquelle s'était enrôlé le jeune homme d'État. Le prince de Galles «'éloignait chaque jour davantage de son père et. des ministres de son père, et se rapprochait des patriotes.

Rien de plus naturel que, dans une monarchie où il existe une opposition constitutim nielle, l'héritier présomptif du troue se mette à la tète de cette op(>osition. Il y est entraîné, et par l'ambition et par la vanité. Il ne peut être que le second dans l'estime du parti qui est au pouvoir : il est sûr d'être le premier dans celui qui aspire au pouvoir, La plus haute laveur que les membres de l'administration existante puisse attendre de lui, c'est de ne point être destitués; mais, s'il si! joint à l'opposition, tous ses alliés attendront rie lui leur élévation future. Les sentiments que les hommes nourrissent pour celui dont ils espèrent obtenir de grands avantages sont bien plus chaleureux que les sentiments qu'ils éprouvent pour celui qui ne peut,' en définitive, que les maintenir en possession de ce qu'ils possèdent déjà. Un héritier présomptif, désireux de jouir, dans leur plénitude, de Ions les plaisirs qui résultent rie l'éloquent!! (laiterie et du profond respect d'autrui, s'unira donc toujours a ceux qui cherchent à s'emparer du pouvoir. C'est là, nous le cropns, la véritable cause d'un fait que lord Gmnville attribue à une tendance naturelle particulière a l'illustre maison de Brunswick, i Cette famille, dit-il au Conseil, et nous supposons qu'il avait bu comme de coutume son demi-gallon de Bourgogne, cette famille s'est toujours querellée «t se querellera toujours, de génération en génération.»

HISTOIRE ET CHITIOLK.

Il devait en savoir quelque chou.; car il avait été spécialement bien traité par Irois généra lions dis la famille royale. Nous ne pouvons admettre entièrement son explication, mais le fait est incontestable : depuis l'aM-iiciuciit de Georges 1", il j a en quatre princes de Galles, et tous quatre ont rmislanuneiil fait de l'oppo-

Quels que soient les motifs qui prièrent le prince Frédéric à se liguer avec les adversaires de sir Robert Walpolc, l'appui de c« prince inspira à plusieurs d'entre en* nn courage et une énergie donl ils avaient grand besoin. Jusqu'alors il avait été impossible iiux whigs méciin lents de ur pas i essenlu' q inique embarras en se voyant voter, chaque mut, avee des jaeobites obstinés, qui étiiieut les corrcspondaiils habituels de la famille exilée, ou avec les tories qui avaient mis Somers en accusation, qui avaient murmuré contre Ilailcy et Si. John, parce que ceux-ci s'étaient montrés trop indifiérenls à la cause, de l'Kglise et des possesseurs de terre, et qui, s'ils n'étaient point disposés S attaquer la famille régnante, considéraient cependant tout au plus l'intrusion de cette famille comme le moindre de deux grands maux, comme un préservatif nécessaire, mais pénible et humiliant contre !e. papisme. Les ministres pouvaient sans Irnp d'invraisemblance dire que Pulleney et (larteret, pnur satisfaire leur soif de pouvoir et de vengeance, ne se faisaient punit .-eiupiilr de servir les desseins d'une faction hostile à la succession protestante. La présence de Frédéric à la tclc des patriotes coupa court à cette inculpation. Les cbels de l'oppesilinu purent alors se vanter que leur ligne de conduite était approuvée par une personne aussi profondément intéressée que le roi hii-mèine au maintien de l'acte de suctes-

«») traîné ce parti dans les rangs du whiggisme. Il faut en efiél convenir que, bien que le roi et le prince se conduisissent dune façon peu honorable, le père brutalement, le fds irrespectueuse ment, Ions deux puérilement, la famille i ovale gagna plutôt qu'elle ne perdit à la mésintelligence de ses deux membres principaux.

WILLIAM PUT

Une classe nouibreu-c d'hniuiu.^ pnlitiqursqui s'^tiiit-nL crus 5 (out jamais exclus des fui ic lions publiques, et qui, dans leur désespoir, avaient été sur le point do recourir à mie cnutre-révolntion comme à l'unique IllOjeil de s'affranchir de la prescription qui les frappait, virent avec juie s'ouvrir devant eux une roule plus facile et plus sure pour arriver au pouvoir, et pensèrent qu'il valait beaucoup mien»; attendre qui', par suite de l'ardre naturel des choses, la couronne échût à l'héritier de la maison de Brunswick, que de risquer leurs lents et leurs tètes dans mi si m lavement en faveur de la maison des Stiurls, La situation de la famille royale ressemblait à celle de ces familles écossaises, m'i le père et le fils adoptaient chacun un parti contraire pendant la rébellion, afin que, quoi qu'il advint. le hieu patrimonial ni' fût p:is confisqué.

En avril 1736, Frédéric épousa la princesse de Saxe-Gotha, avec laquelle il vécut plu> tard nlftuluinent de la même façon que son père avait vécu avec la reine Caroline. U: prince adorait sa femme ; il la regardait comme la plus séduisuite personne de son sexe et par l'esprit et parla grâce; mais II croyait jfuc la fidélité conjugale n 'était pas une vertu princier e, et, afin de ressembler à Henri IV et au régent d'Orléans, il affecta un liber tinage dont il n'avait nullement le goût, et quitta souvent la seule femme qu'il aimât pour une maîtresse laide et désagréable.

L'adresse que la Chambre des communes présenta au roi, lois dn mariage du prime, fut proposée non par le ministère, mais par Pultéuej, le chef des wirigs de l'opposition. Ce fui à celle occasion que Pilt prit la parole pour la première lois : l'année de son entrée à la Cirambre il avait gardé le silence pendant toute la session. « Un historien conlemporain, dit M. Tliackeray, considère le premier discours de M. Pitt comme supérieur même aux modèles de l'éloquence ancienne. Suivant Thidal, ce discours était « plus fleuri que ceux de Déniostiieno, et moins prolixe que ceux de Cicéron. s Celte phrase insignifiante a été citée ceut fois : il est étrange qu'on l'ait jamais répétée, si ce n'est pour err rire. La vogue qu'elle a obtenue pool servir à démonlrer de quelle triste

HISTOIRE KT CRJTIQIIg.

façon bien des gens se contentent de penser. Tindal, uni, le premier, a écrit celte phrase; Arehdeacon, Coxe et M. Thackerny, qui nous l'ont transmise, ont-ils jamais entendu 1111 seul discours qui ne méritât le même éloge? Ont-ils jamais entendu un discours moins Henri que ceux de Déni est lié ne, ou plus prolixe que ceux île Cicéron? Nous ne (onnai^ms [«s un seul orateur vivant, ilepuis lord Brougham jusqu'à H. Hunt, qui ne mérite le mémo éloge. Dire à un homme qu'il est plus granit que le Comte polonais, plus petit que le Géant O'Brien, plus gras que YAnatomie vivante, plus mince que Daniel Lambert, ce n'est pas lui faire un compliment flatteur.

I.c discours rie l'ilt, te! qu'il est rapporté dans le Gentleman' s Magazine, mérite certainement l'éloge de Tindal et ne mérite

Ce discours est juste aussi vide et aussi verbeux que pourrait l'être le discours d'une petite fille sur un sujet pareil. Mais In facilité d'éloculiou et les avant.ii.nes personnels du jeune orateur charnièrent immédiatement l'œil et l'oreille des auditeurs. A partir du jour où il débuta, Pitt fui constamment écouté avec attention, et bientôt l'exercice développa les grandes qualités dont

La natioiL est, di> nos joui s, le véritable auditoire d'un membre du Parlement, La voix et le ^esle de l'orateur peuvent séduire ou clioquer les trois ou quatre cents personnes présentes au moment où le discours est prononcé ; mais dans le compte rendu que lisent le lendemain des centaines île mille individus on n'aperçoit pas les différences entre l'attitude la plus noble et l'altitude la plus vulgaire, entre les intonations les plus sonores et les intonations les plus aiguës, entre les gestes les plus élégants et les gestes les plus gauches. C'est à peine si l'on permettait, il y a cent ans, rie divulguer ce qui se passait dans le sein de la Chambre des communes. Aussi un orateur ne pouvait-il produire d'impression que sur ses auditeurs immédiats. Sa réputation, au dehors, dépendait entièrement de ce que disaient de lui ceux qui assistaient aux

séances. Dans le Parlement de cette époque, comme dans les anciennes républiques, les qualités extérieures, qui ajoutent à l 'effet il'nn discours, avaient donc beaucoup plu* d'importance qu'aujourd'hui pour le talent d'un orateur. Pitt possédait toutes ces qualités au plus haut degré. Au théâtre il aurait fait le plus beau Brntus ou le plus beau Coriolan qui eût jamais paru sur la seine. Ceux qui l'ont vu sur son déclin, qu.nnl sa santé était détruite, quand son esprit était aii'.ubli, quand il avait quitté celte assemblée orageuse dont il connaissait S fond le caractère et sur laquelle il exerçait une influence illimitée, pour une assemblée peu nombreuse, engourdie et malveillante, ceux-là racontent que, lorsqu'il parlait, il ne faisait entendre habituellement, même à ses plus proches voisins, qu'un murmure sourd et monotone, et que, s'il était vivement excité, il élevait la vok pendant un petit nombre de minutes, mais revenait bscn'ôt. à son imperceptible murmure. Tel était le comte de Chatham, mais tel n'était pas William Pitt. Au temps où il entra au Parlement, il avait une allure gracieuse et imposante, îles traits grands et nobles, un œil plein de léu. Modérait-il sa voix le plus possible ; elle arrivait jusqu'aux bancs les plus éloignés. Lui donnait-il toute son étendue : elle résonnait ainsi que le crescendo de l'orgue dans une grande cathédrale, ellefaisait vibrer la Cliambre de ses éclats, elle parvenait ;1 travers les tribunes et les escaliers jusqu'à la cour des requêtes el jusqu'aux limites de Westminster-Hali. 11 cultiva ces brillants avantages avec un soin cvtrèuie. Un observateur malveillant signale sa mimique comme au moins égale à celle de Garrick. Le jeu de sa physionomie était étonnant : souvent d'un simple regard d'indignation ou île mépris il déconcerta un orateur hostile. Il disposait à son gré de tous les tons et du cri passionné, et de l'aparté mordant. Il n'est nullement improbable que les efforts qu'il lit pour perfectionner ses nues talents naturels n'aient eu un résultat. Atchenx, car ils entretinrent chez lui cette passion de l'effet théâtral qui, nous l'avons déjà remarqué, était une des taches les [ilns notables de son caractère.

Hais ce ne fut pas seulement on ]>i-i nci |mlemenl à ses dehoi-s séduisants que i'ill dut la prodigieuse influence qu'il exerça pendant prè; de trente ans sur la Chambre des communes. Il étail, sans 11 ni doute, grand orateur, et les assertions de ses contemporains, les fragments de ses discours qui nous ont été conservés, permettent de deviner lactleiuenl quelles élaieul la nature et In portée de ses moyens oratoires,

l,es discours préparés n 'étaient nullement son fait : il eu prononça quelques-uns qui n'eurent aucun succès. Sou panégyrique il ii général Wolfe était ttès-étudié : il fut considéré comme une de ses plus mauvaises productions, a Jamais homme, dit un critique qui l'a souvent entendu, n'a si peusu d'avance œ qu'il allait dire. » Sa facilité était si grande, qu'elle devenait vice. Il n'était pas le maître, mais l'esclave île sa parole. Il était si peu sûr de lui, quand

s'il avait l'esprit préoccupé d'un important secret d'État. « Il faut « que je reste assis, disait-il à lurd Melbourne dans une rirconu staiice de ce genre, car, dès que je suis le\é, je laisse échapper ce i qui fait le tond inèiiie île ma pensée. »

Pitt n'était pas cc|ieudant un grand Débuter. Qu'il ne fut pas tel lorsqu'il entra pour la première fois à la Chambre des communes, ce n'est pas étrange. Ces!, à peine si quelqu'un a mérité relie qualification avant de s'être longtemps exercé et d'avoir Subi de nombreux échecs. Ce fut peu à pou, comme le dit Burke, que feu M. Fox devint le plus brillant et le plus puissant Debater qui vécût jamais. M. Fox attribuait lui-même son succès à la résolution qu'il avait prise, étant jeune, de parler, bien ou mal, au moins une fois chaque nuit, i Durmil cinq sessions entières, avait-il coutume de dire, j'ai p.irlé chaque uuil, à l'exception d'une seule, et je ne regrette qu'une chose : c'est de n'avoir pas parlé aussi cette nuit-là. » En vérité, -ai il M . Slaulev, chez qui 1a science de la discussion parlementaire ■einhie être à l'état d'insliliet, il serait difficile de citer le nom d'un éminent Débuter qui ne se soit pas rendu maître de sou art aux dépens de son auditoire.

Mais, si les hommes les plus capables eui-mêtnes ont rarement appris cet art sans une loueur pratique, les hommes il 'un la 1ml réel ont rarement manqué lie l'apprendre par une pratique assidue et intrépide. Il est singulier ipic Pilt, un lioinmc doué de magnifiques fruités, ayant une exceptionnelle facilité et une audace extrême, un homme dent la vie entière se passa au milieu des loties parlementaires, un honnuc qui, pendant plusieurs années, fut à U Chambre des communes le leader de la couronne, n'ait jamais acquis une lérilablr supériorité dans un pareil art. Il improvisait, mais en parlant il suivait le cours de ses propies pensées et non celui de la di-cusskm antérieure. Il pouvait, il est vrai, se souvenir de quelque expression échappée à un emleur hostile et eu faire le teste d'une sanglante ironie ou d'un blâme solennel. Quelques-uns. île ses élans d'éloquence les plus célèbres furent provoqué.- par une exclamation, par un rire, par un applaudissement, llaisr'rst là l'unique genre lie réplique dans lequel il semble avoir excellé. Il fut peut-être le seul grand orateur anglais qui n'attachilt |>oint d'importance à avoir le dernier mol, et qui, par ïoùt, parlai! en général av.nil ses adversaires les plus formidables. Il devait presque tout son mérile à la rhétorique. Il ne réussissait ni dans l'exposition ni dans la réfutation, niais ses discours abondaient en explicalioii-- lucides, en seulenees frapjianlcs, en aiierdoles bien dites, en allusions heureuses, cri appels passionnés. M était lerrible -dus le rapport de l'invective et du sarcasme . jamais peut-être aucun orateur anglais n'inspira

Mais ce qui contribuait le plus à l'ellet de sa prirule, c'était l'appareuce de sincérité, de vive eniivicliou, d'élé ration morale qui caractérisaient tout ce qu'il disait. Son style n'était pas toujours du goût le plus pur. Plusieurs juiies coulomporaiiis le. trouvaient Irjp fleuri. Walpuie, au milieu du charmant élage qu'il fait d'un des plus admirables discours de Pitt, avoue que certaines métaphores étaient exagérées. Quelques-unes des citations et des anecdotes classiques employées par Pitt paraîtraient trop communes

venant d'un km écolier. Mais ce sont là des délicatesses dont son auditoire se souciait jieu. L'cntousiasme de l'orateur gagnait tous ceux qui l'écoulaient; sun ardeur et si noble contenance donnaient do la chiileur mis pensées 1rs plus froides et île la dignité aii\ allusions les plus puériles.

Ses talents ne tardèrent pas à ^cm-i- lu ^oiivernenicut, et Wulpolo résolut de luire mi cNcmplr iln Gnurl.k patriote, Pilt fut en conséquence renvoyé du service. M. Thackeray prétend que le rninistie agit ainsi parce qu'il comprenait clairement qu'il eût été inutile de songer à acheter un adversaire aussi honorable et aussi désintéressé. Nous ne contesterons point l'intégrité de Pitl. mais nous nevoious pas quelle, preuve il ni avait donnée, lorsqu'il quitta l'année, et nous sommes sûr que Wulpoie n'avait nulle raison du croire à l'i nllexi !>!■.; I njtiti iHu 1^- rl'nii jeuiie. aventurier qui n'avait jamais eu l'occasion île rien refuser. La vérité est que Walpole n'avait pas l'habitude du rliunJier à acheter ses ennemis. M. Buike dit, dans Y Appel aux vit'itx Whigs, que Walpole couverlil très-peu de membres de l'opposition. Ce grand ministre était, en elfet trop expert, il savait trop bien que pour une voit qu'on peut faire taire avec une place, il s'en élève cinquante autres à l'instant; il savait qu'il était d'uue ttès-niauvaisc politique de laisser entrevoir aux gens qu'il y avait plus à gagner en contrecarrant ses mesures qu'eu les appuyant. Ces maximes datent de l'origine de la iwrupt.iiai parlementai! e t n Angleterre. Pcpys, du sou aveu, les as ait apprises îles émise! lires de Charles II.

Pitt n'y jierdit rien. Il fut nommé Groom of the bed chamber i. G eu fil homme de la chambre) du prince de Galles et continua à déclamer contre les ministres avec une violence égale et nu talent croissant. Lu question de droil maritime, alors agitée entre l'Angleterre et l'Espagne, mil en jeu traites ses larulLés. Il fut, en faveur de la guer re, d'une véhémence qu'il n'est pas facile de concilier avec la raison ou l'humanité, mais qui parait à M. Thackerav digne de la plus haiile admiration. Nous ne nous arrêterons pasà discuter un point sur lequel nous pensaiis que les geus éclairés

sont d'accord (Infinis longtemps. JJous pourrions aisément démontrer que, si l'on doit quelques respects aux lois internationales, si le droit, quand les société- humaines sont eu cause, est antre chose que la force, désignée d'une manière différente, si l'on n'est pas d'avis, ainsi que les boucanuiers dont M. Thackerav semble (lartager l'opinion, que les traités n'ont aucune valeur cil dedans du trentième dt ..ii de latitude , h jjueire avec l'Espagne était absolument injustifiable. Mais ce qui est vrai, c'est que les promoteurs de cette guerre ont épargné à l'histoire le soin de les juger. Ils se sont reconnus coupables : « J'ai vu, dit Burkc, et j'ai examiné avec soin les documents originaux concernant certaines transactions importantes de ce temps. Ils m'ont parliiileineul convaincu de l'extrême injustice de cette guerre et de la fausseté des prétextes que WaJpole, guidé par une politique erronée, souHïil qu'on mit en avant à propos de eelte mesure, et cela à son grand préjudice. Quelques années q i.'-. j'eus le buiilieur de causer avei: plusieurs des principaux pei'-emiaees qui aviiienl agi contre ce ministre, et avec rem qui avaient pris la p e t la plus active à celte intrigue. Pas un, pas un seul, ne défendait le moins du monde cette mesure, ou n'essayait de justifier sa propre conduite. Ils condamnaient le fait aussi librement que s'il avait été question de tout autre événement historique dans lequel ils n'auraient été nullement intéressés. » Plus tard, Pilt donna eu différentes occasions des preuves évidentes qu'il était un de ees pénitents tardifs. Mais sa conduite, dans les choses mêmes qui lui paraissent criminelles, semble adunndile à sou biographe.

Les éludions de 17.11 fin eut eoutniire- ;'i V\ alpolu; et, après une lutte longue el obstinée, il jugea nécessaire de se retirer. Le duc de Ncwcastle et lord Hardwickc eiitamêrunt des négociations avec les chefs patriotes dans l'espoir de composer une administration ayant une base wbig. Pitt et ceux qui lui étaient attachés agirent en cette conjoneture d'une fiieon peu honorable. Ils tentèrent de s' arranger avec Walpole, et lui offrirent de le mettre à l'abri de toute puui-suile, s'il voulait user en leur laveur de l'în-

iluence qu'il avait sur le roi. Ils allèrent jusqu'il s'engager à oliteuir le concours du prince de (ialles. Mais Walpole savait que l'appui des Botjs (bambins'i, comme il appelait les jeunes patrioles, ne serait d'aucun secours, si Pulleiiey et Carterct demeuraient inébranlables, et serait superflu s'il était impossible lie gagner ces grands ebrfs Je l'opposition. 11 repoussa donc la proposition. Il est à remarquer que M. Tbackeray, qui a jugé » propos de publier les mauvais vers composes par Piî.t au collège, ne fait pas même allusion à cet incident, dont plusieurs témoignages importants prouvent l'existence, et qui d'ailleurs se trouve dans un livre aussi répandu que la 17e de Walpole, par Coxc.

La nouvelle combinaison désappointa presque tous les membres de l'opposition, el l'itt plus que personne. Aucun emploi ne lui fui

proposé. Il continu i conséquence;! jouer fidèlement son ancien

rôle de patriote. Ce uilbciirou* pour lui. S'il avait eu une place à eetta époque, il aurait, selon toute probabilité, amplement partagé l'impopularité de Pulteney, de Sandvs et de Cal'terel. Il fut alors le plus furieux et le plus implacable parmi ceux qui criaient vengeance contre Walpole. 11 parla avec beaucoup d'énergie et d'adresse en faveur des plus injustes el des plus violentes motions que purent inventer le- eimeinis du ministre déclin. Il pressa

d'examiner la conduite de l'ex-preraicr lord de la Trésorerie. Ce tribunal lut institué. La plupart des inquisiteurs étalent notoiremeut liosfiles à l'Iiomine d'État accusé. Cependant ils furent Ibreés de s'avouer qu'ils ne pouvaient découvrir en lui un seul point attaquable. Ils demandèrent donc de nouveaux pouvoirs, plus un lùil d'indemnité pour les témoins, ou, en termes plus clairs, un liill de récompense | oiir tous ceux qui vicnd raient apporter un témoignage, vrai on faux- contre le comte d'Orford. l'itt appuya ce bill, l'itt qui avait -.poiitiinément offert de s'interposer entre lord Orionl h la justice publique. Ce sont là de tristes détails. M. Tbackeray les omet ou les el fleure aussi légèrement que possible, et, puisque l'éloge est si.ii but principal, il a raison

de faire ainsi. Mais, s il y a J>fi«i--i.ii|. d'aiurr. pallies de la vie de PîLt sur lesquelles il e-l. plus agréable de s'arrêter, nous n'en connaissons aucune qui snil plus inslnu fivf que celle-ci. Que devait être l'état général île l;i moralité |inlitiijiie, dans un lemps ou un jeune homme considéré, cl ju-teineut considéré comme l'homme d'État le plus pur et doué de l'esprit le plus élevé, pouvait recourir à des movciis uus-i liordeux. pnin 1 lâcher d 'arriver au pou-

Les lords rejetèrent le lui] d'imlenniilr. Walpoie quitta tranquillement la scène polilkuie, et la hanle position qu'il laissait vacante fut bientôt occupée par Carteret. Pitt se mit à tonnei' contre Carteret avec autant d'ardeur qu'il en avait montré contre sïr Robert. Ce fut à Carteret qu'il appliqua la plupart des épithètei brutales, familières à sou éloquence : Ministre inique, ministre misérable, minisire odieux, ministre exécrable. Les laveurs accordées aux domaines allemands de la maison de Brunswick étaient l'objet principal des itivcdives de l'itt. Il attaquait avec une extrême violence et avec une habileté qui le mettait

était de payer le^ troupe-, lumiivrieimes avec l'argent de l'Angleterre. La Chambre- des communes avait perdu récemment quelques-uns de ses membres les plus distingués. Walpole et Pulleucy avaient accepté la pairie : sir William Wyudhani était mort, et parmi les hommes nouveaux aucun ne pouvait Être comparé à Pilt.

Pendant la prorogalion de 1744, la vieille duchesse de Marlboraugh mourut. Elle emportait dan-, la tonilie la réputation d'avoir été décidément la personne de sou temps qui avait le mieux su haïr. Cependant son amour avait été infiniment plus destructeur que sa haine. Plus de trente ans auparavant, elle avait, grâce à sou caractère, causé la perte du parti auquel elle appartenait e! du mari qu'elle adorait Le temps ne l'avait rendue ni plus sage ni meilleure. Quiconque était actuellement grand et prospère était l'objet de sa haine la plus énergique. Elle avait haï Walpole,

ïli HISTOIRE ET CRITIQUE.

maintenant clic haïssait Carleret. Longtemps avant sa mort, le destin de sa fortune avait Été prédit par Pope :

Les biens non gardés parviennent ù des héritier! inconnu», Ou, dirigés pur le ciel, s'en vont ça cl là nui pauvres.

Pïtt était alors un des pauvres, et le ciel dirigea vers lui une portion des richesses de la hautaine douairière. Celle-ci lui laissait un legs de dis mille livres en considération « de la noble façon dont u avait défendu et soutenu les lois d'Angleterre, et empêché la ruine de son pays. >

Le testament fut fait en août ; la duchesse mourut en octobre : en novembre Pitt était un homme de cour. Les Pelham avaient forcé le roi de se séparer bien contre son gré de lord Carteret, qui était devenu comte Granville. Ils procédèrent après celte victoire a la formation d'un gouvernement établi sur ce qu'on a désigné par le sobriquet de tke bi'oad botlom (la large base). Lytteiton eut un sîége 1 la trésorerie, et. [ilusieurs antres amis de Pitt occupèrent différents emplois. Quant à Pitt, il fut obligé pour le moment de se contenter de promesses. Le roi se souvenait avec amertume de quelque expressions ilmil. l'anlnit orateur s'était servi lors de la discussion sur les troupes hanomennes. Mais \ewcastle et Pelham étaient, afiirmaient-ils, fermement convaincus que le Lemps et leurs efforts ap ii-ei aient le ressentiment du

Pitt, de sou côté, ne négligeait rien de ce qui pouvait faciliter son entrée aux affaires. 11 renonça à sa charge dans la maison du prince Frédéric, et, quand le Parlement se réunît, "il mit son éloquence au service du gouvernement. Les Pelham faisaient de réels et sincères efforls pour détruire les violentes préventions qui dominaient l'esprit du roi. Ils savaient que Pitt n'était pas homme à se laisser tromper aisément ou offenser impunément. Ils craignaient de ne pouvoir longtemps le leurra- avec des promesses; cl, du resle, ils n'avaient point intérêt il le leurrer. Entre cu\ et lui il y avait un lien puissant. Il était l'ennemi de leur en-

* 1 L L 1 A M I 1 ITT. !45

nenii. Les deux frères baissaient et craignaient l'éloquinl, l'ambitieux, l'impérieux (ïranville. Ils avaient suivi ses intrigues pas à pas en maint emlroit. Ils connaissaient son influence sur l'esprit du roi. Ils savaient qu'aussitôt que se présenterait nue occasion favorable, il serait rappelé aux a!faires. ils résolurent de pruvoquer une crise, et voici la quesl.ii m ■ j m ' 1 i s [losnerit à leur ma'Mrc : donnerait-on ou ne donnerait-on pus îles (onctions a M. Pittî Ils

■ jÉ.i..ruil I. in i ,<••> pl.i .1 u li •-",-» qui- iU i.i..'f.^i|. |l.

offrirent leur démission le jour même où éclata la rébellion en Angleterre, le jour où le Prétendant ilail maître tic l'extrémité septentrionale de l'île. Le roi se trouva tout à coup privé du concours de tout le. parti qui avait placé sa famille sur le trône. Lord Granvîlle essaya rie composer un ministère; mais orr ne tailla pas a s'apercevoir que les foicrs parlementaires des Pelham étaient irrésistibles, et ijuo l'hounne d'Kt .t favori du roi pouvait à peine compter sur trente lords et sur quatre-vingts membres do la Chambre des communes. La combinaison fui abandonnée, firanville se retira au milieu des rires. Les ministres revinrent plirs puissants que jamais, el le roi ne lui plus capable de refuser rieir de ce qu'il leur plut de demander. Il put seulement dire tout bas qu'il était bien dur de voir ftewcastlc, qui n'était pas bon à être chambellan du prince le- plus insignifiant de l'Allemagne, être à même d'imposer sa volonté au rui d'Angleterre,

Les ministres (iienL er -cieiisi'iui'ii; une concussion. Ils s'entendirent pour ne pas placer Pill duus une position qui nécessitât de fréquentes relations entre le roi el lrri. Au lieu donc de faire leur nouvel allié secrétaire do la guerre, ciminic ils en avaient l'intenlion; ils le nommèrent d'abord vice-trésorier d'Irlande, puis au bout de quelques mois l'uipiiaxter of the, Forces '(Paveur de l'armée).

C'était à cette époque un des postes les plus lucratifs du gouvernement. Le licitement al'iiïlc à cette lomtiuir n'était qu'une faible partie ries avantages pécuniaires qu'avait le Paymaster. Celui-ci était autorisé à toujours conserver entre ses mains, H.

même eu temps de paix, une somme considérable, qui rarement était au-dessous de cent mille livres sterling, et dont il pouvait s'approprier les intérêts. Cet usage n'avait rien de secret, et n'était pas non plus considéré comme déshonorant. Avant et depuis le temps de l'îll, des hommes d'une honorabilité incontestée en ont profilé. Piti cependant refusa d'accepler un farthmg au delà du salaire que la lui ;ivail aligné à su charge, l.cs princes étrangers qui étaient à la solde de l'Angleterre avaient l'habitude d'abandonner un tant pour cent au Paijmaster of tlie Forces. Pitt refusa résolument ces houleuses libéralités.

Cn pareil désintéressement éfail, eu ce temps-là, chose trèsrare. La conduite de l'if t surprit et divertit les politiques. Elle excita la plus vive admira ti on dans la masse de la population. Malgré les inconséquences dont il s'était rendu coupable ; malgré l'étrange contraste qui existait mire sa violence quand il appartenait à l'opposition, et sa bénignité quand il était au pouvoir, il inspirait une haute confiance à la nation. Les motils qui peuvent amener un homme public à change]' ses liaisons politiques on à modifier sa ligue générale de conduite sont souvent difficiles* deviner; mais le désintéressement eu matière pécuniaire saute aux yen* de tous. Pitt parut dès lors un homme à l'épreuve de toule tentation sordide. S'il agissait mal, ce pouvait être par tante de jugement, ce pomait éire pur ressentiment, ce pouvait être par ambition ; mais, pauvre comme il l'était, il s'était affranchi de tout soupçon de cupidité.

Huit années paisibles suivirent; huit années pendant lesquelles la iniuorité, qui, depuis la chute de lord Grau ville avait toujours été faible, continua à s'amoindrir de telle sorte, qu'elle devint presque invisible. En 17*8 la paix fui conclue avec la Fiance et l'Espagne. Le prince Frédéric mourut en 1751, et avec lui disparut le dernier semblant d'opposition. Les membres les plus distingués du parti qui avait soutenu Walpole et ceux du parti qui l'avait combattu étaient Ions unis sous son successeur. Pitt, dont l'esprit fougueux et véhément s'était calmé pur un certain

temps, acquiesça silencieusement à ce niètnc système de mesures coi itinen taies qu'il avjnt naguère t istiti m dj riô. Il cessa de parler irrcspeclueusement à propos du Hanovre. Il ne lit aucune objection au traité avec. l'Espagne, bien que ce Irailé nous laissât juste dans la situation où nous étions ijuaiid il prononçait ses harangues émouvanles contre la politique paciliqne de Walpole. Ça et l'i il se montrait tel qu'il avait été ; [nais ce n'était que de courts et rare* éclairs. l'clliarn connaissait celui à qui il avait affaire, el il sentait bien qu'avec nu allié si |>eu habitué aui réprimandes el si eu état de nuire, il fallail -avoir pardonner un accès de niau-

ficux bommes, à tout prendre peu intérieurs à Pitt en talent, remplissaient, ainsi que lui, des foliotions secondaires dan* le gouvernement. L'un d'eus, Hurray, fut successivement Solliciter gênerai et Attorney gênerai. Cet homme distingué était trèssupérieur à l'ilt par la pureté du ^oùt, par la puissance du raisonnement, par la profondeur et la variété des connaissances. Son éloquence parlementaire ne s'édiaulïail jamais au point devoir des élans soudains, tlei éclair- éblouissants; mais elle brill :it d'un éclat calme et don* qui n'était jamais obscurci un seul instant. Intellectuellement, il était, à notre avis, tout à fait l'égal de Pitt; mais il était dépourvu des qualités morales auxquelles Pitt dut la plupart dis ses smrès. Muerai manquait de l'énergie, du courage, do l'ambition qui t'ajl louf saisir, tout risquer, et qui crée les grands hommes dans les temps d'agitation. Son âme était un peu froide, son esprit pl iaient jusqu'à la timidité, ses manières bienséantes jusqu'au iorinalisiue. Il n'exposa jamais ses intérêts ni sa renommée au moindre péril, s'il pouvait l'éviter. Selon loute probabilité, il aurait pu, en nu temps donné, être premier ministre; mais le Banc du roi était le but de lotis ses désirs. La position do Chief-justicc pouvait ne pas être aussi splendidc que celle de premier Loi'il de la Trésorerie; mais elle était environnée dc-tespeot, elle était tranquille, elle étiit sure, el,en conséquence, elle était prélérée par Murray.

l'ox, le père du ^v,:iii| liumnic dont les énergiques efforts, jour la cause de la paix, de lit vérité et de la liberté, ont rendu ce nom immortel, était Secretary at war (Secrétaire à la guerre). Il était en faveur auprès du roi, auprès du duc de Cumberland et de quelques-un.- dos mi-:iiihT-os 1h:h plus influents du grand parti whig. Ses talents purlcriiriitiiÎL-cs étaient do l'ordre le plus élevé. Comme orateur, il était à pou près, à tous les égards, l'opposé do Pitt. Sa tournure était disgracieuse; sa ligure, à enjuger par les portraits que nous un! Im-sés Hryjidds rf .\ullokeas, indiquait un esprit vigoureux ; niais sus Irails étaient, grossiers, et sa physionomie était sombre ol. renfrognée. Son geste était gauche, son débit hésitant. Souvent il restait court, faute d'un mot. Mais comme debater, comme maître dans cette logique serrée, puissante et mâle qui convient aux débats politiques, il n'a peut-être jamais été dépassé, si ce n'est par son fils. Dans la réplique, il était aussi évidenuneol supérieur à Pitt qu'il lui était inférieur dans l'éloquence proprement dite. Sous le rapport de l'intelligence, la balance élai! j pou près égale entre les deux rivaux. Mais ici encore la valeur morale de Pitt lui donnait l'avantage. Fox avait incontestid)!oiiicnt lieaueoup do qualités. Par ses dispositions naturelles, aussi birti que par ses talents, il offrait une grande ressemblance avec son fils. Il avait la même douceur do caractère, les mêmes passions fortes, la mémo franchise, la même hardiesse, la même impétuosité, ta mémo, cordialité avec ses amis, la même générosité envers ses ennemis. Nul homme ne fut plus chaudement on plus justement chéri de sa famille ou de ses alliés, liais, riLÙllOinousemont, il avait été élevé à une mauvaise école politique, à 'une école qui avait pour doctrine que la vertu politique n'est que la coquetterie do la prostitution politique, que chaque patriote vaut un certain prix, que le gouvernement ne peut fonctionner qu'à l'aide de la corruption, et que l'État est une proie réservée aux hommes d'Ktal. Ces maximes n'étaient que trop en vogue parmi les membres subalternes du parti de Walpolc, et n'étaient que trop approuvées par Walpole lui-même.

qui, dédaignant ce que de nos jours on nomme vulgairement blague, se jetait soumit, d'une façon exlravagante et nuisibleà ses propres intérêts, dans l'excès contraire. Le défaut de moralité politique de Fox formait un contraste remarquable avec la fastueuse pureté de Pitt. La nation se méfiait du premier et se fiait implicitement au second. Mais presque tous les hommes d'État rie ce temps en étaient encore à apprendre que l'opinion publique a de l'importance. Tant, que les choses marchèrent paisiblement, tant qu'il n'y eut point d'opposition, tant que rien lie fut accordé que par l'intermédiaire d'une piit.il (i loterie dominante, Fox eut sur Pitt un avantage décidé; mais, quand vinrent les jours de danger, quand la guerre convulsionna l'Europe, quand le Parlement se divisa eu (actions, quand l'esprit public fut violemment surexcité, le favori du peuple arriva au pouvoir, tandis que son rival tombait dans l'obscurité.

Au commencement de 1 '.< i niée 17Î54, Henri Pelliam mourut subitement. « A présent, je n'aurai plus de tranquillité, » s'écria le roi lorsqu'il appril eell.i^ ufmvellc. Il ne se trompait pas. Pelham avait réussi en rassemblant et en maintenant unis tons les gens de talent du royaume. Grâce à sa mort, le poste le plus élevé auquel puisse aspirer un sujet an^hi.- demeurait vacant, et en même temps disparaissait l'influence qui avait mis sous le même joug et qui avait contenu tant dYï-prils lurhulrnls et ambitieux.

Dans la semaine qui suivit la mort de Pelham, il fut décidé que le duc do Newcastle serait placé il la tète île la Trésorerie; mais on était encore loin d'avoir un ministère complet, ijiti se ni! le leader de la couronne à la Chambre des commîmes? Confierait-on cette charge à un homme d'un Laleu! .'initient ? Un pareil homme, dans une pesiliou de ce freiire, ne demanderait-il pas el n'obtiendrait-il pas une part de pouvoir plus considérable qui* celle que le duc de Newcastle était disposé a concéder? Emplorèrail-on nn simple comparse? el quelle probabilité y avait-il qu'un simple comparse fût capable lie manier une grande et orageuse ■assemblée oft abondaient les hommes supérieurs et expérimentés:

Ï5U HISTOIRE ET CRITIOUE.

Culler voyait Il-b [financiers fjillir el les muisun crouler Pir suite de besoins rôcls ; il ne pouvait Mtir nu mur.

L'amour de Neweastlepour le pouvoir ressemblait à l'amour de Culler pour l'argent. Celait une avarice qui se faisait du tort a elle- même, une cupidité qui était ménagère de bagatelles et prodigue de choses importantes. Une dépense immédiate lui était si pénible, qu'il ne se serait pas hasardé à faire l'amélioration la plus souhaitable. S'il avait |in ti ei^-r en son cœur la force de céder tout d'un coup une partie de sou autorité, il se serait probablement assuré la possession du reste. Hais il aimait mieux construire un gouvernement faibli 1 cl. pourri , qui vacillerait au moindre souffle et serait renversé au premier orage, que de payer le prix nécessaire pour avoir des matériau* solides et durables. 11 désirait trouver quelqu'un qui voulût bien consentir à èlre le leader de la Chambre des communes dans des conditions semblables à celles où était le secrétaire - Cra<*gs xrns Siiiidcrkmil, trente-cinq ans auparavant, Craggs pouvait à peine être qualifié de ministre ; c'était un simple agent du minisire. 11 n'était ]>oint initié aux graves secrets d'État ; il obéissait silencieusement aux ordres de son supérieur, et, pour nous servir de l'expression de Doddiugton, il n'était que l'homme de Sundorland. Mais les circonstances n'étaient plus les mêmes. Depuis l'époque de Sunderland, l'importance de la Chambre des communes était allée constamment en croissant. Pendant plusieurs années le leader du gouvernement dans cette Chambre avait presque toujours été le premier ministre. [1 n'était donc pas piïibaUe qu'un homme ayant les talents nécessaires pour remplir cette fonction voulût s'abaisser à l'accepter dans les conditions dans lesquelles Jiewcastle était disposé à l'offrir.

Pitt était malade à Balh. Eùt-il été bien portant et à Londres, ni le roi ni Ncwcaslle n'auraient songé à lui faire des ouvertures. Le froid et sage Murray s'était donné tout entier aux choses de sa profession. Des négociations avec Fox furent entamées. Newcastle .se conduisit conformément à son caractère, c'est-J-dire d'une

WILLIAM PITT

façon puérile et basse. Les propost lions qu'il lit consistaient en ceci : que Fox serait Secrétaire d'Étal tl leader da\a Chambre des communes; que ie manienieul des tonds secrets, ou, pour parler nettement, le soin d'acheter des membres du Parlement, ternit laisséati premier Lord de la Ti-ésorerio ; mais (pie Fox sérail exactement informé de la manière dont ces fonds seraient employés.

Fox accéda à ces propositions. Mats le lendemain tout était désorganisé. Ncwcaslle avait changé d'avis. La conversation qu'il j eut entre Fox et le duc est un des détails les plus curieux de l'histoire anglaise, o Hou frère, dit Newcastle, quand il était à la Trésorerie, n'a jamais dit à persmme ce qu'il taisait des Ibnds secrets. Je suivrai son exemple, s La réponse était liicileâ trouver. Pelham était non-seidemeul premier Lord de la Trésorerie, mais encore leader de la Chambre de- communes ; et il n'avait aucun besoin d'instruire qui que ce bit de si s i ;i[1|bji Is sériels avec les membres de cette Chambre. « Mais, dil Fox, ronmiru! puis-jc élre leader de la Chambre sans être renseigné à re sujet? Comment puis-je m'aboucher avec les membres, si je ne sais pas qui a reçu des gratifications et qui n'en a pas reçu ? Et, cnnlinua-t-il, qui disposera des places? — Moi, moi seul, répondit le duc. — Comment ferai-je alors pour remplir mes liinrlions de leader Ac la Chambre? — Oh ! laissez venir à moi les membres de la Chambre. » — Fox parla alors des éleetioii- générales qui étaient proeliaiucs, et demanda comment seraient présentés les h -gs ministériels, t Ne

vous en inquiétez point, dit Newcastle, tout est réglé. » Cela dépassait les lorces de la nature humaine. Fus refusa d'accepter la place de Secrétaire d'Étal A de pareilles conditions, et le duc confia les fonction- de Inuler à sir Thomas liobinson, homme nul et rnsifiibiiant, dunl le nom e-l presque oubli'' 1 de nos jours.

Lorsque Pitt revint de llalh, il aliéeta une grande modération, bien que son ànie hautaine ! 0 1 boutllnule de eolère. I) ne se plaignit pas de la façon dont on l'avait mis à l'écart; mais il dit nettement qu'ti sou avis Fox était l'homme le plus capable il être leader de la Chambre des remmènes. 1/s deux rivaux, que leur

communauté d'iiiléièis et d'inimitiés avait réconciliés, se concertèrent sur un plan d'opération pour !a session suivante. « Sir Thomas être notre leader, dit Pilt à Fox, le duc pourrait tout aussi bien nous envoya' à effet sus bottes fortes. ■

Les élections de 1754 furent favorables à l'administration ; niais les affaires étrangères avaient un aspect menaçant. Dans l'Inde les Anglais et les Français n'avaient pas cessé de se couper icciproquenionl la gorge.. Ils s'élaieul mis récemment à en làire autant eu Amérique. Il j avait lien de prévoir qui', des temps difli-

■ ilir. ■ I ii. ni | i>- Ié-... •[■• kiii(-, '| Uï' ' I il-nl» t-i- u

différents de ceux de V-\m et île llobiiisoii.

Le Parlement se réunit en novembre, et avant la lin du mois le nouveau Secrétaire d'Ltal icail rlé si inipiiiivablcment harcelé par le Patjmu&terof the Funv.i et par le Scctrlury ni war, qu'il était complètement dégoûté de sa position. Fox l'attaquait avec beaucoup de force et d'acrimonie. Pilt alfectait une sorte d'indulgence dédaigneuse pour su Tlnuuas, et ses coups les plus rudes portaient principalement sur Neyycastlo. l 'ne fois il demanda d'une voix de tonnerre si le Parleinciil siégeait uniquement pour enregistrer les édils d'un snjcl Irnp puissant? Le duc lilt efli'ayé à en perdre la tèle. Il n'osait destituer les mutins ; il n'osaifW donner une position plus élevée. Cependant il était absolument

orgueilleux et le moins inimitable des dcu>. On lui offrit un siège dans le cabinet, à condition qu'au Parlement il appuierait le ministère d'une manière efficace. Dans une heure mauvaise pour sa renommée et pour sa fortune politique, Fox accepta cette oflre, et renonça à son alliance avec Pilt, qui ne lui paixloiui a jamais cette défection.

Sïr Thomas, aidé de Fox, jiarvinl à ex]iédier les afiàires de l'année sans beaucoup de peine. Pitl attendait une occasion. Les négociations pendantes entre la France el l'Angleterre prenaient chaque jour un en actère plus alarmant. Vers la fin de la session, le roi envoya un ine-s i^e pour informel' la Chambre des couiiuu-

WILLIAM PITT

nos qu'il avj.it jugé nécessaire de faire îles préparatifs de guerre. La Chambre répondit par une adresse de lomorciments el par un vote de crédit. Pendant la prorogation, une série d'événements désastreux réveilla la licille anhsiosile rie- denv nations. Un détachement ;itii;l;iis liit déliant ni .Vls n'rti ] i ti •. et plusieurs marchands français liircut laits prisonnier:- dans la mer des Indes occidentales. Il était clair qu'un appel uns anne- ('bit imminent.

La première préi.iceii pat ion du roi cl ait de garantir le Hanovre, et iNewcastle était liispii-é à satisliiii e son maître. Suivant l'usage de cette époque, des traités fui ent conclus avec plusieurs petits princes allemands qui s'en -a fi rent à fournir des soldats, si l'Angleterre voulait fournir de l'argent, cl comme on soupçonnait Frédéric 11 d'avoir des vues sur les domaines électoraux de son oncle, on soudoya la Russie pour quelle tînt la Prusse eu respect.

Lorsque les stipulation- de ce- traité- l'nront rendues publiques, il s'éleva dans tout le royaume dis murmures, d'après lesquels un observateur judicieux eut aisément pu pronostiquer une tempête. Newcusllc rencontra une vive opposition, même chez ceux qu'il avait toujours considérés comme ses instruments. Lcgge,

chancelier de l'Échiquier, refusa de signer les Treasitnj warrants uéers-aires à l'exécution du traité, tiens qu'on supposait jouir de la confiance dn jeune prince de Galles et de celle de sa mère tinrent un langage très-menaçant, Plein de perplexité, Newcastlc fil appeler Pilt, l'embrassa, le caressa, lui sourit, pleura, bégaya les compliment- les plus lliUtenrs et les promesses les plus splendides : le roi, qui jusque-là lui avait montré la plus grande répugnance, lui ferait hou accueil au lever; lui, Pitt, serait invité S prendre place dans le Cabinet; il serait consulté sur tonte chose, s'il voulait seulement être assez hou pour appuyer S la Chambre de.- cnivimune- le sub-idc lies-ais. i'itt refusa froidement le siège qu'on lui offrait dans le Cabinet, il manifesta le plus

grand amour et le plus grand respect pour le roi, et dit que si Sa Majeslé attachait un sérieux intérêt personnel au traité, bes-

HISTOIRE ET CBITIODB.

sois, il dévierait de la ligne qu'il s'était tracée, jusqu'à douuer son appui à ce traité, i Bien, et le snhsido russe? dit Nowciistle. — Non, ré]iliijua Piu, point d..- svstème de subsides. » Le duc appela lord Hardwicke à soli aide, niais Pitt fut inflexible. Murray ne voulait rien faire, liobinson ne pouvait rien faire. On fut obligé d'avoir recoure â Fox. Il fut nommé secrétaire d'État avec toute l'autorité d'un leader de la Chamhre des communes, et ht Thomas lut pensionné sur la Dotation irlandaise.

Les Chambre? se réunirent en novembre 1755; l'attente publique était singulièrement surexcitée. A plis du années de calme, il allait y avoir une opposition, qui avait pour elle l'héritier présomptif de la couronne, et qui était dirigée par le plus brillant orateur un siècle. L;i discussion de l'adresse a longtemps été citée rumine une il'.'- plu- gfrandi'- bataille- parlementaire- de relie génération. Elle commença à trois heures de l'après-midi et dura jusqu'à cinq heures du matin. Ce fut cette nuit-là que Gérard Hamiltoil prononça le discours qui, seul, motiva son surnom. Par son éloquence, il éclipsa tous les orateurs, sauf Pitt, qui parla pendant une heure et demie contre les subsides avec une rare énergie et produisit une impression extraordinaire. Ces moyens puissants, qui jadis lénifiaient la majorité de Walpole et de Carierai, furent alors dêplojés avec une extrême perfection, devant un auditoire qui, depuis longtemps, avait perdu l'habitude de pareils si>ccLicles. Un fragment de ce discours nous est parvenu dans un état de con-ervation lolérable. (l'est la comparaison entre la coalition de Foi et de Kewcastle et la jonction du Rhône et de la Saône : « A Lyon, dit Pitt, je pris plaisir à contempler l'endroit où les deux rivières se rencontrent, l'une, gracieuse, faible, sans courant, et quoique sans courant, sans profondeur, l'autre violente cl impétueuse comme un torrent; mais toutes différentes qu'elles soient, elles finissent par s'unir. « L'amendement présenté pal' l'opposition fut rejeté à une grande majorité, et Pitt et Legge lurent immédiatement l'évoqués do leurs louetiuus.

WILLIAM riT.T. «S

Pendant plusieurs mois I» lutte dans la Chambre des communes Tut exlrèiuenien! \ i vi ■ . Les discu-slmis sur les Dr uses de la Guerre furent li ès -orageuses ; relies sur les traités rie subside le furent encore davantage. Le gouvernement l'emporta j chaque vole; mais la réputation île Pitt rumine orateur et l'aiilorité de son caractère élevé et résolu continuèrent à grandir durant la cession. Les incidents qui suivirent la prorogation rendirent absolument impossible à tout autre que lui de diriger le Parlement ou le pays.

Dans toutes les parties du monde, la guerre commença par des événements désasSi'euv peur l'Angleterre, et même plus lioutenï que désastreux. M. ils lu plu- Illuminai! fu! lu pi rie de Mil inique. Le due de Richelieu, un viens fat, qui, de seize ans â soixante, avait passé sa vie à séduire des femmes dont il ne se souciait pas plus que d'un Ictu, débarqua dans celte île, et réussit à a s'en emparer. Des rennirts, sous les ordres de l'amiral Bvng, furent espédiés de Gilivaltai- à IV.rt-Makiu, mais l'amiral ne jugea pas à propos d'eu venir à un engagement avec l'escadre française et s'en retour! i;i sans avoir exécuté ses instructions. La nation fut irritée jusqu'à la folie. 11 éclata une tcmpfle qui épouvanta même ceux, qui se rappelaient les joins de Y Excise bitl cl du Satith sea act. Les boutiques se remplirent de libelles et de caricatures; les murs lurent couverts île placards. La Cité de Londres poussa un cri de vengeance, et ce cri trouva un écho dans tous les coins du royaume. Le Doiselshire, le Huntingdonshire, le Bedfordshire, le ['nrkiiigliiuiisliire, le Sdine.rselshire, le Laucasliire, Suffolk, le Shropsliire, Suriev envoyèrent des adresses énergiques au roi, et enjoignirent à leurs re présentants d'exiger qu'on fit une empiète sévère sur les émise- de- derniers désaslres. L'animation des grandes villes était aussi eou-iilérable que celle des comtés. Dans quelques-uns des cahiers, il était même recommandé de ne point voler les dépenses publiques.

L'état de sombre désespoir où se trouvait la nation est presque sans exemple dans l'histoire. Les peuples ont coutume, dans Ions

m HISTOIRE ET CRITIQUE.

les siècles, de parler du bon viens temps do leurs ancêtres, et do

de table)

étaient à la veille d'être réduits en esclavage |iar leurs ennemis; qu'ils mentaient bien leur sort; et on le croyait pleinement. Toiles étaient les suppositions- auxquelles mi était prêt à ajouter foi, nu début de la guerre h plus eluriense m'i jamais ait été engagée

chose qui lui fût plu* clièrc ipie mi place, pour sa tête. Le peuple était d'ans une humeur avec laquelle il n'y avait pas i plaisanter. Il demandait du sang. 11 pourrait se contenter cette fois-ci du sacrifice de Byng; mais qu'arrive! ait-il si de nouveaux désastres survenaient; si un piincr niai disposé pnur lui, Newcaslle, montait sur le trône; si une Chambre des communes hostile était

La crise décisive éclata enfin eu octobre. I.e nouveau secrétaire d'État était las depuis longtemps de la perfidie et de la légèreté du premier Inrcl de la Trésorerie, et. cntmiicnoiiit à craindre de servir de bouc cuussau e pour sauver le vieil intrigant qui, tout imbécile qu'il parût être, ne inaiapuit jamais de dextérité quand il s'agissait d'éviter un danger, l'o.v résigna sa charge. Newcastle eut recours à Muri'ay; niais Murray était uiainleiiaiit à mémo d'atteindre le but courant de sou ambition. La place de.Clncf-juslice du Banc du roi était vacante, cl l'Attorney général était décidé à l'obtenir, ou à se jeter dan- l'opposition. Newcastle lui fil des offres de tons genres : le duché de L uicasler, à vie, une place de

tant, deux mille livres par an, sl\ mille livres par an. Lorsque les ministres virent que Mnnay avait dans l'esprit une délcnninalion Lieu arrêtée, ils le pressèrent di: leur accorder un délai, le délai d'une session, d'un mois, d'une semaine, d'un jour : qu'il consenti! seulement à paraître mie lois à la Chambre; qu'il consentit seulement à parler en faveur de l'adresse. Il fut inexorable, et leur déiliuM péreniplourn ml qu'ils pouvaient liii donlier on lui refuser la plan' de Chie( L justice, mais qu'il ne resterait j>as plus longtemps Attorney général.

Newcastlc s'arrangea de manière à siirniuntor les répugnances du roi, et des propositions furent faites à Pitt par l'entremise île lord Hardwicke. l'itl connaissait sa puissant, et il le montra. Il demanda comme première condition que Newcaslle lût absolument exclu de la oouTeDe combinaison.

Le duc lomba dans un él;il ilo détresse comique. Il courait à droilc el à gauche, havardan! et Criant, demandant avis à tout le monde et n'écoulant [«■sonne. L'iiuveiliue de l.i session approchait. L'cxcilation publique n'avait rien perdu de sa force. 11 élail impossible do trouver quelqu'un qui put lenir téie à Pitt et à Fox dans la Chambre des eommiuies. Ncwrastle sentit le eœur lui manquer, et II donna sa démission.

Le roi fit appeler Fus, et le chargea de s'entendre avec l'itl pour un plan d'administration. .Mais l'itl n'avait point oublié sou ancien ressent iuiriit, et ioI'lki d'agir de concert avec Fo\.

Le roi s'adressa alors au duc de llevuii-hirc, et ce médiateur réussit à composer un niini-lère. Il consentit, à prendre la Trésorerie. Pitt devint seoiVI.iiii'e d'Ltat il Icudt'r de la Cliarabre des communes. Le grand sceau fut mis en commission. Leggc retourna à l'Kcbiijuier, et lord Temple, dont pitt venait d'épousoi' la sœur, fut placé à la t&c de l'amiraufé.

Il fut évident dés l'abord que cette administration ne pourrait se maintenir quo liés-peu do- temps. File ne dura pas tout à lait cinq mois : pendant ces cinq mois, Pitl et lord Temple, traités

avec rudesse par le roi, ne furent appuyés < ju«i faiblement dans la Chambre des communes. Il est. à t'iiii;ni|i]i.T i|iie l'uppositioit empêcha la réélection de quelque '-uns des nouveaux ministres. Prit, qui siégeait pour un des Imurgs placés -uns l'inilui.'nce de Pelham, eut quelque peine à obtenir un siège après son acceptation des sceaux. Voilà jusqu'à quel point le nouveau gouvernement était dépourvu de cette sorti; d'influente sans laquelle aucun gouvernement ne peut être durable. In des arguments lu plus souvent employés contre le Bill de llélonue était que, sous un syslèino de représentation populaire, des hommes dent lu présence à la Oliamhre des communes était nécessaire à la conduite des affaires publiques pourrait nt se trouver dans fmipassibililo. d'obtenir un siège. Si jamais tel inconvénient se produisait, il ne saurait y avoir la plus légère difficulté à inventer un remède et à l'appliquer. Mais ceus qui nous menaçaient do ce malheur auraient dû se rappeler que, sous l'ancien système, un grand homme, que la voix de la nation entière appelait au pouvoir dans un moment de crise, courait le risque d'être e>clu par une cabale aristocratique de cette Chambre dont il était l'ornement le plus distingué.

L'événement le plus important de cette courte administration fut le procès de liyng. Sur ce sujet l'opinion publique est encore divisée. Nous croyons que la condamnation de l'amiral a clé tout à la fois injuste cl absurde, l.a trahison, la lâcheté, l'ignorance poussée tellement loin que les jurisconsultes lui ont donné le nom de crasxa ignorantia, sont choses passibles d'iniïictions pénales sévères. Mais tlyng ne liil cunviiincii ni de Iraliison, ni de lâcheté, ni de grossière ignorance des choses de sa profession. 11 mourut pour avoir fait ce qu'aurait pu faire le sujet le plus loyal, le soldat le plus intrépide, le marin le plus expérimenté; il mourut jiour une faute de jugement, pour une faute semblable à celles que les plus grands gém'ciii]\, i'i'éilci ic. Napoléon, Wellington, ont souvent commises, et qu'ils ont souvent avouées, lté (elles liiutes ne doivent pas èlie punies, car nu tbâli nt a pour enn-

WILLIAM riTT.

séquence, non do les prévenir, mai- de les provoquer. La crainte d'une Niort igneiimiicn-o jn'iil -timider l'indulroie cl ta transformer en activi Lt-, clic peu! rrlenir 1111 Irai lie -nus son drapeau; elle

dans de graves cii rouslauces mu' dérision prnniple et judicieuse. On doit s'attendre ;i voir trembler le liicin 1 le plus adroit, quand k pomme qui lui sert de luit est posée sur la téle de son enfant. Nous ne pouvons rien imaginer qui soil plus propre à priver un

officier de son saug-lioid, au mo nt où il en a le pins besoin,

que la certitude d'être livré à une mort ignominieuse, si le jugement de ses supérieur- ne concorde pus avec le sien. Les reines, a-t-on dit souvent, eourenl dans l'en^inteineiit île plus grands dangers [|uc Ira autres femme-, siuiplcjnrnl p.nre que leurs médecins sont plus inquiets. I.e médecin qui assistait Marie-Louise était complètement énervé par l'émotion. « llemeltez-vuns, bji dit Bonaparte, figurez-vous que vous assiste; une pauvre fille du faubourg Saint-Antoine. » C'était assurément se montrer plus sage que ce roi orienta! des linlrctieim îles nuits nrabes, lequel fit proclamer que les médecins qui ne parvieud raient pas à guérir

envers ses officiers. Aucun souverain ne lui jamais pins indulgent pour de simples fautes de jugement, et il est positif qu'aucun souverain n'eut jamais à son service autant d'hommes de guerre dignes des nuuiiumlrMiriil- les plus élevés.

Pitt joua en cette occasion un rôle honnête et courageux, Il

vant le roi. Mais le roi lut inexorable. ». Su e, dit Pitl, la Chambre îles communes semble pencher pour la clémence. — Monsieur, répondit le roi, vous m'avez appris à chercher le sentiment de mou peuple ailleurs que dans la (".liamhre des communes. » Le mot est plus spiiilm l que beaucoup de cens qu'on attribue à

SCO HISTOIRE ET mi TIQUE.

deorges H, cl, quoique visanl ;m sarrasiur, il contient un haut H ju-li' rumpliiuenl. pour Pitl.

I.c roi n'aimait point Pi 1.1 ; mais il baissai! absolument Temple. Le. nouveau Secrétaire n'avait, disait Sa Majesté, jamais lu Valtel; il était ennuyeux et pompeux; mais il riait !ics-res|ioetucui ; le premier iord de la Trésorerie riait gressièrrnient impertinent. Walpole raconte une anecdote qui, nous le craignons, est trop jolie pour être vraie. 11 assure que Temple lil rit présence de son royal maître un parallèle étudié cuire lu ronduile de Byng a Miuorqueet celle de Sa Majeur à Oiidenardc, parallèle où l'avantage éliiit tout entier du coté de l'amiral.

Cet état de choses ne pouvait durer. Dans les premiers jour.; d'avril, Pilt et tous -es amis lurent congédiés. Nencastle fut :qvpelé à Saint- James. Le mécontentement public subsistait toujours. Il avait diminué quand l'ill. était arrivé, an pouvoir; mais il couvait sous la cendre, et ce fut alors qu'il éclata. Les fonds baissèrent. Le Conseil de la commune s'assembla et conféra à l'ittla franchise delaCilé. Toutes les grandes villes constituées en communes suivirent cet exemple. « Pendant quelques semaines, dit Walpole, il plut des Imites d'or. »

Ce fut l'instant diVisii' île la vie de Pilt. On aurait pu s'attendre a ce qu'un homme d'un naturel aussi hautain et aussi violent, traité par la Cour d'une laçon aussi désagréable et soutenu par le peuple avec tant d'enthousiasme, se serait empressé de saisir la première occasion do signaler sa puissance et de satisfaire son ressentiment: or l'orra-inn ne manquait pas. Les représentants de plusieurs comtés et de plusieurs grandes \illes avaient reçu pour instructions de proposer une enquête sur les causes des insuccès de l'aimée précédente. Une motion dans ce sens avait été faite sans opposition à la Clntubie des communes, el peu de jours après la destitution de l'itt l'enqnèlo tamiiiieiira. \e\vci:st le et ses collègues obtinrent un vote d'acquittement; mais la minorité fut tellement considérable qu'ils n'o-éreu! rk-j 11,. nrli-i- un vole d'approbation, comme ils en avaieul d'abord m l'intention, et quelques

WILLIAM P ITT,

fins obtenaient* oui pensé que, si l'ilt avait voulu mettre cri jeu

toutes les ressources fie

son talent, !'

empiète aurait |iu se terminer

par une censure, pcul-

■Être par un i

irocès.

Pitt, en cette cirmns

mue modération etuneme-

s. il avait appris par etpé-

ossiblcdeseï

namlenir seul. Son éloquence

et sa popularité avaien

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