‹ Histoire et découvertes de l'Amérique [microforme]Chapitre 13 sur 61 · WILLIAM · texte numérisé non relu

WILLIAM

JE voudrais bien, mon cher papa, voir Colomb embarqué. Je crains que leretard n’amène de nouveaux obstacles.

M. Hunter. N’aie pas d'inquiétude. Colomb tient entre ses mains l’acte signé par le roi et la reine. Entre autres conditions du traité, la vice-royauté lui est promise

le droit de transmettre cette dignité à ses descendans à perpétuité ; de plus, il doit

avoir, lui et toute sa postérité, la dixième tai partie de ce que les pays à découvrir rap- ce porteront annuellement à la couronne d'Es+ \sid pagne. su:

Maruias. Il va donc être bien riche ! tre

M. Huwrer. L'armement de l'expédition do fut suivi sans relâche, tous les apprêts fu- | no rent poussés avec vigueur; mais les bâti- : hu mens étaient si petits et si mal construits, | — qu’il fallait avoir tout le courage de Colomb à

pour se hasarderavec d'aussi frêles embar-

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DE CHRISTOPHE COLOMB. ". 2h

cations sur des mers inconnues dont les dangers étaient encore grossis par l'imagination et par des traditions mensongères répétées d'âge en âge.

L'un de ces navires, à bord duquel il devait arborer son pavillon, portait le nom de Santa-Maria; le second, celui de Pinta, et le troisième, celui de Vigna. Les deux derniers n'étaient guère plus considérables que de grandes chaloupes.

Cette petite escadre fut pourvue de vivres pour douze mois; et l'équipage qui devait accompagner Colomb dans cette

course “tilleuse n'excédait pas quatrevingt-0.] 10ommes.

Tous les frais de l'armement ne se mon-

taient qu’à vingt-quatre mille rixdalers(1);

cette faible somme cependant parut si con- .sidérable à la cour d’Espagne qu'elle fut \sur le point de renoncer à cette noble en- ‘treprise, et elle allait probablement l’aban- : donner lorsque Colomb, pour écarter ce | nouvel obstacle , s’engagea d’en fournir le huitième de ses propres fonds, et stipula

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(1) Environ 90 mille livres de Franee.

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20 VOYAGES ET CONQUÈTES à son profit, à raison de cette mise, la huitième partie duproduit du voyage.

Henri. La cour d’Espagne était-elle donc alors si pauvre qu’elle ne pût trouver aisément une somme aussi modique ?

M. Hunrer. Dans ce temps-là, mon cher Henri, cinq écus avaient plus de valeur que cent aujourd’hui, parce qu'ils étaient plus rares. Si, de plus , tu considères que le trésor royal devait être épuisé par la longue guerre que l'Espagne venait de soutenir contre les Maures, il te sera facile de te rendre raison de cette circonstance.

Colomb va donc enfin partir : ses préparatifs sont terminés, les vaisseaux sont à l'ancre dans la rade de Palos (1). Le vent favorable se lève, et le 3 août 1492, après avoir imploré la protection divine , il met à la voile au milieu des acclamations d’une multitude de spectateurs dans l’admiration de son audace et de sa persévérance.

Conformément à son plan, Colomb gouverna droit aux Canaries. Dès le lendemain

(1) Palos, petite ville maritime de l’Andalousie.

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DE CHRISTOPHE COLOMB. 27 il lui arriva un accident assez peu important en lui-même, mais qui aurait fait manquer l'entreprise si Colomb avait eu la même faiblesse que ses compagnons superstitieux. Le timon de {a Pinta se cassa, et même, à ce que l’on croit, par la faute préméditée du pilote, qui, regrettant de s'être laissé engager pour un si dangereux voyage, désirait que l’on fût obligé de retourner en Espagne. Nous sommes perdus, ,s’écrièrent les gens de l’équipage , si nous

ne retournons pas à l'instant dans notre

pays.

Pourquoi donc? leur demanda Colomb.

— Pourquoi? répondirent-ils; le ciel ne

| nous fait-il pas connaître, par ce qui vient

d'arriver au timon , les malheurs qui nous menacent si nous ne renonçons sur-le- | champ à ce voyage aussi hardi que péril-

: leux ?

| Eh ! qui peut vous faire croire, répondit

. le grand homme, qu'un accident ordinaire

‘ et de peu d'importance est la certitude d’un { malheur à venir? Un timon cassé signifie

« qu'il faut le réparer, et rien de plus.

«L’amiral, se chuchotèrent les matelots

à l'oreille, est un esprit fort ; il ne croit pas aux présages. »

Colomb , sentant l'importance de guérir ses compagnons ignorans d’une superstition qui, dans mille autres occasions, pourrait leur inspirer de nouvelles alarmes, entra avec eux dans un examen approfondi de leurs vaines alarmes, et réussit, sinon à dissiper entièrement, du moins à affaiblir leurs craintes superstitieuses. Ils continuèrent leur route jusqu'aux Canaries, où ils jetèrent l'ancre.

Après y avoir réparé quelques avaries et s'être procuré des rafraîchissemens, ils s’élancèrent , le 6 septembre, dans la grande mer occidentale , où aucun navire n'avait encore fait voile.

Pendant deux jours, ils n’avancèrent pas ‘beaucoup ; ce ne fut que le troisième qu'ils perdirent de vue les Canaries : c’est alors que le courage leur manqua. Comme sis apprenaient dans ce moment, pour la première fois , où ils devaient alier, ils s’effrayèrent des difficultés et de la témérité de leur entreprise. Îls se prirent à pleurer vomme des femmes ou des enfans ; tantôt

VOYAGES ET CONQUÈTES

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des cris perçans. Colomb seul, semblable

à un rocher battu par les flots, conserva, au milieu de leurs lamentations, tout son sang-froid , toute sa fermeté, et fit paraître tant de calme et de sérénité, son langage fut si bien celui du génie et de l'espérance, qu'il rendit le © ag aux plus tin.'es.

Après leur avoir reproché leur pusillanimité, il s’'étendit sur les récompenses qui les attendaient immanquablement au terme de leur voyage, et il leur peignit avec des couleurs si vives les richessses et la gloire qu'ils allaient recueillir, qu’ils lui promirent de le suivre partout où il les

- conduirait. Néanmoins ces premiers témoi- | gnages de faiblesse lui firent pressentir les

. scènes auxquelles il devait s'attendre par

. la suite, etil s’y prépara.

Dès lors il passa la plus grande partie de | son temps sur le tillac , et ayant toujours Îla sonde en main, ou l'instrument dont | on se sert pour faire des observations as- Loin,

FrépÉric. Qu'est-ce que c’est qu'une | sonde, papa ?

30 VOYAGES ET CONQUÈTES

M. Hunrer. C’est, mon ami, une grosse pièce de plomb attachée au bout d’une longue corde : on la jette dans la mer, enfilant la corde à mesure qu’elle descend ; quand le plomb touche au fond, on peut voir, par la hauteur à laquelle la corde a été mouillée, quelle est la profondeur de la mer en cet endroit. Comprends-tu ?

Fripéric. Oui, mon papa. Mais pourquoi se mettent-ils en peine de savoir la profondeur de la mer?

M. Hunrer. Ne le devinerais-tu pas toimême ? Réfléchis un moment.

Frépéric. Ah! m'y voilà. Si l’eau n'est pas assez profonde , le vaisseau échoue; alors, adieu le vaisseau : pour cela on est obligé de s'assurer continuellement s’il y a assez d’eau.

M. Honrer. Tu vois bien qu’en réfléchissant on peut deviner soi-même bien les choses. Mais en voilà assez pour aujourd’hui ; demain nous continuerons de suivre les voyageurs dans leur route.

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