‹ Histoire et découvertes de l'Amérique [microforme]Chapitre 15 sur 61 · PE 5 RS OS · texte numérisé non relu

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Le navire est au cinquième degré de latitude. Avez-vous tous bien compris, mes enfans ?

CHARLOTTE et FRÉDÉRIC. Très-bien, mon Papa. |

M. Huwrer. J'en suis enchanté. Ces connaissances préliminaires vous seront trèsutiles par la suite : elles sont indispensables pour bien entendre le récit des voya-

40 VOYAGES ET CONQUÈTES geurs. Une seule chose à remarquer encore, c'est que quand il est question de la latitude de la terre au-dessus de l'équateur vers le pôle septentrional , cela s’anpelie latitude septentrionale , ou latitude nord, pour la distinguer de celle au-dessous de l'équateur, vers le pôle méridional , appelée latitude méridionale ou latitude sud. Reprenons à présent l’histoire de notre voyageur.

Le lendemain de son départ des Canaries, le vent étant faible, Colomb n'avait fait encore que dix-huit lieues ; mais prévoyant que la longueur seule de la route intimiderait ses compagnons , il résolut de recourir à une ruse innocente , et de leur cacher le chemin qu'ils feraient chaque jour. Il leur dit donc qu'ils n'avaient encore fait que quinze lieues.

Le 12 septembre , sixième jour de leur navigation , ils se trouvèrent à 350 degrés de longitude , à compter depuis l’île de

Fer, une des Canaries, ou, ce qui revient |

au même , à 150 milles de cette île vers l'ouest, et au même degré de latitude nord de cette île. Ils y rencontrèrent le tronc d’un grand arbre , qui paraissait avoir flotté

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DE CHRISTOPHE COLOMB. 4 | denuis long-temps sur ces eaux. Les ma- | telots le prirent pour l’avant-coureur d’une terre voisine ; erreur qui servit à les tran-

quilliser un peu.

Mais leur espoir fut de courte durée :

avant d’être à cinquante lieues plus loin, ils aperçurent un phénomène qui les consterna tous, et qui même surprit beaucoup leur commandant.

Henri. Quel était donc ce phénomène®

M. Hunter. Vous savez que le guide principal des navigateurs est l'aiguille aiwnantée, parce qu'elle a la propriété singulière de montrer toujours le nord avec sa pointe : par là, les marins savent distinguer de nuit et de jour les quatre points cardinaux du monde, et connaissent où ils doivent gouverner. Sans ce guide , qui jusqu'alors n'avait jamais été infidèle , il. eût été plus que téméraire de s’engager dans une course si longue et tout-à-fait

| inconnue.

ude nord |

Goncevez d'après cela quels durent être et la surprise de Colomb et l’effroi de ses timides compagnons, lorsqu'ils apercurent

42 VOYAGES ET CONQUÈTES

que ja boussole (1) ne montrait plus di-

rectement l'étoile polaire, mais qu’elle dé-

clinait vers l’ouest d’un degré entier. Wazciam. D'où cela pouvait-il venir?

M. Huwrer. 1] nous serait aujourd’hui

tout aussi difficile de répondre à cette ques-

tion qu'il l’eût été à Colomb , quoique de-

puis son temps on ait observé cette déclinaison une infinité de fois, et qu'on ait même dressé une table des lieux où elle a coutume d'arriver, Les équipages de Colomb étaient frappés d’effroi : il s’imaginaient que la nature venait de changer, et que leur seul guide, l'aiguille aimantée, allait les abandonner. Colomb profitait de leur ignorance pour leur expliquer cette déclinaison , qu'il ne comprenait pas luimême , et il était parvenu à les rassurer, lorsqu'un autre phénomène vint leur faire

éprouver de nouvelles terreurs : c’étaient les vents alisés. Ces vents d’orient en oc-

cident , qui règnent constamment en pleine

(1) On nomme ainsi l'aiguille aimantée et la

boîte où elle est dressée.

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DE CHRISTOPHE COLOMB. 45 mer entre les tropiques (1), n’avaient pas encore été observés. Lorsque les matelots s'aperçurent que leurs navires étaient sans cesse poussés en droite ligne vers l'ouest, leur inquiétude fut au comble. Quoi! disaient-ils, si ce vent d’est régnait ici continuellement , comment nous serait-il possible de retourner dans notre patrie ? Cette idée les fit frémir.

Peu de jours après , leurs inquiétudes augmentèrent encore. Îls aperçurent tout à coup la mer couverte, à perte de vue, d'herbes vertes, qui lui donnaient l’apparence d’une immense prairie. Dans quelques endroits ces herbes étaient si épaisses qu’elles entravaient la course des vaisseaux. « Nous voilà arrivés, pensaient-ils, au terme des mers navigables. Sous ces herbes il y a sans doute des bas-fonds et des écueils , et

(1) Les tropiques sont des lignes que les géographes ont tirées idéalement des deux côtés de l'équateur tout autour de la terre, et au-dessus desquelles le soleil se trouve perpendiculairement dans le temps ou nous avons le jour ou le plus long ou le plus court.

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44 VOYAGES ET CONQUÈTES au moment où nous nous y attendrons le moins nos vaisseaux seront mis en pièces.

Infortunés ! quel était notre délire en nous laissant persuader de suivre un aventurier ! » te

La circonstance était critique ; mais le courage et la prudence de Colomb ne l’abandonnèrent pas. « N’êtes-vous pas bien insensés , dit-il à ses compagnons, de vous alarmer d’une chose qui vous prouve, au contraire, que nous touchons au terme de nos travaux? L’herbe peut-elle croître au milieu de la mer? et n’est-il pas probable que nous sommes peu éloignés d’un continent, et que ces herbes vertes que nous apercevons se sont détachées de ses rivages ?

En l’entendant parler ainsi, les compa-

gnons de Colomb perdaient peu à peu cet effroi qui les avait saisis; et comme en même temps on aperçut différens oiseaux qui prenaient leur vol du côté de l’ouest, l'espérance et la joie succédèrent à leurs

craintes ; et, dans l'attente de voir bientôt |

leur entreprise couronnée d’un heureux succès, ils continuèrent gaiement leur route.

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