‹ Histoire et découvertes de l'Amérique [microforme]Chapitre 16 sur 61 · CINQUIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ENTRETIEN

M. Huxrer.

CEPENDANT cette espérance ne tarda pas à s’évanouir. Déjà ils avaient parcouru un espace de sept cent soixante-dix lieues marines, et aucune terre ne paraissait encore.

Heureusement que personne, dans les trois navires, excepté Colomb, n’était en état de

| calculer la longueur de la course. Il conti-

nua donc de leur en cacher une bonne partie, en les assurant qu’ils n’avaient en-

| core fait que cinq cent quatre-vingts lieues.

Toutefois cette distance leur paraissant

| prodigieuse , ils se livrèrent de nouveau aux | lamentations et aux murmures. Tantôt l’é-

quipage se plaignait de la facilité qu’il avait

. eue jusqu'alors d'ajouter foi aux vaines pro-

testations de Colomb ; tantôt il accusait la

reine Isabelle de cruauté pour avoir ex-

posé la vie d’un si bon nombre de ses fidèles

sujets en faveur de l'exécution d’un projet

téméraire et sans doute insensé. Tous s’ac-

Le 2 DT ne age am cl

SA ne a

46 VOYAGES ET CONQUÊTES penser au retour, pourvu toutefois que Je vent fixé à l'est ne le rendit pas impossible, et qu’il fallait forcer l'amiral à renoncer à ses vains projets. Les plus audacieux furent même d’avis qu'il fallait le jeter à la mer, persuadés qu’à leur retour la mort d’un tel aventurier resterait sans vengeance,

Colomb vit le danger, et ne fut pas intimidé devant son équipage révolté. Il eut recours aux séductions de son éloquence persuasive. Tantôt il employait les représenta tions amicales ; tantôtil prenait le ton sérieux du commandement; tantôt enfin il faisait entendre la voix de la menace, et effra yait ses matelots du courroux de son sou verain, et des châtimens dont il punirait leur lâcheté s’ils persévéraient à l’arréier au terme de ses glorieux travaux.

C’est le privilège des hommes supérieurs de dominer les volontés des âmes vulgaires, Colomb triompha de la rébellion. Déjà les

révoltés cédaient à ses discours et à ses !

p romesses, lorsqu'une circonstance imprévue vint lui prêter un nouvel appui. Le ve nt, qui avait toujours été àl’est,tourna au sud-ouest. Colomb se hâta de faire remar-

; que le ossible, oncer à x furent la mer, d'un tel

pas intià, 1] eut oquence s repréit le ton tôt enfin enace, et x de son

il puni-

à l’arré-

périeurs ulgaires.

Déjà les

et à ses}

e impré-

pui. Le purna au > remar-

quer cet heureux changement, et la confiance revint avec l'espérance. Quelques jours après, la Pinta, qui marchait en avant, crut découvrir la terre dans le nord : on pressa l'amiral de gouverner de ce côté ; mais, convaincu de sa bonne route , il s'y refusa constamment, et continua de marcher à l’ouest. Bientôt on aperçut un grand nombre de ces oiseaux de mer auxquels on a donné le nom d’alcatras; c'était un indice de terre : la sonde fut jetée, et cependant on ne trouva pas de fonds à deux cents brasses. D'autres oiseaux, parmi lesquels on remarqua un oiseau du tropique , se perchaient sur les vergues, et prenaient ensemble leur direction vers l’ouest. D’autres fois des poissons volans rasaient la surface des eaux , et en cherchent à s'élever retombaient sur le pont. La mer se montrait parfois couverte d'herbes, et cependant malgré ces indices favorables, la terre ne paraissait pas encore. L'esprit de mécontentement reparut de nouveau , les murmures recommencérent; cette fois, ce ne fut pas seulement parmi les matelots que la révolte éclata ; lesofficiers, jusqu'alors fidèles,

RS nt

en —

De 3

PES ae

S VOYAGES ET CONQUÈTES

se rangèrent du côté des premiers, et le général resta seul comme un chêne isolé au milieu de la tempête. Son éloquenc: ot ses prières furent inutiles; on le menaça même de la mort s’il ne retournait sur-le-champ en Espagne.

Dans cette situation désespérée , il se vit obligé de promettre aux mutins qu'il se rendrait à leurs désirs sous la condition qu'ils s’engageraient à lui obéir encore pendant trois jours seulement, protestant que si, dans cet espace de temps, on ne découvrait pas terre, il revirerait (1) le quatrième jour, pour les ramener en Espagne.

Quoique la rage des mutins fùt extrême, ils ne purent s'empêcher de trouver cette proposition raisonnable. Ils y consentirent, et cette convention fut confirmée de part et d'autre par les plus saintes assurances.

Colomb était bien persuadé qu’il courait

(1) Wirer c’est tourner d’un côté sur l’autre; revirer ou revirer de bord c’est tourner d’un autre côté.

peu de 1 etai con dep une mité tiers l’ouë teni sarde pèch était dever surtot nonce patier vaient Au:

fait, c ses ge

vers [I

pérille ordonr crainte nuit.

géé au t50s ême AMP

se vit renqu'ils dant Le si, ÉCOU= rième

rême ; cette sentiée de AssU=

purait

autre ; autre

DE CHRISTOPHE COLOMB. 49 peu de risques ; car les signes du voisinage de la terre se multipliaient tellement qu'il était presque sûr d’y aborder dans le temps convenu. La sonde avait déjà atteint le found depuis plusieurs jours, et on avait trouvé une terre vaseuse qui annonçait la proximité du rivage. On voyait des essaims entiers de petits oiseaux diriger leur vol vers l’ouest, et qui ne semblaient pas appartenir à ces espèces d'oiseaux qui se hasardent dans des courses lointaines. On pècha dans la mer un buisson dont le fruit était rouge et dans toute sa fraîcheur; l’air devenait plus doux et le vent plus variable, surtout de nuit; signes heureux qui annonçaient qu'on.était près du but où la patience et la constance de Colomb devaient être couronnées.

Aussi fut-il, peu après, si sûr de son fait, que le lendemain au soir il rappela à ses gens leur devoir de reconnaissance en-

vers Dieu, protecteur de leur entreprise

périlleuse , les exhorta à la vigilance, et ordonna de carguer les voiles, dans la

crainte d'être jetés sur la côte pendant la

nuit.

5o VOYAGES ET CONQUÈTES

Colomb leur rappela encore que la reine avait promis une pension viagère de 312 écus d’Espagne à celui qui, le premier.

apercevrait la terre inconnue, et promit d’ajouter une mante de velours à ce riche cadeau.

Tout le monde passa la nuit sur le tillac dans une grande agitation, et les yeux

fixés du côté où ils espéraient voir cette |

terre désirée.

Nous devons, je pense, les laisser jus- |

qu’à demain dans cette situation.

Tous. Oh! mon papa!

M. Hunter. Vous ne voulez donc pas que je m'arrête ?

Tous. Oh non ! non! de grâce,

Pierre. C'est l'endroit le plus intéressant.

M. Hunrer. Allons, soit.

Ce fut vers deux heures avant minuit

que Colomb, qui était sur le gaillard d’a-f

vant, crut apercevoir une lumière à une

certaine distance. 1l appela un page de ha} reine, qui était à son bord, et la lui mon-|

tra. Celui-ci la vit également, et la fit ré-

marquer à un troisième qui venait de les|

reine * 312 mier.

romit

riche

> tillac | yeux r cette

er JUS-

onc pas|

intéres-

minuit

ard d’a-}

e à une

ge de |

11 mona fit ré-

t de les

DE CHRISIOPHE COLOMB. 51

joindre. Tous les trois crurent apercevoir que cette lumière changeait de place, et jugèrent par-là qu'elle était portée par un voyageur.

Sur les deux heures après minuit, les cris joyeux terre !'terre ! partis de la Pinta, qui était toujours en avant, pénétrerent tous les cœurs d’allégresse. L’équipage , dont les espérances avaient été si souvent trompées , attendit avec impatience la pointe du jour pour se convaincre, par ses yeux, que l’accomplissement du plus ardent de ses désirs n’était pas un songe.

Enfin l'horizon s’éclaircit; l'aurore parait, et l'équipage de /4 Pinta entonne le Te Deum ! Les gens des deux autres vaisseaux n'ont pas plus tôt vu la terre, que, versant un torrent de larmes, et profondément émus, ils font aussi retentir les airs de cris de joie et d'actions de grâces.

À peine leur cantique est-il achevé, qu'ils s’'empressent de réparer leur injustice envers le chef qu’ils ont méconnu et si grièvement offensé. Pleins de repentir, ils se jettent aux pieds de ce grand homme, et lui demandent pardon de leur conduite

52 VOYAGES ET CONQUÈTES

criminelle. Colomb ne se démentit point dans cette occasion : la douceur avec laquelle il leur promit d'oublier leurs écarts ne fut pas moins généreuse que la fermeté qu’il avait opposée à leurs fureurs avait été héroïque.

Joux. Quelle partie de l'Amérique viennent-ils de découvrir?

M. Hunter. C'est ce que Colomb luimême ne sait pas encore. Attendons qu’il descende à terre et qu’il prenne des informations. N'oublie pas de m'apporter demain Ja carte de l’Amerique.

Joux. Non, papa,

Page 1