JOHN
Voicr, mon chér papa, la carte que tu me dis hier d'apporter.
M. Hunrer. Bon. Regardez, mes enfans; toutes ces îles-là s'appellent en général les îles Lucayes ou de Bahama. Une d’entr'elles, que voilà, s'appelle Guanahani ; ou bien
Joint Le j à À aussi l’ile de Cat : c’est elle qui fut décou- A CA n| û - : verte la première. Colomb lui donna le Carts + \ Je nom de San-Salvador , c’est-à-dire pays.
"mete | ; do Hd dont la découverte le sauva ; mais ce nom it ete à ne lui est pas resté.
en L’équipage fut encore quelques momens | vien- : | | à contempler ce monde inconnu, alors > lui éclairé des feux du soleil levant. Son as- U1= Q 1e, . # ? pect riant , sa fertilité , ses bois charmans , FE 1 U Q Q LURt - Le entrecoupés de mille ruisseaux , augmen- | OT= Q n . ll 1 nai taientencore chez les Espagnols le ravisse- | | emain |
ment de cette grande découverte.
Enfin Colomb ordonna de mettre les chaloupes à la mer. [len monta une, et vogua mm | vers le rivage au bruit d’une musique guerrière, accompagné de ses principaux officiers et de quelques gens armés, portant des drapeaux flottans.
À leur approche , la côte se couvrit de naturels, attirés par le spectacle nouveau et merveilleux des vaisseaux européens.
On aborde, et Colomb ; richement vêtu, l'épée nue à la main, saute le premier et touche du pied ce Nouveau-Monde qu'il à découvert.
Tous ses compagnons l’ayant suivi, bai-
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sèrent la terre, et, dans cette humble posture, promirent à Colomb, en sa qualité de vice-roi du Nouveau-Monde, une ohbéissance parfaite. Après ce premier épanchement de la joie la plus vive , on planta une croix sur le rivage, devant laquelle on se prosterna encore une fois, pour s'acquitter envers Dieu du devoir sacré de la reconnaissance. Puis ils prirent solennellement possession de ce pays au nom du roi et de ja reine d'Espagne.
Durant ces cérémonies, les Indiens s’assemblérent en foule autour des Espagnols, regardant avec surprise et en silence tantôt les maisons flottantes, tantôt les êtres extraordinaires qu’elles venaient d'amener à travers les flots, Hélas! si ces malheureux avaient su quelles seraient les suites de cette solennité , ils eussent pleuré et gémi sur leur triste destinée, ou plutôt ils auraient chassé ces étrangers qu'ils contemplaient avec admiration et respect.
Plus les Indiens regardaient les Espagnols, plus ils étaient étonnés. La culeur blanche des Européens, leur vise barbu, leurs habits. leurs armes , leur conduite.
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tout était extraordinaire pour eux. Mais lorsqu'ils entendirent le bruit de la mousqueterie et des canons, ils furent comme frappés de la foudre, et se persuadèrent que ces étrangers , armés du feu du ciel, étaient des êtres élevés au-dessus de la condition humaine, des enfans du soleil, leur divinité, qui s'étaient abaissés à Îles venir voir.
Luc. Ces gens prenaient-ils donc le soleil pour Dieu?
M. Hunter. Oui, mon ami. Quelques Américains qui avaient un peu plus d’esprit que les autres, avaient été tellement frappés de la beauté du soleil, de son feu vivifiant et de son cours régulier, qu’ils l’avaient pris pour l'être le plus bienfaisant et le plus puissant, pour Dieu même. D'autres, au contraire, s'étaient forgé un ou plusieurs dieux de figure humaine.
Si la vue des Espagnols étonnait les Indiens , ceux-ci n'étaient guère moins surpris de tant d'objets nouveaux et singuliers qu'ils avaient sous les yeux. Ils voyaient des herbes, des plantes , des arbres et des animaux d'espèces différentes de celles que
nous avons en Europe. Ils voyaient aussi des hommes qui, par la forme de leur corps et par leurs mœurs, semblaient appartenir à une autre classe que la nôtre. Leur peau était couleur de cuivre, leurs cheveux noirs et longs, leur menton sans barbe, leur taille de moyenne grandeur ; les traits de leur visage étaient étranges ; leur air doux et timide ; leur figure et d’autres parties de leur corps étaient marquées et peintes d’une manière bizarre. Les uns étaient tout-à-fait nus, les autres l’étaient à peu de chose près ; seulement, pour se parer, ils chargeaient leurs oreilles, leurs narines et leur tête de différens ornemens faits de plumes, de coquillages et de feuilles d’or.
ls furent d’abord timides et réservés ; mais quand on leur eut distribué toutes sortes de bagatelles, des grains de verre, des rubans, des grelots, ils prirent la plus grande confiance en leurs hôtes; et lorsque, sur le soir, les Espagnols retournèrent à leurs vaisseaux . beaucoup d’Indiens, dans leurs canoïis faits de troncs d'arbres creusés, les y accompagnèrent, soit pour satisfaire leur curiosité, soit pour troquer avec
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eux d’autres colifichets. Ils donnaient en échange du fil de coton de leur façon , ou bien des javelots dont la pointe était formée d'une forte arête de poisson, toutes sortes de fruits et des perroquets. Tous étaient si empressés de se procurer quelque bagatelle curopéenne, qu'ils ramassèrent avec grand soin les morceaux d’un pot cassé qui étaient épars sur le tillac, et donnérent avec joie vingt-cinq livres de beau fil de coton pour quelques jetons de cuivre qui ne pouvaient leur être d'aucun usage.
Le lendemain , Colomb visita les côtes de cette île, accompagné partout d’un grand nombre d’habitans. Il s’informa soigneusement par signes , d'ou ils tiraient ces feuilles d’or dont leurs narines étaient parées ; et ils lui firent comprendre qu'on ne les trouvait pas dans leurile, mais dans une autre, située vers le sud, qui produisait, suivant eux, de l’or en quantité. Colomb résolut de suivre leurs indications et de se mettre à la recherche de ce riche pays.
Il se rembarqua donc, se fit accompagner de sept Indiens pour lui servir de guides
Rte tes cntrr n
et de truchemans (1), et fit voile au sud.
Sur cette route il rencontra plusieurs îles , dont il ne visita que les trois plus grandes, qu'il nomma Sainte-Marie de la Conception, Ferdinande et Isabelle. Mais n’y trouvant pas d'or, et tous les Indiens à qui il s’adressait montrant toujours le sud , il ne s’arrêta pas long-temps à la visite de ces îles, et poursuivit sa route.
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Dans une d’elles on vit des chiens , mais qui étaient muets ; et dans la suite on a su par l'expérience que même les chiens d’Europe , quand ils ont passé quelque temps en Amérique , perdent la faculté d’aboyer.
On y vit et on y tua aussi le premier alligator, animal de l'espèce des lézards , et qui ressemblant dans presque toutes ses parties au crocodile , porte également le nom de crocodile des Indes occidentales.
À la suite d’une autre petite course, on découvrit un vaste pays, qui se distinguait
(1) Celui qui explique à deux personnes qui parlent une langue différente ce qu’elles se disent réciproquement.
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des îles que l’on avait vues jusqu'alors par sa grande étendue aussi bien que par la nature de son sol. ‘Au lieu d'être plat et uni comme elles , il offrait aux regards des montagnes et des vallées agréablement diversifiées par des forêts, des prairies et des rivières. Colomb lui-même doutait si c'était une partie du continent, ou seulementune grande île. Quelques jours de plus lui apprirent que c'était véritablement une ile, et que dans la langue du pays elle s'appelait Cuba. La voilà sur notre carte, entre les vingtième et vingt-troisième degrés de latitude septentrionale,
Colomb jeta l'ancre dans l'embouchure d’un large fleuve , bien curieux de prendre connaissance du pays et des habitans; mais à la vue des vaisseaux , ceux-ci abandonnérent leurs cabanes et s’enfuirent dans les montagnes. Un seul d'entre eux eut le courage de s'approcher dans une petite nacelle et de monter à bord. Après s'être assuré de l’amitié de cet Indien par de petits présens , l'amiral l'envoya à terre avec un de ceux qu'il avait amenés de Guanahani, et deux Espagnols chargés de reconnaître
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le pays et d’inspirer de la confiance aux
habitans ; il craignait qu’un plus grand
nombre ne les fit fuir plus loin.
Cependant les vaisseaux se trouvant fort
endommagés, on jugea nécessaire de les
radouber (1).
Cependant les deux Espagnols, après s'être avancés dans le pays jusqu’à douze lieues, revinrent, et firent à l’amira leur rapport à peu prés en ces termes :
«Le paysque nous venons de parcourirest en grande partie cultivé et généralement fertile. Il produit du blé indien ou mais, et une racine qui se mange comme du pain,
lorsqu'elle a été rôtie. Nous sommes arrivés à une petite ville d'environ cinquante maisons de bois , et contenant jusqu’à inille Jabitans. Les plus distingués vinrent au-devant de nous, et quand ils eurent appris des Indiens qui nous accompa-
(1) Radouher un vaisseau c’est boucher les trous du bâtiment et l’enduire de suif et de goudron. Pour faire ces réparations, on met ordinairement le vaisseau sur le côté.
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DE CHRISTOPITE COLOMB. G1
gnaient quels gens nous étions, ils nous prirent par le bras, et nous menérent dans la ville, où ils nous assignèrent un logement spacieux. Îls nous firent asseoir sur une espèce de chaise qui avait la figure de quelque animal, dont la queue servait de dossier , et dont les yeux et les orcilles étaient d'or. Dès que nous fümes placés, les Indiens s’assirent à côté de nous par terre ; ils nous baisèrent les :: ‘ns et les pieds, et nous témoignèrent t...« de respect que l’on voyait bien qu'ils nous prenaient pour des êtres célestes. On nous fit manger de leurs racines rôties, auxquelles nous trouvâmes un goût de châtaigne ; et nous remarquâmes que toute l'assemblée des sauvages qui nous servaient n'était composée que d'hommes. S'étant retirés au bout d’un certain temps, ils furent relevés par autant de femmes, qui nous rendirent les mêmes honneurs que nous avions déjà reçus de la part des hommes. Enfin quand nous sommes revenus, une foule d’habitans offrit de nous accompagner ; mais nous les avons priés de n'en rien faire, et n’avons accepté cet honneur que